TERRIBLE HISTOIRE
Dix-huit coDtrebandiers, charges d'un sac de pondre de Berne, passaient par un couloir de rochers. Le dernier en rang s'aperçut que son sac s'allégeait seosiblement, et ïl était déjà tout disposé à s'en féliciter, lorsqu'il vint à se douter ingénieusement que l'allégement avait peut-être lieu aux dépens de la charge. Ce n'était que trop vrai, une longue traînée de poudre se voyait sur la trace qu'il avait suivie. C'était une perte, mais surtout c'était UD indice qui pouvait trahir la marche de la troupe et compromettre ses destinées. Il cria halte, et, à ce cri, les dix-sept autres s'assirent en même temps sur leurs sacs, pour boire un coup d'eau-de-vie et s'essuyer le front.
Pendant ce temps, l'autre, l'ingénieux, rebroussait jusqu'à l'origine de sa traînés de poudre. Il y atteignit au bout de deux heures de marche, et il y mit le feu avec sa pipe : c'était pour détruire l'indice. Deus minutes après, il entendit une détonation superbe, qui, se répercutant contre les parois de ces montagnes, roulant par les vallées et remontant par les gorges, lui causa une surprise merveilleuse : n'étaient les dix-sept sacs, qui, rejoints par la traînée, sautaient en l'air, y compris les dixsept pères de famille assis dessus.
Sur quoi, je remarque deux choses.
La première, c'est que cette histoire est une vraie histoire, agréable et récréative, suffisamment vraisemblable, prouvée par la tradition, et par le couloir, qui subsiste toujours, comme chacun peut aller s'en assurer. Je la tiens pour aussi certaine que le passage d'Annibal par le mont du petit Saint- Bernard. Comment prouve-t-on le passage d'Annibal par le mont du petit Saint- Be mardi On commence par vous montrer une roche blanche au pied du mont ; après quoi l'on vous démontre que c'est celle que le Carthaginois, arrivé au sommet, fit fondre dans du vinaigre.
La seconde chose que je remarque, c'est que, dans cette histoire, dix-sept hommes périssent; mais remarquez bien, il en reste un pour porter la nouvelle. C'est là, ai je ne m'abuse.
MOBCEAUS CHOISIS 205
le signe, le eriteriiim d'une histoire modile: car dans une bataille, ud désastre, une catastrophe, que peu périaaen|, c'est mesquin ; que tous périssent, c'est nnit close. Mais que du beau milieu d'une immense déconfiture, un, on seul en réchappe, et tout justement pour porter la nouvelle, c'est l'exquis du genre et la joie de l'amateur. Et c'est pourquoi l'histoire, tant la grecque que la romaine et la moderne, est riche eu traits tout pareils.
ToprrEo.
LES CDlETIERES DE CAMPAGNE
Les anciens n'ont point eu de lieox de sépulture plus agréables que nos cimetières de campagne : des prairies, des champs, des eaus, des bois, une riante perspective, marient leurs simples images avec les tombeaux des laboureurs. On aime à voir le gros if qui ne végète plus que par son écorce, les pommiers du presbytère, le haut gaeon, les peupliers, l'ornement des morts, et les buis, et les petites crois de consolation et de gr&ce. Au milieu des paisibles monuments, le temple villageois élève sa tour surmontée de l'emblème rustique de la vigilance. On n'entend dans ces lieux que le chant du rouge-gorg«, et le brait des brebis qui broutent l'herbe de la tombe de leur ancien pasteur.
Les sentiers qui traversent l'enclos bénit aboutissent à l'église ou à la maison du curé : ils sont tracés par le pauvre et le pèlerin, qui vont prier le Dieu des miracles ou demander le pain de l'aumône à l'homme de l'Evangile: l'indifférent ou le riche ne passe point sur ces tombeaui.
On y lit pour toute épitaphe: Guillaïune ou Paul, n/ en telle année, mort -en telle autre. Sur quelques-uns il n'y a pas même de nom- Le laboureur chrétien repose oublié dans la mort, comme ces végétaux utiles au milieu desquels il a vécu ; la nature ne grave pas le nom des chênes sur leurs troncs abattus dans les forêts.
D,gt,,-erihyGOOgle
Cependant, en errant ud jour dans un cimetière de campagnei^nous aper^mes une épitaphe latine sur une pierre qui annonçait le tombeau d'un enfant. Surpris de cette magnificence, nous nous en approcbÂmea ; nous lûmes ces mots de l'Evangile: " Siniteparvulotvenireadme: Laissez les petits enfante venir à moi."
Ch ATE AUBKUN D.