LE LION ET LE MOUCHERON
*' Va-t'en, tbétif insecte, excrément de la terre. " C'est en cea mota que le Lion Parlait un jour au Mou<^ron.
L'autre lui déclara la guerre.
" Penaea^tu, lui dit-il, que ton titre de roi Me fasae peur ni me souciel Un bœuf est plus puisaant que toi:
Je le mène k ma fantaisie. " A peine il achevait cea mots, Que lui-même il eonna la charge.
Fut le trompette et le héros.
Dans l'abord il se met au large, Puis [rend son temps, fond sur le cou Du Lion, qu'il rend presque fou.
Le quadrupède écume, et son œil étincelle;
Il rugit : on se cache, on tremble à l'environ, Et cette alarme universelle Ës^l'ouvrage d'un Moucheron,
Un avorton de mouche en cent lieux leharcelle,
Tantôt pique l'échiue et tantôt le museau.
Tantôt entre au fond du naseau,
La rage alors se trouve k son faite montée.
L'inviaible ennemi triomphe, et rit de voir
rihyGOOglC
MANUEL DE LA PAtCOLB
Qu'il n'est griffe ni deat, en la bête irritée. Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir. Le malheoiBox Lion se déchire lui-niéme, Pnit résonow sa queue À l'entour de ses flancs. Bat l'air, qui n'en peut mais, et sa fnreur extrême Le fatigue, l'abat: le voilJt sur les dents-
L'insecte du combat se retire avec ^ire :
Comme il aonna la charge, il sonne ta victoire. Va partout l'annoncer, et rencontre en chemin
L'embuscade d'une araignée ;
n y rencontre aussi sa fin.
Quelle diose par là noua pent être enseignée î J'en vois deux, dont l'une est qu'entre nos ennemis Les plus à craindre sont souvent les plud petits ; L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire.
Qui périt pour la moindre affaire.
La Fontaine.
LE JONfiLEUB
Cest nu métier mauvais que d'être saltimbanque ; , Bares y sont les soirs dorés et triomphauta ! On a peur de» jours noire et des jours étouffants ; En automne, au printemps, dès qu'il pleut, le pain manque, £t c'est dur, pour la femme et les petits enfants. Comme il faut bieu manger, tout de même ou traviùlle, 8nus la neige et l'averse, an soleil, dans le vent. Puis on se sent malade : on l'est. On meurt, souvent; Ou, si l'on sort de là, guéri vaille que vaille, Ou est un peu moins fort et plus pauvre qu'avant. Donc il advint jadis, — l'histoire est d'un autre ftge, — Il advint qu'un jongleur subit le sort fatal; Mwn leste, corps dispos et bon cœur à l'ouvrage, n avait tout; k bout de voix et de courage, La fièvre le jeta sur un lit d'hdpital.
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MOKCEAUX CHOISIS
Quand je dÎB Mpitat, j'ai twt ; en notre France, Les hôpitaux d'Al<»3 B^t>pelùent des couvents ; Od y parlait, tuufr twa, d'amour et d'espérance, £t, de ce clief au moins, lea siècles d'ignorance Valaient peut-être mieux que d'autres, plus savants. Soigné, pansé, choyé, le jongleur guérit vite. Son &me avait aussi trouvé le grand soutien : Eniré là peu croyant, il en sortait chréti^ Toute longue souffrance à la prière invite:
Un beau jour, ou se risque, et l'on s'en trouve bien. Notre homme avait prié la bonne Sainte Vierge, Comme un simple iTeaprit qu'il était, humblement Même il avait promis, au fort de son tourment, S'il récfaaiqiait jamais, de lui brûler un cierge. Il se mit en devoir de tenir son serment.
Meus d'abord, il voulut que, senl dans la chapelle. On le laissât en paix durant une heure au moins. Inquiétante était la demande, et nouvelle; Aussi, sans se creuser bien longtemps la cervelle. Fit-on ce qu'il fallait pour qu'il eût des témoins: Témoins secrets, afin de satisfaire un bOte, Mais clairvoyants nartout; veiller parut argent, Le calice étant d'or et les flambeaux d'argent Quelques moines cachés dans la tribune haute Surent tout observer d'un regard diligent La nef était déserte. Un prisme de lumière Y tombait du transept à l'autel tout en fleur, Où, l'auréole au front, une Vierge de pierre Vers le parvis du chœur abaissait la paupière. Blanche dans le reflet des vitraux de couleur. L'homme entra, se crut seul, et referma la porte. Il avait bien encore cet ample vStement Qui drape à l'hôpitaj les maux de toute aorte; Mais, comme trop étroite Jk sa taille plus forte. Cette espèce de froc bridait visiblement.
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194 MAjniHa^ DE L4 PAEOLE
L'homme arrivait avec tout uo bagage étrange^
C'était, outre le cierge, uu faisceau composé
D'une table pliante et de son pied croisé.
Puis d'un tapis roulé dont a'élimait la frange.
Fuis on lie savait quoi, dans un mouchoir usé.
Une fois dans le cliœur, on le vit, sans rien dire.
Prendre son vieux tapis et le bien étaler,
Dresser la table, ouvrir le mouchtnr, installer
Quelques menus objets; puis, allumant la cire.
Il se mit h genoux et se prit à prier :
" Madame, je sais bieu qu'on tous ^[^le Reine ;
Je sais que l'on vous ncMnme Etoile du Matin ;
Mais je. sais-bien aussi qu'Astre ni Souveraine
Ne m'eussent, comme vous, assisté dans ma peine.
Et je voudrais pourvoir vous le dire en latin.
" Excusez-moi, de plu^ n'ayant ni soi) ni maille.
Mon ciei^, trop petit, me donne de l'ennui ;
Je ne me sens pas quitte ; et je para aujourd'hui.
Il faut absolument que pour vous je travaille.
Vous avez nii enfant ; mettons que c'est pour lui
" Je ferai de mon mieux. Par malheur, le chômage.
Cruel pour tout le monde, est plus fâcheux peur nous.
Je puis manquer mes toura, et ce serait dorpmage.
Vous n'en voudrez pas moins accepter m:on hommage,
Et je vous en requiers, Madame, k deux genoux."
L'homme se reljva. D'un seul geste rapide,
Il rejeta le froc ouvert dans son ampleur.
Et, comme un papillon hors de sa chrysalide.
Il apparut, pimpant, léger, souple et solide,
Sous ses vieux oripeaux fanée de bateleur !
" Je commence," fit-il. Et vive, insaisissable,
La muscade courut en de subtils détours;
Là, Houa ce goblet, elle était sur la table;
On allait l'y trouver, c'était indubitable:
Et qui l'eût parié se fût trompé toujours!
rihyGOOglC
UOECEAtlS CHOISIS 195
Mfilant dans nu coffret une foule de choses,
Le jongleur dit ensuite un mot eacramentel ;
£t ce mot pouvait tout, jusqu'aux métamorphoses.
Car le coffret, ouvert, n'était plein que de roses
Dont U alla joncher les marches de l'autel.
Pour terminer, il prit quelques boules de cuivre;
£t l'on vît, par ses mains i peine en mouvement,
Des sphères, sur un otbe idéal et charmant
Oii l'œil émerveillé ae perdait k les suivre,
Passer et repasser, inépuisablement ;
Et Ira globes légers piqués d'une étincelle,
£n ce jaillissement alternatif et prompt.
Lui faisaient une gloire, assez pareille i celle
Qui, là-haut, égrenée en couronne immortelle,
De neuf étoiles d'or nimbait un autre front I
"Autre chose! dit-iL Peut-être êtca-vous lasse.
Et si j'en faisais trop, je serais dans mon tort.
Donc, j'écarte la table et tout le passe-passe ;
Pour ce qui va venir il faut beaucoup d'espace,
Et nous allons marcher de plus fort en plus fort ! "
De plus fort en pins fort! — sans aucune arrogance
Il en parlait, vraiment ; car ee qui vint, ce fut
Un travail de haut style et d'ezquîae élégance.
Et d'une fantaisie et d'une extravagance
A faire se trahir les moines à l'aSût :
H marcha sur les mains, il se tint sur la tête.
En équilibre et dans un aplomb merveilleux.
Fit la roue, et, traçant une courbe parfaite,
Vint retomber debout sous les regards en fête.
Après un saut de carpe et trois sauts périlleux !
Un temps. — Puis, en silence, et d'un air de mystère.
L'homme, avec des lenteurs de reptile ondoyant,
Se coucha, eette fois, tout de son long par terre ;
Et le spectacle alors changea de caractère,
De joyeux qu'il était, il devînt effrayant!
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196 HAirCEX D£ tk P&WiLE
Tout ce qu'on peut tirer d'une t£te et d'an tors«. D'an cou, de bras, de pieds, de jambes et de mains ; Tout ce qu'ils peuvent rendre, en fait de tours de force. Far le déboîtement, la brisure et l'estorse, IVit en ce pauvre corps des aspects surhumains ;
Aussi, quand il eut clos une deriiîËre passe
Far son plus beau salut, tout p&le de chalenr,
Cbancelant et dierchant le mur, la tête basse,
Avec des souffles courts dans sa pintrine lasse,
Voici que de nouveau parla le batelenr :
" Madame, disait-il, cet exercice est rude,
Flus rude qull ne semble et que vous ue croyez!
Four un travail pareil il faut beaucoup d'^tode ; ^
On se rouille très vite, et, faute d'habitude,
On y peine un petit, comme vous le voyeî. "
Alors, et nous entrons en plein dans la merveille.
Il se passa chose de vraiment inouï ;
Ce n'est pas seulement un pauvre homme ébloui.
Ce sont gens ayant tons bon orâl et bonne oreille
Qui l'affirment: la Vierge en souriant fit; "Ouï,"
Tons la virent, quittant le haut du tabernacle,
Descendre jusqu'au sol en un glissement doux.
Puis, le parvis atteint, y marcher comme nous;
Et lui, l'humble, pour qui se faisait ce miracle,
ha. regardait venir, en ployant les genoux;
Et comme il restait lik, eeconé jusqu'aux moelles. Blanche dans le reflet des vitraux de couleur, La belle Dame au front auréolé d'étoiles Essuya, de l'ourlet auguste de sea voiles, La sueur qui perldt aux tempes du jongleur.
Db Borelu
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MORCEAUX CHOISIS LE BAKBIER DX 8ÉTU.LE, A. Il, SC 8.
Bartholo, Basile.
La colomnie, monsieur! Vous ne eavei guère ce qa dédaignez; j'ai vu les plus honnêtes geos près â'e accablés. Crojes qu'il n'y a pas àee plate méchance d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopt oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien, et noua at des gens d'une adrcssel. . . D'abord un bruit léger, rai Bol comme l'hironddle avant l'OTage,jnanMnmo murmure et sème en courant le trait empoisonna. Telle bouche te rf et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitemer mal est fait ; il germe, il rampe, il chemine, et rinforat bouche en bouche, il va le diable ; puis tout k coup, i comment, voua voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, ) ■ k vue d'œiL Elle s'élance, étend son vol, tourbillonne loppo, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient général, un ereëcendo public, un chorus universel de bain proscription. Qui diable y résisterait !
BlUVHAKCE
un EN'TERREMENT (1)
Ce aoir-là, chez Harvey, la foule étût choisie ; Les arts s'y rencontraient avec la poésie; Les rubans et les fleurs encombraient le salon ; Au fond Lulli rSvtùt près de son violon, (1) Un jourqui>I^ Fontaïn* dînait chez Madame Harvey, il a
D,gt,,-erihyGOOgle
198 HAMXrXL DE LA PiBbhE
Bacine dam un coin caïuait arec Molière, Sapin luttait d'esprit avec la Deahoulière, Chapelle à grand fracae toqninait Despréaux.
Quinze faquins poudrés, parafiites-fiéaux, Det^sant à l'envî de graves bagatelles, Secouaient leurs canons et leurs flots de dentelles. Les UDS traitant de fats les vers de Foquelia, D'autres prenatit Maestricht, ou citant Chapelain. Un marquis du Clovi» glisaait une tirade, Un couplet de Linière, un trait de Benserade; Et de tous les côtés sonnaient, gai cliquetis, hea bons mots soutenant le choc des concettîs. C'était à qui dirait la plus aimable injure, Et le sourire était l'ei^jeu de la gageure.
Enfin l'on envahit la salle du banquet; Un fauteuil restait vide, un convive manquait. On regarde, on se compte, on procède à l'enquête ; Qui donc bravait ainai les lois de l'étiquetteî " Quel fait, criait Chapelle, a donc pu s'oublier A ce pointî, ..Hé parbleu! c'est Jean le Fablier! — Excusez, dit Sapho d'une façon distraite; Mais il vit comme ceux dont il est l'interprète; Messieurs les Animaux font sa société.
Et chez eux il se forme à leur civilité. " Tout le monde applaudit à ce trait de génie.
Et sur le pauvre absent décoche une ironie.
" Hé, vous riez. Messieurs, leur dit Madame Harve?', Moi, je crains qu'un malheur ne lui soit arrivé ; Le voyage était long... — Il t*ve sur la route A son lièvre qui tremble, à son lapin qui broute. Dit Chapelle, ou, comme eus, il dort sous un sapin. Allons, à la santé de Monsieur Jean Lapin ! "
Les gais propos pleuvaient. Or, juste à la même heure, A quelque trois cents pas de la noble demeure, Les passants ébahis se montraient de la main
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Qu'attend-ilî. . .Que voit-il autonr de ce caillouî. . .
Il se penche ; il regarde avec nn œil d'avare I
Ceat te plus sot faqaîn de France et de Navarre ! "
Mais à la fin le jour s'enfuit ; l'ombre arriva ;
Et, cherchant au haaard, le rêveur ae leva:
Le château ae dressait dans la brume incertaine ;
Il le vit, y courut " Monsieur de La Fontaioe,
Dit le laquais. — Bravo ! Le voili donc venu,
Jean ^t mange ton bU* avte ton revenu I
Qu'avez-voos rencontré! ConteE-nous l'aventuré !
Vos loups vont droit au but quand ils cherelient pftture ;
Maia vous t. . . Voyons, parlez. Quel miracle nouveau I
n est muet et sourd comme son soliveau 1
C'est Esope affamé; c'est Baruch hypocondre."
Le'bonhomme écoutait et mangeait sans répondre.
Puis relevant la tête et riant h, demi :
" J'ai suivi le convoi . . . — De qui î — D'une fourmi.
Là-bas, dans le sentier qui longe la prairie. D'un vieux saule tombé dort la souche pourrie ; Des fourmis dans la souche ont creusé leur maison, Dessous un églantier qui borne l'horizon.
Un talus les abrite, et de vertes broussailles Forment un parc sauvage i leur humble Verswlles. J'allais, quand tout d'un coup devant mes pas errants, Je les vis qui sortaient du saule, sur deux rangs. D'ordinaire elles vont, viennent, passent, reviennent, Roulant un lourd fardeau que leurs longs bras soutiennent; Glanant pour se défendre, ou bien pour se nourrir. Cherchant, quêtant, fuyant, ou courant pour courir, Trottant k leur caprice oh le hasard les mène. Comme fait dans Paris la fourmilière humaine. 14*
D,gt,,-erihyGOOgle
Aqjourâliiii ploB de course, et plus de longs détours; Toutes en se suivant mesuroient leuispas Itmrds, £d ordre, comme nous aux jours des luoënilles. Toutes, loin de la viUe et Imn de leurs muraiUes, Tri»t«ft comiue il coovient au deuil d'aoe fourmi, AcconrpagoaieDt le corps d'un frère, d'un ami ; Et moi, de leur convoi j'admirais l'ordonnance.
La tombe était au [scd d'une verte éminence.
Où deux chardons, couvrant au loin lé noir caveau.
Prêtaient leur pyramide au Pharaon nouveau.
Traîné par les géants de l'humble colonie.
Sur le funèbre char d'une feuille jaunie.
Le cadavre sortait du palais souterraîç
Et roulait, cahoté par les plis du terrain,
Entre les rangs émus de l'assistance amie.
Le défilé dura près d'une heure et demie;
Le chemin était rude et les arrêts fréquents;
Là, c'était un Caucase, et plus loin des Balkans.
Or, juste à quatre pas du lieu de sépulture,
Le deuil faillit tourner en tragique aventure.
En face des porteurs, glissant sur le gazon,
Passait une hmace énorme et sa maison.
L'obstacle était étrange et jiresque infranchissable ;
Mais vingt pionniers roulant une charge de sable.
Sur la route du monstre étagent un rempart ;
La limace recule, et le convoi repart.
Ulysse eût-il fait mieux dans les plaines de Troie I
On arrive à la fosse; elle reçoit sa proie; Le char, le mort ensemble y tombent à l'envers, Comme fît l'autre jour feu Monsieur de BoufSers. (I) On se hâte, on recouvre avec des feuilles mortes Le cadavre et la bière ; et l'on ferme les portes. Un groupe de parents erre encore à l'entour; D'autres, les vieux, ont pris les sentiers du retour, (1) V<Mi U lettre de Mme de Sâvigny, aS tév. 1672.
M^hyGOOglC
laodU qu'aux champs voisins a'ébat la foule ii
La deuil étant fini, le travail recommence;
On cherche, on glane, on trotte, on court par les chemias,
Sans soucis, ni regrets, comme chez les humains.
Chacun avait repris sa tâche faïuili^e;