‹ Manuel de la paroleChapitre 131 sur 182 · LE MOUVEMENT · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT

le sentiment exprîmés, et par l'âge, le caractère, la condition du personnage.

Âinei, la récitation d'un morceau léger, fable, poésie badJae, ou monologue, demaiide une vivacité qui aérait déplacée dans la lecture d'uue Bcèue tragique, d'un récit historique, d'une ode, d'un discours.— Une action très vive sera racontée avec on mouvement accéléré ; le récit d'uue marche longue et ^nible sera plutôt fait avec lenteur. Le sentiment n'est jamais précipité ; la passion, plus ardente, veut au contrure une certaine impétuosité dans le débit.— Un vieillard ne parle pas avec la vivacité d'un jeune homme. Un homme actif, éveillé, ne trs^e pas ses syllabes comme fait un paresseux ayant sommeil. Un souverain n'a pas le parler turbulent d'un page.

Quand un passage vous semble trop long, gardez-vous bien de le dire vite : il paraîtrait démesuré; l'auditeur, averti par votre allure précipitée du désir qae voue avez d'eu avoir fini au plus tôt, De e^'y intéressera pas et attendra la fis pour vous rendre son attention. . .qu'il ne vous rendra peut-être pas. Au contraire, en disant lentement ce passage trop long, en le détaillant bien, voua exciterez l'intérêt.

291. — La rapidité du débit est encore en raison inverse de la difficulté qu'on éprouve àae faire entendre, et dépend par conséquent des dÎTriensions et des propriétés acoustiques du local.

On doit parler d'autant plus lentement que l'espace où la voix doit vibrer est plus considérable.

L'éloquence en plein air, outre la voix puissante et sonore, l'action animée, et l'articulation énergique qu'elle demande, exige encore une allure assez lente pour que l'air transmette les sons au loin sans les confondre. Celui qui parle dans un espace restreint, dans une salle, doit aussi ralentir son débit, si cette salle est grande, et si les auditeurs les plus éloignés sont hors de la portée ordinaire de sa voix.

Au point de vue de la valeur acoustique, on peut distinguer trois types de salles: 1° celles dont la sonorité excessive expose à des échos, et partant à

156 HAlfUEL DE LA PAROLE

l'enchevêtrement et à la confusion des sona ; 2° celles qui sont plutôt sourdes, éteignant les sons, étoufbnt la voix ; 3° celles qui résonnent bien, c'est-à-dire, où les ondes sonores directes et réfléchies produisent un son unique et renforcé.

Dans les premières, il faut parler plus lentement, moins fort, et plus distinctement.

Dans les secondes, l'orateur doit ralentir auasi son débit, et parler plus fort.

Dans les troisièmes, enfin, avec un mouvement modéré, un orateur se fait comprendre sans peine.

L'essentiel est d'être compris. Si votre voix est faible, vous devez dans tous les ca^ suppléer à la force du soc par la lenteur de la parole et la netteté de la prononciation. Si l'idée exprimée, ou le aentiment, exige une allure plua rapide, exagérez d'autant l'énergie de l'articulation. Mais ne prenez jainuia une allure trop rapide; ne vous rendez pas k la limite extrême de perception possible, qui est de quatre syllabes par secoude.

Chaque local demande donc une étude particulière. 8es propriétés acoustiques détendent de ses diraension s,— hauteur, longueur, largeur,— de sa forme, de sa capacité, du chois et de la disposition des matériaux employés dans sa construction, des tentures qui s'y trouvent, de la forme anguleuse ou arrondie des voûtes, des parois et des colonnes. Ce sont là autant d'indications sur lesquelles doivent se régler le mouvement du débit et la force de la voix. Un orateur ne doit jamais prendre la parole dans une salle, sans en avoir d'avance apprécié la valeur acoustique. Si l'on ne veut rien risquer, il vaut mieux essayer la salle, avant d'y paraître devant le public; et mâme alors, doit-on se rapi>eler qu'une salle ne résonne pas de la même manière, vide, ou pleine de monde.

Page 1