LE PLAIDOYER B0RLES1JUG
Je me sais arrêté ud jonr à Sariut pour y entendre i)1>ilder une cause fameuse par les Cicérons de la ville. lueurs plai' doyers ne manquèrent pas de commencer par le commence' ment du monde, et de venir ensuite tout droit par le déluge jusqu'au fait. Il était question de donner du pain, par provision, à des enfants qui n'en avaient pas. L'orateur, qui s'était chai^ de parler au: juges de leur appétit, mêla judicieusement dans son plaidoyer beaucoup dé pointes fort gentilles avec les plus sérieuaea lois du crNile, et les Métoanorphosei d'Ovjde avec des passages terribles de l'EcrituTe sainte. Ce méiange, si conforme aux règles de l'art, fut applaudi par les auditeurs de bon goût. Chacun croyait que les enfants feraiest bonne chère, et qu'uDe si rare éloquence allait fonder à jamais leur cuisine. Mais, ô caprice de la fortune ! quoique l'avocat eût obtenu tant de louanges, les enfants ne purent obtenir dn pain. On a]>iiointa ta cause, c'est-^-ilire, en bonne chicane, qu'il fut ordonné à ces malheureux de plaider à jeun, et les juges se levèrent gravement du tribunal pour aller dîner. Je m'y en allai aussi...
FÉSELON,