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CHAPITRE PREMIER

ÛUESTIONS PRÉLIMINAIRES

Des diverses natures de ponts. — Les voies de communication doivent au* tant que possible se développer à la surface du sol et en épouser le relief, sans quoi elles entraînent des dépenses considérables en remblais et en déblais ; mais, il faut évidemment leur faire traverser les rivières sur des ouvrages spéciaux, qui sont les ponts proprements dits.

Les vallées sèches, c'est-à-dire celles que ne suit aucun cours d'eau, et les vallées profondes dont le thalweg n'est occupé que par un faible ruisseau, sont presque toujours traversées au moyen de remblais en terre portant à leur base de petits aqueducs; mais, lorsque la hauteur du remblai atleiiit une certaine limite, il devient avantageux de supporter la voie sur un ouvrage en maçonnei ie, formé d'une série d'arcades, que Ton appelle un viaduc (de via, voie, et ducere, conduire).

Les ponts et les viaducs sont donc des ouvrages analogues. On réserve en général le nom de ponts aux ouvrages qui, sur la plus grande partie de leur longueur, sont superposés à un cours d eau, et le nom de viaducs aux ouvrages qui traversent des vallées sèches ou qui sont superposées à des cours d'eau d'une faible largeur relative.

Les vallées qu'occupent les grands cours d'eau sont généralement larges et ou* certes ; au contraire les vallées sèches, les vallées secondaires sont étroites et profondes. 11 en résulte que, dans les ponts, la hauteur de l'ouvrage est relatî* rement faible par rapport à sa longueur, tandis que, dans les viaducs, la haueur est une fraction notable de la longueur, quelquefois même elle lui est égale au supérieure.

Voilà donc les ponts et les viaducs bien définis.

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On distingue en outre le pont canal et le pont aqueduc, suivant que le pont supporte soit un canal de navigation soit une conduite d*eau. Nous aurons lieu dt revenir sur ce genre d'ouvrages dans le cours de navigation.

Pour rendre plus facile l'étude des ponts en général, nous les diviserons, comme c'est Thabituiie, eircinq claL^ses distinctes :;

i® Les ponts en maçonnerie, composés d'une série- de voûtes ou arches reposant sur une série de supports ; les supports intermédiaires prennent le nom de piles, et les supports extrêmes celui de culées ;

2® Les ponts eu charpente, composés de plusieurs cours de fermes en bois placés parallèlement les uns aux autres, et reposant sur une série de supports. On appelle travée la partie de l'ouvrage comprise entre deux support» consêcui ifs; et \e^ supports eux-mêmes prennent le nom de palées lorsqu'ils sont en charfiente ;

3^ Les ponts métalliques, en fonte, fer ou acier, qui depuis un siècle ont pris un développement considérable et dont il existe de nombreuses variétés:

A^ Les ponts suspendus, composés d'un tablier en bois, soutenu par des tiges verticales ou inclinées, lesquelles sont elles-mêmes rattachées à des câbles qui traversent la vallée et dont les extrénr.ilés sont solidement maintenues par dos massifs de maçonnerie. Les ponts suspendus qui, vers i850, ont joui d'une faveur considérable, étaient depuis tombés en discrédit: ils semblent vouloir rependre faveur grâce aux perfectionnements dont on les a dotés aux Étals-Unis d'Amérique ;

5<* Les ponts mobiles en général, tels que ponts-levis, ponts tournants, ponts roulants, appropriés à desusages spéciaux : on les- rencontre dans les places fortes et dans les ports de mer à l'entrée des bassins et écluses.

Mais les voies de commufiication n'ont pas seulement à traverser des vallées ; à côté de la vallée, il y a toujours la montagne qa'il faut conlourner toutes les fois qu'on le peut. Malheureusement, la chose devient fréquemment impossible lorsqu'il s'agit d'une voie perfectionnée comme, un chemin de fer ou un canal, et alors on se voit forcé de percer la montagjie par un souterrain ou tunnel.

L'élude des tunnels est donc corrélative de celle des ponts; c'est elle qui constituera la sixième et. dernière partie du présent ouvrage.

Historique de» ponts. — « Aussitôt, dit Gauthey, que la population s'est étendue dans un pays, les hommes ont cherché à communiquer entre eux, malgré les obstacles que leur opposaient les grandes rivières. U est vraisemblable qu'ils les ont traversées longtemps avec des radeaux ou des bateaux. Mais, des arbres couchés sur un ruisseau ayant offert des facilités pour le franchir, ont pu faire naître l'idée d'appliquer ce moyen à traverser les fleuves, en enfonçant dans leur lit des pieux placés à divers intervalles ou en bâtissant des piliei s destinés à soutenir, de distance en distance,, les arbres qui devaient établir la, communication.

« Le peu de durée d'une construction de cette espèce engagea sans doute à tâcher d'employer des matériaux plus susceptibles que le bois de résister aux causes de destruction auxquelles ils se trouvaient expesés. Cependant l'on voit par les anciens monuments que l'Egypte el la Grèce offrent en grand nombre, qu'il s'écoula, un temps assez, long avant qu'on parvînt à construire des voûtes. Ainsi les intervalles entre les différants points d'appui, sur lesquels on faisait Tjeposer le pont, ont d'abord, été peu considérables, et les planchers presque toujours faits en bois, ou composés, à la manière des Égyptiens,, de longues pierres soutenues par des piliers à des distances convenables* hd pont, élevé par

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GHAPUBE premier. -- questions PRËUMmAIRES. 3

Sèmiffainis^. à^Babyione, ôtaiti suivant quelques historiens, construit de cette manière. »

Hérodote pnètend que^ Menés, un des premiers souverains de FÉgypte, avait fait bâtir un pont sur le Nil. L'histoire fait mention de plusieurs grands ponts bâtis par différents souverains, tels que Darius, Xerxès, Pyrrhus ; mais elle ne nous a point transiriis les dimensions de ces ouvrages.

Suivant le colonel Émy, le premier pont qu'on vit à Rome, sur le Tibre, fut celui de Sublicius, que Taclion courageuse d'Horatius Goclès a rendu célèbre;, il était en charpente,, et avait été bâti au pied du mont Aventin, sous le règne d'Ancus Martius, quatrième roi de Rome, mort 6i6 ans avant J.-C. — Denys d'Halicarnasse- affirme qu'il avait été construit aux frais des premiers chefs de la religion, à cause de la nécessité où ils étaient d'aller exercer leur ministère de Tun et de l'autre côté du^Tibre, ce qui les fît appeler pontifes, c'est-à-dire faiseurs de ponts. C'est. en 507 avant J.-C. qu'il fut rompu pendant qu'Horatius Codés en défendait le passage contre Porsenna^

L'antiquité nous parle encore, du grand pont que César jeta sur le Rhin pour pénétrer en Germanie ; on le trouve exactement décrit dans les Commentaires de cet illustre capitaine.. Nous le retrouverons dans la section des ponts en charpente; il fut construit. en dix jours et servit au passage de l'armée.

Il paraît qu'il existe encore des restes, près de Nicopolis de Thrace, du pont construit par Trajan sur le Danube ; Trajan s'en servit pour aller combattre les 1 uices; l'empereur Adrien le fit détruire pour arrêter les progrès de l'invasion des barbares.

L'immense majorité des ponts anciens et même de ceux du moyen âge fut donc construite en charpente; Les ponts en maçonnerie n'apparurent que lorsqu'on eut appris à construire des voûtes de quelque dimension. Dans son traité d'architecture, M.. Reynaud.cite une voûte trouvée à Abydos, dans le palais d'Osymandias, flont le règne remonte à 2,500 ans- avant notre ère, voûte composée d'assises horizontales de pierres. posées en saillie les unes sur les autres. Des dispositions analogues ont été signalées en plusieurs endroits, mais ce ne sont pas là de véritables voûtes ; il faut garder ce nom pour celles dont les voussoirs ont des plans de joint normaux à la surface d'intrados.

Bien qu'Aristote parle de clefs de voûte qui soutiennent la construction par la résislance qu'elles opposent de toutes parts, , il ne semble pas que les voûtes de quelque dimension* aient pris naissance chez les Greos. C'est chez les Romains qu'on les rencontre- Les. plus, anciennes voûtes dont il soit fait mention sont celles des grands aqueducs de Rome (cloacamaxima) construits sous le règne de Tarquin l'Ancien, environ 600 ans avant J.^. Les voûtés ne furent réellement appliquées aux. ponts qu'au commencement de notre ère..

Le premiei pont de pierre construit à Rome semble être le pont des Sénateurs^ aujourd'hui ponte Rotto, bâti par Caïus Flavius. Scipio, 127 ans avant J.-C-, et reconstruit par Grégoire XÏÏI, en Jô75.

Vint ensuite le pont Ëmilius> bâti sous Sylla, 100 ans avant J.-C, et composé de sept arches de 15 à 23 mètres d'ouverture^ de construction lourde et massive.

Le pont de Rimini, que Palladio a adopté comme modèle, fut construit sou& Auguste; il comprends cinq arches en plein cintre, de 7. à 9 mètres d'ouverture, avec des piles ayant c(»nme^épaisseur la4 moitié de la largeur des arches. Le système décoratif est heureusement choisit

Le pont Saint -Ange (poas: Ëlius), construit &i Tan 13S de notre ère, par

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Adrien, en face de son mausolée, fut relevé en i668, sur les dessins du Bemîn. C'est un beau monument, d'une riche décoration.

On peut citer encore divers autres ponts de pierre construits par les Romains; le plus connu est le pont du Gard, construit par Agrippa, gendre d'Auguste.

Dans les premiers siècles de notre ère, sous rinfluence de la civilisation romaine, la construction des routes et des ponts avait donc pris un immense développement ; c'était du reste une nécessité du système centralisateur deTempire.

Mais, dit M. de Boisvillette dans sa revue rétrospeciive, une révolution vient changer la face de l'Occident, les vainqueurs du monde succombent sous les coups et les invasions des barbares.

Les Visigoths d'Alaric pillent et saccagent Rome en 409 ; le flot de l'invasion poussé du Nord vers l'Occident et le Àlidi, vient saper l'édifice romain, trop affaibli sur sa base, et ne tarde point à l'emporter sous ses coups redoublés.

Les désordres de la lutte, l'instinct répulsif des peuples récemment affi anchis contre des travaux qui leur rappelaient la domination étrangère, et rananiile surtout qui suivit, anéantirent avec les institutions la plupart des ouvrages du passé.

C'est sous le règne de Dagobert qu'apparaissent les premiers règlements sur les voies de communication ; encore n^ tendaient-ils qu'à maintenir la liberté de la circulation.

Sur certaines ^chaussées et sur les passages d'eau en général, les seigneurs féodaux percevaient des droits de péage, qui étaient censés devoir être consacrés à l'entretien des ouvrages, mais qui prenaient en réalité une tout autre destination.

Charlemagne, désireux de reconstituer l'empire d'Occident, reprit la tradition romaine et songea à ouvrir des communications rapides entre les provinces de son vaste empire. Il se réserva l'aulorité souveraine des chemins publics et la délégua à des commissaires spéciaux (missi dominici), aux évêques et aux comtes. La barbarie des temps ne permit pas d'arriver à des résultais sérieux, ti bientôt les institutions de Charlemagne sombrèrent dans les désastres de l'invasion normande et l'étrange confusion qui suivit jusqu'au douzième siècle.

a On ne connaît en France, dit Gauthey, aucun pont dont la conslruction remonte au delà du douzième siècle ; ^t, quoiqu'il y en ait un grand nombre pour lesquels l'époque précise de cette construction est inconnue, ils sont si mal faits qu'il n'est guère possible de leur supposer beaucoup d'ancienneté. Les rivières étaient alors franchies au moyen de bateaux et de bar,s, et les routes n'offraient aucune sûreté au petit nombre de voyageurs qui les fréquentaient, et que l'on rançonnait principalement dans ces sortes de passages

« 11 se forma dans ce temps, en France et en Allemagne, une association religieuse dont les membres furent connus sous le nom de frères du pont, ou pontifes (de pontifi^arcy faire un pont). Ils établirent d abord des hospices auprès des principaux passages des rivières, où ils prêtaient main-forte aux voyaiieurs; des quêtes nombreuses leur ayant ensuite procuré des fonds considérables, ils se trouvèrent en état d'élever des ponts sur les plus grands fleuves. Le premier fut établi sur la Durance, auprès de l'ancienne Chartreuse de Bonpas. — Une partie des fondations des piles de ce pont existe encore (1809) ; mais, comme on ne lui avait pas donné un débouché suffisant, il fut bientôt emporté.

c Le second ouvrage entrepris de cette manière est le pont d'Avignon, commencé en 1177. Les aumônes qui servirent à payer sa construction furent attirées surtout par un prétendu miracle dont le procès-verbal se trouve encore dans la

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