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V. — CONSERVATION ET COLLECTIONS

On conserve les Animaux dans l’alcool ou en préparations microscopiques, on les pique ou bien on les met en peau.

Les formes de tous les groupes peuvent être confiées à l’alcool, même les Oiseaux ; il faut en excepter seulement les Insectes à couleurs tendres ou à revêtement poilu, notamment les Libellules, les Névroptères, les Diptères, les Hyménoptères et les Lépidoptères.

On emploie l’alcool éthylique rectifie bon goût du commerce qui renferme environ 95 “/o d’alcool pur : on y ajoutera un tiers de son volume d’eau distillée pour la conservation définitive, et l’on aura soin même de ne jamais mettre les objets directement dans ce liquide qui étant très avide d’eau, les ratatine.

Il y a d’abord un certain nombre d’Animaux qui sont très mous et qui se contractent énormément quand ils meurent de mort violente, les Polypes, les Méduses, les Échinodermes, les Bryozoaires, beaucoup de Mollusques et de Vers. L’on devra s’efforcer de les faire périr dans une position étalée pour que dans la collection ils conservent plus ou moins l’aspect qu’ils offrent lorsqu’ils sont en vie : on peut à cet effet les foudroyer ou bien les endormir avant de les tuer.

On foudroie les Hydroïdesenles plongeant brusquement et en les laissant pendant un instant très court dans de l’acide acétique glacial ; pour les Échinodermes on peut se servir d’eau bouillante; avec les Plathelminthes on emploie une solution concentrée et bouillante do sublimé corrosif qu’on leur verse sur le dos après les avoir laissés s’étendre dans un verre de montre ou un cristallisoir renfermant une petite quantité d’eau, ou de sérum de Kronecker s’ils sont parasites.

On endortles Anémonesde mer etlesMéduses en faisant passer un courant d’anhydride carbonique dans l’eau qui les renferme : on prend un vase dans lequel on met de la craie et du vinaigre, et l'on fait barboter le gaz qui se dégage, au moyen d’un tube de verre courbé, dans le récipient où sont les organismes.

Pour les Bryozoaires, on laisse fondre des cristaux d’hydrate de chloral à côté des colonies épanouies.

On mettra les Mollusques aquatiques et différentes catégories de Vers dans une certaine quantité d’eau; après les avoir laisses s’étaler, on versera avec do grandes précautions un peu d alcool à 95<>lo dans la récipient de manière à ce que l’alcool surnage. L’alcool dilîuse peu à jiou dans le liquide et les Animaux

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s’engourdissent. Quant aux Mollusques terrestres qui respirent par des poumons, on les enfermera dans un flacon absolument plein d’eau bouillie tiède et hermétiquement bouché, de manière

a les priver complètement d’air. ^

Qu’ils aient été foudroyés ou qu’ils aient été rendus insensibles, ce dont on s’assurera en ne les voyant plus se rétracter lorsqu’on les touche, on portera les Animaux dans de l’alcool auquel on aura lyouté les deux tiei’S de son volume d’eau distillée, et c’est aussi dans ce liquide que l’on plongera directement à la chasse ou àdomicile ceux qui ne sont pas contractiles.

On laissera pendant un jour au moins les Animaux dans l’alcool faible, puis on les passera dans de l'alcool auquel on aura ajouté la moitié de son volume d’eau distillée, et on ne les mettra dans de l’alcool fort que lorsqu’il no se produira plus aucun trouble ni coloration.

Les objets à conserver seront renfermes dans des bocaux, dans des flacons à large goulot ou dans des tubes, suivant leur grosseur. L’on doit veiller à ce que la fermeture soit bien hermétique ; les bocaux seront recouverts d’une vessie do porc mouillée au préalable, ou mieux d’une plaiiue de verre que l’on colle fortement soit avec du collodion soit simplement avec de la gomme arabique. Quant aux flacons ou aux tubes, on leur mettra un bouchon de liège et on trempera leur extrémité ainsi bouchée dans de la paraffine fondue afln d’éviter toute évaporation. Cependant pour les tubes, il vaut mieux, s’il s’agit d’une collection d' Araignées ou de larves d’insectes destinée à être consultée fréquemment, les boucher avec de l’ouate et les mettre tous ensemble dans un grand bocal d’alcool fermé à l’émeri.

Quand les collections sont destinées à l’enseignement, il est nécessaire de mettre les échantillons bien en évidence dans les flacons qui les renferment : à cet effet on les collera sur une plaque de verre au moyen de collodion ou mieux de pho-

toxyline. . , ■

Une pince à longues branches servira à retirer les Animaux ou les tubes de leurs bocaux.

L’alcool offre deux inconvénients : il coûte cher et il détruit plus ou moins les couleurs. On a propose entres derniers temps de le remplacer par le formol qui s’emploie en ajoutant 10 à 20 o/o d’eau au formol du commerce. Ce liquide, qui rend les objets très durs et absolument impropres à des recherches microscopiques, est d’un prix minime et conserve assez bien les couleurs, mais il faut absolument en éviter le contact avec la peau et ne pas s’exposer les yeux à ses vapeurs. Les Animaux mous tels que les Mollusques et les Méduses peuvent aussi être

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parfaitement conservés avec leurs couleurs et leur structure anatomique dans une liqueur que l’on composera de la manière suivante : faire dissoudre dans 1 150 grammes d’eau distillée 100 grammes de sel marin brut et 50 grammes d’alun ammoniacal ; bien mélanger et filtrer ; ajouter 10 centigrammes d iodure de potassium^ et une solation de 5 centigrammes de sublimé corrosif dans 50 gi’ammes d’eau distillée.

^ Il y a des Animaux tels que lesRotifères <|ui ne peuvent guère etre conservés en collection, d’autres, comme les Hydroïdes. divers Trochophores, Plathelmintlies et Nématlielminthes, et les très petits Arthropodes, qui doivent être montés en préparations microscopiques.

Voici la méthode à suivre : on mettra les spécimens successivement dans des verres de montre renfermant : 1® de l’acide acétique çlus ou moins étendu d'eau distillée : 2» de l’eau distillée : 3“ del alcool faible; 4® de l’alcool intermédiaire; 5® de l’alcool très fort; 6® de l'alcool absolu; 7® de l’essence de girofle ou de preferenee de la créosote.

L acide acétique doit être d’autant plus fort que les téguments des Animaux sont plus durs; on l’emploiera à 1 ®/o pour les type.s mous et jusqu'à 50 ®/o pour divers Arthropodes; c’est aussi d apres la résistance plus ou moins grande des téguments que 1 on sa guidera pour évaluer le temps nécessaire à une pénétration complète des différents liquides précités et leur remplacement successif : ce temps varie d’un quart d'heure à trois heures.

.Lorsque les organismes sont bien imbibés d’essence de girofle ou de créosote, le moment est venu de faire la préparation.

Le milieu conservateur à employer est le b.aume de Canada, résiné très tr.ansparente que l’on vend plus ou moins liquide dans le commerce. On commencera par le dessécher doucement au feu jusqu au moment où il sera devenu dur et cassant, et on le dissoudra ou dans de la térébenthine, ou dans du chloroforme, ou mieux encore dans du xylol, de manière à ce qu’il ait une consistance sirupeuse.

On place une goutte du baume de Can.ada ainsi préparé au milieu d’une lame en se servant à cet effet d’un bâton de verre, et au moyen d’une soie de porc on transporte l’Animal dans la goutte en l’orientant convenablement: on recouvre alors d’une lamelle. Au bout de quelques jours le baume est devenu solide, la lamelle est collée à la lame, et la préparation se conserve indéfiniment.

Si l’organisme est un peu épais, il faut ajouter un poil de brosse a dents à la préparation, ou bien placer entre la lame et la lamelle une cellule de carton ou de caoutchouc.

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L’on disposera les préparations microscopiques sur des plaques de carton en les séparant par des bandelettes qui les empêcheront de chevaucher les unes sur les autres.

Les Insectes à l’état parfait sont les seuls d’entre les Animaux qui doivent se piquer. On se sert à cet effet d’épingles de difléréntes grosseurs dont les meilleures sont de fabrication autrichienne. Il faut faire en sorte de piquer toujours les sujets à la même hauteur sur l’épingle, do ne pas enlever do pattes dans cette opération et de proportionner la grosseur de 1 epingle à la taille do l’Animal. , i

L’épingle s’enfonce dans le thorax, sauf pour les Coleopteres

qui se piquent sur l’élytre droit. .

^ Les Insectes dont la taille ne dépasse pas six millimétrés, ceux dont le corps est très mince et ceux qui longues et très fragiles seront collés sur un rectangle de canton bristol que l'on monte lui-même sur une epingle; la coiie a employer est simplement de la gomme arabique très pure dissoute dans de l’eau distillée. 1„„

Parfois, pour les formes très délicates, telles que les Microlépidoptères, on se sert de quelques millimètres de til d argent extrêmement mince dont on passe une extrémité dans le thorax par dessous, et dont on fixe l’autre extrémité sur un morceau

de moelle do sureau fixé lui-même à une épingle.

Les Insectes qui ont de grandes ailes, les Libellules el les Lépidoptères par exemple, seront étalés. Pour subir cette operation ils doivent être encore mous, et s’ils sont déjà desseches, on les ramollit en les mettant dans un vase renfermant du sable

™On\^es dispose dans un appareil nommé étaloir qui est formé de deux planchettes très lisses et séparées par une rainure au fond de laquelle se trouve une bande do liège dans laquelle on pique l’Insecte de manière à ce que les ailes do ce dernier arrivent au niveau dos planchettes. Au moyen do ünes épingles on étend aloîries ailes sur les deux côtés de loir dans la portion qu’on veut leur faire prendre, et on les cette situation au moyen de lames

de toile-calque attachées par des epmgles à giosse tete . au bout de six à douze jours, l’Animal est sec et conserve 1 allure

qu’on lui a donnée. ,, . , ,

Les Insectes piqués se rangent au moyen cl une pince à bouts recourbes avec laquelle on saisit coiiiniodcmont les ep.ngles par en dessous, dans des boîtes à tond de liege, de simples boîtes en carton ou en bois fermant le mieux possible Les spécimens devront être bien desseches avant d’etre introduits dans la collection qui sera tenue soigneusement a 1 abri de

l'humidité et de la lumière, les boîtes étant disposées de préférence à plat, et non comme des livres dans une bibliothèque. On se servira de naphtaline ou de créosote pour écarter les Animaux destructeurs en plaçant dans l’un des coins des boîtes un petit tube renfermant Tune de cos substances et bouché au moyen d’ouate ; si des dégâts, décelés par la présence d'une line poussière au bas des épingles, venaient à être constatés, il faudrait inonder le fond des boîtes avec de l’ammoniaque.

On met en peau les chenilles, les Insectes à corps très gros ou qui en se décomposant perdent leurs couleurs, les Oiseaux et les Mammifères.

Pour conserver aux chenilles l’aspect qu’elles offrent pendant la vie, il faut commencer par les vider : avec des ciseaux fins on leur fait une incision à l’extrémité postérieure du corps et on les presse doucement entre deux feuilles de papier buvard de manière à faire sortir les viscères et en ayant soin de ne pas les salir. On fixe alors au moyen d’un fll une Une paille à Torifico ainsi produit, et Ton gonile la chenille on soufflant dans la paille à une certaine distance an dessus d’une plaque de tôle que Ton fait rougir sur une lampe : on fait tourner l’Animal pendant cette opération jusqu’à ce qu’il soit bien sec. Si la chenille est verte, elle ne garde pas sa couleur, mais on peut la lui rendre en lui insufflant de la poudre de lycopode à laquelle on ajoute un mélange de poudre d’indigo et de curcuma, mélange variable suivant la teinte que Ton veut obtenir. On coupe alors la paille, et dans l’extrémité restante on fixe une épingle qui sert à attacher le spécimen soit dans une boîte, soit, ce qui est préférable, dans un tube en verre.

Iæs gros Lépidoptères, les Sauterelles et les Libellules ont un abdomen qui se décompose facilement : on doit le fendre en dessous dans le sens de sa longueur, en extraire les viscères et les remplacer par de l’ouate en rapprochant les lèvres de l'ouverture que l’on a faite.

Pour les Oiseaux et les Mammifères, si Ton ne veut pas les conserver dans l’alcool, on leur fend la peau du ventre avec des ciseaux, et Ton fait sortir graduellement le corps de la peau comme on retire la main d’un gant. Au fur et à mesure de l’opération on met du plâtre en poudre sur les chairs afin d’empêcher les plumes ou les poils de s’y coller, et on poursuit l’extraction le plus loin possible d.ms les appendices en séparant avec des ciseaux ce qu: doit être enlevé de ce qui peut rester. On ôte les yeux, mais on laisse le crâne dont on retire la cervelle^parletrou occipital au moyen d’une petite spatule. Pour empêcher la jjeau d’ètro attaquée par les Animaux destructeurs, on l’enduit intérieurement de savon arsénical, dit savon de

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Bécœur, que l’on fabrique ainsi : faire fondre sur un feu doux dans une petite quantité d’eau 37 grammes de savon de Marseille ; la fusion opérée, additionner de 2 grammes de tartrate neutre de potassium; verser ensuite en agitant bien la masse 37 grammes d’acide arsénieux et 15 grammes de chaux en poudre; après refroidissement, ajouter 6 grammes de camphre pulvérisé, et conserver le mélange dans un vase en grès hermétiquement fermé. , , , .

Le plâtre et le savon de Becœur peuvent à la rigueur etre remplacés par de la cendre de bois. . ,

On empaille aussi les Oiseaux et les Mammifères en les montant sur une carcasse de tilde fer, en leur bourrant la peau d’étouppe et en leur mettant des yeux de verre dans les orbites. , . ,

Tous les spécimensdoscollections devront avoir leurs pajiiers en règle, c’est-à-dire posséder au moins deux étiquettes : 1 une qui indiquera la localité et la date de la capture ainsi qu un numéro renvoyant an carnet de chasse ou d’élevage, 1 autre qui portera le nom de l’organisme (genre et espècei. S’il s agit d’Animaiix conservés dans l’alcool, la première étiquette sera écrite au crayon et mise dans les bocaux ou les tubes avec les échantillons, la seconde collée à l’extérieur; les préparations microscopiques auront une étiquette aux deux extrémités de la lame; pour les Insectes, la première étiquette sera fixee a l’épingle et la seconde attachée au fond de la boîte, devant les espèces, au moyen de très courtes épingles appelées camions; enfin les Oiseaux et le Mammifères en peau porteront leur état civil à la patte.

On s’etlorcÆra autant que possible de fabriquer soi-meme une partiede ce dont on aura besoin pourlachasse,pour l’élevage ou pour les collections ; les produits chimiques s'achèteront chez le premier droguiste venu ; à défaut d’eau distillée ou prendra de l’eau de pluie ; chez les marchands de bric-à-brac on découvrira de vieux pots à moutarde ou à cornichons qui peuvent remplacer les flacons à large goulot; on recueillera les bouchons à champagne lesquels mis dans l’eau chaude reprennent leur forme primitive et sont excellents; pour les tubes et les autres ustensiles en verre on peut s’adresser a M. Bulïet, lueNavez, 22, à Schaorbeek, etpour des pinces de toute espèce à M. Bernacle, rue de l’Amigo, 3, à Bruxelles ; les instruments spéciaux, dont on trouvera un certain nombre chez M. Michels, rue d’Arenborg, 26. à Bruxelles, devront être commandés à Paris chez les fils d’Émile Deyrolle, rue du Bac, 46, ou chez M. Guyon , rue des Bourdonnais, 20, auxquels on commencera par demander leur catalogue.

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