‹ Manuel de la faune de BelgiqueChapitre 2 sur 1015 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

caractères des familles et des genres, renfermés explicitement dans les tables. Tous les termes techniques ou rébarbatifs ont été en général évités : l’explication de ceux dont l’emploi était indispensable se trouve dans la diagnose des groupes pour lesquels ils sont en usage.

Nous avons considéré comme superflu de traduire les dénominations latines qui désignent les genres et les espèces, ces dénominations ou ne différant souvent que peu du français, ou n ayant point de signification précise, ou bien encore n’ayant même aucun rapport avec les caractères des organismes auxquels elles s’appliquent : cette traduction est d’ailleurs complètement inusitée, et il n’est pas à souhaiter qu’elle se propage. Toutefois noos avons indiqué les noms qu’un petit nombre d Animaux portent dans la littérature ou dans le langage populaire, soit en français, soit en wallon, soit en flamand.

Nous avons aussi mentionné les principaux ouvrages auxquels nous avons fait nécessairement des emprunts, et que Ton pourra consulter pour approfondir l’étude de notre faune ou pour en perfectionner la connaissance : nous manquons en effet de données sur la répartition d’une foule d’espèces dans nos diverses régions, et il est certains groupes qui n’ont pas encore ete l’objet de recherches particulières.

Les nombreuses figures qui étaient indispensables pour l’intelligence du texte ont été dessinées en partie d’après nature en partie d’après les meilleures planches des travauxcités dans la bibliographie : elles sont l’œuvre de M. G. Soverin, aide-naturaliste au Musée d’Histoire naturelle, à qui nous savons particulièrement gre de l’habileté et de la patience qu’il a mises à les exécuter sous notre direction.

Bibliothèques et collections, tant publiques que privées on Belgique et ailleurs, nous ont été largement ouvertes, et’ un grand nombre de naturalistes nous ont fourni de précieux renseignements : puissent ceux qui auront entre les mains ce manuel se joindre à nous dans un même sentiment de reconnaissance envers tous ceux qui nous ont aidé.

Knocke-sur*Mer, le 7 octobre 1895.

INTRODUCTION

r. — BUT DE L'OÜVRAGE.

Ce livre permettra de se faire une idée de l’ensemble de la faune d’une région et de la proportion numérique relative des dittéronts groupes qui s’y rencontrent ; il est en outre principalement destiné à faciliter la détermination de nos Animaux en vue de leur étude scientifique, et à fournir des renseignements sur leurs caractères, leur habitat et leur répartition dans le pays.

Il contribuera peut être à développer le goût pour l’Histoire naturelle, car il s’adresse aux étudiants, aux instituteurs, aux élèves de l’Enseignement moyen et en général à tous les débutants et amateuivs (jui peuvent, sans beaucoup de peine, rendre à la Science des services, et qui trop souvent, faute d’être soutenus, se découragent et abandonnent les études qu’ils ont commencées, ou bien, manquant de méthode, se livrent à des recherches vaines et n’aboutissent qu’à un résultat stérile.

Celui qui voudra se consacrer à la Zoologie commencera par feuilleter cet ouvrage afin de se rendre compte, ne fût ce que par l’inspection des figures, de la physionomie des divers types qu’il aura l’occasion d’observer. Il ira ensuite à la campagne pour capturer un petit nombre d’Animaux vulgaires appartenant aux groupes les plus variés, et il cherchera à les déterminer. Qu’il ne se laisse pas rebuter par les difficultés qu’il éprouvera au commencement : celles-ci s’applaniront peu à peu par l’exercice.

Quand le débutant aura fait ainsi connaissance avec les principales formes caractéristiques, il devra, afin d’avoir une conception générale du grand ensemble dans lequel graviteront ses futures recherches, faire une étude sommaire mais sérieuse de la Zoologie ; c’est pour lui une nécessité absolue d’acquérir une base qui lui i)ermette de juger exactement de l’importance

INTRODUCTION

et de Tutilité des investigations qu’il se propose d’entreprendre, et sans laquelle il risquerait souvent de faire fausse route. Cela ne lui sera d’ailleurs pas bien dilBcile : il commencera par se procurer la Zoologie élémentaire par F. Plateau (Mous, Manceaux, 5 <r,), et travaillera ce livre inestimable qui est essentiellement pratique. Il consultera ensuite les Éléments de Zoologie par C. Claus (Paris, Savy, 12 fr.), ouvrage analytique, et il pourra lire enfin V Esquisse de la Zoologie par A . Lameere (Bruxelles, Rosez, 2,50 fr.), conçue dans un esprit synthétique.

En meme temps il continuera à déterminer le plus d’ Animaux possible, et il les collectionnera, afin d’avoir toujours sous la main des termes de comparaison. Il aura également soin d’apprendre à dessiner, non pas avec art, mais avec exactitude et précision, les caractères des organismes qu’il aura sous les yeux; de la volonté et un peu de persévérance suffisent pour arriver au but désiré.

Maintenant, s’il peut le faire, le zoologiste se rendra dans l’une de nos Universités, et il acquerra dans un laboratoire les notions teclinifjiues qui lui permettront d’aborder, sous la direction d’un maître expérimente, les jiroblèmes supérieurs de l’Ethologie, de la Morphologie et de la Physiologie animales.

S’il est livré à lui-même, et s’il a à sa disposition un bon microscope, à l’aide du Manuel de technique microsconique par P. Francotte (Bruxelles, Lebègue, 10 fr.), il s’initiera sans professeur à des méthodes délicates et compliquées.

Mais l’immense majorité des amateurs d’Histoire naturelle ne disposant que de peu de loisirs et n’ayant que des ressources restreintes à consacrer à leurs études, ne peuvent ni se rendre à l’Université nis’adonner à des travaux microscopiques assidus ; il leur est néanmoins possible, sans grandes difficultés, d’entreprendre des recherches attrayantes pour eux et utiles à la Science, à conditon de suivre une bonne voie.

Ils commenceront par étudier ijuelque peu la Botanique, dont le domaine est beaucoup moins étendu que celui de la Zoologie, et ils mèneront de front avec la détermination des Animaux celle des Plantes, au moyen du Manuel de la Flore de Belqique par i?". Crépin (Bruxelles, Mayolez, 5 fr.).

Nous insistons à cet égard, imrce que c’est principalement sur l’Ethologie animale, la connaissance des mœurs des Animaux et des relations qu’ils offrent entre eux, avec les Végétaux et en général avec toutes les circonstances de leur milieu, que les amateurs peuvent le plus aisément et le plus utilement exercer leur sagacité.

A cet effet ils doivent se spécialiser, c’est-à-dire limiter le cadre de leurs recherches.

Ils peuvent, et c’est ce qu’il y a de plus facile, se contenter de collectionner les formes d’un groupe ou d’une famille. La collection ne doit évidemment pas être le but à atteindre, mais bien un moyen d’arriver à compléter la connaissance de la faune. Le naturaliste aura donc soin de faire un choix judicieux: qu’il s’attaque hardiment à une catégorie d’Animaux que la bibliographie lui montrera avoir encore été peu étudiés dans notre pays. De plus, à moins que Ton ait l’occasion de faire de nombreuses excursions en Belgkjue, Ton doit se restreindre à une région, ii une zone, voire même à la localité qu’on habite, quitte à aborder l’étude d’un autre groupe si l’on arrive à trouver que Ton a poussé trop loin la spécialisation.

Mais ce n’est pas à établir exactement la répartition géographique ou l’habitat que los amateurs borneront leurs recherolies ; les Animaux que To» aura choisis comme objet de ses investigations devront être étudiés dans leurs mœurs et dans leurs métamorphoses : il faut les regarder vivre, soit dans leur milieu naturel, soit en les élevant à domicile. Comment naissent-ils, quels sont les changements qu’ils subissent avec l’âge, comment meurent-ils et quelle est la durée normale de leur existenoeV Quels sont leurs ennemis, leurs parasites, leurs victimes, quel est exactement leur genre de nourriture? S’ils s'attaquent à des Plantes do dilTérentos espèces, y-a- t-il dans ces Végétaux une même substance qu’ils affectionnent et trouve-t-on dans ceux auxquels ils ne veulent pas toucher des particularités de structure ou des essences qui les en éloignent? Comment se reproduisent-ils, quelle est leur fécondité et quelle est la proportion numérique des sexes? Jusqu’à quel point leurs différents sens sont-ils développés? Ont-ils des instincts spéciaux et offrent-ils de l'intelligence? .A quel moment du jour entrent-ils en activilé, et quelle est la date de leur apparition? Leur degré de rareté ou de vulgarité varie-t-il d’une année à l’autre? Existe-l-il des relations sociales entre les individus de même espèce ou entre espèces différentes? Quels sont leurs rapports avec les fleurs? Sonb-ils utiles ou nuisibles?

Voilà toutes questions qu’il y aura lieu d'envisager en ne perdant pas de vue les causes naturelles qui sont en connexion avec les phénomènes observés et qui les déterminent, et autant que possible en faisant varier les conditions dans lesquelles ils se présentent afin de vérifier expérimentalement la valeur des différentes influences que les Animaux subissent.

C’est aussi en étudiant les organismes à l’état de vie que Ton pourra le mieux apprécier les caractères des espèces, car il ne suffit pas de se borner â constater ces caractères, à en découvrir de nouveaux ou à suivre leurs variations, il faut chercher à se

INTROBÜCTION.

rendre compte de leur raison d’être et de leur utilité pour l’Animal. Il y a notamment toute une catégorie de caractères de sculpture et de coloration qui sont pour beaucoup d’espèces un moyen de protection contre leurs ennemis en les faisant ressembler à des objets sur les(iuels elles se trouvent fréquemment et en les rendant ainsi plus ou moins invisibles dans leur milieu naturel. On recherchera soigneusement les particularités de ce genre, et toutes les fois qu’on aura reconnu qu’un type n’est pas protégé par son aspect, on tâchera de découvrir s’il n’offre pas d’autres caractères, tels que des armes, une mauvaise odeur ou un goût désagréable, qui lui permettent de vivre avec sécurité. Beaucoup d’espèces mal protégées ressemblent souvent à des espèces très bien protégées : on fixera son attention sur ce fait afin de découvrir des cas encore inconnus, et l’on aura toujours soin de vérifier par des expériences, quel que soit le mode de protection, si cette protection est réellement efficace

Ces divers points de vue peuvent servir de base à un second genre de spécialisation qui s'offre aux naturalistes et qui est très recommandable : au lieu de se restreindre à un groupe ou à une famille, ils envisageront l’ensemble des Animaux, soit en poursuivant chez tous la résolution de l’une des questions énumérées plus haut, soit en étudiant ceux qui vivent dans des conditions déterminées. Et l’amour que beaucoup de personnes professent pour les collections no perdra pas ses droits, car elles pourront réunir par exemple toutes les formes qui ressemblent à des écorces, toutes celles qui habitent une mare, un bois ou leur jardin, ou encore toute la population parasite d’une même espèce de Végétal.

Dans ce vaste champ d’exploration, accessible à tous, le travailleur le plus modeste peut faire des découvertes intéressantes qu’il ne doit pas laisser se perdre ni disparaître dans l’oubli ; pour se mettre en rapport avec des confrères, pour avoir à sa disposition chez lui les livres spéciaux nécessaires à ses etudes, et pour publier le cas échéant les résultats de ses rechercUes, il trouvera de grands avantages à faire partie de l’une des trois principales sociétés qui s’occupent de Zoologie en Belgique : celles-ci accueillent tous tes hommes de bonne volonté, et il suffit de s’adresser par lettre au Secrétaire à Bruxelles, pour en devenir membre. Ce sont : la Société entomologique de Belgique, la Société royale Malacologique de Belgique et la Société belge de Microscopie.

L’on visitera le Musée royal d' Histoire naturelle de Belgique ou 1 on trouvera des types de comparaison pour la détermination des espèces, et où nous espérons voir un jour réunie dans une grande salle toute la faune du pays.

INTRODUCTION

Page 1