NOTICE HISTORIQUE
dans les arts, et jouissant de tous les avantages dont Evans était privé.
Aux Etats-Unis , le besoin des machines qui économisent la main - d'oeuvre se fait sentir plus que partout ailleurs; or, le plus souvent, nos perfectionnemens naissent de nos besoins.
En 1777, pendant la guerre de la révolution, on manquait de cardes à coton et à laine , qui jusqu'alors avaient été importées d'Angleterre, Evans, qui sortait de son apprentissage du métier de charron , tourna son attention vers cet objet : il imagina et exécuta deux machines, l'une pour former des dents de cardes, et l'autre pour en percer les cuirs : la première faisait 3, 000 dents par minute, et la seconde perçait les cuirs de 200 paires de cardes en douze heures de travail.
En 1782, il commença à s'occuper du perfectionnement des moulins à farine; cette opération lui coûta plusieurs années de travail, mais il parvint à faire faire à son moulin toutes les fonctions du meunier le plus expérimenté , depuis l'entrée du blé dans le moulin , jusqu'au confectionnement de la farine, qui se trouvait toute préparée à être mise en baril. Les avantages de ce système sont : i°. une augmentation de 4 à 5 pour cent dans le produit ; 20. une meilleure qualité de farine; et 3°. une économie au moins des deux tiers sur la main-d'œuvre : un moulin qui fait 70 barils ou 13,720 livres de farine par 24 heures de travail , n'exigeant pour le
SUR OLIVER EVANS. i3
soigner constammment nuit et jour, que trois hommes qui se relaient.
Evans avait pensé que les propriétaires de moulins et les meuniers, en voyant les avantages résultant de ses perfectionnemens , s'empresseraient de les adopter; mais en cela il s'était trompé : il eut à lutter long-temps contre l'ignorance, les préjugés et la routine , trois ennemis difficiles à vaincre ; et ce ne fut qu'à force de sollicitations et de prières qu'il parvint enfin à persuader à quelques - uns d'entre eux d'accepter ce bienfait. Par la suite il obtint un brevet d'invention; et lorsque l'importance de ses découvertes commença à se faire généralement sentir, beaucoup de personnes imitèrent ses procédés sans son consentement, et quelquesunes même voulurent lui ravir jusqu'à l'honneur de l'invention ; mais il trouva dans les institutions de son pays, et dans le droit de jugement par jury, tant au civil qu'au criminel, le moyen de faire payer aux uns la modique rétribution qu'il exigeait, et de confondre les prétentions des autres. Ses moulins sont maintenant en usage dans toute l'étendue des États-Unis.
En 1795, Oliver Evans publia son ouvrage intitulé : « The young Milwhright's and Miller's guide, » Guide ou Manuel des constructeurs de moulins et des meuniers , 1 vol. in-8°. de 364 pag., avec 26 planches. (Une troisième édition fut publiée à Philadelphie en 1818. ) Cet ouvrage mérite d'être
i4 NOTICE HISTORIQUE
classé parmi les meilleurs livres élémentaires de mécanique , tant à cause des excellentes théories qu'il renferme , que parce que son auteur a su se mettre à la portée de tout le monde par sa manière de s'énoncer à la fois claire et simple.
Ces travaux d'une utilité si réelle , bien que suffisans pour la renommée de beaucoup d'hommes , ne peuvent cependant pas être comparés aux importans perfection nemen s qu Evans a apportés dans le système et dans le confectionnement des machines à vapeur. Pendant sa jeunesse il s'était beaucoup occupé de la recherche d'un agent capable de faire mouvoir avantageusement des voitures et des bateaux. « Tous les moyens, dit-il , qui, ain^i que je » l'ai su depuis, ont été essayés, tels quo le vent^ » les pédales avec crémaillères , les roues à rochet » ou à manivelle, etc., pour être mis en mouve- » ment par des hommes, se sont présentés à mon » esprit , mais je les ai écartés comme trop futiles » pour mériter un essai.
» Enfin, le soir du jour de Noël 1772 (il avait » alors environ 18 ans), et pendant mon appren- » tissage, un de mes frères me dit avoir passé la » journée avec les apprentis d'un serrurier du voi- » sinage, qui s'étaient amusés à faire ce qu'ils » appelaient des pétards de Noël , qui consistaient » a boucher la lumière d'un canon de fusil, à y » introduire une petite quantité d'eau, à mettre de » la bourre par-dessus et à placer la culasse du
SUR OLIVER EVANS. i5
h canon au feu de la forge 5 que peu de temps après » le canon s'était déchargé avec un bruit semblable
» à celui d'un coup de fusil chargé à poudre
» Voilà, me suis -je écrié , ajoute- t-il, la force » motrice que je cherche depuis si long- temps 5 » maintenant il ne s'agit plus que de trouver le » moyen de l'appliquer. » Cette conséquence, déduite d'un effet connu de tout le monde , et dont personne jusqu'alors n'avait songé à tirer parti, suffit seul pour prouver qu'Oliver Evans n'était point un homme ordinaire (1).
Pendant qu'il s'occupait des divers moyens d'application qui se présentaient à son esprit, sans en trouver un seul qui lui parût praticable , le hasard fît tomber entre ses mains un livre contenant la description d'une machine à vapeur dite atmosphérique ; il s'étonnait que l'on se fût imaginé de ne se servir de la vapeur uniquement que pour formelle vide, et qu'on eût employé la pression de l'atmosphère comme moteur ; il lui paraissait que la vapeur de l'eau était susceptible d'acquérir un très grand degré d'élasticité , et que dès lors il serait plus simple et en même temps plus avantageux d'employer sa force expansive directement comme
(1) On prétend que c'est la chute d'une pomme qui donna à Newton la première idée de la gravitation universelle.
x6 NOTICE HISTORIQUE
motrice. 11 ne perdait pas cette idée de vue , et bientôt après il se déclara en état de construire des voitures et des bateaux qui pourraient être mus pat la force de la vapeur.
En 1786, Evans adressa à la législature de PensyWame une pétition par laquelle il demandait un privilège exclusif, dans l'étendue de cet État, pour des perfectionnemens dans les moulins , et pour des chariots à vapeur; la commission à laquelle cette pétition fut envoyée , fit un rapport favorable sur sa demande relativement aux moulins ; et une loi du mois de mars 1787 lui assura le privilège qu'il avait sollicité. Cette loi cependant ne fit aucune mention des chariots à vapeur, parce que les membres de la commission , ne pouvant comprendre les projets de l'inventeur, regardèrent son idée à ce sujet comme un trait de folie.
Mais une autre loi rendue par la législature de l'État de Maryland, le 21 mai 1797, lui accorda le privilège demandé pour les deux objets : ce privilège, disait le rapporteur de la commission, ne saurait nuire à personne , puisqu'il est probable que personne n'a encore songé à faire marcher des voitures par la force de la vapeur ; mais comme il était possible que cette idée produisit quelque chose d'utile , on ne crut pas devoir décourager l'auteur par un refus solennel.
Cependant de nouvelles difficultés se présentèrent . Oliver Evans ne possédait point de fortune-, et
SUR OLIVER EVANS. ij
parmi les capitalistes auxquels il demanda des fonds pour mettre ses plans à exécution , en leur offrant des intérêts dans les bénéfices, les uns, qui paraissaient comprendre son système, craignaient de s'engager dans une spéculation qui pouvait ne pas réussir ; les autres, qui ne le comprenaient pas, n'hésitaient point à déclarer que l'auteur n'était qu'un homme à projets, une tête creuse, etc..
Vers 1795, il envoya en Angleterre des dessins et des descriptions de ses procédés, en priant la personne chargée de les y porter, de lui trouver quelqu'un qui voulût bien prendre un brevet, et partager avec lui les bénéfices qui pourraient en résulter : son agent lui écrivit de Londres qu'on n'y croyait pas à l'utilité de son système.
Enfin , en 1800, ayant amassé une petite somme, il se détermina à commencer, à ses frais, la construction d'une machine à vapeur 5 mais auparavant il communiqua ses plans à plusieurs hommes instruits ; il n'en trouva que deux , dont l'un était un ingénieur mécanicien anglais, qui l'encouragèrent à en faire l'essai , en disant que le principe leur paraissait nouveau -, tous les autres traitèrent ses plans de chimériques. Un ingénieur, entre autres, qui jouissait d'une certaine célébrité, entreprit, dans un rapport qu'il fit à la Société Philosophique de Philadelphie , de démontrer l'absurdité du système d'Oliver Evans ; mais la Société, considérant qu'il n'entrait pas dans ses attributions de fixer des bornes au possible, dé-
ï8 NOTICE HISTORIQUE
cida que cette partie du rapport serait biffée. La suite prouva évidemment la sagesse de cette détermination.
Malgré les oppositions et les humiliations auxquelles il était en butte, Oliver Evans n'en persistait pas moins à croire qu'il avait raison -, son système lui semblait être fondé sur les lois immuables de la nature , et cette conviction le fit triompher de tous les obstacles. Vers la fin de 1B00, ou au commencement de 1801, Evans, qui avait dépensé jusqu'à son dernier dollar en diverses expériences , termina enfin sa petite machine, et il eut le bonheur de la voir remplir entièrement son attente. On ne le regarda plus dès lors comme un songe-creux.
Peu de temps après , Trevethick et autres mécaniciens en Angleterre , commencèrent à s'occuper de machines à forte pression 5 mais , soit qu'ils n'eussent pas assez étudié les vrais principes de l'expansibilité de la vapeur, ou qu'ils n'eussent pas donné assez de soins au confectionnement de leurs machines, plusieurs accidens graves ont jeté une grande défaveur sur ce système; on évitera ces malheurs lorsqu'on suivra, dans la construction de ces sortes de machines, la route que Oliver Evans a tracée.
En 1 8o5 , Evans publia son Steam engineer's guide (manuel de l'ingénieur des machines à vapeur), livre précieiix pour l'avancement de la science,