‹ Manuel de l'ordinandChapitre 10 sur 18 · U ti Deus , per omnia sœcula sœculorum. #. Amen · texte numérisé non relu

U ti Deus , per omnia sœcula sœculorum. #. Amen

Oremus.. Domi- Prions. Seigneur saint , auteur ne sancte , Pater de la foi , de l'espérance et de la fidei , spci et gra- grâce, et rémunérateur de nos protiœ, etprofectuum grès dus à vos bienfaits et à vos remunerator , qui dons,vous qui avez établi au ciel et in cœlestibus et sur la terre le ministère des Anges terrenis Angclo- pour vous adorer et nous servir , rum ministeriis vous pour qui tous les éléments ubique dispositis, sont comme autant d'instruments per omnia ele- qui exécutent vos volontés souvementa voluntatis raines, daignez répandre les effets tuae diffundis ef- de votre tendresse sur vos servifectum , bos quo- teurs; afin que, dociles à vos ordres (jue famulos tuos comme vos Anges et comme les éléspirituali dignare ments , ministres irrépréhensibles illustrare affectu; de vos autels, ils soient rendus par ut tuis obsequiis votre grâce encore plus purs , enexpediti, sanctis core plus dignes du haut rang où altaribus tuis mi- vos Apôtres , inspirés par le Saintnistri puri aecres- Esprit, élevèrent sept des premiers cant; et indulgen- disciples sous la direction et la contiâ tuâ puriorcs, duite de saintEtienne;etque, doués corumgradiijquos de toutes les vertus nécessaires Apostoli lui in sep- pour vous servir , ils vous soient tenarium nume- agréables. Par Jésus-Christ... rum , beato Sicphano duce ac praevio , Spiritu sancto auctore, elegeruat , digni existant ; et virtutibus universis , quibus tibi ser-

vire oportet, instructi , tibi placeant. Per Dominum nostrum Jcsum Christum Filium tuum , qui v

tecum vivil et régnât in unitate ejusdem Spiritûs sancti Deus , per omnia sœcula sœculoruni.^.Amen.

Le diacre saint Etîenae.

Premier Prélude. « Et elegcrunt Stcphanum, virum plénum fide et Spiritu sancto. » (Act. vi). « Stephanus autem, plenus gratià et fortitudine , faciebat prodigia et signa magna in populo. » (Jbid.). Quel éloge plus complet et mieux mérité?

Deuxième Prélude. Se représenter saint Etienne sous la main des Apôtres qui l'ordonnent , ou rendant témoignage à Jésus-Christ devant les synagogues réunies, ou à genoux , priant pour ceux qui' le lapident et spécialement pour Saul.

Troisième Prélude. Demander la grâce de comprendre et d'imiter les vertus héroïques du premier Diacre.

1° Saint Etienne a justifié le choix qu'on avait fait

de lui, EN SE MONTRANT PLEIN DE LA GRACE ET DE LA SAGESSE QUE DONNE LE SAINT-ESPRIT , DANS l'ACCOM- PLISSEMENT DE SON MINISTÈRE :

— 1° Comme dispensateur des biens de V Eglise. — Cet emploi difficile et délicat, fatal écueil pour Judas, source de tentations dangereuses pour les Saints

eux-mêmes , et occasion de tant d'abus et de scandales, saint Etienne l'accepte et le remplit, non' pour satisfaire le luxe , la sensualité , l'avarice au préjudice des membres souffrants de Jésus-Cbrist , mais pour subvenir aux besoins des pauvres, avec un parfait désintéressement, avec une probité inaltérable, avec une équité et une impartialité qui font cesser les murmures, avec une vigilance et une sollicitude qui frappent d'admiration les Juifs et les amènent en foule à l'Evangile. IN'est-ce pas pour marquer cet heureux résultat, que saint Luc interrompt l'éloge commencé de saint Etienne ? « Et verbum Domini crescebat, et multiplicabatur numerus discipulorum in Jérusalem valdè : multa etiam turba sacerdotum obediebat fidei. » (Ibid.)

— 2° Comme directeur des veuves. Traiter et converser souvent avec un sexe si faible lui-même et si capable d'affaiblir les plus forts, le voir et l'écouter tantôt en public et tantôt en particulier, pour l'instruire, le diriger, le consoler : quoi de plus capable d'éveiller la jalousie, d'exciter la malignité, de donner prise à la médisance ? Et cependant Etienne est canonisé par les fidèles, révéré par les étrangers, épargné même par ses ennemis qui ne trouvent pas un grief contre lui , pas l'ombre d'un soupçon. Ah ! c'est qu'il avait su désarmer la plus rigide censure et enlever le suffrage universel par la sainteté, l'irrépréhensibilité de ses mœurs; c'est qu'il gardait inviolablement toutes les règles de la modestie, de la circonspection, de la bienséance, doux et charitable sans doute, mais grave et pur comme un ange.

— 3° Comme prédicateur. Il suffit de lire son discours dans la synagogue. Quelle charité ! « Viri fratres, et patres, audite. » Quelle science! Toute l'histoire sainte est résumée par ses traits les plus saillants. Quelle insinuation ! Il montre qu'il fait profession de

Toi la même foi, qu'il est issu de la même race. Quelle, 'adresse ! Il a le secret, en disant toujours la vérité, de remettre sous les yeux toutes les persécutions suscitées par leurs pères contre les envoyés de Dieu. Quelle hardiesse ! « Et occiderunt eos qui prcenuntiabant de adventu Justi, cujus vos nunc proditores et homicidee fuistis. » Quelle véhémence! « Dura cervice, et incireumcisis cordibus et auribus, vos semper Spiritui sancto resistitis \ sicut patres vestri, ità et vos. » Faut-il s'étonner que l'Evangéliste ajoute : « Et non poterant resistere sapientiae , et Spiritui qui loquebatur? » Et plus loin : « Et intuentes in eum omnes qui sedebant in concilie-", vidcrunt faciem cjus tanquam faciem Angeli. »

2° Saint Etienne a justifié le choix qu'on avait fait

de lui, EN SE MONTRANT PLEIN DE LA FOI ET DE LA FORCE QUE DONNE LE SAINT-ESPRIT, DANS LA CONSOMMATION DE SON MARTYRE.

— 1° Le premier il a affronté la mort pour Jésus- Christ. Comme autrefois Moïse , pour rassurer et fortifier le peuple frémissant et hésitant à la vue des flots amoncelés et suspendus, s'élança le premier dans les gouffres de la mer Rouge, et par son intrépidité détermina tous les autres à le suivre ; ainsi, dit saint Jean-Chrysostùme, Etienne, pour encourager et soutenir par son exemple ses compagnons d'armes, marche à leur tète, se hasarde le premier dans la voie sanglante, et, en entraînant sur ses pas des légions de héros, acquiert le titre glorieux de prince des Martyrs.

— 2° Il demeure ferme et immobile au milieu du ])lus cruel supplice. « Et impetum fccerunt unanimiter in eum. » Nulle formalité, nulle apparence de justice. Les chefs de tant de synagogues s'emportent jusqu'à outrager , insulter l'homme de Dieu ; ils grincent des dents, se jettent sur lui avec fureur, le traînent violemment à travers les rues de la ville, et,

après l'avoir meurtri dans tous ses membres et enseveli sous une grêle de pierres, ils le laissent palpitant et en proie aux plus atroces douleurs. Pour lui, calme et tranquille, sans opposer la moindre résistance, sans faire entendre un murmure, il s'entretient avec Jésus-Christ, il lui recommande les besoins de son Eglise , il traite la grande affaire de la conversion de saint Paul. Miracle de force tel, disent les Pères, que Jésus-Christ se leva de «on trône pour en être le spectateur, et pour composer à son invincible témoin, avec les pierres qui l'accablaient , un diadème d'honneur.

— 3° Il prie pour ses bourreaux avec plus de zèle que pour lui-même. « Et Iapidabant Stephanum invoeantem , et dicentem : Domine Jesu , suscipe spiritum rneum. » Ici, il prie pour lui, il est debout; maintenant qu'il va prier pour ses ennemis , il prend une posture plus humiliée : « Posilis aulem genibus; » et parce que la voix du crime retentit jusqu'aux cieux , il veut que la voix du pardon et de la supplication monte plus haut encore : « Clamavit voce magnà , dicens : Domine, ne statuas illis hoc peccatum. » Il était juste, dit saint Augustin, qu'il ne survécût pas à cette prière. Qu'aurait-il pu dire, ou qu'aurait-il pu faire dans la suite qui approchât du mérite d'une telle charité, à laquelle nous devons Paul? « Et cùm hoc dixisset, obdormivitin Domino. » (Bourdaloue.)

Colloques : 1° Avec saint Etienne. « Ito nune, S. Stéphane , ito pugil Christi , ito ad Jesum tuum , pro eujus fide et amore tantum agonem obiisti. Jésus te exspectat ut coronet , qui spectavit ut vinceres. Bonum certamen eertasH, cursum consummasli, fidem servasti, accipe coronam gloriœ. Ito, Martyr fortissimo, indomum fortium Dci. Ito, Virgo castissime, in supernum montem Sion ; sequere cum choris SS. Viri^inum Agnum quocùmque icrit , canta cum eis canticum novum, imo illud cocteris prœcine. Ito, Christi

Evangelisla etprseco, in aulam cœlestem Christi. Ille viclorem et felicem tuura spiritum excipiet. 111c tibi saxa in gemmas convertet ; pro coronà saxorum imponet capiti tuo eoronam carbunculorum.adamantum, smaragdorum. Ille abocuiis tuis lacrymas, à vultu sudorem, à eorpore cruorem omnem abslergct. Ille Deo Patri victorem te sistet, ut promodico agonis tempore a?terni regni diadema accipias. Ko, Protomartyr, ceeteris iterin cœlum prœi, viam ad triumpbum sterne; sequcntur te ut ducem toto orbe,per omnia futura seecula, innumera Martyrum agmina. Paucis horis fortiter luctando teipsum meritis, Apostolos gaudio, fidèles exemplo, Ecclesiam glorià, orbem famâ, Angeles exultatione, cœlum civibus, paradisum martyribus implesti et condecorasti. Eia ! ex alto nos respice, ut lui , certaminis vestigia fortiter sequi, itàqne glorias tuée bravium consequi mereamur. Amen. » (Cornel. à Lap.)

2° Avec saint Paul. Qu'il nous dise lui-même le prodige de patience et le prodige de charité dont il fut le témoin. Offrir à saint Etienne tout ce que saint Paul converti dut lui offrir.

3° Avec Jésus-Christ. Demander l'esprit qui donne la grâce et la sagesse dans les ministères, la foi et la force dans les combats.

La Force, vertu do Diaere.

Premier Prélude. Sur ces paroles : « Stephanus autem plenus gratià et fortitudine... » Cornélius à Lapide fait ce commentaire : « Gratiarn. multaheroica operandi ; Fortitudinem, multa dura patiendi accipit. Plenus erat omni gratià, sed maxime fortitudine, tum ad intrépide prœdicandum, tum ad offerendum se minis, tum ad patrandum signa et prodigia. » La force, telle est la vertu caractéristique du Diacre.

Deuxième Prélude. Se représenter soi-même sous la main de l'Evcque disant : « Accipe Spiritum sanctum ad robur... »

Troisième Prélude. Demander et la grâce pour faire au besoin des actes héroïques, et la torce pour beaucoup souffrir.

i° Ce que c'est que la force. « Fortitudo, » dit saint Thomas, « est considerata periculorum susceptio et laborum perpessio. » Son premier office est de nous faire entreprendre et accomplir généreusement, malgré les obstacles, ce qu'exigent nos devoirs envers Dieu , envers nous-mêmes et envers le prochain. Son second office est de nous faire souffrir, avec un courage chrétien, tous les maux, la mort même, plutôt que de transgresser ces devoirs.

Les vertus qui s'engendrent de la force et qui la perfectionnent sont: \° la confiance, par laquelle on croit pouvoir affronter les périls, et surmonter les difficultés qu'offre une entreprise raisonnable ; 2° la magnanimité, qui incline aux œuvres grandes et illustres ; 3° la magnificence, qui nous porte à faire noblement les dépenses nécessaires au succès ; 4° la persévérance, qui nous soutient jusqu'au bout dans la route du bien, quelque rude qu'elle soit •, S0 la patience, qui nous fait supporter avec sérénité les afflictions et les maladies.

Les vices opposés à la force sont : par excès, la présomption qui veut plus qu'elle ne peut, et la témérité qui se hasarde sans nécessité et sans prévoyance ; par défaut, la crainte, la pusillanimité, la lâcheté, la paress e, le respect humain, qui font reculer et rendre les armes sans ou presque sans combat.

2° Combien elle est nécessaire. Au Diacre le Pontife dit : « Accipe Spiritum sanctum ad robur, ad resistendum diabolo et tentationibus ejus:in nomine Domini \ » et au Prêtre : « Sacerdolem oportet prœ-

esse. » Comme athlète, pour vaincre scû ennemis, et comme chef, pour mener le peuple à la victoire, le Prêtre doit être fort.

— \° Comme aWète. Le premier usage de la force est contre nos désirs : « Sub te erit appetitus ejus, et tu dominaberis illius. » (Gen. iv). Qui a l'empire sur soimême, mérite de l'avoir sur les autres. Qui n'est pas maître de son cœur n'a rien de fort. Pilate, Hérode, David et Salomon n'étaient plus puissants, quand, subjugués par leurs passions, l'abus de leur autorité les rendit les plus faibles de tous les hommes. Au contraire, Joseph, Tobie, Daniel, les trois jeunes Hébreux dans la captivité, déployèrent une force surhumaine, lorsque, en présence de la séduction et de la menace, ils surent maîtriser leurs passions.

Le second usage de la force est contre le démon. Bien qu'il agisse sur l'imagination et les sens, son pouvoir ne va pas jusqu'à arracher à la volonté le consentement. C'est un chien enchaîné, dit saint Augustin ; une araignée, dit saint Césaire, qui tend des embûches, mais ne se jette point sur la mouche qui vole. II est faible, si nous sommes forts ; lâche, si nous sommes courageux 5 lion ou fourmi, selon nos désirs, dit saint Grégoire ; femme timide ou homme audacieux, dit saint Ignace. La force consiste à lui dire avec saint Michel : « Quis ut Deus? » ou avec le Sauveur : « Vade, Satana. »

Le troisième usage de la force est contre le mondt. Tel autrefois Sapor, lorsqu'il voulait monter à cheval, faisait venir Valérien son prisonnier, la couronne en tête et le sceptre en main, et, pour faire servir un empereur romain d'étrier à un barbare, lui criait : Courbetoi. Ainsi, pour mettre le Prêtre à son niveau, ou plutôt sous ses pieds, le monde, par la voix de ses railleries et de ses scandales, lui crie : « Prêtre, orné de ton royal diadème et fier de ton sceptre spirituel,

fléchis le genou devant le monde, scis vain et frivole comme le monde, parle des richesses ci des honneurs comme le monde, livre-toi aux plaisirs sensuels comme le monde. » S'il est fort, le Prêtre répondra avec Jésus-Chris i : « Va? mundo à scandalis! » (Matlh. xviii); ou avec l'Apôtre : « Mihi mundus crucifixus est, et ego mundo. » (Gai. vi.)

— 2° Comme chef. Quand Dieu étahlit Josué pour être chef du peuple, il dit à Moise : « Prœeipe Josue , et corrobora eum atque conforta. » (Dealer, m). Plus tard , Dieu dit à Josué : « Confortare et esto robustus : tu enini introduces fdios Israël in terram quam pollicitus sum, elegocro tecum. » (Ibul.xxxi). Et après la mort de Moïse : « Confortare et cslo robustus... Confortare igit'ur, et esto robuslus vaîdè... Ecce praecipio tibi, confortare et esto robustus. Noli metuere, et noli timere : quoniam tecum est ÎDominus Deus tuus in omnibus ad quoecumque perrexeris. » (Jos. i). Comme s'il disait : « Si tu trembles, tout tremble avec toi. Quand la tète est ébranlée, tout le corps chancelle. »

Voilà comme Dieu installe les princes. David suit cet exemple, et parle ainsi à Salomon : « Nuncergu, fîli mi, sit Dominus tecum, et pro-^perarc et œdiiîca domum Domino Deo tuo... Confortare et virili ter âge, ne timeas, neque paveas. » (1. Parai, xxn). Et encore : « Ego ingredior viam universae terne : Confortare, et esto vir. » (III. Rerj. n). Toujours la fermeté et le courage : rien n'est plus nécessaire pour soutenir l'autorité.

Le Prêtre, lui aussi, est appelé comme Josué à introduire les âmes dans la vraie terre promise, et comme Salomon, à bâtir au Seigneur des temples vivants. Alui donc la force : 1° en chaire, pour s'élever contre l'err reur et le vice : « Nécessitas enim mihi incumbit : vte enim mihi est, si non evangelizavero. » (I. Cor.

ix) ; 2° au saint tribunal, pour déclarer au pénitent ses obligations : « Non licet tibi. » (Marc. x\) ; 3° dans les maladies pestilentielles , pour sauver les âmes au péril de sa santé et de sa vie : « Ideô omnia sustineo propter electos. m (II. îïm.ii); 4° dans les contradictions : « Obedire oportet Deo magis quàm hominibus. » (Act. v) : 5° dans les persécutions ouvertes : « Sed nihil borum vercor •, nec facio animam meam pretiosiorem quàm me. » (Ibid. xx.)

N'est-ce pas à la force et au zèle qu'elle déploya contre les adorateurs du veau d'or, que la tribu de Lévi dut d'être choisie pour être la tribu du Seigneur? « Qui dixit patri suo et matri suce : Neseio vos ; et fratribus suis : Ignoro vos, et nescierunt filios suos... Ponent thymiama in furore tuo, et bolocaustum super aitare tuum. » (Deut. xxxm.)

3° Pourquoi plusieurs manquent de force. Les uns ont un caractère mou , efféminé , sans vigueur , sans consistance : et le Sacerdoce demande une âme grande, élevée, solidement trempée. Les autres n'ont qu'une science insuffisante ', et dès-lors l'irrégularité . l'inconstance, la bizarrerie, l'incertitude régnent dans leurs décisions et leur conduite : « Yir sapiens, fortis est : et vir doctus , robustus et validus. » (Prov. xxiy). Ceux-ci se laissent prendre à l'appât de la faveur ou de l'intérêt : « Non accipies personam , nec muncra : quia munera excœcant oculos sapientûm , et mutant Verba justorum. » (Deut. xvi). Ceux-là , garrottés par le démon de l'impureté ou de l'avarice, n'osent plus ou ne peuvent plus prendre en main la cause de la vertu. D'autres , nourris de lectures frivoles ou dangereuses, sentent de jour en jour défaillir leurs convictions, leur foi même.

Colloques : 4° Avec saint Etienne. Demander par ' son intercession une ample participation à sa force invincible.

2° Avec Jésus-Christ. Dans ce siècle où , les vérités diminuant et les âmes s'abâlardissant, chacun se laisse emporter à tout vent d'opinion et de doctrine, qu'il donne à son Eglise des Prêtres au caractère ferme et à la foi inébranlable.

Actes de vertu héroïques.

« Regnum cœlorum vim patitur, et violentî rapîunt illud. » (Matth. xi). Le ciel est à ce prix: il faut l'escalader, l'emporter à la pointe de l'épée, et sauver son âme en la perdant : « Qui enim voluerit animam suam salvam facere, perdet illam : nam qui perdide- "it animam suam propterme, salvam faciet illam. » (Luc. ix). Le saint est nécessairement un héros , et, s'il ne fait pas toujours des actes héroïques, il est du moins toujours prêt à en faire au besoin.

Qu'est-ce donc que l'acte de vertu héroïque? C'est celui qui, vu la grandeur de l'objet, des difficultés ou des répugnances de la nature, exige un effort suprême de la volonté. Comme le géant l'emporte sur l'homme ordinaire, le bond du lion sur le pas de la brebis, et le diamant sur toutes les perles, ainsi l'acte héroïque sort delà ligne commune, s'élèveàune prodigieuse hauteur, et, par son éclat, éclipse tous les autres actes. C'est, du côté de l'homme, un tour de force de sa volonté, et, du côté de Diçu, un chefd'œuvre de sa grâce.

Abraham n'hésite pas à immoler son fils ; Magdeleine aux pieds de Jésus brave les railleries de la foule; saint Alexis quitte son épouse et la maison paternelle le soir même de ses noces ; saint Gualbert embrasse le meurtrier de son frère •, saint Casimir préfère lu mort à la perte de sa chasteté ; saint Thomas d'Aquin s'arme d'un tison contre une courtisane ; sainte Chan

tal passe sur le corps de ses fils , pour voler où Dieu l'appelle : sainte Elisabeth baise les ulcères des malades j saint François Xavier passe près du château de sa mère sans lui dire un dernier adieu ; le diacre saint Vincent, en présence du cruel Dacien, demande" à Valère son évèque , savant mais bègue , de répondre lui-même aux interrogations : « Si jubés, Pater, responsis judicem aggrediar ; » le diacre saint Laurent, voyant son Evèque aller au martyre, lui crie : « Quô progrederis sine filio, Pater? Quô, Sacerdos sancte , sine Diacono properas ? Tu nunquam sine Diacono sacrificium offerre consueveras. » Puis, du gril où il est à demi brûlé, il insulte à la rage du tyran : « Assatum est jam, versa, etmanduca. » Qui ne voit dans chacun de ces traits le sublime de la force, le courage poussé à son apogée, le coup le plus violent porté à la nature, ou plutôt, la nature elle-même prise d'assaut ? L'acte héroïque suppose : 1° une âme grande et énergique; car c'est la force et l'élévation qui caractérisent le héros. L'entreprise est ardue, la résistance sera terrible, n'importe : on s'élève au-dessus de soimême, on se précipite tète baissée, on risque le tout pour le tout. — 2° Un ardent amour pour Notre- Seigneur : car cet amour est plus fort que la mort. Saint Léon a dit du diacre saint Laurent : « Superari charitatis Christi flamma non potuit; segnior fuitignis qui foris ussit, quàm qui intùs accendit. » Cornélius à Lapide reprend : « Imô, quodprodigii est instar; externus ignis internum in mente Laurentii accendit, internus externum restinxit. Magîs enim sitiebat hune ignem Laurentius quàm cervus anhelus sitiat aquam, imô magîs quàm Valerianus sitiret ejus cruoremetincendium. Oquàmpotens est flamma Christi! » (In Levit. c. n). — 3° Une grâce extraordinaire et de choix : car, si aucun acte de vertu n'est possible sans la grâce, l'acte le plus haut et le plus surhumain le

serait-il sans une grâce spéciale? Cette grâce, pour n'être pas toujours sensible, n'en est pas moins victorieuse et toute-puissante ; et, pour l'être quelquefois, elle n'en laisse pas moins à l'acte tout son mérite, le mérite se trouvant dans l'acceptation. #

Tout acte héroïque est grand, sinon toujours à raison de l'objet, du moins à raison des difficultés et des répugnances qu'il faut vaincre. Mais parce que la grandeur des difficultés ou des répugnances se mesure d'après les individus et les circonstances, c'est relativement aux individus et aux circonstances, et non d'une manière générale et absolue, qu'il faut apprécier l'héroïcité. Pour le pêcheur de Galilée, quitter une barque et des filets fut certainement un acte héroïque au degré le plus éminent. Notre-Seigneur n'a-t-il pas dit du denier de la veuve, sa dernière ressource : « Amen dico vobis, quoniam vidua hœc pauper plus omnibus misit, qui miserunt in gazophylacium. » {Marc. xi\.)

Mille occasions s'offrent au Prêtre de faire des actes héroïques : Former de hautes entreprises pour la gloire de Dieu ; se montrer humble dans les succès brillants, et inébranlable dans les contradictions ; lutter contre les envahissements du pouvoir, contre les abus et les scandales; supporter patiemment, sans murmurer, une calomnie, un reproche injuste, une disgrâce ; prier pour les persécuteurs ; quitter, sur un ordre ou une invitation des Supérieurs, un poste où l'on avait ses affections et ses habitudes ; rester dans telle paroisse ou dans la société de tels confrères, malgré les soulèvements de la nature •, exposer sa santé et sa vie pour le salut des âmes; combattre les assauts d'une tentation furieuse ou prolongée-, fuir brusquement un lieu, une compagnie où la vertu est compromise ; s'imposer des austérités qui font frémir la délicatesse de la chair ; se jeter aux

genoux d'un confesseur, lorsque la confusion doit être extrême ; accepter avec résignation la pauvreté, les infirmités, la maladie, la mort, la perte d'un parent, etc. Et parce que ces occasions peuvent persévérer longtemps ou se renouveler fréquemment, le Prêtre est souvent non-seulement dans le cas de faire des actes héroïques, mais dans un état presque habituel et permanent d'héroïsme.

On se prépare a produire au besoin ces actes : 1° En faisant bien, sans distinction d'agréables ou de pénibles, toutes les-actions ordinaires. Par ce moyen la volonté s'aguerrit, et' la source de la grâce augmente. 2° En s'exerçant journellement à la pratique de ce qui coûte le plus. C'est tailler dans le vif de la nature, et>se raidir contre toutes les répugnances. 3° En multipliant les actes héroïques intérieurs, par l'acceptation généreuse et spontanée de tout ce qu'il plaira à Dieu d'envoyer. On se familiarise ainsi avec l'idée des plus rudes épreuves,, et on se facilite les plus insignes victoires.

A ces actes sont attachés les fruits les plls précieux. 1° Ils méritent à celai qui les fait les grâces les plus signalées, car Us ravissent le cœur de Dieu.

2° Ils attirent sur le ministère une surabondance de bénédictions, et Dieu a coutume de confier une plus vaste administration, des emplois plus en rapport avec la magnanimité de l'âme.

3° Ils lancent tout d'un coup au faîte de la sainteté et souvent y fixent pour toujours : soit parce que noblesse oblige, et que, porté si haut par un élan sublime, on rougirait de se ravaler et de descendre ; soit parce que la volonté prend dans ces actes une vigueur, une trempe, une impulsion et une confiance qui la rendent comme invincible; soit parce que la faiblesse de certaines difficultés, qui jusque-là avaient arrêté, est mise à nu : comme l'enfant peureux qui, après un

2G8 premier acte de courage, ne craint plus d'affronter les lieux obscurs ou écartés où son imagination lui faisait autrefois apercevoir des spectres et des monstres. Aussi voyons-nous que la plupart des saints ont débute par un coup d'éclat.

Dieu permet encore que le Prêtre se trouve dans l'occasion de pratiquer ces actes, pour l'affermir dans sa vocation, pour le rendre plus vigilant, pour lui faire expier ses fautes et ses négligences, pour consommer sa vertu et embellir sa couronne.

Combien importe-t-il donc de se tenir toujours prêt à faire ces actes, tant pour n'être pas surpris que pour correspondre aux desseins de Dieu !

Duel de la chair et de l'esprit.

Premier Prélude. Saint Paul avait dit : « Caro concupiscit adversùs spiritum , spiritus autem adversùs carnem. » (Gai. v). Le Pontifical dit aux Diacres : « Estote assumpti à carnalibus desideriis, à terrenis concupiscentiis, quœ militant adversùs aniraara. » C'est afin que l'esprit reste vainqueur dans ce duel, que la force est donnée à l'Ordinand.

Deuxième Prélude. Se représenter Jésus clans la flagellation, expiant nos sensualités et nous méritant la victoire sur nos passions.

Troisième Prélude. Demander la grâce de bien comprendre la nature et le résultat de ce duel à mort.

Du côté nu corps, il faut considérer :

1° Ses souplesses. « Entreprends-je de le lier, dit saint Jean-Climaque, il m'échappe; fais-je mine de le juger, il rentre en grâce avec moi-, si je me mets en devoir de le châtier, il me flatte ; quand je commence à le haïr, la nature m'ordonne de l'aimer; quand j'essaie de le

2C9 fuir, il rappelle qu'il est mon compagnon inséparable ; si je le démolis d'une main, je sens que je le reconstruis de l'autre; choyé, il se révolte 5 maltraité, il refuse le service ; les veilles le dessèchent, le sommeil l'engourdit ; les coups le brisent, les caresses l'énervent ; à le rudoyer, il y va de la vie -, à l'aduler, il y va de la mort. »

2° Ses trahisons. « Quelles ne seraient pas , dit Rodriguez , les appréhensions d'un homme à qui l'on tiendrait ce langage : « Votre serviteur qui boit et mange avec vous , qui travaille, converse et voyage avec vous , qui est le confident de vos secrets les plus intimes, de vos joies, de vos chagrins , machine un dessein homicide contre vous ; il s'entend avec vos ennemis , et sa haine est telle, qu'il compte pour rien de recevoir la mort, pourvu qu'il vous la donne. Or, ce traître, c'est notre corps...»

3° Ses attentats. « C'est un étrange abus, dit saint Bernard, lorsque la maîtresse obéit et que la servante commande. » (3/erf. c. li). « Ne serait-ce pas un horrible spectacle, dit saint Augustin, que celui d'un homme marchant la tète en bas et les pieds en haut?» (S. 50, ad Fratres in ercmd). « Et peut-on ne pas qualifier de monstruosité, dit le P. Avila, l'action de celui qui se laisserait garrotter par une bète, atteler par une bête? » (C. xi, De andi, fïlia). Voilà pourtant l'opprobre que le corps inflige à la raison, lorsque, usurpant le sceptre, il l'assujettit aux caprices de la chair, la traîne à la remorque de la chair.

4° Ses exigences. Egoïste et révolté, comme tous les égoïstes et les révoltés, il exagère ses besoins et prétend insolemment que ses besoins sont des droits. Il veut manger à toute heure, les mets les plus exquis, avec avidité et jusqu'au rassasiement. Pour lui, le feu n'est jamais assez ardent en hiver, ni l'air assez frais en été, ni le drap assez fin pour son vêtement. Pour lui , le lit

est toujours trop dur, le travail toujours trop pénible ^ les heures consacrées au sommeil, au jeu, à la conversation , toujours trop courtes. Pleine autorisation est donnée à ses yeux de tout voir, à ses oreilles de tout entendre, à sa langue de tout dire. A la moindre privation, quels cris ! quels reproches !

Du côté de l'esprit, il faut considérer : 1° La justice de sa cause. Sans pureté et sans oraison, point de sainteté possible; et sans mortification, ni pureté ni oraison. Qui ne mortifie pas sa bouche, ne deviendra jamais un saint. (S. Phil. deNéri). Je croirais plutôt à un miracle de l'homme intempérant qu'à sa chasteté'. (S. PieV). L'oraison sans la mortification est une illusion, ou elle dure peu. (Balth. Alv.). Comme le sel préserve la chair de la putréfaction, ainsi la mortification préserve l'homme du péché. Pour élever l'esprit par l'oraison, il faut abattre le corps par la mortification. Le lis de la pureté et la rose de l'oraison ne se conservent et ne se nourrissent que parmi les épines de la mortification. (S. Fr. de Sal.). D'où saint Bernard conclut par cette déclaration de guerre au corps : « Exurgat Deus ; cadat armatus iste, cedat, et conteratur inimicus homo, contemptor Dei, amalor suî , amicus mundi, servus diaboli. Quid tibi videtur ? Ccrtè, si rectè sentis, mecum dices : Beus est mortis, crucifigatur, crucifigatur ! » (S. 90, de Div.)

2° L'habileté desatactique. Saintlgnacela résume ainsi : « Castigatio tribus potissimùm modis assumi potest : l°Circa victum, subtractis quibusdam non superfluis solùm , quod temperantice est , non pœnitcntiœ , sed etiam convenientibus alimentis. Et eô lit mcliùs, quo plus subtrahitur, vitatà intérim naturae corruptione, aut debilitate gravi, seu infirmitate. 2° Circa somni et strati modum, sublatis non mollibus tantùm, aut deliciosis rébus , sed aliis etiam opportunis , quantum licet , cilra vitœ aut valetudinis grave periculum.

Qunproptcr de somno nccessario nihil demendum est, nisi aliquantisper ad consuetudinem , si cui est nimii somni , moderandam. 3° Circa ipsam carnem , ut inflictum sentiat dolorem , admotis gestatisque ciliciis , funibus, autvectibus ferreis, vel incussis verberibus ac plagis, vel aliis austeritatis generibus assumptis. In quibus tamen omnibus magis expedire videtur, ut doloris sensus in carne tanlùm sit , nec penetret ossa cum infirmitatis periculo. » (Exercit. spirit.')

3° Son amour réel pour le corps , malgré sa haine apparente. Tous ses sens, selon l'admirable expression de Tertullien, « nauseant ad antidotum, hiant ad venenum » (Scorp. c. v); ne faut-il pas lui arracber le poison, et le contraindre de prendre l'antidote? Nul autre moyen, en lui épargnant les tourments de l'enfer, de lui procurer pour l'éternité les délices du ciel. Jésus -Christ n'a-t-il pas dit : « Quicumque quœsierit animam suam salvam facere, perdet illam ; et quicumque perdiderit illam, vivificabit eam? » (Luc. xvn). Sur quoi saint Augustin s'écrie : « Magna et mira sententia ! Quemadmodùm fit hominis in animam suam amor, ut pereat? Si malè amaveris, tune odisti ; si benè oderis, tune amasti. Felices qui oderunt custodiendo , ne perdant amando. Noli amare in hâc vitâ, ne perdas in œternâ. » (Tract. 51, inJoan.). Et ailleurs : « Absit, fratres mei , absit ut spiritus , concupiscendo contra carnem, oderit carnem : vitia carnis odit, prudentiam carnis odit, contentionem mortis odit. » (S. G, in Gai. v.)

4° Ce qui V encourage et le soutient dans la lutte» C'est la vue de Jésus-Christ flagellé, couronné d'épines , crucifié. Prêtres, semble-t-il nous dire , c'est de mes blessures que vous êtes nés ; la grâce qui vaus a sanctifiés a dû couler sur vous, avec mon sang, de mes veines cruellement déchirées. Voyez , depuis la plante des pieds jusqu'au sommet delà tète, il n'y a

rien de sain ni d'entier ; tout est meurtri, tout est ensanglanté. Je me suis nourri de douleurs , j'ai fait mes délices des tortures, je ne suis mort qu'après m'être saturé de la volupté de souffrir. C'est ainsi que doit s'accomplir toute justice ; ma grâce ne vous sera appliquée et aux âmes confiées à votre zèle qu'autant que vous pourrez dire avec l'Apôtre : « Adimplco ea quai desunt passionum Christi in carne meà. » [Col. i.)

Colloques : \° Avec le diacre saint François d'Assise. Que pense-t-il maintenant de l'extrême pauvreté à laquelle il s'était condamné, des douleurs que les sacrés stigmates imprimés sur sa chair lui firent endurer? Qui pourrait compter les légions de Saints que sa pénitence a fait monter aux deux?

2° Avec Jésus flagellé. Lui demander pardon pour nos sensualités ; promettre d'imiter sa mortification.

Modestie, antre vertu du Diacre.

Premier Prélude. La modestie est une vertu qui, par respect pour la présence de Dieu, pour l'édification du prochain, et dans un sentiment de dignité personnelle, règle avec bienséance tout l'extérieur de l'homme , son maintien , son vêtement , ses regards, ses gestes, ses discours, ses démarches ; elle ordonne et compose tout, conformément à l'âge, à la condition, sans affectation ni singularité; c'est le reflet, sinon de la sainteté, du moins de la probité et de la décence qui doit être au dedans.

Deuxième Prélude. Se représenter saint François d'Assise marchant dans les rues avec le religieux à qui il avait dit : Allons prêcher.

Troisième Prélude. Demander ce que souhaite lé Pontifical : « Pudor constans, innocentiœ puritas. Estolenitidi, mundi, puri, casti. »

4° Les motifs de la modestie dans le Diacre. Il est : 4° r homme de la prière. Comment pourra-t-il calmer tout-à-coup ses sens, et les tenir respectueux à l'autel où il sert, celui qui leur permet habituellement de s'émanciper en toute liberté ? « Honestas in choro, in exteriorum actuum gravitate, in corporis decenti et uniformi dispositione accipi potest. Sanè in populo gravi laudatur Deus ; gravitas autem inquietudinem excludit; inquietudoin motu membrorum consistit, sive capitis in circumagendo, siveoculorum in circumspiciendo, sive manuum in fricando, vel volvendo curiosè librorum folia, vel aliud superflue faciendo, sive pedum in discurrendo. » (S. Bonav. de Discipl. Offic.)

— 2° L'homme éminemment chaste. Tenus en bride par la modestie , les sens sont le corps-de-garde qui veille à la sûreté du trésor ; déchaînés par l'immortification , ce sont des traîtres qui livrent tout aux larrons. On peut dire de l'abus des yeux , de la langue et des oreilles, ce que saint Cyprien disait de l'abus des mains : « Quid illud est, qureso, ut manus quae jam ad sacrificium Dominicum admissa est, quse ad laudem Domini in oraculo exurgit , quae signum crucis, per quod tuemur, frontibus imprimit, ipsa quai divina Sacramenta consummat; quid est, inquam, ut iterùm laqueis diaboli implicetur ? » (De aleatoribus.)

— 3° L'homme du bon exemple. « Spirituali conversationeprœfulgentes... utsuœ castitatis exemplo , imitationem sanctam pîebs acquirat.... ut possint benè vivendi aliis exemplum prœbere... » dit le Pontifical. Tout dans le Diacre est examiné, imité -, tout édifie ou scandalise, un coup-d'œil, un geste, un mot. Avec quelle circonspection agira-t-il et parlera-t-il celui qui, avec saint Jean-Chrysostùme, se sera une fois bien pénétré de sa vocation ! « Elegitnos Deus ut simus

quasi luminaria ; ut velut fermentum evadamus ; ut magistri cœterorum eflîciamur ; ut velut Angcli cum hominibus versemur, tanquam viri cum pueris, quasi spiritales cum animalibus ; ut ex contubernio nostro ingentia lucra conquirant -, ut scmina simus, ut fructum lœtissimumafferamus. » (ad Tint, m.)

— 4° L'homme cluwgé d'enseigner. « Curateutquibus Evangelium ore annuntiatis, vivis operibus exponatis. » (Pontif.). Ce qui fait dire à saint Jean-Chrysostôme : « Sicut bomo, ubicumque fueritj cœteris animantibus prrostat : ità doctorem decet, sive loquatur, sive sileat, sive in conviviis, sive alibi sil, cœteris hominibus praeeellere : adeô ut incessu, et aspectu,ethabitu, omnibusque simpliciter aliis in rébus prœstantior esse videatur. » (Hom. 73, in llatth.)

2° Son excellence. Saint Bernard la fait ressortir dans cet hymne dont chaque parole veut être pesée : « Verecundia est gemma morum, virga disciplina, soror continentise, lampas pudicœ mentis, ex- ])unctrix malorum, et propagatrix puritatis innatse, specialis gloria conscientia1, et famœ custos, vitse déçus, virtutis sedes, virtutumprimitioe, naturoe laus et insigne totius honesti. Rubor ipse genarum, quem forte invexcrit pudor, quantum gratiœ et decoris suffuso afferre solet ! » (S. 8G, in Cant.)

Avec quelle grâce saint Ennodius relève la modestie de saint Epiphane ! « Vernabat in illo prœ cœteris mater bonorum operum, verecundia. Formositas lucis corporeœ index animœ fuit. Ridebant genoe -, nilida simul labia commendabant dupliciter mclla sermonum ; neenon , quôcumquc vertisset oculos , serenitatem mentis nuntiabat aspectus ; frons cereœ pulchritudinis, et candoris illius , quse solis passa radios colorcm traxit ab œthere : vultus vitœ similis. » (Vit. S. Epiph.)

L'Eglise, dans l'Office de saint Stanislas Kostka, a

cru devoir appliquer cet éloge à celui dont elle venait de dire : « Virginitatem adhuc puer itâ coluit, ut p;;ternâin mensâ si quid minus pudicè dictuin audissef, prœ horrore exanimis corrueret. »

Avec quel enthousiasme saint Grégoire de Nazianze exalte la modestie de saint Gorgon ! « Quis unquam dignior fuit, qui in publicum se inferret? Quis tamen rariùs visus est? Quis oculos œquè frenavit? Quis auribus suis januas magis imposuit? Quis rursùs eas divino sermoni magis apertas liabuit ? ïmo , quis mentem lingure modei'atricem magis prœfecit? Unus illi rubor placebat , quem gignit pudor \ unus candor, quem parit abstinentia. » {Oral, de S. Gorg.)

Plus tard , saint Bernard a dit presque dans les mêmes termes de saint Malachie : « Exteriorem hominem ità uno semper modo, ipsoque modestissimo et decentissimo, gessit, ut nil prorsùs appareret in eo, quod posset offendere intuentes. Quis unquam, etiamsi curiosus observârit, deprehendit otiosum, non dien verbum, sed nutum ? Quis manum, pedemve moventem frustra ? Imô , quid non aedificans in ejus incessu, aspectu , habitu , vultu? Totum in eo disciplinatum , totum insigne virtutis, perfectionis forma. Eratsuîmet potis. » (In Vità S. Mal.)

L'Eglise encore, dans l'Office de saint Lquis de Gonzague, n'hésite pas à appliquer ce double éloge à celui dont elle a dit : « Sensus, oculos prsecipuè, ità cohibuit, ut non modo illos nunquam in faciem intenderit Maria; Austriacœ, quam plures annos inter honorarios Hispaniarum principis ephebos ferè quotidiè salutavit , sed à matris etiam vultu contineret. Homo proptereà sine carne, aut Angélus in carne meritô appellatus. »

3° Ses règles. Saint Ignace les résume dans ce tableau qui donne à la fois le signalement de l'homme bien élevé et du saint Prêtre.

« 4° In conversatione illud in universum dici po-

test, ut in omnibus externis actionibus apparent modestia et humilitas conjuncta cura rciigiosâ maturitate. » C'est bien là l'image qu'on se forme de Jésus vivant sur la terre : la modestie et l'humilité se reflétant sur un fond de religieuse gravité.

« 2° Caput hucilluc leviter non moveatur, sed cum gravitate, ubi opus erit; et si opus non sit, teneatur rectum cum moderatà inflexione in partem anteriorem, ad neutrum latus deflectendo. » Légèreté et raideur, arrogance et pusillanimité : autant de défauts que le Clerc doit bannir de sa physionomie et de sa tenue.

« 3° Oculos demissos, ut plurimùm, teneant ; nec immoderatè eos elevando , nec in hanc aut illam partem circumflectendo. » En d'autres termes, garde des sens, surtout du plus perfide, et mortification continuelle.

« 4° Inter loquendum , cum hominibus prsesertim alicujus auctoritatis , non defigatur aspectus in eorum vultus, sedpotiùs sub oculos. » L'homme modeste fut toujours l'homme respectueux; fixer le regard sur le visage serait d'ailleurs , dans certains cas , une sorte d'outrage.

« 5° Rugœ in fronte, ac multô magis in naso, evitentur; ut serenitas cxteriùs cernalur, qure interioris sit indicium. » Donc, sérénité intérieure par la victoire sur les passions ; le calme ne peut être sur le front, si le trouble est au fond de l'âme.

« 6° Labia nec nimis compressa, nec nimiùm diducta. » Ce serait se donner des airs précieux, ou afficher l'ineptie ; or le Clerc doit se recommander autant par le talent que par la simplicité affable.

« 7° ïota faciès hilaritatem potiùs prae se ferat, quàm tristitiam aut alium minus moderatum affectum. » Enfants de Dieu, il vous est ordonné de vous réjouir dans le Seigneur, et, par le spectacle de votre joie spirituelle, de rendre la vertu aimable-

« 8° Vestes sint mundte et cum religiosà decentiâ compositœ. » Ni recherche, ni négligence : Jésus et Marie , au rapport de la tradition , avaient des vêtements très-convenables.

« 9° Manus , si non in sustinendà veste occupentur, decenter quietœ teneantur. » C'est ici que se révèle en partie la première éducation, soignée ou négligée : une contenance embarrassée, l'agitation des bras, aux yeux de certains, déprécient singulièrement le Prêtre.

« 10° Incessus sit moderatus, sine notabili festinatione, nisi nécessitas urgeret : in quâ tamen, quantum poterit, decori ratio habeatur. » Le sage, par sa prévoyance, règle son temps, et, par l'empire qu'il a sur lui-même, domine tous ses mouvements.

« 11° Omnes denique gestus ac motus ejusmodi sint, qui apud omnes sedificationem pariant. » Les yeux sont si observateurs, surtout à l'endroit du Prêtre, et les cœurs sont si faibles !

« 12° Siloquendum fuerit, meminerintmodestia?, et œdifîcationis tum in verbis, tum in ratione ac modo loquendi. » L'opportunité, le ton, le sujet, les termes, la modestie règle tout pour l'édification.

Colloque avec saint Ignace. Demander, par son intercession, la grâce de pratiquer ces règles si sages.

Le ministère de la prédication confié an Diacre.

Ce ministère essentiel et sublime, dont le Pontife entretient successivement le Lecteur, le Sous-Diacre, le Diacre et le Prêtre, exige et suppose :

4° L'étude de l'Ecriture. Les mères ont du lait avant même de mettre leurs enfants au monde, et les Clercs doivent avoir de quoi nourrir les leurs avant d'être leurs pères. Le Grand-Prêtre portait gravés sur son rational ces deux mots : « l°Doctrina, urim, id

est, illuminatio et doctrina, tum studio, tum magîs pietate et oratione acquisita -, 2° Veritas, tummim , id est veritas, tum in corde, tum in ore, tum maxime in vità, putà integritas et pcrfectio vita?. Sicut cnim os cordi , ità vita ori et cordi respondere débet, perindè ac Verbum Dei, quse aeterna est veritas, est imago Patris : sic hominis verbum et vita débet esse imago cordis, in quo gignitur, ità ut id indicet ac reprsesentct qupd in corde est, non aliud quidpiam fallax ac diversum. » (Corn, à Lap.)

Or c'est dans l'Ecriture que le Clerc trouve sa nourriture : « Verus cibus et potus qui ex verbo Dei sumitur, scientia Scripturarum est » (S. Hier, in cap. ni Eccl.) ; sa substance : « Nostrœ hiérarchise substaotia sunt eloquia divinitùs tradita » (Con. Nicœn. 2um) ; le commerce êpistolaire de Dieu avec l'homme : « Quid est Scriptura sancta, nisi queedam epistola omnipotentis Dei ad creaturam suam? » (S. Greg. Mag. lib. iv. Ep. 84) ; une invitation et comme un passeport pour le ciel : « Scripturas divinas ad nos invitatorias per PatriarchasetPropbctasadnos dignatus est mittere,quibusnosada?ternam patriam invitaret» (S. Aug. in Ps. xc) ; le cœur même de Jésus-Christ : « Cor Christi, Scriptura ipsius. » (/rf.). Un Père a très-bien appelé l'Ecriture Opus Patris, par l'autorité dont elle est revêtue •, Imago Filii, par les mystères qu'elle contient •, Sanctuarium Spiritùs sancti, par les dons qu'on y puise. Comme Jésus-Cbrist, elle peut dire, selon le commentaire de saint Augustin : « Ego sum via ducens, veritas lucens, vita pascens ; ego sum via vitsc, veritas doctrinse, vita salutis; ego sum via in cxemplo, veritas in promisso, vita in praemio. »

Aussi toutes les autres études se rapportent à cellelà: « Quamobrcm bortamur vos litterarum studia non solùm non negligere , verùm etiam humillimâ et Deo placitâ intentione ad boc ccrlatim discere ,

ut faeiliùs et rectiùs Seripturarum mysteria valeatis pcnetrare... Optamus enim vos, sicut decet Ecclesia? milites, et interiùs devotos, etexteriùs doctos, castosque benè vivendo, et scholasticos benè loquendo. » (Concil. Cabil. n, c. 3). Saint Jérôme avait dit : « Discamus in terris, quorum scientia nobiscum perseveret in cœlis. Sic stude, tanquam semper victurus •, sic vive, tanquam semper moriturus. »

2° Le zèle des âmes. Comme le Verbe divin, pour glorifier parfaitement son Père, a dû se revêtir d'un corps, ainsi la science que le Clerc a acquise doit-elle s'incarner pour ainsi dire dans la parole, pour continuer l'œuvre de Jésus-Christ •, car il n'étudie que pour les autres. Saint Thomas d'Aquin fait cette remarque : « Praedicator in Scripturâ habet octo nomina, scilicet miles, vinitor, pastor, bos, arator, triturator, seminator et architecta templi. (/n 1. ad Cor. c. ix). Partout l'idée du travail et du dévoûment. D'où saint Bernard conclut, parlant de leur paroisse aux Curés : « Civitas est, vigilate ad custodiam ; sponsa est, studete ornatuij oves sunt, mtendite pastui. » (Sera. 56, in Canl.)

Comment, sans zèle, éviter l'anathème et remplir un ministère si étendu et si varié ? « Vas vobis legisperitis, quia tulistis clavem scientise : ipsi non introistis, et eos qui introibant probibuistis. » (Luc. xi). « Quid in futuro Christi examine dicturi sumus, si sermonum ejus veritatem prœdicare confundimur? Quid erit de nobis, cùm de commissis animabus et ofûcio suscepto rationem justus Judex exegerit? Ideô nos semper oportet nociva resecare, profutura exigere; objurganclo , hortando, suadendo , blandiendo, consolando prodesse ; lingua nostra bonis fomentum sit, pravis aculeus, lumidos retundat, iratos mitiget, pigros exacuat, desides succendat, refugientibus suadeat, asperis blandiatur, desperatos consoletur : ut quoniam

doctores diciraur, viam salutis gradicntibus ostendamus, siiuus in custodiâ vigilantes, aditus contra hoslis insidias muniamus, solliciti ut ovem perditam et de commissis grcgibus errore abductam, toto connisu ad caulas Dominicas revocantes, de Pastoris nomine quod habemus, prœmium, non supplicium consequamur. » (Pap. Symm. in Concil. Rom. vi°.)

On lit au Lévitique, chap. vu : « Pectusculum enira elevationis et armum separationis tuli à filiis Israël, et dediAaron sacerdoti et filiis ej us lege perpétua ab ornai populo Israël. » Sur quoi Origène : « Quod ergô Sacerdotis pectus aut quale? Plénum sit sapientià, plénum omni divinà intelligentià, imô plénum Deo. Quale brachium? Multa sollicitudo, labor, vigiliïe , quibus eonvertat peccatorem, qui proindè o fiera t bosliam salutaris... In quà hostià pars Sacerdotis efficitur pectusculum, ut sit indicium quôd pectus et cor, quod antè malè cogitabat, Sacerdotis labore conyersum, recepit bonas cogitationes, et ità mundatum est, ut Deum possit videre, » Refuserai-jc de préparer et d'offrir à Jésus-Christ les cœurs de mes frères, lorsqu'il me nourrit moi-même du cœur et du corps entier d'une victime que j'immole chaque jour et qui n'est autre que Jésus-Christ même?

Sur ces paroles : « Negotiamini dùm venio , » saint Grégoire dit : « Quale ei animarum lucrum de nostrâ negotiatione monstrabimus? Quot ejus conspectui animarum manipulos de prsedicationis nostrœ segete illaturi sumus?Ponamus ante oculos nostrosillumtantœ (listrictionisdiem, quo Judex veniet. Eccc mmajestate terribili inter Angelorum et Archangeîorum eboros videbitur. Ibi Petruscum Judœâ conversa, quam post se trahet, apparebit. Ibi Paulus conversum, ut ità dixerim,mundum clucens. Ibi Andréas post se Achaiam, ibi JoannesAsiam, ibi Thomas Indiam inconspectu sui JudicisconversamducetjibiomnesDominicigregisarietes

cum animarum Iucris apparebunt. Hsee, fratres, vobiscum sollicité cogitale, hoec et proximis vestris impendite, omnipotenti Deo fructum vos reddere de negotio quod accepistis, parate. » (Hom. 47.)

3° La sainteté de vie : 1° Pour échapper à cette alternative : ou être condamné , pour avoir retenu la vérité captive : « Vœ enira mihi est, si non evangelizavero » (I. Cor. ix.); ou être condamné, pour n'y avoir pas conformé sa vie : « Propler quod, inexcusabilis es, o homo omnis qui judicas. Eadem enim agis quse judicas. » (Rom. n.)

— 2° Pour donner du poids à la parole. Saint Jérôme se moque du prédicateur qui montre aux combattants où ils doivent porter leurs coups, et qui demeure luimême caché derrière un mur; qui reproche à des hommes couverts de poussière et de sang leur mollesse, tandis que lui-même se couvre de parfums. Sur les sonnettes qui bordaient la tunique d'hyacinthe d'Aaron, il fait cette réilexion : « Tan ta débet esse scientia et eruditio Pontificis Dei, ut et gressus ejus, et motus, et universa vocalia sint. Veritatem mente concipiat, et toto eam habitu resonet et ornatu, et quidquid agit, quidquid loquitur, doctrina sit populorum : absque tintinnabulis enim, et diversis coloribus, et gemmis floribusque virtutum , nec Saneta ingredi potest, nec nomen Antistitis possidere. » À quoi me sert ta langue d'or, si tu as un cœur de fer? s'écrie saint Augustin. Et parce qu'il faut se garder d'imiter celui qui fait mal, pendant qu'on écoute celui qui dit bien, le même Docteur compare le prédicateur pervers à une grappe de raisin dans les épines; il faut la cueillir avec précaution, si l'on ne veut se déchirer la main.

— 3° Pour mieux comprendre la vérité. David déclare qu'il est plus intelligent que ses mai très, parce qu'il avait médité et observé la loi. Il s'étudia à faire ce qu'il avait appris, dit saint Grégoire, et il apprit à entendre

ce qu'il devait enseigner aux autres. La charité, quoique dans la volonté, augmente la science qui est dans l'entendement; car tout amour, ajoute saint Grégoire, est une connaissance. On peut connaître une chose de trois manières, dit saint Thomas, par les oreilles, les yeux, le goût : ainsi j'entends dire que le vin est hon, j'en vois la couleur, je le déguste j cette dernière manière est la plus excellente. C'est pourquoi il est dit : « Gustate et videtc* » L'amour de Dieu augmente la connaissance, la connaissance augmente l'amour, ainsi toujours.

Jésus se portant et se donnant lui-même à la Cène, exerce l'oElce de Diacre.

Premier Prélude. «In suprema? nocte cœnaï...se dat suis manibus. » (S. Thom. Aquin.). C'est à ce moment, disent les Docteurs, que Jésus-Christ remplit la plus auguste fonction du Diacre, celle de porter et de distribuer la sainte Eucharistie.

Deuxième Prélude. Se représenter le cénacle, la table, les lits dressés autour, Jésus-Christ, le pain eucharistique, les Apôtres.

Troisième Prélude. Demander la grâce de comprendre les sentiments qui animaient Jésus dans cette action, et la révérence toute divine avec laquelle il l'accomplit, afin d'entrer dans ces sentiments et d'imiter cette révérence.

1° Jésus se porte lui-même. C'est le plus noble usage qu'il ait jamais fait et pu faire de sa toutepuissance. S'agit-il de mesurer l'immense océan et l'espace, de peser les collines et les montagnes, Isaïe s'écrie : «Quismensusestpugillo aquas, etcœlos palmo ponderavit? Quis appendit tribus digitis molem terra;, et libravitin pondère montes, et colles in staterâ? »

(/s. xl). S"agit-il d'arracher l'Eglise aux tyrans et à la mort pour l'emporter triomphante à la fin des siècles dans le sein du Père, saint Paul dit ce mot sublime : « Deinde finis, cùm tradiderit regnum Deo et Patri, cùm evacuaverit omnem principatum, et potestatem, et virtutem. » (I. Cor. xv.)

Ici, il y a plus que la voûte étoilée, plus que le globe, plus que l'Eglise. Vous êtes là vous-même, ô Jésus, sous ces symboles*, vous êtes là tout entier, Dieuhomme, créateur du monde, architecte du firmament, chef et roi de l'Eglise 5 vous êtes là dans vos mains, et comme celui qui porte et comme celui qui est porté ; et parce qu'en vous portant vous-même , vous portez Celui qui porte le ciel et la terre, c'est ici que cette parole de l'Apôtre a toute sa vérité : « Portans omnia verbo virtutis suae.» (Hebr. 1). C'est vous , ô Jésus, qui avez inauguré le culte que nous rendons à voire Corps en le promenant triomphalement dans nos rues. Eh ! quel autre qu'un Dieu pouvait nous permettre cet excès de familiarité envers le Corps de notre Dieu ?

2° Jésus se donxe lui-même. C'est le gage le plus étonnant qu'il nous ait laissé et qu'il ait pu nous laisser de son amour infini. En se portant il se donne, il ne se porte que pour se donner:, il veut vivre avec nous, vivre en nous, nous faire vivre en lui et vivre de sa vie.

Dans ce don qu'il fait de lui-même se réunissent, comme dans un splendide mémorial : 1° Toutes ses faveurs : son vrai Corps sans partage et sans retranchement, son vrai Sang et tout son Sang jusqu'à la dernière goutte, son âme et sa divinité, l'océan de ses grâces et de ses mérites; il tient tout entre ses mains, il présente tout à ses enfants. — 2° Toutes ses merveilles : le pain changé au Corps du Fils de Dieu, et le vin en son Sang; les espèces subsistant sans les

substances ; le Corpsentier présent sous chaque espèce et sous chaque fragment de l'espèce, présent sur une infinité d'autels, présent à la fois au ciel et sur la terre, sans rien perdre de son unité, de son intégrité, de sa beauté, de sa grandeur; la chair vivifiant l'esprit; l'aliment agissant sur le convive et le transformant ; les accidents se rompant et s'altérant, sans que la réalité invisible se rompe ou s'altère : n'est-ce pas là l'abrégé de tous les miracles du Sauveur? — 3° Toits ses abaissements : voiler à la fois et la splendeur de sa divinité et la majesté douce et bénigne de son humanité ; résider dans une étroite enceinte, sur un autel de pierre ou de bois ; être perpétuellement dans un état d'immolation et de mort ; descendre dans la poitrine d'hommes infirmes et pécheurs; s'exposer à mille profanations et à mille outrages : quel anéantissement! 0 amour de l'IIomme-Dieu , vous épuisez et sa libéralité , et sa toute-puissance , et son humilité !

3° Le Diacre porte Jésus; qu'il lui rende donc honneur pour honneur. Il faudrait un Dieu pour porter un Dieu. Vos mains seules, ô Jésus, ont assez de pureté pour toucher, assez de force pour soulever le Corps de Jésus ; et voici que vous admettez mes mains à cet excès de bonheur et de gloire ! De quelle vénération n'est pas digne la crèche où reposa le divin Enfant, la colonne où fut attachée notre aimable Victime, la croix teinte du sang du Sauveur ! Qui dirait les sentiments du vieillard Siméon, quand il balançait dans ses bras son Messie , objet d'une si longue et si vive attente ; de Joseph, dans la fuite en Egypte, lorsqu'il tenait suspendu à son cou Celui que mille millions d'anges adoraient et bénissaient à l'envi ; de Marie, quand elle baisait, et caressait, et pressait sur son cœur ce fruit béni de son sein ? Qui dirait surtout avec quelle religion, avec quelle majesté surhumaine,

Jésus accomplit cette cérémonie unique dans l'histoire du monde, d'un Dieu se portant lui-même?

Et moi aussi, lorsqu'il me faudra porter l'auguste Sacrement, je me tiendrai recueilli, respectueux, saisi d'une sainte et juste frayeur. Donnez-moi, ô mon Dieu, le cœur des Séraphins brûlants d'amour, des Trônes courbés sous le poids de votre infinie grandeur, des Chérubins absorbés dans leurs ravissements. Que ma foi, ma piété, ma religion m'autorisent à dire comme cet illustre mart)T : Je m'appelle Christophore, Porte-Dieu !

4° Le Diacre reçoit et donne Jésus ; qu'il lui rende donc amour pour amour. « J'ai porté ce matin « mon Sauveur en procession, écrivait saint François « de Sales *, il m'a donné par sa grâce mille saintes « pensées, au milieu desquelles j'ai eu peine à retenir « mes larmes. Comme j'ai été ému de cette parole des « Cantiques : Mets-moi comme un cachet sur ton cœur ! « C'était bien là, en effet, que je le tenais. Oh ! que « j'eusse voulu que mon cœur se fût ouvert pour re- « cevoir mon Sauveur ! Mais, hélas ! je n'avais pas, « pour le fendre, le couteau qu'il fallait; car il ne « se fend que par l'amour. Si j'eusse eu mon cœur « bien abaissé par l'humilité, j'eusse attiré en moi ce « divin Sauveur, qui aime tant cette vertu qu'il s'é- « lance partout où il la voit. » (Sa Vie.)

Vraiment! quand je vois mon Dieu, pour contenter son amour, se livrer tout entier à l'homme, renverser tous les obstacles qui semblent s'opposer à son union avec l'homme, se réduire aux plus profonds abaissements pour arriver jusqu'à l'homme, lui ferais-je cet outrage de ne me dévouera son service qu'avec restriction et mesure, de me laisser arrêter aux moindres difficultés, de me rechercher moi-même en toute ehose, au préjudice de sa gloire ? Oserais-je bien recevoir et distribuer la grande aumône de Dieu, comme

s exprime un Docteur , et me dire le ministre, Vaumônier de Jésus-Christ, le distributeur de ses dons, si je voulais toujours le recevoir sans lui rien donner, le distribuer sans joindre mon offrande à la sienne ?

Colloques : 1° Avec Joseph et Marie. Demander, par leur intercession, une ample participation à ce respect et à cet amour qui caractérisaient tous leurs rapports avec Jésus enfant.

2° Avec Jésus. Rappeler cette parole délectable de l'Apôtre : Dilexit me et tradidit scmetipsum pro me ,• et ajouter du fond du cœur : Eh bien ! moi aussi je l'aime et je me livre pour lui.

Jésus servant le repas à ses Apôtres sur le ravage, exerce l'office de Diacre.

Premier Prélude. Jésus apparut à ses Apôtres fatigués d'une pèche infructueuse, fit entrer dans leurs filets cent cinquante-trois gros poissons, et de sa main leur prépara et leur servit un repas sur le rivage.

Deuxième Prélude. Se représenter la mer, la barque, les Apôtres, Jésus debout, et près de lui des charbons, un poisson, du pain.

Troisième Prélude. Demander la grâce de comprendre la charité de Jésus se faisant le ministre, le diacre de ses Apôtres.

La charité de Jésus se révèle: 1° Dans la pèche miraculeuse qu'il fait faire à ses Apôtres. « Posteà manifestavit se ilcrùm Jésus Discipulis ad mare Tiberiadis. » C'est là, en effet, en Galilée, qu'il leur était ordonné de se rendre. Puisqu'ils sont où il les veut , qu'ils espèrent tout de son secours. « Erant simul Simon Petrus, et Thomas qui dicitur Didymus, etNathanael qui eratà Canà Galileœ, et filii Zebedœi, et alii ex Discipulis ejus duo. » Ils sont tous pécheurs de

profession, exercés dès l'enfance à manier le filet ; le succès parait assuré. « Dicit eis Simon Petrus : Vado piscari. Dicunt ei : Venimus et nos tecum. » Avant d'être définitivement pêcheurs d'hommes, ce qui n'eut lieu qu'à dater de la descente du Saint-Esprit , il leur était permis, peut-être nécessaire, de continuer leur premier métier. « Et exierunt, et ascenderunt in navim : et illà nocte nihil prendiderunt. » Le moment était hien choisi, puisque c'est la nuit que le poisson remonte des gouffres à la surface. Cependant on est arrivé au matin sans rien prendre, rien absolument. « Manè autem facto, stetit Jésus in littore : non tamen cognoverunt Discipuli quia Jésus est. Dixit ergô eis Jésus : Pueri, numquid pulmentarium habetis? » Comme un voyageur qui demande l'aumône , ou comme un marchand qui désire acheter pour revendre. « Responderunt ei : Non. Dicit eis : Mittite in dexteram navigii rete , et invenietis. » Hélas ! ils avaient bien déjà jeté le filet à droite , à gauche , et de toute façon. « Miserunt ergô : et jam non valebant illud trahere prœ multitudine piscium. » Qu'on se figure la joie de ces bons disciples : ils pourront et apaiser leur faim, et donner aux pauvres, et même vendre aux acheteurs.

2° Dans l'agréable surprise de sa visite si opportune qu'il leur ménage. C'est déjà un plaisir, après toute une nuit de peine, de trouver un homme, même inconnu, à qui l'on puisse dire son ennui. Ce plaisir est plus grand, si cet homme paraît s'intéresser à la situation, traite familièrement, et donne., en promettant le succès, un bon conseil. Mais le plaisir est au comble, lorsque, sous la figure de celui qu'on prenait d'abord pour un étranger , on reconnaît toutà-coup l'ami le plus tendre, le père le plus aimant et le plus aimable. «Dixit ergô discipulus ille, quem diligebat Jésus , Pelro : Dominus est. » Le premier

qui fait la reconnaissance pousse un cri de joie , pour annoncer l'heureuse nouvelle. « Simon Petrus cùmaudisset quia Dominus est, tunicà succinxit se (erat eiiim nudus), etmisitse in mare. » A l'instant, le plus ardent se précipite, jetant sa tunique sur l'habit de pèche. « Alii autem Discipuli navigio venerunt (non enim longe erant à terra , sed quasi cubitis ducentis) , trahentes rete piscium. » Le reste vient en toute hâte -, et n'était la proximité du rivage et la crainte de laisser perdre ce que Jésus leur donnait avec tant de bonté, chacun serait disposé à se mettre à la nage comme Pierre, pour voler à Jésus.

3° Dans le repas si bien mérité qu'il leur prépare. Jésus ne veut pas qu'ils attendent trop longtemps le dîner, il leur épargne même la peine d'aller chercher du bois, d'allumer le feu, d'acheter du pain. « Ut ergô descenderunt in terram, videruntprunas positas, » pour cuire le poisson, pour sécher les habits, surtout la tunique de Pierre, et pour réchauffer les membres fatigués. On aime tant un peu de feu le matin, au bord de la mer, après une nuit de veille et de travail ; cette attention ne pouvait échapper à Celui qui a fait le cœur des mères. « Et piscem superpositum : » ce poisson est rôti, pourtant Jésus le tient sur le feu, de peur qu'il ne se refroidisse. « Et panem : » le repas, quoique frugal, est complet -, et l'on peut croire que ce poisson et ce pain, créés tout exprès par Jésus pour ses chers enfants, n'étaient pas d'une qualité inférieure. Mais parce que les chasseurs aiment surfout à manger le fruit de leur chasse, et les pêcheurs le fruit de leur pêche, pour leur procurer ce plaisir innocent et légitime, « Dicit cis Jésus : Afferte de piscibus, quos prendidislis nunc. »

4° Dans la grâce charmante avec laquelle il les sert lui-même. « Asccndit Simon Petrus, et traxit rete in terram, plénum magnis piscibus centum quinquagin-

ta tribus. Et cùm tanti essent, non est scissum rete. » Tandis que Pierre et ses compagnons , ravis , comptent ces poissons énormes et admirent la solidité du filet, oubliant de se mettre à table, « Dicit eis Jésus : Ycnite, prandete. » Il a cboisi le lieu, il a mis le couvert, il les appelle et les fait asseoir. Nulle pensée capable de les préoccuper péniblement, nul doute sur la vérité de sa résurrection et de sa présence : « Et nemo audebat discumbentium interrogare eum : Tu quis es ? Scientes, quia Dominus est. » C'est bien lui ; et quel autre aurait pu faire ce miracle de puissance et de ebarité ? « Etvenit Jésus, et accipit panem, et dat eis, et piscem similiter. » (Joan. xxi). Lui-même rompt le pain, distribue le poisson, va de l'un à l'autre, met de sa main dans la leur. C'est peu : après avoir été ministre, il veut être convive ; il mange avec ses enfants , au milieu de ses enfants, de la pêcbe de ses enfants. « Et convescens , » dit saint Luc. Tout-à-i'beure ils regrettaient de ne pouvoir faire l'aumône d'un poisson à un étranger, et voilà qu'ils font l'aumône à leur Sauveur et à leur Dieu qui la leur a faite si abondamment.

b° Dans les enseignements nombreux qu'il leur donne. Après la descente du Saint-Esprit, réfléchissant sur les circonstances de cette pèche, il leur, semblait entendre Jésus leur tenir ce langage : Ouvriers de l'Evangile, pécheurs d'âmes, soyez unis entre vous et avec Pierre : hors de l'unité , point de conversions , point de miracles. C'est sur l'ordre de Pierre , dans la barque de Pierre, sous la direction de Pierre, qu'il faut jeter le filet. Ne dites pas : Pourquoi à droite plutôt qu'à gauche ? pourquoi dans la mer de Tibériade plutôt que dans l'Océan? Laissez , laissez le raisonnement humain et le caprice ; obéissez, et vous verrez les prodiges. Souvenez-vous que, pour pêcher les âmes, on doit travailler beaucoup, travailler le jour et la nuit,

travailler sans aucun autre souci. Des rivages éternels, Jésus regarde ses ouvriers, compte les gouttes de sueur qu'ils répandent, et, en leur préparant les délices du festin céleste, veille encore avec une sollicitude paternelle à la nourriture corporelle. C'est lui qui pousse dans le sein de l'Eglise, comme des poissons immenses dans le fdet, la multitude des nations ; et ce sein est assez grand pour les contenir, et assez fort pour les porter toutes. Ni les schismes, ni les hérésies ne brisent l'unité catholique. Rapportez à' Jésus la gloire de tout, et ne désespérez jamais du succès. Il sait le moment où il doit se montrer et couronner vos efforts ; attendez ce moment, et travaillez toujours. Soyez purs comme Jean qui le premier reconnaît son maître, soyez fervents comme Pierre qui le premier arrive à ses pieds.

Colloques : 4° Avec saint Pierre. Lui promettre, dans sa barque, fidélité, obéissance, travail infatigable.

"2° Avec Jésus. 0 le bon ministre, le bon diacre, le bon ami, le bon père ! ô la plus attentive des mères !

Dévotion an Saint-Esprit.

Premier Prélude. « In novissimo autem die noagno festivitalis slabat Jésus , et clam abat dicens : Si quissitit, veniat ad me et bibat. Qui crédit in me, sicut dicit Scriptura, flumina de ventre ejus fluent aquse vivae. Hoc autem dixit de Spiritu quem accepturi erant credentes in eum. » (Joan. vu.)

Deuxième Prélude. Se représenter Jésus entrant dans le temple avec une noble et magnanime intrépidiié : il se tient debout, il élève la voix, il parle avec autorité ; ses ennemis frémissent, et le peuple l'écoute en silence.

Troisième Prélude. Parlez à mon cœur, ô Jésus, parlez-lui d'une voix forte. Révélez-lui les fruits précieux qu'il retirera de la dévotion à votre divin Esprit pour sa sanctification propre et pour la sanctification des autres.

4° Fruits de la dévotion au Saint-Esprit pour notre propre sanctification. Dans son discours sur la montagne, Jésus avait dit : « Beati qui esuriunt et sitiunt justitiam, quoniam ipsi saturabuntur. » Ici il ajoute : « Si quis sitit, veniatadme etbibat. » Et l'Evangéhste fait le commentaire : « HocautemdixitdeSpirituquem necepturi erant credentes in eum. » Donc 1° une des béatitudes est la soif de la justice, c'est-à-dire de la perfection ; 2° c'est le Saint-Esprit qui étanche et entrelient cette soif heureuse et délectable ; 3° on puise d'autant plus abondamment à la source qu'on s'unit plus étroitement à Jésus par la foi.

La grâce sanctifiante, l'amour de Dieu, l'union. avec Dieu, mon âme avec Dieu, Dieu avec mon âme : n'estce pas là ma noblesse, ma grandeur, ma beauté, ma richesse ? Près de ce bien intrinsèque et inhérent à mon être régénéré, éternel de sa nature et incorruptible, tous les autres biens peuvent-ils exciter en moi autre chose que le dédain et le dégoût ? Et puisque la soif de cette grâce, de cet amour, de cette' union, augmente cette grâce, cet amour, cette union, et les augmente en proportion de son intensité, cette soif n'estelle pas heureuse, souverainement désirable ; et toute mon étude ne doit-elle pas être d'étancher toujours cette soif en l'entretenant toujours; et n'est-ce pas déjà une grâce, etlapremière des grâces, que cette soif et le désir incessamment rallumé de cette soif? En désirant de vous aimer, ô mon Dieu, et de s'unir à vous, déjà l'on vous aime et l'on s'unit à vous. Heureux désir, qui est la possession du bien qu'on désire !

Or la grâce sanctifiante, c'est la communication de l'Esprit -Saint; lui-même est l'amour substantiel du Père et du Fils, et c'est lui qui consomme l'union des âmes avec Dieu. Tout ce qui donne ou alimente la justice et la sainteté, tout ce qui est l'objet de la soif spirituelle , il en a la source et la plénitude , comme il en a la dispensation. La lumière, la consolation, le l'eu, la charité, l'onction, les sept dons, il peut tout répandre comme une eau vive dans l'âme ', car il a tout en lui-même, et ce qu'il répand et communique c'est lui-même : « Oluxbeatissima, consolator optime, ignis, chantas, spiritalis onctio, septiformis munere ! » A peine a-t-il touché l'âme pour étancher sa soif, la soif de cette âme s'irrite et s'embrase-, il lui faut de nouvelles lumières, de nouvelles consolations, et elle crie plus fort que jamais : « Veni , Pater pauperum. Veni, dator munerum. Veni, lumen cordium. »

Allons donc, ô mon âme, à Jésus; allons à Celui qui donne le Saint-Esprit , dès qu'on s'approche de lui par la foi. Mais, ô mon âme, crois-tu d'une vive foi que Jésus t'a promis le Saint-Esprit, qu'il est mort, pour te le mériter, qu'il est monté aux cieux pour te l'envoyer? S'il en est ainsi, viens, ô mon âme, en toute confiance ; crois, espère et aime. Plus vivement tu croiras, plus fermement tu espéreras, plus ardemment tu aimeras, et plus abondamment tu boiras aux sources du Saint-Esprit. La foi, l'espérance et la charité, tels sont comme les trois tuyaux mystérieux , susceptibles de s'élargir et de se dilater sans cesse, par lesquels on peut puiser et boire à longs traits. Approche donc tes lèvres, colle-les sur les plaies de Jésus, et puise et bois sans mesure.

2° Fruits* de la dévotion au Saint-Esprit pour la sanctification des âmes. Le Saint - Esprit et le Prêtre agissent comme de concert dans l'Eglise, ils accomplissent la même œuvre de sanctification, ils

sont véritablement cor unum et anima una. Que peut le Saint-Esprit sans le Prêtre ? Que peut le Prêtre sans le Saint-Esprit? Ce que l'instrument est à l'ouvrier, le Prêtre l'est au Saint-Esprit. Ne dirait-on pas que le Saint-Esprit veut faire contrôler en quelque façon par la direction du Prêtre ses opérations dans les âmes ?

« Spiritus ubivult spirat, » dit l'Apôtre; or, c'est un devoir sacré pour le Prêtre de constater sa présence, de savoir quand il entre et quand il sort, où ii va et pourquoi, de le suivre pas à pas.

Combien le Prêtre doit-il donc se tenir uni au Saint-Esprit pour étudier et seconder ses desseins, et sur une paroisse en général, et sur chaque âme en particulier ! Qui l'avertira de l'impulsion qu'il doit donner à son peuple, des vertus qu'il convient de recommander, des vices et des abus qu'il est urgent de combattre ? Qui lui suggérera les moyens à mettre en œuvre, lui inspirera tantôt la fermeté, tantôt la condescendance, toujours la charité ? Qui le soutiendra au milieu des contradictions, le consolera dans ses chagrins, sera son conseil et sa lumière dans ses doutes? Qui l'introduira dans le labyrinthe des consciences, lui fera distinguer entre la lèpre et la lèpre, entre le remède qui guérit et le remède qui tue? Qui mettra sur ses lèvres ces paroles toutes célestes et marquées au coin d'une divine sagesse que réclament des âmes d'élite dont le vol est aux plus sublimes régions ?

Etonnante promesse, sublime oracle de Jésus-Christ ! « Qui crédit in me, flumina de ventre ejusfluentaquae vivae. » Cette eau vive dont la foi ouvre la source et creuse le canal, après avoir rempli le cœur, déborde , s'épanche, non comme une rosée qui tombe goutte à goutte, ni comme une pluie qui baigne la terre, mais comme un fleuve qui inonde et submerge, comme une multitude de fleuves dont les flots larges et profonds portent au loin la fertilité et l'abondance. Elle vient

du ciel et y retourne, elle remonte de toute l'impétuosité avec laquelle elle est descendue ; car c'est de cette eau qu'il est dit qu'elle rejaillit jusqu'à la vie éternelle. Mais elle ne remonte pas seule, elle emporte avec elle les âmes qu'elle a vivifiées sur son passage. Des âmes à rafraîchir, des âmes à désaltérer, des âmes à purifier, telle est, après la soif de sa propre sanctification, la soif nou moins brûlante que fait naître cette eau dans le cœur du Prêtre qui s'y plonge. Partout cette soif le tourmente, et plus il cherche à l'apaiser par l'exercice du zèle, plus son ardeur redouble. Comprendrait-on l'Esprit-Saint oisif dans un cœur de Prêtre ? N'y a-t-il plus de pécheurs à convertir, plus de justes à perfectionner?

Colloques : 1° Avec Jésus-Christ. Puisque Isaïe m'y invite : Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris (xn) , je m'approche de vos cinq plaies , surtout de la plaie de votre côté ; j'y colle mes lèvres, je bois l'Esprit et la vie.

2° Avec l' Esprit-Saint. Quelques strophes de l'hymne Veni Creator... ou de la prose Veni, sancte Spiritus...

EXERCICES

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