LANGAGE ET REDACTION
On se plaint généralement de la faiblesse du langage et de la rédaction dans les écoles primaires. Ce n’est ut-être pas sans raison. Il faut réagir.
Mais par quels moyens? Simplement, en multipliant dans toutes les classes les exercices de langage et de rédaction. C'est en parlant qu'on se forme à parler; c'est en écrivant qu'on se forme à écrire. Faisons donc beaucoup parler les enfants, encourageons les timides à s'exprimer sans fausse honte, exigeons’ que les réponses soient toujours clairement, Correctement et complètement formulées. Faisons faire de nombreux exercices de vocabulaire oraux et écrits, de nombreux exercices de phraséologie oraux et écrits, beaucoup d'exercices d'invention et de disposition des idées ; en ayant soin de varier les procédés et de garder les difficultés — selon les indications du programme.
L’explication littérale des textes dans les classes inférieures, l'explication littéraire dans les classes plus élevées, fourniront aussi leur Concours—sans aucune surcharge, puisque aussi bien ces explications doivent nécessairement être données.
Sans doute, les enfants sont incapables, laissés à leurs propres forces, de trouver des idées, surtout de les coordonner, et par conséquent de les formuler ou de les rendre par écrit sous une forme convenable. Cela est entendu. Mais on leur viendra en aide. Tout essai de langage, tout essai de rédaction, sera préparé collectivement par le maître et les élèves. Des exercices oraux précèderont les exercices écrits et mettront préalablement dans les jeunes esprits des idées, des mots, un certain ordre. Cette préparation, très complète au début, ira en se restreignant de plus en plus pour n'être qu’un rapide énoncé du sujet dans les cernières années.
Le maître n’oubliera jamais, au reste, que la langue des élèves se modèlera insezsiblement mais fatalement sur la sienne. A lui de soigner son langage avec la plus minutieuse vigilance. Qu'il s'interdise toute incorrection, toute : négligence ; que sa parole soit claire, naturelle, élégante sans recherche.
Voilà des moyens. Il y en à d’autres. La copie et la transcription de mémoire de morceaux choisis, la composition de petites phrases avec des éléments donnés, les comptes rendus de lectures, les résumés de catéchisme, d'histoire, de leçons de choses, etc., une petite lettre à son père, à son parrain, le récit d’un événement familial, la description de la classe, c'est de la rédaction. Et tout cela peut être corimencé de bonne heure au cours élémentaire. La narration, la description, le g'nre épistolaire se trouvent ainsi introduits à l’école. Il n’y aura plus qu’à continuer ces mêmes exercices dans les cours suivants, en leur donnant une étendue et des développements proportionnés au degré de culture des élèves,
Outre ces moyens généraux, il en est de spéciaux. Ceux-ci se résument à trois: apprendre aux élèves l’art de trouver des idées sur un sujet donné, leur apprendre Part de disposer leurs idées dans un ordre logique et naturel, leur enseigner l’art d'exprimer ces idées d’une manière claire, simple, naturelle, harmonieuse. Toute la composition consiste, en effet, dans l'invention, la disposition et l’élocution.
’est en s'inspirant des préceptes littéraires relatifs à ces trois opérations de l'esprit étudiées en littérature, qu’on abordera la composition française au cours modèle ct qu’on la continuera dans le cours académique.
On avait déjà: enseigné pratiquement aux élèves des idées, à les ordonner et à les rendre. Mais on s'était chargé en grande partie de ce travail, le leur donnant Pour ainsi dire presque tout fait. Il est temps désormais de les livrer progressivement à un travail plus personnel. Ils apprennent en littérature les règles de l’invention, de la disposition et de l’élocution ; le concours du maître dans la préparation doit diminuer peu à peu. .
D'un autre côté, il subsiste encore — et très vigilant, plus minutieux, exigeant même — dans la correction.
LANGAGE ET REDACTION—(Suite)
Cette correction pourrait se faire absolument en dehors des heures de classe. C’est la correction solitaire, prescrite en certains pays. Mais elle demanderait généralement trop de temps. Il vaudra mieux adopter la méthode qui suit: 1° parcourir le soir toutes les compositions de façon à être fixé sur les bonnes, les médiocres, les mauvaises; 2° en choisir deux ou trois de chaque catégorie, qui seront corrigées le lendemain en classe : 3° indiquer la manière dont il convenait de poser le sujet et de le diviser, les idées principales qu'il fallait trouver et rassembler, les idées accessoires qui devaient naturellement se grouper autour ; 4° relever au courant de la lecture les fautes de style, les négligences, les termes défectueux, les mots impropres, les anglicismes, les fautes d'orthographe, etc.; 5° réformer les gr on boiteuses, incomplètes, etc. ; 6° et ne pas manquer de louer ce qui est bon,
titre d'encouragement.
Le corrigé émerge de ces critiques et de ces observations. Toute la classe ya travaillé, y a apporté son contingent, car le maitre, autant que possible, a procédé par interrogations. Tout le monde sent ainsi en quoi pèche son propre travail, voit en quoi il est défectueux et comment il faudrait s'y prendre si le devoir était à recommencer.
Et afin de cultiver toujours le langage en même temps que le style, finissons toute correction par, un compte rendu oral du sujet traité, ou au moins par une conversation appropriée.
Enfin, et cette remarque mérite d'être retenue à la lettre, il faut prendre les sujets de composition aussi près que possible des élèves. Ce ne sont pas des traits ühéroïsme, des faits lointains que les élèves auront à raconter plus tard, des maximes philosophiques qu'ils auront à développer, des aventures merveilleuses et grandioses qu’ils auront à décrire. Mettons donc plutôt les élèves en présence des événements ordinaires de la vie, des phénomènes qui se passent sous leurs yeux, des accidents, joies ou douleurs, dont la vie est pleine, des services à demander ou à rendre, des témoignages de reconnaissance, de regrets ou de sympathie comme en imposent la bonté du cœur, les relations sociales ou les vertus chrétiennes.