PLANCHE IV
Observation ue Pkoust
(Extraite des BiilleLins de la Société de chirurgie, octobre 1902.) Rapport de M. Guinard.
M. Irénée Fr..., rentier, âgé de soixante-dix ans, entre à la maison Dubois, le 10 janvier 1902, dans le service du D' Guinard, chambre n" 8, pour une rétention complète d'urine survenue au cours d'accidents de prostatisme.
Dans le passé urinaire de ce malade, on note une blennorrhagie à l'âge de trente ans. Depuis plusieurs années (huit ans environ au dire du malade), les mictions avaient lieu trois fois la nuit, le jour toutes les trois heures. Ces mictions étaient difficiles, retardées, très difficiles lorsque le besoin n'était pas immédiatement satisfait . Elles devinrent de plus en plus laborieuses ces derniers mois. Kn même temps, apparut un prolapsus hémorroïdaire sortant au moindre effort.
Le 8 janvier 1902, survint une rétention complète, aiguë. Cathétérisme en ville. Les deux premiers cathétérismes sont faciles, le troisième infructueux ; il y eut de l'urétrorragie. Le malade est amené à la maison Dubois, oii M. Guinard introduit une sonde-béquille n° 17, qu'il laisse à demeure. L'examen de la prostate ne laisse aucun doute sur le diagnostic.
Les urines sont claires (il n'a jamais été sondé avant cette crise de rétention). Il n'y a pas de fièvre. Le cathétérisme de l'urètre est facilement pratiqué avec une sondebéquille n^ao; la traversée prostatique est plus longue qu'à l'état normal. La vessie se laisse facilement distendre, et nous pouvons injecter 3oo grammes de liquide sans provoquer la moindre réaction. Le liquide injecté revient
par la sonde en bavant, ce qui prouve que la contractilité vésicale a au moins momentanément disparu.
Le toucher rectal, après évacuation complète de la vessie, montre une prostate lisse régulière, uniformément augmentée de volume, de consistance ferme, très saillante dans le rectum ; le palper combiné permet d'évaluer son volume à celui d'une orange. Le reste de l'appareil urinaire paraît sain; les reins ne sont ni douloureux ni perceptibles. Dans les urines, ni sucre ni albumine. 11 y a un volumineux prolapsus hémorroïdaire qui gêne beaucoup le malade et ne peut être maintenu réduit.
A la face, le malade porte la cicatrice résultant de l'ablation d'un épithélioma de la paupière inférieure, il y a deux ans, avec une blépharoplastie faite par M. Nélaton. En somme, crise aiguë de rétention complète chez un prostatique aseptique; resterait à déterminer si, avant cette crise, le malade vidait ou ne vidait pas sa vessie ?
Etant donné le volume de la prostate malgré huit jours de sonde à demeure, la marche fatalement progressive dfe l'afTection, et également la présence de ce prolapsus hémorroïdaire, l'opération est indiquée.
L'opération eut lieu le i'] janvier 1902, dans le service du D' Guinard.
La vessie est lavée, on met une sonde en gomme dans l'urètre. Le malade est placé en position périnéale inversée; en l'absence de table spéciale, on se contente de placer un volumineux coussin sous les tubérosités iliaques, et deux aides, en rabattant les cuisses, amènent le périnée strictement à l'horizontale.
Grande incision prérectale à 2 centimètres au-devant de l'anus, dissection du cul-de-sac du bulbe au bistouri, décollement de l'urètre et du rectum au doigt ; arrivée facile et rapide sur la face postérieure de la prostate; on écarte les releveurs de l'anus et on [place la valve postérieure. Incision-de l'aponévrose prostato-péritonéale et décortification Proust. 13
soignée de la prostate: ouverture de l'urètre au bec de la glande; la sonde en gomme est retirée; pose du désenclaveur prostatique. La complète libération de la prostate est alors poussée jusqu'en avant. Décollement facile. Pas d'hémorragie.
Lorsque la prostate est bien isolée, on pratique son hémisection. Ablation tout d'abord du lobe droit; dissection de la paroi urétrale ; le lobe, friable, se fragmente, il est enlevé en trois morceaux; un catgut est mis sur le canal déférent. Le lobe gauche est enlevé en deux fragments, le doigt mis dans l'urètre. Pas de lobe moyen. Les lobes latéraux très développés débordent fortement l'urètre en avant. En enlevant le lobe gauche, on fait une petite brèche à l'urètre. Elle est suturée.
Toilette de la plaie. Fermeture incomplète de la section urétrale et drainage cysto-périnéal avec une sonde en gomme n° 3 1 .
On place trois mèches et on ferme incomplètement la plaie périnéale. Poids de la prostate enlevée 55 grammes. Les suites opératoires ont été bonnes, mais non sans incidents. Le malade pendant vingt-quatre heures n'eut que 260 grammes d'urine. Sérum, 1 5oo grammes. Température 36",/!.
Le 7 février. — Changement de sonde urétrale.
Le 9 février. — Changement de sonde urétrale.
Le 1 1 février. — La sonde est tombée, le malade urine spontanément, mais l'urine repasse en partie par le périnée le i3.
Le i4 février, on remet une sonde urétrale. Le ao février, on la change.
Le 25 février, on retire définitivement la sonde urétrale.
Le a8 février. — Le malade urine spontanément toutes les trois heures. Jet bon. Pas de ré.sidu. De temps en temps envies impérieuses; quelques gouttes d'urine partent