Règles particulières pour ladlstrlbatlon des silences
1. Il faut d'abord indiquer par des pauses plus ou moins prolongées tous les signes de ponctuation.
Ces signes marquent précisément ce que nous cherchons : le« ellipses et les repos de la pensée. Ce sont autant d'indica-
n,,,N,-.^iv.Gt)Ogle
tions précienses, qui révèlent la manière de l'écrivain et qui guident le déclamateur dans l'interprétation d'un morceau. — îbt.:
Règne: de crime en, crime, «lyîii te voilà roi. (Corheillb.)
Ce vers, dit sans repos aux signes de ponctuation, n'a pas de sens.
Je croyait, moi, jugez de ma, lin^ieiU,
Que Von devait rougir de la duplicité. (Destouches.)
2. Remarquons que la virgule qui précède les vocatifs courts, les mot« mi^ en apostrophe, aiusi (|Ut; les incises courtes, comme -.^dit-il, etc., même k la fin d'un vtirs, ne se traduit généralement que par une E de diction. — Ex. :
Je crains Dieu, * cher Abner, et n'ai jwint d'aube crainte. (Racine.) Je crains Dieu, * dites-vove, sa vérité me touche, (RaCikB.) Mais ce qu'on ne pourrait jamais ^imaginer,* Cinna, tu t'en xowviens et veuxm'assasstJier. (CoKSBILLK.) 3. De plus, le diseur ne doit pas se fier aveuglément à son auteur. Trop souvent, la ponctuation est mauvaise, et en la respectant, on risquerait de faire fausse route. Parfois aussi, la ponctuation, sans être défectueuse, est insulUsante. Ainsi, les ellipses sont rarement indiquées par la ponctuation ; on doit cependant les marquer par un silence ou une nuance de diction. — Ex. :
Ce> tramitûms soudaines et inattendues causent toujours wne grande surprise; si elles se jxn-tent à quelque chose de plaisant, elles excitent à rire; si * à quelque chose de profond, elles étonnent; »i* à quelque chose de grand, elles élèvent.
(VArVKNABGUBS, parlant des saillies de l'esprit.)
D,gt,,-erihyGOO^Ie
Il n'y a point de virgule, et d'après nos régies de ponctuation il oe doit pas y en avoir, entre «t et à quelque chose de jtrofond, entre ot et à quelque chose de grand, et cependant il y a ellipse; faisons donc, après chacun de ces deux n, une nuance de diction.
4. Une conjonction prend parfois ta place d'une virgule, surtout entre deux propositions ; on fait alors un silence, comme si la virgule s'y trouvait. — Ex, :
Je potai mon futil sur WM pierre gHte \
Et f essuyai mon Jrtmt que vint sécher la briêe. (Lamartine.) Le inonde entier m'oublie \ et me délaisse. (Mme Tastci.)
5. On fait un silence après le aujet de la phrase, excepté ai c'est un pronom personnel, relatif, ou démonstratif. — fo. :
L'heure de mes repas \ est frè» problématiqite. (F, Coppée.) Se croire «m personnage \ est fort commun en FraTice.
(La Fontaine.)
6. Si le sujet est court et est immédiatement suivi du verbe, il vaut mieux ne pas les séparer ; on ne dcît le faire que fli la phrase y gagne en pittoresque et en expression. — Ex.:
Le eoq chantait^ le merle ùfflait, te tambour battait, le carillon carillonnait, et le moine | roi^ait. (L. Veuillot.)
7. On ne fait pas de silence entre le verbe et le sujet qui le suit par inversion. — Ex. :
Quamd viendra le moment propice. . .
8. On prend toujours un temps avant les mots mis en inversion. On fait aussi un silence après ces mots, s'ils ne précèdent pas immédiatement ceux qu'ils devraient suivre ; si au contraire les mots mis en
D,gt,,-erihyGOOgle
inversion précèdent immédiatement ceux au&quela ils se rapportent, on les lie enaeinble. — Ex, :
I^ari I des (raiwportï de l'dme est un faible interprète.
(A. Cbénier.) Et U>u», devant l'autel | avec ordre introduits, De leur» champs j dcms leurs Tnains portant le» nowvtaux (Jruits, Au Dieu de funiver» con»acraienl ce» prémice». (Raodix.)
Sonvent, en pareil cas, une nuEUice de diction doit remplacer le silence, pour éviter un arrêt trop brusqne, — Ex.:
Cependant, je rends grâce au Mie officieux
Qui * »ur tous nus périls vous fait ouvrir le» yeux. (Racine.)
9. L'adjecti£ qualificatif et le participe faisant office d'adjectif se lient généralement au nom qu'ils qualifient—Ex. r
L'ka/nme sombre \ arriva
Au bas d'une montagne (V. HOQO.)
L'ceilfasciTté \ le cfterche à travo's le» ranteaux,{LA'HAS.TtSB.)
10. Cependant, on les sépare quand l'interprétation indique une certaine hésitation, une recherche du mot, et permet d'intercaler mentalement l'expression ; Comment di.rui-je t — Ex. :
■Fai monté pour vous dire, et d'un cœur véritable,
Que f ai conçu pour vous une estime \ incroyable. (MouÈBE.)
11. On les sépare aussi, quand leur liaison changerait la valeur des termes. — Ex. :
Combien de pauvre» * abandonnés ! (BoubdalouE.)
Sans cette nuance de diction, pauvres, qui est substantif, serait pris pour adjectif.
12. On les sépare encore, quand l'adjectif a un complément, le participe un régime; et dans ce cas, le
complément et le régime se lient à l'adjectif et au participe. — Ex. ;
Combien de malhevreux \ réduits aux dernière» riguewre de lajxtuvreUI (Eoeiedaloue.)
On tait que ce pitd plat \ digne qu'on le confonde,
Par de lalet emplois s'e«( poussa dans le monde. (MouÈIUE.
13. Le verbe se lie à son complément, direct ou indirect, qui le suit immédiatement. — Ex. :
La nuit muitipliait ce long gémissement. (Leconte db LislB.)
14. On lea sépare cependant, quand le complément cause une surprise, comme lorsqu'on peut dire : Voua ne le croiriez jamais .'—Ex :
Jl arrache la vitière de son casque pour le frapper d'un coup mortel, et reconnaît \ son père.
15. On sépare encore, le plus souvent par une nuance de diction, le verbe et son complément direct ou indirect, composé de plusieurs mots. — Ex. :
On ne pofrvient point à estimer * ce qu'on voudrait pouvoir «d'wwr, ni à mépriser * ce qu'on vouda-ait pouvoir laépriser.
(FtoBLO».)
U donnait * à tous les pauvres qu'il rencontrait.
16. Quand le complément direct ou indirect ne suit pas immédiatement le verbe, mais s'en trouve séparé par quelque mot autre qu'un adverbe de négation, on lie au verbe les mots qui le suivent, et l'on fait un silence avant le complément. — Ex. :
Paris est pour un riche \ wn jiays de cocagne. (Boileau.)
17. On prend un temps avant le complément indirect qui précède immédiatement le verbe, et on le lie h. ce dernier, — Ex. ;
L'eTifant [ dans la prière endort son jeune esprit. (V, HCOO.)
rihyGOOglC
ïaO MANUEL DE LA PAROÊE
18. On détache, par deux silences, du reste de la phrase, le complément indirect qui précède le verbe, mais qui s'en trouve séparé par quelque mot aatre qu'an adverbe de négation. — Ex, ;
ÂKic brancha cCun tUlevl \ mu jeune fauvette Avait de letpetitt tu^tendtt le bereeaa. (Aubekt.) Les règles 17 et 18 aont des applicatîODS de la règle 6.
19. On sépare le complément direct et le complément indirect, quand l'un d'eux est composé de plusieurs mots. — Ex. :
Ifôtezpasle dernier amÀ* à ceux qui vont mourir. {S AittTiSB.)
20. Le complément circonstanciel placé immédiatement avant ou après le verbe, se sépare de ce dernier par une nuance de diction s'il est court, par un silence s'il est long, et se détache dans tous les cas, par un silence, du reste de la phrase. — Ex. :
.Pavait * un jour | un valet de Gatcogne. (MaeoT.) Le chêne \ un jour * dit au rogeau. . .{La Fontaine.) J'ai voulu * ce matin \ te rappM-ler des roiei.
(Mde Desbobdeb-Valmoee.)
21. Quand le complément circonstanciel n'est pas immédiatement suivi ni précédé du verbe, il se détache du reste de la phrase par deux silences. — Ex. :
J écoutai» souvent | au fond des boi» troubUs \ le ehatU du rossiffnol.
22. L'adverbe qui suit ou qui précède immédiatement le mot dont il modifie la signification, ae lie invariablement k ce mot ; mais si ce mot est un verbe, on détache l'adverbe du reste de la phrase par un silence. — Ex. ;
On parle êouvctU | lie l'attachement du montagnard pour sa
maison. (PrÉVOST-PaRADOI.)
e toujours \ que je vous dois Peu^nre. (Racike.)
., .iiv.Gt)Ogle
Cest une application de U règle 16 ou de la règle 8, n on est de même pour la locution adverbiale.
23. L'advei-be eb ta locution adverbiale, éloignés du mot dont ils modifient la signification, se détachent de la phrase par deux silences. — Ex. :
L'inmKenet \ snvain \ pour la chercher courut e/tez le plaiêir. C'est encore une application de la règle 8.
24. On fait généralement une pause ou une nuance de diction, au commencement d'une phrase, après une conjonction de coordination (sauf après : et, ou, ni, et ai), après lea locutions conjonctives aw contraire et au •moins, après un adverbe, et après une locution adverbiale. — Ex. :
Ei^fin 1 Maih^he vint. . , (Boileao.) Or I il advint que. . .
1r>. On prend un temps avant la conjonction et, servant à joindre deux adjectîf9, deux .'«ubstantifs, deux verbes, ou deux adverbes, suivis d'un complément qui ne se rapporte qu'au second. — Ex. :
Let oi»eaux ont eupew \ et te tout arrêtée de chanter.
{A. Daudet.) // faut écouter la raiton j et les enteifftiemetits de la foi chrétienne.