LÀ CHANTEUSE
La (^uvre enfant, le long des pelouses du bois. Mendiait : elle avait des larmes véritables ; £t d'un air humble et doux, joignant ses petits doigts, Elle courait après les âmes charitables.
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276 MAITUEL DF LA PiBOtET
De longs cheveux touffus chargeaient son front hâlé;: Ses talons étaient gris de poussière, et sa robe ^'étatt qu'un vieux jup<m k sa taille enroulé, - OÙ la nudité roaigre à p^ne se dérobe t
Sih allait aux passants, les suivait pas à pas, Et disait, sans chan^r un mot, la même histoire,. De celles qu'on écoute et que l'on ne croit pas ; Car notre coiracience aurait trop peur d'y croire !
Elle voulait un sou, du pain, — rien qu'un morceau ! Elle avait, je ne sais dans quelle horrible rae, Des parents sans travail, des frères au berceau, La famille du pauvre, à peine secourue t
Pais, qu'on donnât ou non, elle essuyait ses pleurs Et s'en retournait vite aux gazons pleins de mousses» S'amusait d'un insecte, épluchait quelques fleurs. Des taillis printaniers brisait les jeunes pousses,
Ek; chantait j le soleil riait dans sa chanson î C'étai* quelque lambeau des refrains populaires. Et, pareille au linot, de buisson en buisson. Elle lançait au ciel ses notes les plus claires I
O aoufBe des beaux jours ! mystérieux pouvoir D'un rayon de soleil et d'une fleur éclose!
Ivresse d'écouter, de sentir et de voir !
Enchantement divin qui sort de toute chi>se !
L'enfant, au renouveau, peut-il gémir longtemps^ Le brin d'herbe l'amuse et la feuille l'attireî Sait-on combien de pleura peut sécher un printemps. Et lo peu dont le pauvre a besoin pour sourire î
.Te la regardais vivre et l'entendais de loin. Comme un fardeau que pose un enfant qui s'arrête. Elle allégeait son cœur, se croyant sans témoin. Et les senteurs d'avril lui montaient à la tête)
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Pals, "bieotat s'éveillaot, prise d'un souvenir. Elle accostait encor les passante, triste et leote; Son visage k t'iastant savait se rembruair Et sa voix se traînait et larmoyait do)ent« \
Mais quand elle arriva vers moi, tendant la main, Avec ses jeux mouilléa et son ftir de détresse: *'Non! lui dia-je. Va-t'en! et passe ton chemin! Je te suivais: il faut pour tromper plus d'adresse.
" Tes parents t'ont montré cette douleur qui ment! Tu pleures maintenant : tu chantais tout à l'heure ! " L'enfant leva les yeux et me dit simplement : "C'est pour moi que je chante, et pour eux que je pleure." Eugène Manuel.