‹ Manuel de la paroleChapitre 165 sur 182 · LE CID · texte numérisé non relu

LE CID

Un soir, dans la Sierra, passait Campéador;

Sur sa cuirasse d'or le soleil mirait l'or

Des derniers flamboiements d'une soirée ardente

Et semblait du héros la splendeur flamboyante !

Il n'était qu'or partout, du cimier aux talons;

L'or des cuissards froissait l'or des capara^ns;

Des rubis grenadins faisaieut feu sur son casque.

Mais ses yeux en faisaient plus encor sous son masque . .

Superbe, et de loisir, il allait sans pareil.

Et n'ayant rien à battre, il battait le soleil !

Et les pâtres perché» aux rampes des montagnes,

8e le montraient flambant, au loin dans les campagnes.

Comme une tour de feu, ce grand cavalier d'or,

Et disaient : " C'est saint Jacques ou bien Campéador, "

Confondant tous les deux dans une même gloire,

L'un pour mieux l'admirer, l'autre pour mieux y croire.

Or, comme il passait là, magnifique et puissant,

Et calme, et grave, et lent, le radieux passant

Entendit dans le creux d'un ravin solitaire.

Une Toix qui semblait, triste, sortir de terre !

Et c'était, étendu sur le sol, un lépreux.

Une immondice humaine, un monstre, un être affreux.

n,gn,-PrihyGOO^Ie

Kt qa'il ne pourrait plus en essuyer la fange ; Cependant le héras, dans sa splendeur d'archange,

Inclinant son paniiche éclatant, aperçut

Le hideuK malandrin, aale et vil, le rebnt

Dq monde, — il lui tendit noblement son aumône.

Du haut de son cheval cabre, comme d'un trône,

A ce lépreuz impur, contagieux maudit.

Qui la lui demandait au nom de Jésus- Christ !

C'est alors qu'on put voir une chose touchante :

Allongeant vers le Cid sa main pulvérulente.

Le lépreux accroupi se mit sur ses genoux.

Surpris — le repoussé— de voir uu homme doux

Ne pas montrer l'horreur qu'inspirait sa présence

Et ne pas l'écarter du bois dur de sa lance;

Et touché dans le cœur de voir cette pitié,

Il osa, lui, le vil, l'affreux, l'humilié,

Dans un de ces élans plus forts que la nature,

An gantelet d'acier coller sa bouche impure.

Le malheureux savait qu'il pouvait appuyer.

Sans lui donner son mal, sur le brillant acier. Le mouiller de sa lèvre, y traîner son haleine. Lui qui n'avait jamais baisé de main humaine Et qui donnait la mort d'un seul attouchement. Vautra son front dartreux sur l'acier de ce gant, £t le Cid le laissa très tranquUlement faire, Sans dédain, sans dégoût, sans haine, sans colère; Immobile, il restait le grand Campéador!

Que pouvait-il penser sous le grillage d'or De son casque en rubis, quand il vit cette audaceî Quel sentiment passa sous l'or de sa cuirasseî. . . Mais il fixa longtemps le lépreux, — puis, soudain. Il arracha son gant et lui donna la main.

16 J. BaBBET D'AUBBVItiY.

nii,Gt)Ogle

328 KAmJEL -DE LA PAROLE

L*EXISTEN(X DE DIEU

Qu'il est grand, qu'il est be&n, le spectacle que présente la nature ! Et qui de oous peut rester indifférent à cet ensemble de merveilles dont elle ne cesse de frapper nos regardât Même panai les athées, eo est-il ud seul qui n'en a(Ht quelquefois profondément ému, et qui, dans ces moments où les passions sont plus calmes, où la raison semble briller d'une lumière plus pure, ne soit effrayé de ses propres systèmes, et, par un sentiment plus fort que tons les sophîsmes, ne soit, comme malgré lui, rappelé à l'Etre souverain, qu'il n'est paa plus en notre pouvoir de bannir de 1» pensée que de cet nnivers) Nous bornant à parler ici de ces choses qui, pour être senties, ne demandent ni science, ni pénibles efforts, et qui malheureusement nous frappent d'autant moins qu'elles nous sont pins familières, quel enchaînement de phénomènes merveilleux, si propres à nous élever jusqn'i la Divinité, n'offre pas le monde planétaire auquel nous appartenons] ces globes lumineux qui, depuis tant de siècles, roulent majestueusement dans l'espace, sans jamais s'écarter d6 leur orbite, ni se choquer dans leurs révolutions; ce soleil suspendu à la voûte céleste, comme une lampe de feu, qui vivifie toute la nature, et se trouve placé à la distance convenable pour éclairer, échauffer la terre, sans l'embraser de ses ardeurs; cet astre qui préaide à ta nuit avec ses douces clartés, ses phases, son cours inconstant et pourtant régulier, dont le génie de l'homme a su tirer tant d'avantages ; cette terre aï fécoude, sur laquelle on voit se perpétuer par des lois constantes une multitude d'êtres vivants, avec cette proportion de morts et de naissances, qui fait qu'elle n'est jamais déserte ni surchargée d'habitants ; ces mers immenses avec leurs agitations périodiques et si mystérieuses; ces éléments qui se mélangent, se modifient, se combinent de manière à suffire aux besoins, àla vie de cette multitude prodigieuse d'êtres qui sont si variés dans lenr structure et leur grandeur ; enfin ce cours si bien réglé des saisons qui reproduit sans cesse la terre sous des formes nouvelles ; qui,

Aasia sur le gaillard d'avant.

Tans deux noua écoutions le vent Chantei sa clianson dans lea voiles.

Tout à coup la mer s'embrasa.

Chaque vague se divisa En d'incalculables parcelles Brillantes cumme un firmament; Ce fut un âblnuissetnent De m^ades d'étincelles.

" Matelot ! mon bon matelot !

Dis-moi doue pourquoi le flot Soudain vient se changer en flammeî Dis-moi donc pourquoi la mer A fait place au grand feu d'enfer?

Dieu prenne pitié de notre &me ! "

D,gt,,-erihyGOOgle

n le fait revivre pour nous, L'astre dont le rayon si doux Berça longtemps notre paupière.

" Fuisqull aime les matelots, Le Seigneur a donné les flots Comme cimetière aux étoiles; Aussi, parfois, quand il fait beao,

D,gt,,-erihyGOOglC

'' Et sar ce, moasse, asseï caoaé!

J'en ai diji trop dégoité; Va te remiser dans tes toiles. Car notre quart est achevé. " Et, cette nuit-li, j'ai rêvé Que Dous voguions sur des étoiles.

A, Vbbchim,

ÀHÀSTÉRV8

Sans rel&clie, depuis mille et hait cent» années, Sous tous les deux, la long des routes dtonnées De ce passant aacieil qui revenait toi^ours, Ahasvérus marchait, la tête et les pieds lourds, l'antique lassitude écrasait ce pauvre homme ; Et, tandis que, sans halte et sans espoir de sorame, Il ae traînait comme un blessé qui voudrait fuir. Cinq sous tintaient dans son escitrcelle de cuir. Un jour, il gravissait une côte, en Norwège.

La barbe dans la bise et les pîeds dans la neige, Il cria vers les cieus, marcheur désespéré:

" Qu'il sera douz, le roc où je m'endorminû.

Dût la neige y glacer la sueur de ma face I Dieu qui me ch&tias, n'est-il donc rien qui fasse Que je puisse m'asseoir, 6 Dieu bon, et mourir 1 " En ce moment, non loin du Juif las de souffrir. Un mendiant passait, blanc vieillard qui chancelle. Ahasvérus tendit au vieux son escarcelle Et lui mit son manteau sur l'épaule en marchant.

Cela fait il s'assit, et mourut sur-le-champ.

Catulle Mendès.

D,gt,,-erihyGOOgle

TABUTIONS SDR DN

A tmvera champs, certain gendarme.

Vers le soir, entre cAten et towp.

Grave et prudent, en bon gendarme, Marchait, marchait ... à {Mts de loup.

Lorsque Bes bottes de gendanne Entrèrent dans un piège à loup.

Clac! Voilà l'honnête gendanne Prip par les pattes contnie un loup \ Et jufiez du trac du gendarme, Se trouvant vis-à-via d'un loup Hncé juste avant lui, gendartne!

" Je suis i la gueule du loop ; Je suis flambé, " dit le gendanoe, Hérissant sa tfte de Itn^, " C'est en vain que je me gendarme ! *

Or, il faut croire que le loup, luterdit, craignait le geDdarme; Car, sauf les regarda de ce loup Plus luisants que ceux du gendarme, Luisants comme à travers un loup De velours noir, limp et gendarme Restaient tçus deux, gendarme et loup.

Au port d'arme, ainsi que gendarme ; Et, même, il semblait que te loup Eût plus d'effroi que le gendarme, " Dame ! en hurlant avec le loup, On s'entend, " pensait le gendarme ; Tandis que c'était, pour le loup.

Bête nouvelle qu'un gendarme. . .

" C'est peut-être plus fort qu'un loup î " Il n'était donc pour le gendarme Nul danger de la dent du loup.

,,-erihyGOOglC

Dans Ron coin dameoM le loup, Le iMip ayftat peur du gendarme, Le gendanne ayant peur dn loup.

An jour, en tirant le gendarme, Oa laisse décamper te loupî

An quartier rentre le gendarme.

Dans ses fcyers revient le loup.

Comme il est flambant, le gendarme!

Comme il se pavane, le loup!

Un brave à trois poils, le gendarme!

Un lapin, le loupl " Foi de loup, £nfants, j'ai soupe d'un gendarme ; C'était bon pour ma faim de loup. " — " Décorez-moi, dit le gendarme:

Cette nuit. J'ai tué deux loupsl "

Jules TRUFrtSK.

LE FIEVTE

A mi-cSte de la colline boisée, le sentier, qui descend parmi les hêtres et les bouleaux, devient soudai n plus élastique, et le profoud tapis des feuilles mortes du dernier automne s'assouplit soua les pas du promeneur. Certainement, la lisière de la forêt n'est pas bien loin. Déjà, ce n'est plus le terrain poudreux où fleurit la rose et sèche la bmyàre; ce n'est plus la forêt sévère et silencieuse. Quelle subite fraîcheur ! On entre dans le tullia, d'un vert tendre. Sons les feuillages entremêlés, les berbes folles sont plus hautes, le velours des mousses plus dru et plus épais, et ça et là, s'arrondit la pâleur malsaine des champignons. . .Dans le fourré, que de chants d'oiseaux, que de frissons d'ailes I II doit y avoir de l'eau par ici, bien siîr.

Chut! un nuage a voilé le soleil. Fauvettes et pinsons se taisent un moment. N'entendez-Toua pas ce bruit fmis, ce murmure cliirl Pénétrez sous bois. Qare aux brascbes ! Et faites attention à ne pas glisser sur le sol spongieux. Regardez. Pi'èa de ce tas de pierres verdàtres, des cressons frémissent. Et, plus loiu, ne voyez-vous pas ce mince nibaa d'argent liquide, qui serpente et court comme une couleuvre effrayée l

Voua y êtes, c'est la source.

Dans quelques jours, cette eau pure et glacée, dont on remplit le creux de sa main et qu'on hume avec la délicieuse sensation qu'on boit de l'innocence, atteindra l'Atlantique et sera mêlée aux ondes lourdes et sauroâtrea d'un vaste estuaire. Elle glissera contre les bouées qui marquent, de leurs grosses olives peintes en vermillon, les écueils de la rade ; elle clapotera à petits coups sur tes flancs encrassés de coquillages des énormes eargo-boat» mouillés à l'embouchure du grand fleuve.

Combien ce filet d'eau, qui va faire tant de chemin et se corrompre, hélas ! au cours du voyage, est exquis, au départ ! Il offre le symbole même de la candeur. Qui de nous, courant à travers les bois, après avoir étanché sa soif dans une source, n'est pas restt^, quelques instants, lié comme par un charme auprès d'elle, et là, — bercé par son babil, admirant son éclat limpide, — n'a pas involontairement rêvé d'enfance et de virginité.

Cependant, tout en descendant la cdte, dans sa fuite de reptile sous les herbes, le ruisselet a recueilli d'autres ruîsselets, s'est grossi de sources invisibles. Le voici maintenant dans le creux d'un vallon dont il épouse la courbe harmonieuse. Qu'il est faible encore, le petit cours d'eau ! Une planche suffit pour le franchir, et, dans les étés de sécheresse, on ne voit guère, par places dans son fossé, que de la boue et des pierres. Néanmoins, c'est vers lui que vont en secret les eaiix souterraines. B traverse h. présent de grasses prairies. Le saule croît sur ses bords, et les vieilles souches, en double ligne, dressent \k leurs p&les feuillages. Parfois, une vache des pâturages voisins descend, lourde et mahidroite; dans l'eau courante,

D,gt,,-erihy.GOC->glé

s'y abreuve, et, après avoir relevé son mufleruisaclant, regarde à l'horizon d'on air étonné.

C'est seulement quelques lieues plus loin, au currefour de triiia vallées qui lui apportent leur liquide tribut, que l'humble cours d'eau se transforme en petite rivière. La géographie lui il déjà imposé son nom de deuve, l'illustre nom qu'il gardera ;jour porter les imposants bateaux de mer et résister à l'impétueux effort des mascarets. Mais il n'est encore qu'un fleuve adolescent, que les vieux ponts de pierre enjambent d'une seule arche et qui conserve sa grâce champêtre. Il coule avec lenteur sotiH les ormes et les trembles entrelaçant leurs rameaux, et sur son eau calme et assombrie par les frondaisons profondes, le martin- pêcheur, en s'envolant, fait glisser son reâ.et bleu. Au printemps, c'est un concert sans fin, diuis les buissons des deux rives ; et les libellules d'azur, posées par groupes sur les roseaux, semblent les notes de Id musique que chantent tous tes virtuoses ailés.

Le jeune fleuve, à peine canotable encore, est très solitaire. Tout au plus, de loin en loin, dans un bachot amarré ^ quelque tronc d'arbre, on aperçoit une veste de coutil, un bout de baibe griwe sous un chapeau de paille, une longue canne à pÊche et, au bout de la ligne, un petit flotteur qui s'en va tout doucement parmi les larges feuilles des nénuphars.

Mais il devient rapidement adulte, ie jeune fleuve, et sa masse d'eau, toujours plus abondante, commence à faire son œuvre utile. Quand il passe près d'un village, il entend le rire bavard des laveuses aux bras nus et le bruit des battoirs rythmiques ; et il entraîne les bulles diaprées du savon. Ses premiers travaux conservent un caractère innocent et pastoral. C'est avec une sorte de complaisance heureuse qu'il entre dans le bief du moulin, qu'O se jette sur les palettes de .la pesante roue pour la faire tourner, qu'il retombe en cascade avec un bouillonnement joyeux, qu'il s'amuse k balancer sur ses flots, un instant agités après leur chute, la coquette escadrille des canards.

Soudain, au détour d'un coteau, il reçoit son premier affluent. Deux fois plus large et plus profond, il mérite main-

tenant d'être appelé fleuve. Il va, calme et labonenx ; car désomiMS il port« bateau. Sur sa berge, le long deti peuplien frémissants, les chevaux de halage tirent i, plein collier, en amout, les chalands vides; et, sur les péniches aux vives couleurs, qui descendent en aval, les mariniers chantent. Il va, traçant de gracieux méandres, parfois serré entre les coteaux à vigne, parfois s'attardaat et prenant ses aises à travers tes herbages. Le long de ses rives fécondes, se multipUent le« villages, et les clochers, tranquilles comme de vieux bonshommes, le regardent passer.

II va. Il absorbe une rivière, puis une autre encore. Plus loin, là oii se dessine sur le ciel la silhouette d'un éclusier, un canal l'enrichit de son torrent captif. Il va, le noble fleuve. Il traverse des cités illustres. Encombré de pontons et d'embarcations de toutes sortes, il coule avec plus d'impétuosité entre des pierres historiques, se rue eu grondant sous tes arches sonores des ponts monumentaux; et, par-dessus les quais pleins de foule et de tumulte, le» flèches à jour des vieilles églises jettent sur ses flots leur reflet tremblant.

Fuis il s'^ance de nouveau dans la libre campagne, et préseute son miroir à toutes les féeries du ciel. Sous l'ardente lumière de l'été, il pétille d'étincelles. L'aurore le jonche de roses, le soleil couchant le crible de topazes et d'eacarboucles ; et, par les nuits bleues, il semble suivre un rêve enchanta dans ta mélancolie du clair de lune.

Le fleuve est, à présent, dans toute sa force et dans tonte sa majesté. Haîb qu'est devenue l'eau claire et pure de sa sourcet

Depuis le premier lavoir dont il a entraîné la mousse salie, chacun de ses contacts avec l'homme lui fut une souillure Combien d'égouts ae son t dégorgés dans ses flots de leurs fanges t Les usines des faubourgs, qui dressent au bord de l'eau leurs hautes cheminées de briques, ont lentement et constamment dirigé vers lui des ruisseaux de poison. A d'anciennes pièces d'or, k de vieux bijoux, à des armes rouillées, qu'il a remués, en passant, dans sa vase, il a reconnu les traces de meurtres vieux de plusieurs siècles. La nuit, du haut des ponts soli-

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tairea, des malheureux ont plongé pour tonjours dans ses profondeurs noires; et, aur le baa*port, des assassins lui ont jeté le corps ensanglanté de leurs victimes. Quelquefois, comme pris d'une nausée, il vomit sur les berbes de son rivage des débris hideux et putréfiés. Mais il est infecté pour toujours et, pareii à la conscience d'un scélérat, il emporte dans ses eaux, avec quelques trésors ignorés et perdus, des impuretés, des hontes, des désespoirs et des crimeal

Enfin le fleuve est au terme de sa course. Voici l'estuaire, et il est si vaste que là-bas, tout là-bas, à l'ancre, près de la rive vague et lointaine, les navires qui ont fait le tour du monde, ceux qui ont sillonné des niera d'indigo sous des cieux do flamme, et ceux dont la dure éti-ave a brisé des glaçons au milieu d'affreuses ténèbres, les sveltes troia-mâts, les puissants steamers, paraissent de fragiles coquilles gréées de toiles d'araignées. La dernière balise est dépassée maintenant, et, sur la côte grise, les tourelles blanches des phares, toutes petites, sont à peine visibles. L'énorme masse liquide, que le mouvement des marées repousse et attire tour à tour, tantôt se hérisse de petites vagues, irritées par la lutte et tantôt se précipite en avant avec le glissement d'un rapide. Au large, d'oii le vent apporte une confuse clameur, les lames de fond, secouant leur chevelure d'écume, accourent en barrant l'horizon brumeux; et de grandes mouettes au vo! d'ange planent aur le fleuve avec d'aigres cris et semblent les sinistres messagera de l'abîme qui va l'engloutir

Je aaia une âme comparable à ce fleuve. De môme qu'il va se perdre dana la mer, elle disparaîtra dans la mort. Ainsi que lui, en approchant du goufl're, elle se sent grosse de tout son passé, et elle est profonde et amère; — profonde comme la mémoire, amère coR>me l'expérience. Elle se rapx>elle aa vie, qui fut, en somme, paisible et plutôt bienfaisante. Pourtant, que de souillures n'a-t-elle pas reçues dans son chemin, cette pauvre Âine, et emportées à jamais avec ellel Pour l'eau qui court et pour l'homme qui passe, il n'y a qu'un moment de pureté absolue, la source de l'enfance. Comme le fleuve

D,gt,,-erihyGOOgle

roule et cache, dana les fanf^s de sob lit, des inimniidiceti et des cadavres, l'ftme — même chez le» moins coupables — est pleine de honteux secrets.

Itester pur en ce monde, c'est l'impossaible et désespérant effort; le redevenir dans une vie nouvelle, quel idéal, quelle sublime espérance' C'e Heuve, que la mer qui descend aspire avec de profonds rftlea. se purifiera dana le sel de l'immense océan. Pauvre Ame, flétrie par l'existence et profondément troublée au seuil du grand mystère, tu oses rêver, toi aussi, d'innocence immortelle 1 C'est pourquoi tu songea, aujourd'hui, k tous eea vieux clochers d'églises et de cathédrales que le fleuve a réfléchis dnns ses ondes et que tu as si souvent rencontrés sur ta route sans obéir à leur geste solennel. C'est pourquoi tu réjKiDiis enfin au signal de ces antiques flèches de pierre, qui te montrent le ciel avec confiance et t'ordonnent la prière et la £oi.

François Coppék.

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