SECTION II
LA CONSTEUCTION
281. — La construction est l'art de fre-ndre des temps dans le discours, et de fixer, par des silences judicieusement distribués, les bornes du sens.
Pour être clair, le discours doit être interrompu à chaque instant, découpé, divisé, de façon que les phrases et les diverses parties des phrases soient détachées et distinctes. Prononcées tout d'un trait, les périodes les plus belles paraissent obscures et monotones. Mais si le discours est bien construit, l'auditeur a le temps de saisir la portée de chaque expression, le rôle de chaque proposition lui est clairement signalé, et dans l'enchaînement des phrases, il n'a aucune peine à suivre la marche des idées, qui successivement lui sont présentées avec ordre et par groupes logiques.
282. — Le rôle principal du silence, en diction, est de rendre le discours clair et intelligible. En négligeant de faire des pauses aux endroits qu'il faut, on risque de dénaturer le sens des phrases. — Ex. ; lit torUrent armé» de leur» maison».
Si, au lieu de prendre un temps après armes, on fait une pause seulement après lortirmt, le contresens est ridicule.
Le silence sert encore à la re^nration. Quand le lecteur rencontre un silence, il doit en profiter pour
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respirer; peut-être aa voix devra-t-elle fournir une longue course, avant qu'il puisse faire nne nouvelle provision d'air.
Dans le aileoce, la parole seule est suspendue, le geste agit encore généralement. A chaque repos elliptique, il doit se dégager une idée à travers le geste. Et même alore que le silence n'eat pas elliptique, il est encore utile à la mimique, eu ce qu'il permet au geste de se concevoir et de s'exécuter en partie avant la parole.
383. — La constrnction est la ponctuation du langage parlé, et lea pauses, plus ou moins prolongées, coiTespondent aux points, aux points-virgulea, aux virgules, etc. Aussi, tous les temps ne sont pas d'égale durée. On peut distinguer des pauses, des demi-pauses, des silences, des demi-silenees, et des quarts de silence. lie silence dure d'autant plus longtemps que l'idée énoncée précédemment est plus complète par ellemême, et que sa liaison avec la suivante est moins intime. C'est afiaire d'interprétation, de mesure et de discernement.
284. — Souvent le sens veut un silence à un endroit où un arrêt complet paraîtrait trop brusque et aurait pour effet de hacher le discours. On remplace alors le silence par une nnance de diction. On fait cette nuance de diction en soutenant un peu la dernière syllabe prononcée, et en abaissant ou en élevant tout à coup la voix sur le mot ou les mots qui suivent. — Ex. :
Voilà l'homme* en effet: il va du 6/amc oM)ioin(BoiLEAU.) Farii * ettpour un rkhe unpaya de cocagne. (ID.)
(Aux endroits où les temps ne sont pas indiqués par la ponctuation, noua marquons d'un astérisque (*) les nuances de diction, et d'un trait ( | ) les silences, Dana les exemples, nous n'indiquons pas tous les silences, mais seulement ceux qui sont s pour illustrer chaque règle.)
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LA TONSTRTJCTION 145
285. — Les règles que nous donnons pour la distribution des silences ne sont pas absolues; un lecteur habile jugera bon parfois de les ignorer. En général, cependant, on devra se borner i, les observer Btrictement, et ne b'cd écarter qu'avec prudence.
Ces règles s'appliquent à la proie et k la poéeie. Mais, en disant des vers, il faut tenir compte de lliarnionie qni leur est propre, et tout en groupant les mots d'aprèa le sens, s'appliquer h marquer autant que possible le rythme, i. faire sentir la mesure, et k dégager la rime. Si les vers sont bien faits, le diseur pourra les construire correctement, sans briser le rythme ; s'ils sont mauviùs, il devra sacrifier le rythme à la clarté.
286. — Deux principes généraux s'appliquent à la distribution des silences :
1° Loraqu'w-ïie idée est exprimée, elle doit se graver dans l'esprit de l'auditeur et s'y lier à celle qui l'ont précédée. Un silence est pour cela nécessaire. — Ex. :
Le château \ ett hanté. Ze château du banm \ est hanté.
2° Quand la parole ne rend pas toute l'idée, quand il y a ellipse, un silence doit donner à l'auditeur le temps de compléter le sens, avant qu'un autre objet soit présenté à son esprit — Ex. :
L'eêpace e»t «on »éjowr, l'éternité \ ton âge. (Lahabtine.)
De ces deux principes, on peut déduire quelques règles particulières pour la distribution des silences.
La place des silences est donc déterminée par les ellipses et les repos de la pensée.