AVANT-PROPOS
J^endant longtemps la proslatectomic périnéale a paru impraticable ; plus tard elle a seulement semblé téméraire ; au jourd'hui elle appartient à ce qu'on peut appeler l'actualité chirurgicale, et de récentes discussions à la Société de chirurgie, en rappelant l'attention sur elle, ont pour ainsi dire consacré son droit de cité (i).
Mais elle reste encore une opération nouvelle et, comme telle, j'ai pensé qu'elle méritait de faire l'objet d'une publication :
Celle-ci est à la fois théorique et pratique. S'il n'est plus besoin maintenant de défendre la prostatectomie, il est bon tout au moins de vulga-
(i) \oir rapport Tuilier et discussion : Bull, et Mcin. Soc. de cliir., iÇ)Oi, l \XVII, p. ç)5<), ()73, ()<)2, — et rapport Guiiiard et discussion: Jiiill. cl .Méi». .Soc. ric cliir.. ii)r)(, l. WVtll, p. QaS et 954.
l'iser son emploi (mi ex[)li(|uant les données scientifiques sur lesquelles elh; esl Ijasée : voilà pour la partie théori(|ue.
Il faul, (l'un aulre côté, un livre éminemment prali<|ue |)ernu^tlanl à loul chirurgien, si peu habitué qu il soit à la chiiurgie péritiéale, de mènera bien et à coup sûr l'ablation de la prostate. Ce sont là l'es deux divisions principales de ce petit livre.
La première partie se compose de deux chapitres: un chapitre d'anatomie chirurgicale, un chapitre d'anatomie pathologique et de palhogénie.
En anatomie je n'ai donné que les notions strictement nécessaires pour se reconnaître dans ce qu'on appelle à tort les plans neutres du périnée et pour comprendre les conditions d'ablation delà glande ; car, chose curieuse, de fausses notions d'anatomie, ou plutôt des notions faussement appliquées, faisaient considérer la prostate comme adhérente au centre du périnée, difïicile à aborder, presque inaccessible : la crainte perpétuelle du rectum et des plexus périprostaliques planait au-dessus de toute opération périnéale.
Aussi il faut voir quelle était Topinion qu'on se faisait jusqu'en ces derniers temps, en France, de la prostalectomic.
En 1890, Vignard, dans un travail excellent où il étudiait la thérapeutique de l'hypertrophie, disait :
« Nous passerons également sous silence l'extirpation totale de la prostate par le périnée que, en raison de sa diflicullé et de sa gravité, on ne peut décemment proposer à un malade atteint de simple
hypertrophie de la prostate (i) ». De même Prédal (2), sept années phis tard, vantant les résultats obtenus par les prostatectomies partielles par voie suspubienne, éliminait la prostateotomie périnéale en disant : « Nous ne croyons pas qu'un traumatisme de cette importance et de cette gravité puisse être risqué quand il s'agit d'hypertrophie simple de la prostate, »
L'anatomie fait justice de ces craintes imaginaires et nous montre combien simple et réglée doit se trouver l'extirpation do la prostate par le périnée : les statistiques qui commencent à être collationnées de toute part aboutissent aux mêmes résultats.
Dans le chapitre d'anatomie pathologique je me suis surtout attaché à étudier le rapport de cause à effet entre l'hypertrophie et la rétention : trop longtemps, eu effet, on a cherché à rattacher la rétention à la présence d'un lobe moyen qui semblait plus accessible aux méthodes thérapeutiques : en réalité, c'est surtout aux lobes latéraux qu'est dévolu le principal rôle en même temps qu'à une modification particulière du col, toutes choses qui relèvent directement de l'acte opératoire.
Ce sont là les deux chapitres théoriques.
La partie pratique comprend trois chapitres :
L'un traite la bien dilTicile question des indications de la prostatectomie : j'ai tâché de montrer
(1) VicNAKD. De la I^rostalolomic et de la Proslateclomic et en particulier de leurs indications. Th. Paris, 1890.
(2) Prédal. La Prostalolomic contre les accidents du prostatisme et en particulier contrôla rétention. Th. Paris, 1897.
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la conclusion qui se dégage des (ails aujourd'hui connus, et aussi que non seulement il faut distinguer les cas à opérer, mais qu'on doit se préoccuper de l'époque de l'intervention. Aujourd'hui, en effet, à côté de la question : Que U sont les prostatiques à opérer? se pose celle-ci : Quand doiton opérer un prostatique ?
Deux autres chapitres se rapportent à l'opération proprement dite : l'un s'occupe de l'instrumentation et de la préparation du malade, l'autre du manuel opératoire et des soins post-opératoires.
Dans l'ensemble, je n'ai pas liésité à sacrifier largement le texte aux figures; j"ai tâché de ne jamais donner la description d'une région ou d'un acte opératoire sans en mettre aussitôt le dessin en regard.
C'est ainsi que, pour mieux fixer dans l'esprit les résultats opératoires, j'ai composé à la fin du volume un court atlas avec les leproduclions, grandeur nature, de quelques prostates provenant (le sujets opérés et guéris.
C'est donc, on le voit, un livre surtout pratique, un véritable manuel de la prostatectomie. Aussi n'ai-je pas consacré à la partie historique ou bibliographique un (-hapitre qui n'aurait pas eu sa raison d'être. Mais néanmoins il me faut ici rendre hommage aux précurseurs grâce à qui la prostatectomie périnéale est devenue ce qu'elle est.
A ce titre trois noms doivent être inscrits en tète de ce travail : ceux de Dittel, d'Alexander et de Goodfellow.
Celui de Dittel d'abord, parce que c'est de son procédé de prostateciomi.e latérale que nous sommes partis en 1900, Gossel et moi, pour décrire le procédé qui est aujourd'hui communément employé en France, et que j'expose ici en détail. Aussi est-ce à Dittel que nous devons offrir comme un juste hommage le résultat de nos recherches.
Dès que j'ai cherché à passer des conceptions théoriques aux résultats pratiques et à plaider en France la cause de la prostatectomie, c'est suiles observations d'Alexander que je me suis appuyé tout d'abord : les dessins que je lui ai empruntés pour les faire reproduire dans ma thèse, en montrant l'importance des pièces enlevées, ont ici entraîné la conviction de beaucoup.
C'est également à Alexander que j'ai emprunté la première statistique de prostatectomie que j'ai publiée.
Mais, (|uelque attention qu'on prenne à rendre justice à chacun, on commet les oublis les plus impardonnables ; c'est ainsi que je me suis trouvé très injuste envers Goodfellow qui, dès 1891, avait donné un procédé de prostatectomie par hémisection que nous pourrions considérer comme le père du procédé que nous avons décrit, Gosset et moi, si toutefois nous en avions eu connaissance à cette époque.
Cet oubli involontaire dans lecjucl j'ai laissé Goodfellow s'est naturellement continué depuis, car, en fait de prostatectomie, on a surtout puisé aux sources que j'ai indiquées. Grâce à l'amabilité de M. Nicolitch, j'ai pu avoir la description du procédé
de Gooclf'cUow, cl je suis heureux de pouvoir réparer aujourd'hui une injustice involontaire.
Tout le monde sait quelle vigoureuse impulsion mon maître Albarran a imprimée à la prostatectomie. Par ses succès opératoires répétés il a irréfutablement prouvé la bénignité de cette opération, et, supprimant la période de tâtonnement imposée à toute méthode nouvelle, il est arrivé à la faire entrer deplain-pied dans la pratique courante. C'est de sa communication à l'Association d'Urologie de 1901 que date en France l'acceptation partons de la prostatectomie périnéale.
Tel qu'il est, ce petit livre rcndra-t-il des services ? Je l'espère. Ce que je voudrais, c'est qu'il puisse entraîner la conviction du lecteur au sujet de la nécessité- de la prostatectomie, comme ma conviction propre s'est faite en trois étapes successives :
D'abord, lorsque j'avais l'honneur d'être interne à la Clinique des voies urinaires, par l'examen des pièces si démonstratives du musée Guyon ;
Plus tai'd, lorsque, comme prosecteur, j'eus l'occasion de disséquer plus de deux cents prostates ;
Récemment enfin, quand des maîtres et des amis voulurent bien me demander d'opérer avec eux.
Ce que je voudrais plus encore, c'est que ce petit livre puisse faciliter la tâche à ceux qui abordent la prostate pour la première fois et que les règles qu'il énonce servent à augmenter la bénignité déjà si grande de l'acte opératoire.
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