SUR OLIVER EVANS
et qui prouve combien l'auteur était profondément pénétré de son sujet.
Oliver Evans a vécu assez long-temps pour voir se dissiper en grande partie les préjugés qui s'étaient d'abord élevés contre son système. Il a construit et mis en action un grand nombre de ses machines , sans que le moindre accident soit jamais arrivé à aucune d'elles, quoiqu'il travaillât habituellement avec la vapeur, dont la force expansive était de 1 20 à 1 5o livres par pouce carré , en sus de la pression de l'atmosphère. De sorte que, loin d'avoir entendu des plaintes , comme ses détracteurs le lui avaient prédit , tous ceux qui ont profité de ses travaux lui ont rendu cet honorable témoignage, qu'il avait parfaitement accompli ses promesses , en donnant des machines qui, à force égale, étaient plus simples, moins coûteuses, plus légères, occupant moins d'espace, consommant moins de combustible, et exigeant moins d'eau que toutes celles qui étaient connues jusqu'alors.
On serait disposé à croire qu'Oliver Evans ayant toujours bien rempli ses engagemens , quelque extraordinaires qu'ils parussent d'abord , devait inspirer assez de confiance pour qu'il n'ait jamais manqué des fonds nécessaires aux entreprises qu'il pouvait proposer, surtout dans un pays généralement avide de perfectionnemens, où l'on admet souvent avec trop de légèreté des innovations qui deviennent funestes aux bailleurs de fonds. Cependant
au NOTICE HISTORIQUE
il en fut autrement 5 et durant un grand nombre d'années il chercha inutilement des personnes qui voulussent entreprendre avec lui l'établissement de voitures de roulage , et de diligences , qui devaient être mues au moyen de la vapeur-, quoiqu'il soit probable que , prenant l'état actuel des machines à vapeur pour point de départ, il y a beaucoup moins de chemin à faire pour arriver à des diligences rapides et commodes mues par la vapeur, qu'il n'y en avait en 1773 pour arriver au point où nous en sommes. La preuve que ce projet n'est pas entièrement chimérique se trouve dans l'application de la machine à vapeur au transport des fardeaux, application faite par les Anglais plusieurs années après qu'Oliver Evans eut publié ses idées à ce sujet; le jour n'est peut-être pas éloigné où ses idées recevront leur entier développement dans la pratique.
Tels sont les résultats principaux qu'a obtenus Oliver Evans, et ceux auxquels il tenait le plus, quoiqu'il eût imaginé et décrit plus de quatre-vingts procédés nouveaux , ou connus , mais perfectionnés par lui , qui tous tendent à reculer les bornes de nos connaissances en mécanique. Nul doute qu'Evans aurait rendu encore de très grands services à l'industrie et au commerce , s'il eût possédé de la fortune , ou s'il eût été secondé par des personnes capables d'apprécier son mérite.
Dans un rapport fait au congrès des Etats-Unis,
SUR OLIVER ÉVANS. ai
en i8i4, sur les progrès des arts utiles , Ëvans fut mentionné avec éloge comme l'un des bienfaiteurs de son pays -, et le congrès lui donna un témoignage éclatant de la reconnaissance nationale, en décrétant, le 7 février i8i5, que le terme de son brevet d'invention pour ses machines à vapeur serait prorogé jusqu'en 1825.
Déjà ses jours devenaient plus calmes , et il pouvait raisonnablement espérer de jouir, pendant quelques années de vieillesse, des fruits d'une vie
laborieuse et pleine de contrariétés Bavait formé
de grands ateliers à Philadelphie pour le confectionnement des machines à vapeur et de diverses parties de ses moulins ; d'autres ateliers semblables , situés à Pittsburgh, dans l'état de Pensylvanie, étaient dirigés par son fils, et la fortune semblait enfin lui sourire. Mais , hélas î son bonheur fut de courte durée ; car le 1 1 mars 1819 son bel établissement de Philadelphie fut incendié, et des modèles précieux, fruit de longues années de travail et d'une valeur d'environ ï 00,000 fr., devinrent la proie des flammes. Oliver Evans, dont la santé était délabrée par de longues fatigues, ne put survivre à une telle catastrophe ; il se trouvait à New-York lorsque la nouvelle de son malheur lui parvint -, et quatre jours plus tard , c'est-à-dire le i5 mars 18 19, îl cessa de vivre.
Peu d'hommes ont été aussi utiles à la société qu'Oliver Evans-, très peu ont mis une pareille
22 NOTICE HISTORIQUE, etc.
persévérance à rendre service à leurs semblables, pour ainsi dire malgré eux. Ses contemporains ne savaient pas l'apprécier a sa juste valeur ; mais l'équitable postérité placera son nom parmi ceux des hommes le plus justement distingués par les services émimens rendus à la patrie et à l'humanité.
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DE LAUTEUR.
vjomme le titre (i) de cet ouvrage est dû à une circonstance particulière, il sera peut-être agréable au lecteur d'en connaître l'historique. En décembre 1804, l'auteur adressa au congrès une pétition, afin de solliciter une prolongation de son brevet pour ses perfectionnemens des moulins à farine. Dans cette pétition, il exposait que le brevet expirerait avant qu'il pût recevoir une compensation proportionnée aux services rendus, ou même obtenir un dédommagement raisonnable pour le temps, le travail et l'argent qu'il avait perdus pour répandre l'usage de ces perfectionnemens. Il faisait observer: i°. que les intentions patriotiques du congrès , en faisant la loi sur les brevets, seraient sans effet à son égard, à cause
(1) Le titre de l'ouvrage est « Abortion» ou Avorte ment du Manuel l. etc. ( Note du Traducteur.)
de sa courte durée et de l'immense étendue de pays qu'il fallait traverser pour faire connaître l'invention et pour recevoir les honoraires de ceux qui l'adoptaient; 2°. qu'il avait dépensé tous les profits de son moulin pour les employer à perfectionner sa machine à vapeur, qui était alors en activité ; 3°. qu'il avait trois autres inventions, qui lui paraissaient très importantes, prêtes à être soumises à l'expérience, mais qu'il en coûterait beaucoup pour les mettre en pratique; 4°« qu'il avait commencé un traité dans lequel il tâchait d'expliquer les principes de ses perfectionnemens de la machine à vapeur, et que s'il donnait à cet ouvrage le développement nécessaire pour le rendre utile , il lui en coûterait au moins 3ooo dollars pour le publier; 5°. que pour étendre l'usage de ses perfectionnemens dans les moulins à farine, il fallait dépenser 3ooo dollars; et 6°. enfin, que pour mettre en pratique ses trois autres inventions , il lui en coûterait 3ooo dollars , faisant un total de gooo dollars. Il ajoutait que la prolongation de son brevet, pendant sept autres années, le mettrait à même de poursuivre le recouvrement des sommes qui lui étaient dues, et lui produirait 10,000 dollars, qu'il s'engageait à dépenser de la manière indiquée plus