MANUEL DE LA PAROLE SECTION II LA QUANTITÉ DES SYLLABES
262.—La quantité est la mesure du temps plus ou moins long qu’on emploie à émettre un son.
La voix prolonge le son sur les syllabes longues et glisse plus rapidement sur les brèves. — Les consonnes, même les continues, ne sont pas susceptibles de durée appréciable ; aussi ln quantité n’affecte-t-elle que les voyelles,
Le français n'a pas de quantité métrique; c'est-à-dire que la durée des syllabes ne peut être mesurée exactement. La quantité, en français, est relative et dépend de la rapidité du discours. Ses règles ne sont pas absolues ; à tout instant, ln durée des sons est modifiée par l'accent, et partant par la place qu'occupe la syllabe dans le mot, le mot dans la phrase. Ainsi, dans arrêt, à est long; dans arréter, à est bref, parce que l'accent ne porte plus sur cette syllube, mais sur la suivante. Dans homme honnête, à est long; dans Aonnéte homme, k est bref, ayant perdu l'accent. Car l'accent ne consiste pas seulement dans l'intensité, mais encore dans le développement et l'expansion du son; par là, il est une source importante de quantité. Souvent aussi, une syllabe brève devient longue pour les besoins de l’expression: spectacle épouvantable.
Cependant, il peut être bon de connaître quelle est la durée ordinaire des syllabes, durée susceptible d’être modifiée par les influences que nous avons signalées.
Remarquons encore qu'entre la voyelle la plus longue et la plus brève, il y a un grand nombre de degrés intermédiaires. L'usage est le maître suprême de ces distinctions, et seule la fréquentation de ceux qu’on appelait jadis les onnétes gens peut en donner l'habitude. Tout ce qu'on peut faire ici, c’est d'apprendre quelles syllabes sont ordinairement plus ou moins longues, ou plus ou moins brèves. Encore, les règles qui suivent ne comprennent-elles pas tous les cas; souvent, la quantité est variable, et l'usage ne l’a pas fixée.