MAHOMET
Six siècles s'étaient écoulés depuis la prédication del'Kvangile. A ce moment, dans un coin du globe séparé de tout le reste par des solitudes de sable, entre l'Kgypte et la Palestine, au sein d'une race qui desceudait d'Abraham et qui en avait conservé la glorieuse tradition, à l'ombre du nom le plus gracieux qui ait jamais désigné à l'oreille de l'homme une patrie, dans l'Arabie enfin, un homme naquit. Il venait tard pour fonder une doctrine ; car il venait après le Christ, lorsque déjà tout l'empire romain obéissait à la croix, et que les branches
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<ie cet Hrbro vigoureiis se croisaient de la Syrie À l'Egypte età l'AbyMsiuie. 11 n'eut pas peur cependant; il connut l'Evangile; il jugea, en le lisant, l'infériorité morale de son pays, partagé entre i'idol&trie et lea souvenirs abmhamiques, et, sans accepter le joug du Cbrist, dédaignant le rôle d'hérésiarque aussi bien que celui de fidèle, il se posa entre le monde ancien qui expirait et le monde nouveau qui surgissait de toutes parts, espérant les écraser tous les deuï, et se faire, sut leur double ruine, le précepteur dernier et le dominateur unique du genre humain. Il fonda l'Islaiu, que l'on a bien pix appeler une hérésie, k cause de certaines ressemblances manifestes avec le système chrétien, mais qui s'en sépare par U négation absolue de la Trinité et de la divinité de Jésus-Cbrist, et qui n'est au fond qu'un déisme traditionnel ayant pour type plus ou moins exact les croyances et les mœurs de l'époque patriarcale.
Le nom d'Abraham remplit le Coran tout entier; il- est la vie de l'Islam. C'est Abraham que Mahomet a voulu substituer à Jésus-Cbrist ; c'est par Abraham qu'il a espéré renverser à la fois le christianisme et l'idolâtrie ; Abraham a été pour lui es que les premiers siècles chrétiens ont été plus tard pour Luther. Mahomet s'était retourné vers le passé, et y avait choisi un point qu'il estimait le vrai point du temps et de la vérité.
Il réussit. Messieurs ; il fonda sa doctrine, et, après douze cents ans, plusieurs peuples datent encore leur histoire par son hégire victorieux. Mais qu'en est-il résulté pour les mœursî Quel a été, sous le rapport de la chasteté, le fruit de cette mémorable fondation? Je n'ai pas besoin de vous le dire, Messieurs; vous connaissez l'affreuse dépravation des peuples mahométans, tombés aa-dessous des mœurs de la Grèce et de Borne, vivant, en vertu de leur loi, dans la polygamie la plus effrénée, ayant abaissé la femme dans une servitude et une honte plus grandes que neles lui avait faites la société païenne, et affichant des excès qu'aucune parole ne saurait retracer.
Et ne croyez pas que Mahomet l'ait voulu. Non, Messieurs, Mahomet ne l'a pas voulu : Mahomet, comme tout fondateur, a voulu élever son peuple, et il y a réussi soua certains nxp-
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ports. Il est maniieste qae son inteotion et son orgueil étaient de rappeler à la rie la civilisation transitoire des patriurehea, et la polygamie ea e»t nue démoDstration, aussi bien que l'esprit d'hospitalité qui respire dans le C'or<ui. MahMiiet n'a. pas voulu corrompre l'Anbie, mais la régénérer, la ramener au temps de ses célèbres et pieux ancêtres. Pourquoi ne Ta-t-il pas fait eu léulitét Parée qu'il n'a pas pu. Si son cœur n'a été a^^s pur, ni sa main n'a été assez forte {lour imposer aux populations qu'il {irétendait régir, la sainteté et la chasteté. L'Arabe, comme un cheval indompté, a bien obéi à son mutre, quand ce maître l'a lancé par le monde, avec nn coup d'éperon qui lui promettait la victoire ; il s'est bien jeté, la tête ardente, l«s jarrets souples, le pijil herïsâé, pour niveler les peuples sons son puissant )>aKsage ; mais quand il a fallu lui mettre à la bouche le frein de la pureté, tl en a broyé les anneaux d'acier, et il s'est trouvé que la doctrine qui le poussait à la conquête du monde ét^it une d'ictrine moins fortement trempée que ses muscles et «on |ii>itrail.
B. P. Lacordaike.
lE PÉUCAS
f^irwiue le pélican, la.-isé d'un long voyage,
J>ttrin le» bmuilUrds du soir retourne à ses roseaux,
Sen petits affamé» courent sur le rivage,
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux;
I>éjà croyant Haiair et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie,
En secouant leurs becs sur leurs goîtres hideux.
Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée.
Pêcheur mélancolique, it regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L'océan était vide et la plage déserte ;
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Polir toute nourriture il apport* son cœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre, ■ Partageant à ses fils ses eutraiUes de père, Dans son amour sublime il berce sa douleur.
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.
Mais parfois, au inilieu du divin s3,t;rïfice, Fatigué de mourir dans «n trop long suppliée, Il craint que ses enfants ne le laissent vivant; Alors il se soulève, ouvre son aile aa vent, Et se frappant le cœur avec un cri sauvage.
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu Que les oiseaux des mers désertent le rivage, Et que ie voyageur attardé sur la plajje, Sentant passer la mort, se recommande à Dieu. Poète, c'est ainsi que font les grands poètes. Es laissent s'égayer ceux qui vivent un temps ; Mais les festins humains qu'ils servent k leurs fêtes Ressemblent la plupart à ceux des pélicans.
Quand ils parlent ainsi d'espérances trompées, De tristesse et d'oubli, d'amour et de malheur. Ce u'est pas un concert è, dilater le cœur.
Leurs déclamations sont comme des épées:
Elles tracent dans l'air un cercle éblouissant, Mais il y pend toujours quelque goutte de sang.
A. DE MUBBBT.