‹ Manuel de la paroleChapitre 174 sur 182 · LA BATAILLE DE WATERLOO · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE WATERLOO

IjË soir tombait; la lutte était ardente et noire;

il avait l'offensive et presque la vicMare ;

Il tenait Wellington acculé sur un bois.

La lunette à la jnain, il observait parfois

Le centre du combat, point obscur où tressaille

La mêlée, effroyable et vivante broussaille.

Et parfois l'horizon, sombre comme la mer.

Soudain, joyeux, il dit : " Grouchy ! " — C'était Bliicber.

L'espoir changea de camp, le combat changea d'Ame.

La mêlée, en hurlant, grandit comme une flamme.

La batterie anglaise écrasa nos carrés.

La plaine, où frissonnuient les drapeaux déchirés,

Ne fut plus, dans les cns des mourants qu'on égorge,

Qu'un gouffre flamboyant, rouge comme une forge;

Gouffre où les régiments, comme des pans de murs.

Tombaient, où se couchaient comme d^ épis mûrs

Les hauts tambours majors aux panaches énormes,

Où l'on n'entrevoyait que, blessures difformes!

Carnage affreux ! moment fatal ! L'homme, inquiet.

Sentit que la bataille entre ses mains pliait.

D,gt,,-erihyGOOgle

Derrière un mamelon, ia garde était massée.

La garde ! espoir suprême et suprême pensée !

"Allons! faites donner la garda, " eria-t-il.

Et lanciers, grenadiers aux guêtres de contil,

Dragons que Kome eût pris pour des légionnaires,

Cuirassiers, canonnierB qui traînaient des tonnerres,

Portant le noir kolback ou le casque poli.

Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,

Comprenant qu'ils allaient mourir dans cette fête,

Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête.

Leur bouche, d'un seul cri, dit : " Vive l'Empereur ! "

Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur.

Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,

La garde impériale entra dans la fournaise.

Hélasl Napoléon, sur sa garde penché,

Regardait, et, sitôt qu'ils avaient débouché

8ous les sombres canons crachant des jebi de souâre.

Voyait, l'un après l'autre, en cet horrible gouffre,

Fondre ses régiments de granit et d'acier,

Comme fond une cire au souffle d'un brasier.

Ils allaient, l'arme au bras, front baut, graves, atoïquea.

Pas un ne recula. Dormez, morts héroïqueal

Le reste de l'armée hésitait sur leurs corps

Et regardait mourir la garde. C'est alors

Qu'élevant tout à coup sa voix désespérée,

La Déroute, géante à la face effarée,

Qui, pâle, épouvantant les plus fiera bataillons,

Changeant subitement les drapeaux en haillons,

A de certains moment», spectre fait de fumées.

Se lève grandissante au milieu dea armées,

La Déroute apparut au soldat qui s'émeut.

Et se tordant les bras, cria : " Sauve qui peutl "

Sauve qui peut affront! horreuri toutes les bouches

Criaient; à travers champs, fous, éperdus, farouches,

Comme si quelque soufSe avait passé sur eax,

Parmi les lourds caissons et les fourgons poudreux.

D,gt,,-erihyGOOgle

Roulant dans les fossés, se cachant dans les seigles,

JetaDt shakos, mantetuix, fusils, jetant les aigles,

SouH les sabres prussiens, ces vétérans, ô deuil I

Tremblaient, hurlaient, pleuraient, couraient 1-— En un clin

Comme a'eavole au veut une paille enflammée, (d'ceil.

S'évanouit ce bruit qui fut la grande année.

Et cette plaine, hélas ! où l'on tève aujourd'hui.

Vit fuir ceux devant qui l'univers avait fui !

Quarante ans sont passés, et ce coin de la terre,

Waterloo, ce plateau funèbre et solitaire.

Ce champ sinistre où Dieu mêla tant de néants.

Tremble encor d'avoir vu la fuite des géants.

Victor Hcoo.

DO!I iVAS, À. IV, se. 6.

Don Louis, Don Juan.

Je vois bien que je vous embarrasse, et que voua vous passeriez fort aisément de ma venue. A dire vrai, nous nous incommodons étrangement l'un et l'autre ; et, si vous êtes las de me voir, je suis bien las aussi de vos déportements. Hélas ! que nous savons peu ce que nous faisons, quand nous ne laissons pas au ciel le soin des choses qu'il noua faut, quand nous voulons être plus avisés que lui, et que nous venons à l'importuner par nos souhaits aveugles et nos demandes inconsidérées! J'ai souhaité un fila avec des ardeurs nonpareilles ; je l'ai demandé sans relfiche avec des transports incroyables; et ce fils, qne j'obtiens en fatiguant le ciel de vœus, est le chagrin et le supplice de cette vie même dont je croyais qu'il devait être 1» joie et la consolation. De quel (eî!, à votre avis pensez-vous que je puisse voir cet amas d'actions indignes dont ou a peine, aus yeux du monde, d'adoucir le n

D,gt,,-erihyGOOgle

visa^; oettf anite continuelle de méchantes affaires, qui nous réduisent à toute heure à lasser les bontés du sourerain, etqui ont épuisé auprès de lui le mérite de mes services, et le crédit de mes amisî Ah! quelle bassesse est la vôtre! Ne rougissezvous point de mériter si peu votre naissanceî Etea-voua en droit, dites-moi, d'en tirer quelque vanitéî Et qu'avez-voua fait dans le monde pour Être gentilhomme t Croyez-vous qu'il suffise d'en porter le nom et les armes, et que ce nous soit une gloire d'être sortis d'un sangTnoble lorsque noua vivons ea infâmes! Non, non, la naissance n'est rien où la vertu n'est pas. Aussi, nous n'avons part à la gloire de nos ancêtres qu'autantque nous nous efforçons de leur ressembler ; et cet éclat de leurs actions qu'ils répandent sur nous, nous impose un engagement de leur faire le même honneur, de suivre les pas qu'ils ' nous tracent, et de ne point dégénérer de leur vertu, si noua voulons être estimés leurs véritables descendants. Ainsi, vous descendez en vain des aïeux dont vous êtes né ; ils voua désavouent pour leur sang, et tout ce qu'ils ont fait d'illustre ne vous donne aucuo avantage; au contraire, l'éclat n'en rejaillit sur vous qu'à votre déshonneur, et leur gloire est un flambeau qui éclaire aux yeuz d'un chacun la honte de vos actions. 'Apprenez enfin qu'un gentilhomme qui vit mal est un monstre dans la nature; que la vertu est le premier titre de noblesse; que je regarde bien moins au nom qu'on signe qu'aux actions qu'on fait, et que je ferais plus d'état du fils d'un crocheteur, qui serait honnête homme, que du fils d'un monarque, qui vivrait comme vous.

MOLIÈKE.

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