‹ Manuel de la navigation à la côte occidentale d'Afrique (volume 2)Chapitre 83 sur 136 · RIVIÈRE DE BENIN · texte numérisé non relu

RIVIÈRE DE BENIN

Depuis le village d'Odi jusqu'à cette rivière, le lac Cradoo se transforme en une lagune étroite» qui suit à peu près parais lëlement le rivage.

A 13 milles Vs du village de Town, on verra des groupes épars de cases, et daus leurs environs deux arbres remarquables; on les nomme les Deux-Sœurs; ils sont à 12 milles de rentrée de la rivière de Bénin. De ces deux arbres jusqu'à cette rivière, la c6te forme une légère coiu-bure qui regarde TO.

A 5 milles au N. de la rivière de Bénin, on voit un village, et la côte devient extrêmement boisée.

La pointe Nord de l'entrée de la rivière de Bénin ou Ribeira- Formosa présente un coude bien accusé, tandis que la rive Sud offre une courbe régulière et obtuse. Les deux rives prennent une direction parallèle l'espace de 4 milles, et se dirigent au N. dS"" E. Elles sont écartées de 1 mille Va*

Elles sont, l'une et l'autre, basses et marécageuses, mais, cependant, habitées. On y fait le commerce d'huile de palme et d'ivoire, et l'on y charge, par an, une douzaine de navires. Des traitants résident, dans ce but, sur les bords de la rivière, et vivent au milieu des miasmes pestilentiels qu'elle exhale. On y fait aussi la traite des esclaves.

La factorerie d'huile de palme se trouve sur la pointe Factory. Cette pointe est accore, et la rivière, profonde dans cette partie, présente encore des fonds de 3 mètres près de la jetée de la factorerie.

La pointe Factory est à 4 milles de l'entrée sur la rive Sud de la rivière et à 1 mille Vs ^u delà du village d'Obobi, situé à Vs mille au S. de la pointe Jo, pointe d'embouchure d'un marigot de ce nom, qui court dans le S. E. Sur la rive en face, il y a également trois villages; le plus éloigné de l'embouchure se nomme Fish-Tov^n (vUlage des Pécheursj. Il est précisément en face de la pointe Factory.

Sur la pointe arrondie du S. de l'entrée, il y a un cinquième village, nommé Salt-Town (village du Sel). En face de ce village commencent la barre de la rivière formée de grands brisants, qui s'étendent à 2 milles au large de la côte, et un banc de sable et de vase large de Va mille, qui se prolonge dans la rivière le long de la rive du S.

Arbres les Deux-i Sœurs.

RirièredeBeninou Ribeira-FonnoM.

Pointe Nord d'entrée.

Long;.E.2<>42'36".

Factorerie.

Pointe Factory.

Village d'Obobi.

Village de Fish- Town.

Village dp Salf- TowD.

de ]

396 GOLFE DE BEiNlN.

La rive du N. dans la rivière est saine et accore ; on trouve de ce côté 5 °» 4 et 11 mètres à 277 mètres (1 encablure Va) de la rive. Près de cette rive, et en regard de la jetée de la factorerie, il y a un vieux navire de commerce servant d'faApital à ceux des Européens qui ne peuvent être gardés à la factorerie pour la sûreté ou la convenance des autres individus qui y sont établis. La rivière est excessivement malsaine, et il est très-imprudent pour ceux qui ne sont pas acclimatés d'y demeurer après le coucher du soleil * .

^"« dejii rivière Eu 1847, à Tcpoque où le capitaine Danham en fll la reconnaissance, il y avait 2" 7 d'eau sur le banc de sable qui ferme la rivière de Bénin et qui forme la barre. Sur les deux côtés, il y avait si peu d'eau et de si formidables brisants, qu'on ne pouvait s'approcher d'aucune des pointes à moins de 2 milles.

Mais, dit cet officier, entre les deux plateaux qui forment les extrémités de la barre, il y a dans le milieu un canal de 1 mille de largeur, et d'une longueur d'environ ^/^ de mille à travers la barre, où l'on trouve 3«* 6 à la basse mer des équinoxes. La marée montant de 2«» I , avec une mer tranquille, on aiu*ait donc 6" 7 de profondeur sur la barre, lors de la haute mer. Cependant, comme la houle qui règne toujours dans ces parages produit un mouvement de levée et de descente d'à peu près 3™ 3 à 3° 6, un navire, tirant plus de 2™ 4 ou de 2°> 7, ne devra pas tenter de franchir la barre, et encore faudra-t-il bien examiner auparavant son état, car elle brise inopinément et avec violence par l'arrivée inattendue d'une ondulation plus forte.

Nous pensons donc que cette barre est excessivement dangereuse, et comme le dit le capitaine Denham, bien que des navires aient pu entrer heureusement dans la rivière et en ressortir avec une petite partie de leur chargement, il y a tant d'exemples d'autres navires, qui, après avoir talonné sur la barre, ont perdu leur gouvernail, ou bien qui ont été jetés à côte, et dont les équipages ont été sauvés à grand' peine, qu'il est préférable de se tenir au mouillage extérieur.

"i Le capitaine Denham fait ici une peinture très-vraie des inconvénients du séjour dans ces rivières, plus malsaines peut-être encore que celles plos ao N. de la côte des Bissagos et de Sierra-Leonc. Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit déjà à ce sujet en parlant des rivières du N.

niVlÈRt m ftEMN.

An mouillage devant la rivière de Bénin, on est excessive- MouniagedeTantu

^, , .... , , rlvUrc de Bénin.

ment tourmenté par les roulis, ainsi que par les tangage^ qu oc- (ïasionne la houle du large; le fond ofTre une bonne lehue. La position la plus convenable âera de mouiller par 8™ 1, vase noire, relevant la pointe Nord au N. 36°E. Ce relèvement passe à travers la barre dans sa partie la plus profonde. On sera à ce mouillage à 3 milles au large de la barre et à 5 milles Vs <^I<^ remboucbure de la rivière. Elle est dans cette position bien ouverte, dans toutes son étendue de 4 milles en largeur ; et il smfBra dès que la barre sera franchie par les canots, qu'ils se tiennent au milieu de la rivière, courant au N. 42° E. jusqu'à la factorerie. On trouvera jusque-là des fonds de 5" 7 et do 9 mètres.

Pour franchir la barre dans l'endroit ie plus profond en partant du mouillage indiqué, il faudra courir droit sur la pointe Nord d'embouchure, se maintenant dans la direction de cette pointe ouverte de 11^ à gauche de la factorerie, sans qu'on voie aucun des villages qui sont sur la rive Nord ; c'est-à-dire qu'il faut se maintenir droit dans la direction de cette rive.

La mer marne de 2°> 1 devant l'embouchure de la rivière de Bénin. L'établissement est 4 heures 30 minutes. Le jusant dure à peu près 9 lieures, le flot seulement 3 heures. La vitesse du premier est de 3 milles à l'heure, celle du second de 2 milles. La ligne des eaux décolorées s'étend au large devant l'entrée, aune distance de 9 ou 10 milles. Le flot au N. de l'embouchure porte à l'E. S. E., à l'E. en face de la rivière, au N. E. dans le Sud. Le jusant porte au S. O.

On trouve la limite du plateau des sondes à 29 milles sur le parallèle de l'embouchure de la rivière. À cette distance, on a 170 mètres, fond de vase. De cette limite, les fonds diminuent d'une manière très-graduelle jusqu'à ceux de 5"* 4, qu'on rencontre à 2 milles de la barre.

L'époque la plus favorable, pour fréquenter la rivière de Bénin, est depuis le mois de septembre jusqu'à février.

En 1788, le capitaine Landolphe fonda, dans la rivière de Bénin, un comptoir protégé par un fort nommé Borodo. Ce fort était carré, avec un bastion à chaque angle; il était 'armé

Marées, établigsement.

Ancien comptoir français et fort Dorodo.

Cours de la rivière de Bénin et a^ fluents.

Pointe Jo.

Crique Gallabar ou Jo.

Pointe Factory.

Criques de Bénin et deLago.

de trente-deux canons, et entouré d'un fossé, large et profond, que les marées remplissaient.

Ce fort était construit près du village actuel d'Obobi, et une vaste étendue de terrain fut achetée aux environs par la compagnie française, qui, sous le nom de compagnie d*Oëre et de fienin, se chargea de l'exploitation commerciale du pays. Ce fort nous fut enlevé par une trahison, au commencement de la guerrede179d.

Nous allons donner une description rapide de la rivière de Bénin et de ses principaux aflluents ; nous ne pouvons cep«i* dant garantir la rigoureuse exactitude de ces détails, empruntés principalement aux voyages des capitaines Matthew, Glemisson etDalzel.

Nous commencerons par la rive du Nord. Nous avons déjà indiqué, sur cette rive, le village de Fish-Town» à 3 milles Vi ^e Tembouchure. Un peu au N. de ce village, la rive se coude ef prend à peu près la direction de TE.; à ce coude, on remarque une petite crique, qui rejoint dans leN. la crique de Bénin, une de celles qui réunissent le lac Cradoo à la rivière de ce nom.

En face de cette première crique est la pointe Jo, dont nous avons déjà parlé. Cette pointe est à Va miUe au N. du village d'Obobi, situé sur la rive Sud. La pointe Jo est la pointe Ouest d'entrée d'une crique nommée Gallabar» qui r/éunit la rivière de Bénin à celle plus au S», Do&*Escardos. "^

A 1 mille dans le N. de la pointe Jo est la pointe Factory. Puis, la rive Sud tourne à l'E., courant parallèlement à ceUe duN.

A 7 et à 9 milles du village de Fish-Town et à la rive Nord, on remarquera deux criques. La crique le plus à TE. est reconnaissable à deux Ilots bas, entourés de grands bancs de vase, sur lesquels poussent quelques arbres : cette crique se nomme Lago. En s'embranchant avec la crique de Bénin qui la précède, elle fait communiquer le lac Cradoo avec la rivière de ce nom.

Il faut, dans cette partie de la rivière de Bénin, depuis la pointe Jo, longer de préférence la rive du S. (la rive gaœbe), qui est assez accore, et sur laquelle, depuis la crique Callabar ou Jo, on remarque des arbres ressemblant à des peupliers formant un rideau. Ils s'étendent jusqu'à une petite crique qu^on trouve

VILLAGE DE RRGtO. 390

dans l'E., à 6 milles ^/s, et qui se jette au S. dans la crique Gallabar.

Après cette crique, sur la même rive et à 8 milles de la pointe Jo, on trouve la crique Oëre, que Landolphe a si souvent parcou- ^"*^* ^^ rue, sans se douter qu'elle communiquait avec le Niger, audessous d'ibo ou d*Eboé, ce que nous a appris, en 1840, M. Beecroft, qui pénétra par cette crique dans ce fleuve avec le bateau à vapeur i'Ethiops, après avoir inutilement tenté d'y • arriver par la crique Gato et la rivière de Bénin.

A l'angle formé par la rivière de Bénin, qui court dans TE., et la crique Oëre, qui descend vers le S. E., se trouve, dans l'E. de la dernière, le village de New-Town. ^*"l^^^®'^"

En face de ce village, sur la rive opposée (rive droite) de la rivière de Bénin, on voit celui de Regio à TE. de la crique Gato vuiage de Regio. et dans l'angle formé par la rivière de Bénin et la crique Gato à leur confluent.

On continuera pour chenaler, à ranger d'assez près la rive gauche de la rivière de Bénin, jusqu'à ce qu'on soit presque en face de la crique Gato ; on mouillera alors par 6» 4, fond de vase, au milieu de la rivière, relevant, au N. 67« E., le village de Regio; au S. 62** E., le village de New-Tov^n.

De ce mouillage, dans une espèce de carrefour, si on peut employer ce mot, on verra courir dans TE. la rivière de Bénin ; dans le S., la crique Oëre et celle qui la précède dans l'O. de 1 mille ; dans le N., les criques de Bénin, de Lago, et celle de Gato ^

En 1840, M. Beecroft remonta, comme nous l'avons dit, la rivière de Bénin, espérant atteindre, par cette rivière, le fleuve QuorraouNiger* Après avoir remonté l'espace de 60 ou 70 milles dans cette rivière, il fut arrêté par des plantes aquatiques (des palétuviers ou des mangliers), dont les branches serrées et en arcade, barraient complètement le lit de la rivière, profonde cependant en cet endroit de 7 mètres; il eût fallu se frayer, la hache à la main, un passage dans ce réseau. Le même obstacle l'arrêta dans la crique Gato, dont nous parlerons tout a rheure, et ce fut alors qu'il se décida à prendre celle d'Oëre,

* Le mot eriqw, très-usité dans les rîTières de la côte d* Afrique, est employé, comme le mot marigot, pour désirer un cours d*eau secondaire^

de Jaboo et de Lagos.

Village d'A^ùna.

de Goto.

du golfe de Bénin.

par laquelle, après huit jours de uavigation, il entra dans le Quorra, à 14 milles au-dessous dlbo, et à 77 milles de distance de Temboucbure de ce grand fleuve.

oi^eGaio. La crique Gato court dans le N. E., en faisant plusieurs

détours. Sur sa rive de TO., on trouve» à 18 milles de son

criquMnecondairei afflueut avcc la rivièrc de Bcniu, la crique Jaboo, et à 21 milles

celle de Lagos, qui communiquent Tune et Tautre avec le lac

Cradoo. Le village d'Aguna se trouve à la jonction de la crique

Jaboo avec celle de Gato.

Sur la rive de TE., on rencontre, à 8 milles de Regio, le

viiiaçsjAroboet villagc d'Àrobo, et, à 24 milles à vol d'oiseau, le village de Gato, qui appartient au royaume de Bénin. Ce village commiïnique avec Bénin, capitale de ce royaume, qui en est distante de 30 milles environ.

peupiadesdesbords Le Uttoral que nous avons décrit jusqu'ici dans le golfe de Bénin est habité par les peuplades suivantes : celles de Popo, de Whydah, d'Ardrah , tributaires du royaume de Dahomet. L'Ardrah, sur le littoral, se termine à la rivière Lagos.

Dans TE. de Lagos, commencent les tribus de Jaboo, puis le royaume de Bénin, enfin au S. le paysd'Oére, qui va jusqu'au cap Formose, et qui a pour limite au N., la rivière de Bénin. Nous nous sommes beaucoup étendus sur la description de la rivière de Bénin, parce que cette rivière est très-importante comme commerce, et aussi, parce qu'elle est en général re* gardée comme la premiè/^ branche à l'O. et au N. du delta du Niger, Noun ou Quorra; on donne aussi à ce fleuve, surtout dans la partie supérieure de son cours, le nom de Dioliba. La rivière Lagos pourrait cependant être considérée comme la première du réseau de ce delta.

Il n'entre pas dans notre sujet de décrire ce fleuve, ni de tracer par quels longs et pénibles efforts les hardis voyageurs qui nous l'ont fait connaître à peu près en totalité, depuis sa source jusqu'à son embouchure, sont parvenus à en déterminer le cours.

La plupart ont payé de leur vie ces périlleuses explorations; les uns ont succombé sous les coups des populations féroces qu'ils ont traversées; d*autres, victimes des fièvres de ce climat insalubre. Nous devons conserver les noms de ces intrépides

l>elta du fleui« Niger ou Quorra.

LE DIOUBA. 401

voyageurs, Hungo-Park, Ling, Clapperton, Caillé, les Landers, en leur payant, pour leur infaligable persévérance et leur courage, un juste tribut d*admiration et de reconnaissance.

Nous résumerons en peu de mots ce qu'ils nous ont appris, avant de parler de nouveau des affluents du Quorra, jetés à TO. et à TE. de son embouchure principale, celle qui conserve le' nom de Noun près du cap Formose.

Une partie du cours du Quorra, depuis son embouchure jusqu'à Rabba, c'est-à-dire sur une étendue de 120 lieues environ, a été dressée trigonométriqucment, en 1833, par le lieutenant William Allen , lors de lavant-dernière expédition anglaise dans ce fleuve.

Le Dioiiba, appelé improprement Niger, prend naissance sur le versant Est et au pied du mont Loma, Tune des montagnes de la grande chaîne, nommée Khoung, qui traverse de rO. à TE. toute l'Afrique centrale. Sa source est en face de celle du fleuve de Sierra-Leone, qui, du versant Ouest des mêmes montagnes, coule vers l'O. à l'Océan.

Le Dioiiba décrit, au N. de cette chaîne, un vaste demi-cercle, en se dirigeant vers TE., traverse le lac Débo, passe à Tembuctou en remontant au Nord. De là, il court vers le S. E. jusqu'à la hauteur de la ville de Sakkatou. Le journal perdu de Mungo-Park laisse cette partie de son cours inconnue jusqu'à présent. Cependant, des preuves incontestables existent» qui font croire que Mungo-Park périt aux environs de BoussaS où le Dioiiba, nommé alors Quorra, court au S., coupe le rempart sur lequel s'appuie le plateau qu'il vient d'arroser (la chaîne des montagnes Khoung), et descend dans les plaines de la Guinée, où il se divise en un nombre considérable de branches formant un réseau, qui embrasse sur le littoral un espace de 90 lieues de côte au moins, après un cours dans l'Afrique, qu'on peut estimer à 600 lieues à peu près.

Les seuls affluents un peu considérables qu'on lui connaisse, sont le Bagoé et le Milo, vus par Caillé ; le Zirmi, qui passe

* Histoire générale des voyagea dans V Afrique centrale , ou résumé de tous les voyages faits dans cette partie.

à Sakkatou, puis laTcbadda. Cette dernière est une ti-ès-grande rivière» dont un faible parcours (24 lieues) a été étudié par les Anglais, jusqu'à la longitude E. de 6^. Elle est surtout intéressante en ce qu'elle semblerait être la même que la Châry de Denbam, et servir d'écoulement au grand lac de Tchad, auquel on donne plus de 2,200 lieues carrées de surface.

Dans cette immense étendue, le Dioliba n'est pas partout navigable, sauf dans la saison de la crue, ou saison pluvieuse. Hais, dans la saison sèche, il présente des bancs sur lesquels les navires du plus faible tirant d'eau ne peuvent passer. Le courant de descente est très-fort (de 3 à 4 milles à l'heure); la marée, dit Lander, ne se fait sentir dans le Quorra, que jusqu'à 2 0 milles de son embouchure.

Voici les noms donnés aux principaux affluents du Quorra, nommé communément le Niger on rivière de Nun, car on lui donne indifféremment ces noms.

A l'o. de l'ehbouchure. a l'b. de l*ehbouchure.

Rivières de : Rivières de :

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