‹ Manuel de la paroleChapitre 156 sur 182 · CN SOU DE FLÀISIB · texte numérisé non relu

CN SOU DE FLÀISIB

Connaissez -voua rien de plus mélancolique que le lendemain d'une tête forainel Plus de curieux, plus d'acheteurs empressés, plus de réclames des marchands, plus de parades sur les tréteaux, plus do sauteurs en plein vent, plus de brioches toutes fumantes ou de gaufres parfumées. Les marchands, l'air un peu triste, déménagent tous les jolis objets étalés d'une façon si séduisante, et les rares passants circulent d'un pas pressé.

Je faisais comme eux, lors(|u'une musique bien connue arriva à mon oreille. C'était un orgue de barbarie, orgue criard, épuisé, poussif, accompagné d'un tambour et d'une paire de cymbales qui avaient la prétention de lui marquer la mesure. Tout cela n'empêchait point les petits enfants qui passaient de tirer la main de leur mère ou de leur bonne du côté de cette engageante musique, et on les entendait murmurer avec un accent d'admiration et de convoitise : " Les chevaux de bois I "

D,gt,,-erihyGOOgle

quelques mères un peu lasses vinrent s'asseoir, non sans regarder de côté et ranger les plis de leur mbe le plus loin de la petite. " Ot«-toi donc de là, lui dit une bonne; ta vois bien que tu prends de la place." Elle se leva sans rien dire et s'en alla an peu plus loin, tout doucement.

Les larmes m'en vinrent aux yeux.

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" Veux-tu monter sur les chevaux de boUl " lui dia-je en lui tendant un sou. Elle me regarda d'un air effaré, réfléchit un instant, finit par oser comprendre, prit le aou, et s'élança sur un cheral en me jetant un regard plein d'une telle reconnaissance que j'en fus tout ému. Le Franconi de l'établissement voulut la faire descendra ; mais elle montra fièrement son sou, indiqua d'où il lui venait et s'affermit sur sa monture.

La cavalcade commença. L'eaf&ntrayonnaitdejoie. — Quoi! pour si peu de chose ! — Oui ; et qu'est-ce qui n'est pas peu de chose en ce mondel Sont-ce les hochets de la vanité et de l'ambitîonl Sont-celes bijouz,leBdentelles,le!jhommages1 Valser en robe de satin dans un salon ou tourner en haillons sur les chevaux de bois, n'est-ce pas en somme le même genre de plréirl

La cavalcade finie, la petite fille descendît, me regarda encore, et s'en alla de l'air triomphant de quelqu'un qui a atteint son idéaL

" Quelle folie! me dit un ami qui se trouvait derrière moi et qui avait tont vu. Est-ce que vous n'auriez pas mieux fait de lui donner pour un sou de painl

— Non, lui répondis-je, je n'aurais pas mieux fait. Il est peu de cœurs assez durs pour refuser un morceau de pain à un enfant qui a faim; mais bien peu consentiront à lui donner le superflu, chose si néceestùre. Cette joie, cette pauvre joie d'un sou sera comme un rayon de soleil dans sa misérable vie. Bien longtemps, toi^ours peut-être, elle se rappellera le jour où elle est montée sur les chevaux de bois, et ce souvenir ramènera un sourire sur sa figure flétrie. Le pain n'est pas tout : donnonsle i^ ceux qui ont faim ; mais donnons aussi le pain de l'esprit et le pain du cœur, la lumière et la joie. Et quand nous nous sentons épanouis par les rires de nos petits enfants, songeons à ceux qui les regardent, qui les envient, et qui soupirent, et qui seraient heureux, eux aussi, si on leur donnait seulement pour un sou de plaisir. "

(Anonyme.)

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