LA CHUTE
Ils avaient adossé leur baraque au vieux mur,
Sur la place, à l'endroit d'où, quand le ciel est pur, On découvre, de loin, les flèches de l'église,
Le vent d'hiver faisait trembler Ja toile grise
De l'enceinte, et parmi les rares promeneurs,
Tout autour, les enfants, curieux et rodeurs,
clôture à grand bruit de caisse et tout ce qui séduit et plusieurs fois promis, faveur unique, Un spectacle nouveau, surprenant, magnifique : Des tours sur une corde élevée à vingt pieds De haut, Les Spectateurs, avec quelques troupiers,
Entraïent, fumant, chacun déposant sa monnaie, Hélas! tous ces gens-là n'avaient l’âme ni gaie
Ni triste: on en voyait bâiller nonchalamment ; D'autres suivaient des yeux avec étonnement
Une femme habillée en reine de théâtre,
Grande et maigre, au teint mat, d'une pâleur d’albâtre, Cachant ses cheveux noirs sous un bandeau doré ; Tandis que l’homme, avec son visage cuivré
Par le soleil, robuste enfant des races fières,
Le col nu, les cheveux retombant en lanières, Paraisssit à l’étroit dans son justaucorps blanc.
Il ravivait l'éclat fumeux et vacillant
D'une torche, en fixant, non sans inquiétude,
Ce trapèze élevé plus haut que d'habitude,
Qui rayait d’un trait noir le ciel gris et glacé.
Tout à coup, du tambour le roulement pressé,
Bref et clair, retentit; puis les toiles s'ouvrirent,
Et les badauds, ravis, tout au fond découvrirent
Un jeune enfant, âgé de douze ans à peu près ;
Il se tenait dans l'ombre, indifférent, auprès
De l'escalier vieilli de la grande voiture,
Courbant, en ce moment, sa blonde chevelure
Sur la tête d’un chien qu’il caressait encor.
La tunique, où brillaient mille paillettes d'or,
Serrait la taille souple et frêle et sans entrave
De ce petit, bien jeune... et pourtant déjà grave; Un de ces doux enfants qu'on voit par nos chemins, L'hiver, braver le froid en soufflant dans leurs mains ; Ils vont... insouciants, sans joie et sans patrie,
Avec l'étonnement d’une enfance flétrie ;
Car ils apprirent, même avant que de prier,
Que l'on doit avant tout, dans leur rude métier, Respecter les messieurs. ..et les sergents de ville. —Le petit s'avança, rougissant et débile, S’approcha de sa mère et lui parla tout bas, * Puis attendit.—Malgré son visible embarras,
saisir à peine :
luessieurs, si Vous avez run moment :.. .- vous Savez, --et puis, c'est gi jeune! ” L'assistance Accueillit tout d'abord cela par le silence, Muis une voix bientôt s’écria : Grand mers: ! C’est amusant, du Quand un gros hon À droite, au Plate et gras — Depuis
€ son front, bondissant sous l’affront, rde tendue,