‹ Manuel de la paroleChapitre 164 sur 182 · LE HANNETON · texte numérisé non relu

LE HANNETON

C'était le temps des hannetons. Ils m'avaient bien diverti autrefois, mais je commençais à n'y prendre plus de plaisir. Comme on vieillit !

Toutefois, pendant que, seul dans ma chambre, j'y fiùsai» mes devoirs avec un mortel ennui, je ne dédaignais pas la compagnie de quelqu'un de ces animaux. A la vérité, il ne

s'agissait plue de l'attacher k nn fil ponr le faire voler, plus de l'atteler à tin petit chariot: j'étais àéjk trop avancé en ige pour m'abandonner à ces récréations ; mais penseriez-voua qnè

ce soitlàtoutcequ'onpeutfaire d'un hanneton 1 Erreur grande; entre ces jeaz enfantins et les étndes sérieuses da naturaliste, il y a nne multitude de degrés k parcourir.

J'en tenais un, sous un verre renversé. L'animal grimpait péniblement les parois, pour retomber bientôt, et recommencer sans cesse et sans fin. Quelquefois il retombait aur le doe r c'est, vous le saveï, pour un hanneton un très grand malheur. Avant de hii porter secours, je contemplais sa longanimité i promener lentement ses sis bras par l'espace, dans l'espoir, toujours déçu, de s'accrocher k un corps qui n'y est psis. " C'est vrai que les hannetons sont bêtes ! " me disais-je.

Le plus souvent, je le tirais d'afiaire en lui présentant le bout de ma plume, et c'est ce qui me conduisit à la plus grande, 3 la plus heureuse découverte ; de telle sorte qu'on pourrait dire avec Berquin qu'une bonne action ne reste jamais sans récompense. Mon hanneton s'était accroché ans barbes de la plume, et je l'y laissais reprendre ses sens, pendant que j'écrivais une ligne, plus attentif k ses faits et gestes qu'à ceux de Jules César, qu'en ce moment je traduisais. S'en voletait-il, ou descendrait- il le long de la plume î A quoi tiennent pourtant les choses! S'il avait pris le premier parti, c'était fait de ma découverte ; je ne l'entrevoyais même pas. Bien heureusement il se mit à descendre. Quand je le vis qui approchait de l'encre, j'eus des avant-coureurs, j'eus des pressentiments qu'il allait se passer de grandes choses. Ainsi Colomb, sans voir la côte, pressentait son Amérique. Voici en effet le hanneton qui, parvenu k l'extrémité du bec, trempe sa tarière dans l'encre. Vite une feuillet blanc. . . c'est l'instant de la plus grande attente !

La tarière arrive sur le papier, dépose l'encre sur sa trace, et voici d'admirables dessins. Quelquefois le hanneton, aoît génie, soit que le vitriol inquiète ses organes, relève sa tarière et l'abaisse, tout en cheminant; il en résulte une série de points.

D,gt,,-erihyGOOglC

culotte; le Toieur loume: " ue Dien ! ii ny a point aargent. — Vraimem non, mais il y a ma clef. — Hé bieo 1 cette elef . . . — Cette clef, prenez-la.— Je la tiens. — Allez-vous-en à ce secrétaire; ouvrez,. . "

Le voleur met la clef à un autre tiroir, " Laissez donc, ne dérangez pas! ce sont mes papiers: finirez-vous? ce sont mes papiers ; à l'autre tiroir, vous trouverez de l'argent.^Le voilà. — Hé bien ! prenez. Fermez donc le tiroir. . . " Le voleur

D,gt,,-erihyGOOglC

HOBCEAITX CHOISIS 22 5

s'enfuit, " Monsieur le voleur, fermeE donc la porte. Morbleu I it laisse la porte ouverte!. ..Quel chien de voleur! il faut que je me lève par le froid qu'il fait ! Maudit voleur !" L'abbé saute en pied, va fermer ta porte, et revient se mettre è, son travail, sans penser peut-être qu'il n'avait pas de quoi payer son dîner. Chaupfokt.

LE HOST D£S OLITISRS

Alors il était nuit, et Jésus marchait seul.

Vêtu de blanc ainsi qu'un mort dans son linceul;

Les disciples dormaient au pied de la colline.

Parmi les oliviers qu'un vent sinistre incline,

Jésus marche à grands pas en frissonnant comme eux,

Triste jusqu'à la mort, l'œil sombre et ténébreuï,

Le front baissé, croisant les deux bras sur sa robe

Comme un voleur de nuit cachant ce qu'il dérobe;

Connaissant les rochers mieux qu'un sentier uni.

Il s'arrête en un lieu nommé Gethsémani.

Il se courbe, A genoux, le front contre la terre.

Puis regarde le ciel en appelant : " Mon Père ! "

Mais le ciel reste noir, et Dieu ne répond pas;

11 se lève étonné, marche encore à grands pas.

Froissant les oliviers qui tremblent. Froide et lente.

Découle de sa tête une sueur sanglante.

Il recule, il descend, il crie avec effroi :

" Ne pottvieï-TouB veiller et prier avec moil "

Mais un sommeil de mort accable les apôtres.

Pierre à la voix du Maître est sourd comme les autres.

Le Fils de l'homme alors remonte lentement.

Comme un pasteur d'Egypte, il cherche au firmament

Si l'ange ne luit pas au fond de quelque étoile.

Mais un nuage en deuil s'étend comme le voile

D'une veuve, et ses plis entourent le désert.

Jésus, se rappelant ce qu'il avait souffert

D,gt,,-erihyGOOgle

Depuis trente-troie ans, devint homme, et la craiots

Serra soa cœur mortel d'une invincible étreinte.

n eut froid. Vainement il appela trois fois :

" Mon Père ! " Le vent seul répondit i sa voix,

n tomba sur le sable asaia, et, dans sa peine

Eut sur le monde et l'homme une pensée humaine.

Et ta terre trembla, sentant la pesaDt«ur

Du Sauveur qui tombait aux pieds du Créateur.

Alfked de Vigny.

Page 1