DU MOULAGE EN ARGILE
840. D’après les procédés que nous venons de décrire, la forme des objets qu’on veut mouler en sable s’imprime dans la terre à l’aide d’un modèle; tandis que le mouleur en argile confectionne les moules à la main et à l’aide de calibres. Lorsqu’on moule en sable, on s’occupe d’abord de la forme extérieure de l’objet, et s’il doit être creux, on y place ensuite le noyau. Le mouleur en argile procède d’une manière opposée : si la pièce doit être creuse, il commence par confectionner le noyau ; s’il s’agissait d’une pièce massive , il la ferait d’abord en terre telle qu’elle devrait être en fonte.
841, Mais les objets entièrement massifs ne se cou-
Dl FER CRU.
lent plus en terre. Anciennement on suivait cette méthode pour les bouches à feu en fer, comme pour celles qui sont en brome. On confectionnait d’abord en terre toute la pièce, y compris la masselotte, et on la chargeait d’argile ; l’euveloppe qui en résultait prenait la forme de ce noyau, et, coupée en plusieurs parties, elle pouvait en être détachée après la dessication. Les morceaux réunis avec soin et consolidés entre eux avec des barres et des cercles de fer , composaient le moule qu’on remplissait de métal liquide , le noyau de terre devenait ensuite inutile. Cette méthode longue et dispendieuse , vu qu’on est obligé de refaire le noyau chaque fois , n’offre aucun avantage ; c’est à tort qu’on a essayé de la défendre en se retranchant sur la qualité des pièces: coulées en châssis dans le sable gras parfaitement desséché, elles 11e le cèdent pas aux autres en ténacité.
On a de même abandonné l’usage de les couler creuses, les gros mortiers exceptés, parce que les parois intérieures des bouches à feu devenaient souvent défectueuses. Du reste, la manière deprocéder n’avait rien d’extraordinaire.
842. La moulerie en terre ne s’occupe donc plus que d’objets creux: elle sert dans le cas où l’on veut éviter les frais de fabrication d’un modèle, ou bien lorsque les pièces sont d’une étendue démesurée , au point que les châssis cesseraient d’être maniables, ou que le poids des noyaux écraserait les moules et qu’il serait trop difficile de les soutenir dans la position voulue.
Le mouleur commence donc à confectionner le noyau et lui donne la forme que doit avoir le vide intérieur du modèle. Appliquant ensuite sur ce noyau plusieurs
a54 QUATRIEME SECTION.
couches d’argile, il fait une enveloppe appelée chemise> dont l’épaisseur est déterminée par celle que doit avoir le métal. La surface extérieure de cette chemise , égale en tous points à celle de la pièce , doit être revêtue ensuite d’une seconde enveloppe nommée manteau f qui prend l’empreinte de la première , et qui avec le noyau va constituer le moule en entier ; pour l’achever on retire le manteau et on le remet en place après avoir enlevé et détruit la chemise.
843. Les objets indispensables au travail du mouleur sont : une terre argileuse bien préparée, une composition qui empêche la chemise d’adhérer au noyau et au manteau, des calibres ou échantillons, qui servent à la confection des noyaux et des chemises , un enduit à noircir les moules intérieurement , des étuves ou d’autres moyens de dessication.
844* On confectionne les noyaux de diverses manières : ceux dont la forme est ronde et qui appartiennent à de petits objets , sont tournés sur un axe et mis à leurs dimensions au moyen des échantillons; ceux qui doivent servir au moulage des grosses pièces ou des objets qui ne sont pas ronds, se confectionnent sur des plaques en fonte , à l’aide de calibres ou simplement à la main. Les noyaux de grandes dimensions se construisent en maçonnerie , et leur surface extérieure seulement est revêtue d’une couche d’argile; mais ils ne doivent jamais être massifs, parce que le transport en deviendrait embarrassant et la dessication presqu’impossible.
Ces noyaux maçonnés peuvent être ouverts aux deux bases ainsi qu’on les fait pour les gros cylindres, ou bien couverts avec des plaques ou des voûtes comme ceux des grandes chaudières ; on allège les petits noyaux
DU FER CRU
en nattant Varbre ou le trousseau avec de la paille ou du foin cordé , qu’on retire après que l’argile a été séchée à l’air.
845. Pendant la confection des moules, il faut s’occuper aussi de la base qui doit supporter tout le système. Cette base ne forme ordinairement qu’une seule pièce avec le noyau , afin que la fonte ne puisse soulever celui-ci, en se frayant par le bas un passage, difficile à éviter sans cette disposition.
Si les pièces étaient très-volumineuses , comme les grands cylindres, on ne pourrait enlever le manteau, le retirer de la chemise, le sécher, le replacer ensuite après avoir détruit cette dernière , et descendre dans la fosse le moule préparé pour recevoir la fonte. Dans ce cas il faut confectionner le manteau dans1 la fosse même, l’y sécher parfaitement, construire le noyau dans l’usine sur une plaque en fonte, le descendre et le mettre en place lorsqu’il est dans un état de sîccité parfaite. Il est difficile alors d’empêcher qu’il ne pénètre un peu de matière liquide sous la plaque; mais la masse considérable du noyau chargé d’ailleurs de poids, ne peut être soulevée.
846. La terre argileuse se prépare avec beaucoup de soin : on doit la passer d’abord par un crible , pour en séparer les pierres et les substances végétales; l’humecter avec de l’eau, et la travailler, jusqu’à ce qu’elle soit devenue très -fine et visqueuse. Pour la rendre moins compacte et pour empêcher qu’elle ne sc crevasse, lorsqu’elle est soumise à la chaleur, on y fait entrer des poils, de la paille hachée, ou, ce qui vaut bien mieux encore, du crottin de cheval. On pétrit ce mélange avec les pieds jusqu’à ce qu’il prenne la consistance d’une pâte de boulanger.
847. Les tresses qui servent à natter l’arbre ou le trousseau, sont faites en paille mêlée qu’on humecte d’eau. On les confectionne de la même manière que les cordes en chanvre.
848. Les arbres sont de fer; on leur donne ordinairement une forme conique; leur section perpendiculaire à l’axe est cruciforme. Les trousseaux en bois se composent en général de deux disques de diamètres différens et joints ensemble par des liteaux cloués sur tout le pourtour; ce qui leur donne une forme de cône tronqué, dont l’axe est une broche de fer, à laquelle on attache la manivelle qui doit communiquer le mouvement.
849. Les calibres ou échantillons sont découpés exactement sur les dimensions de la pièce , eu égard à la base qui doit servir à la fois au noyau et au manteau. Il faut deux échantillons différens pour chaque moule , l’un pour le npyau, 1 autre poui la chemise.
850. Afin d’empêcher la terre glaise d’adhérer à elle -même ou de pouvoir détacher la chemise du noyau d’un côté et du manteau de l’autre , on les enduit de cendres de bois ou de tourbe délayées dans l’eau. Cette matière qui ne doit pas etre si pâteuse qu elle ne puisse passer par un tamis très-fin, propre à retenir les impuretés les plus grossières , ne doit point avoir une trop grande liquidité, parce qu’elle ne laisserait pas sur l’argile une couche de cendres assez épaisse. Le sable contenu dans ces débris de la combustion , produit souvent un très-mauvais effet. U faut que l’argile soit parfaitement sèche avant qu’on y applique une couche de cendres délayées.
85 r. Pour noircir les moules sortis des étuves, on fait usage de poussière de charbon délayée dans 1 eau, comme pour le moulage en sable gras.
DU FER CRÛ. 257
852. Les jets sont formés de tuyaux d’argile qui s’emboîtent à leur extrémité, et dont le dernier placé dans une ouverture pratiquée dans le moule est intimement lié au manteau. Les évents sont confectionnés de la même manière. Les jointures doivent être lutées soigneusement.
853. Tous les moules de cette espèce, dépourvus de châssis, s’enterrent dans le sable damé, afin que le manteau puisse résister à la pression exercée par la fonte liquide. On doit avoir soin de mettre le creux intérieur du noyau en communication avec l’air extérieur j souvent on ménage dans le sable, sous le moule , une ouverture communiquant avec ce creux ; il faut allumer les gaz qui s’échappent par ce canal.
854. Voici quel est à peu près le procédé qu’on suit pour confectionner les moules. On commence par le noyau ; il se fait soit à la main, soit au moyen d’uu échantillon. Après avoir reçu les dimensions exigées , il subit une assez forte dessication : les crevasses qui en résultent ordinairement sont refermées avec une pâte d’argile liquide. On l’aclieve ensuite; on le polit sur le tour , si la pièce forme intérieurement une surface de révolution, ou bien on l’unit avec une lame de fer ; on le dessèche de nouveau , en cas qu’il soit devenu trop humide; on l’enduit de cendres délayées dans l’eau; on le revet d’une couche d’argile formant la chemise, qu’on traite de la même manière pour y appliquer ensuite le manteau. Quant aux ouvertures qu’on voudrait ménager dans la pièce, comme, par exemple , des portes , s’il s’agissait de poêles , on les dessine d’abord sur le noyau principal ; à ces endroits , qui ne doivent pas être couverts d’une couche de cendres, il se forme alors des masses d’argile, qui, égales à
la chemise en épaisseur, ne peuveht s’enlever avec celleci , et constituent les noyaux de ces ouvertures.
La forme extérieure du manteau est indifférente; mais les couches intérieures doivent se composer de l’argile la plus fine : il en est de même de la chemise , qui, sans cette condition, ne pourrait laisser sur le manteau une empreinte d’une assez grande netteté.
Après que le manteau a été desséché à l’air et même à une chaleur modérée, on le sépare de la chemise. Il peut en être retiré en entier, si le moule, exempt de noyaux secondaires, a un certain retrait d’une extrémité à l’autre : dans le cas opposé, il faut le couper dans le sens de la longueur, en deux et quelquefois en un plus grand nombre de parties et l’enlever par morceaux. On détache ensuite la chemise , en la brisant et l’on ménage les reliefs qui doivent former des ouvertures. Cela fait, le noyau et le manteau nettoyés, cuits et noircis, sont assemblés de nouveau. Après avoir réuni les difféi'entes parties du moule, on les enveloppe de fil d’archal, on lute les joints et l’on enterre tout le système dans la fosse.
Il est souvent difficile de donner au manteau une assez grande résistance : on le consolide avec des barres de fer liées entr’elles et placées en différens sens, de manière cependant qu’il puisse être coupé et détaché de la chemise. L’emploi de ces moyens de consolidation demande quelqu’adresse de la part des ouvriers.
La fig. 32 , pl. 4, représente le moule d’une graude chaudière prêt à recevoir la fonte.
a est la plaque circulaire qui porte le noyau, b le noyau construit en briques, c le creux ou le vide intérieur du noyau,
DU FER CRU
d la plaque qui le couvre et qui remplace la voûte , e l’enveloppe en terre glaise, f la base ou le pied du manteau, g la chemise, h le manteau , i le moule d’une anse, k les évents et les jets.
855. Avant de connaître le moulage en sable gras , on moulait un grand nombre d’objets en argile. Les marchandises étaient classées selon les méthodes qu’on suivait pour les confectionner; mais il vaut bien mieux adopter une classification basée sur les frais de fabrication, parce qu’on est maître alors de faire passer un objet d’une classe à une autre, lorsque la dépense de la main-d’œuvre et des matériaux, force d’en augmenter le prix, ou bien, lorsque le fabricant juge à propos de le diminuer.
La classification des marchandises, très-indifférente pour 1 acheteur , n’est du reste qu’une affaire de comptabilité.
8 5 fi. Aucune autre usine en fer n’exige une surveillance si active ni une comptabilité si étendue que les fonderies ; c’est une suite naturelle de la variété des produits et de la multiplicité des ouvriers, dont chacun a son compte à part, ainsi que de la nécessité de refondre le fer cru dans des creusets , des fourneaux à manche, des fours à réverbère : opérations qui doivent être surveillées avec la plus grande exactitude sous Ie rapport des produits obtenus, de la main-d’œuvre, de la consommation des matières premières et du déchet mis sous forme de brocaille (on appelle ainsi la fonte répandue, les jets et les objets brisés). Ajoutons à cela les comptes multipliés qu’en-
2Ôo QUATRIEME SECTION.
traîne l’achèvement des pièces qui demandent à être polies, forées, tournées, armées, etc., etc. Il résulte de tout ceci une si grande complication d’écritures que, dans une semblable usine , on a souvent besoin de plusieurs personnes pour le travail du bureau.
857. Les employés ou commis des fonderies doivent suivre sans cesse toutes les opérations manuelles dans leurs détails les plus minutieux. Il arrive trop souvent que les mouleurs mettent de la négligence ou de la mal-adresse à préparer le sable et à confectionner les moules; qu’ils donnent aux objets une apparence préjudiciable dans le commerce ; qu’ils consomment des matières premières et particulièrement du combustible en pure perte ; qu’ils répandent la fonte en trop grand© quantité; qu’ils en font un mauvais choix, ce qui produit des pièces aigres et criblées de soufflures ; qu’ils cherchent à cacher les soufflures en les remplissant de fonte ; qu’ils accroissent de cette façon le nombre des rebuts; en un mot, qu’ils augmentent considérablement les frais de fabrication.
Pour offrir à nos lecteurs un aperçu des objets confectionnés aujourd’hui en fonte, et de la manière de les classer, nous leur donnons ici un état de ceux qui sont coulés dans les fonderies royales de Glehvitz et de Malapane (Haute-Silésie). La première colonne contient les noms des marchandises, la deuxième les classes qui sont désignées par des lettres et dont les prix déterminés par les frais de fabrication, augmentent depuis A jusqu’à N, la troisième enfin, le prix courant de ces objets achetés à l’entrepôt de Breslaw.
DU FER CRU
NOMS DES OBJETS MOULÉS
rb V';’ - ;
CLASSES