‹ Manuel de la société de tempérance [microforme]Chapitre 25 sur 53 · LE MANUEL DE LA · texte numérisé non relu

LE MANUEL DE LA

bien portant. Ilest surtout bien constaté, par ce texte, que l’Apôtre des nations n'aurait Jamais eu Ja pensée de vous donner le conseil de boire du vin à vous, mon sher ami, dont la figure rubiconde, dont l’'embonpoint auraient fait un si grand contraste avec le disciple de St. Paul.

En outre on sait que le vin, dans la Palestine, était extrêmement commun, qu'il était même le breuvago des plus pauvres du pays, et que, par conséquent, St, Paul, qui se faisait gloire de vivre pauvrement et du travail de ses mains, ne dérogeait en rien au régime de vie des pauvres lorsqu'il prenait du vin dans ses maladies, et qu'il conseillait à d’autres d’en prendre.

Le vin était la boisson des pauvres comme des riches. Ce n’était pas comme dans ce pays un luxe d'en avoir; il n’y avait pas, comme ici, que les riches et les leureux du siècle qui pussent s'en procurer. Il est douce plus que douteux que St. Paul eut bu du vin, s'ileut vécu dans notre pays, puisqu'il faut le faire venir à grands frais de plus de mile lieues de distance. Assurment St. Paul, qui gagnait si misérablement sa vie ‘à travail de ses mains, comme il nous le rapporte lui-même, à faire des tentes, n'aurait 51: eu souvent de pain sur sa table s’il eut véeu en € et qu'il eut voulu faire un usage journalier de bois ns,

Mais eussiez-vous une fortune telle, que vous pussiez vous procurer jJournellement les meilleurs vins de l'Europe, pour vous détourner d’en faire usage je n6 vous parlerai pas des pauvres qui vous environnent et qui souffrent, qui n'ont pas de pain, sont nus, et abandonnés étendus sur un lit de douleur et qui vous appellent... Je ne vous parlerai pas de tant de bonnes œuvres qu'il faudrait commencer ou conduire à bonne fin, et qui réclament foules nos ressources, Je ne vous arlerai pas... non; je vais me taire... c’est la voix ds St. JCr0mE qui va se faire entendre. Voici ce que ce savant et saint Père de l'Eglise écrivait, du fond de son Mack:

* Si Je peux donner quelque conseil, si l’on veut ‘1 ea croire sur mon exptrience, le premier avis qué

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« je donne, la première grâce que je demande, c’est “ d'éviter le vin comme un poison. C’est la première “ arme du démon contre la jeunesse. L’avarice ébranle “ moins, l’orgueil enfle moins, l’ambition séduit moins. ‘“ Nous pouvons facilement nous dépouiller des autres “ vices, mais celui-ci est un ennemi renfermé dans “ nous. Le vin et la jeunesse, voilà un double foyer de “ volupté. Pourquoi jeter de l'huile dans la flamme? “ Pourquoi entretenir le feu dans un corps faible tout “ brûlant déjà? Paul écrit à Timothée: Usez d’un peu de ‘vin, à cause de votre estomac et de vos fréquentes ma “ Jadies. Voyez pour quels motifs l’Apôtre permet de “ boire du vin, c’est dans la vue de remédier à des douleurs d'estomac et à de fréquentes maladies. Et, “ de peur que nous n’allassions, par hasard, nous faire “ de nos maladies un prétexte, il ordonne de prendre fort peu de vin... D'ailleurs, St. Paul se souve- “ nait d’avoir dit lui-même: ‘ le vin est une source de “ dissolution ;” et encore: “IT est bon de ne point boire “ de vin ;” Noé but du vin et s’enivra. Après l'ivresse, “ suivit la nudité du corps, et l’intempérance enfanta “ l'impureté. Loth, cet ami de Dieu, qui fut sauvé ‘sur la montagne, et qui, seul, de tant de milliers “d'hommes, avait été trouvé juste, est enivré, et ‘commet la plus abominable action... Et quoique ‘ Ja volonté n’ait aucune part au crime, l’erre : toute- “ fois ne laisse pas d’être coupable.

“Elie fuyait Jézabel, et, fatigué, se reposait sous un chêne dans la solitude: un Ange vient à lui, le “réveille et lui dit: Lève-toi, et mange. Elie regarde. ‘etil vit auprès de sa tète un pain cuit sous la cendre ‘etun vase d'eau. Est-ce que Dieu ne pouvait pas lui ‘envoyer un vin délicieux? ”

Voilà ce qu’a pensé, et comment a parlé un des plus savans comme des plus saints prêtres dont l'Eglise s’honore, touchant l'usage du vin, Et nous aurons à citer encore bien d’autres témoignages de l'antiquité non seulement chrétienne, mais païenne contre le vin, si ‘es bornes, que nous nous sommes prescrites dans cet

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que n'aurait pas dit St. Jérôme s’il avait eu à parler, comme nous, des détestables boissons dout on empoisonne notre malheureux peuple, sous les noms de bière, rum, vin, wiskey, etc. ete... Que n’aurait-il pas dit contre l’usage journalier même du bon vin s’il avait eu, comme nous, à parler à des hommes quine peuvent sc procurer cette jouissance sans faire des dépenses énormes et excessives au regard de leur fortune et de celle de notre pauvre pays où tout est encore à créer? Quelles fouilres d’éloquence ces oracles du sanctuaire n'auraient ils pas fait entendre contre la boisson, si, comme dans nos pays du Nord, elle eut été la grande plaie des peuples, le premier et le plus recoutable ennemi de la croix, et eut été posée, par le démon, comme L plus grand obstacle à l’effusion des grâces et des lu: mières de l'Evangile non seulement parmi nous, mais encore chez les nouveaux peuples qu’on cherche à tirer des ténèbres de lidolâtrie.

Il nous semble que la lettre suivante, que nous avons reçue de A. le Coronaire de Québec, est encore de nature à prouver le mal que Ja boisson nous a fait, et est bien propre à nous y faire renoncer pour toujours:

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J'ai l'honneur de répondre à votre lettre du 5 Dé: cembre, 1841. Votre première question est coneue er ces termes:

‘ Sur Île nombre des morts subites et d’acciden: # déplorables, dont vous prenez connaissance tous les

‘ans, quelle est la proportion de celles causées di- f

‘ rectement ou indirectement par l'usage des boisson: “ fortes?”

H'éponse.—J'ai le chagrin de vous dire que la très grande partie, au moins les 7, des personnes qui perdent la vie par mort subite, par accident, par suicide, nt doivent ce malheur qu'à l'usage des boissons fortes.

“ Parmi ces tristes événemens dont j'ai été obligé de prcadre note, je me permettrai de vous en citer quel.

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ques-uns, dont les circonstances m'ont le plus frappe. Puisse le peuple Canadien, que vous cherchez à régénérer, refléchir sérieusement sur les maux sans nombre qu’il attire sur lui par l’usage des abominables boissons qui nous sont importées. Puisse-t-il pour toujours le bannir loin de ce pays. Si chacuu était, comine moi, témoin des maux que la boisson fait dans ce pauvre pays, vous n’auriez pas grand peine à porter tout le monde à y renoncer, surtout quand on considérerait qu'à côté du mal qu’elles font, elles ne procurent aucun bien réel à l’homine,

« Les faits que je vais vous citer sont ceux qui me viennent, en ce moment, à la mémoire, et dou t j'ai le plus authentiqué les particularités. Mais je vous ussure qu'ils sont loin d’être les plus atroces.

# 1,—Charles......, sans être un ivrogne, aimait cependant la boisson lorsqu'il se maria. Son mêtier durrimeur lui faisait gagner de grosses gages en été, eten hiver un petit commerce, qu Lil tenait dans sa maison, jui rapportait plus qu'il ne fallait pour payer les dépenses journalières. 11 s’acquit bientôt une couple de jolies propriétés. Sa femme lui avait déjà donné deux enfans, lorsqu'elle s s'aperçut qu il commençait à faire beaucoup de dépenses et à négliger ses affaires pour amour de lu boisson. Elle voulut lui frire des remontrances : mais il était trop tard; ses avis ne firent qu'aisrir son caractère, lPéloisner de sa maison, et le précipiter de plus en plus dans l'abîme de l’ivrognerie. Die ntôt, ce dd il avait gagné dans ses années de bonne ce onduite fut Gissip é; et la femme, pour se consoier de laffre use misère dans laquelle elle allait tomber, se mit à boire aussi. 1 est impossible de décrire l'état de cette malheureuse famille,

“ Cet homme infortuné, frappé un jour de sa dégradation, se Jette dans le corps une dose de boisson encorg plus forte que de coutume, Puis il saisit un pistolet, et se décharge le coup à bout portant dans le côté. Ïl tombe sans connaissance, le bas-ventre ouvert, baïzné dans son sang. Al était dans un état horrible. Les

gens du voisinage courent aussitôt chercher M. le Docteur, qui ne restait pas loin de à. Dans lintervalle sa connaissance lui était revenue. En apercevant le Médecin, “ Bonjour, dit-il, M. le Dr., vous “ venez sans doute pour me guérir; mais auparavant & il faut prendre un coup ensemble.” Puis il fait d’'incroyables efforts pour mettre la main dans son gousset, afin d'en tirer un écu, avec lequel, dit-il, il veutenvoyer chercher du rum. Mais il n’a pas le tems de retirer de son gousset sa main couverte de sang qu’il expire!

“Le Médecin, les assistans et moi, qui suis appelé un instant après, quoique accoutumés à voir bien des horreurs, restons saisis d'épouvante,

42, __Louis..…..…., issu d’une de nos meilleures familles de campagne, avait reçu une excellente éducation dans le Collége de... Il s’y fit remarquer par ses talens et ses bonnes qualités. Ses études achevées, il se maria à une jeune et très aimable demoiselle, qui put jouir de quelques années de bonheur avec lui. Il s’était acquis l'estime de ses concitoyens, et il reçut même du gouvernement une charge de confiance, IL avait beancoup d'amis, au nombre desquels je me félicitais d’être. Mais il aimait Ia boisson, et ce fut la cause de tous ses malheurs. Ce vice, qui va toujours croissant, le posséda tellement à la fin, que pour le satisfaire il négliges ses affaires. Bientôt sa fortune se trouva réduite presque au néant, son esprit s’affaiblit. Ne se sentant pas la force de supporter ses malheurs ni le courage de quitter la boisson, l’horrible pensée de se détruire s'empare de lui; il s'éloigne sans que personno ne soupeonne son dessein: il s'attache une pierre au cou et va se Jeter dans la rivière......, sur les bords de laquelle j'ai eu la douleur d'aller inspecter son cadavre! Telle a été la fin déplorable de cet homme infortuné, qui, sans la boisson, par ses bonnes qualités, aurait fait le bonhenr de sa famille, et l'honneur de son pays.

3.—Noël...…., excellent ouvrier, s'était acquis une certaine aisance, par son industrie, son assiduité au travail, et la bonne conduite de son excellente femme.

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Iavait été, jusqu’à un certain Âge, sans prendre aucune sorte de boisson; mais enfin, sollicité par ses amis, il consent à y goûter, et dissipe en peu de tems tout ce qu'il avait d'abord gagné. Tombé par sa faute, avec sa famille, dans kB plus affreuse misère, deux fois il cherche à se détruire, et deux fois sa pauvre femme vole à son secours, et l’arrache à la mort. Mais bientôt il profite des ténèbres de la nuit, prend une corde et se pend au chevet de son lit! Et c’est dans cet horrible état que sa femme et ses enfans le trouvent au sortir de leur premier sommeil.

&4,—La plupart des morts subites sont dues à l'effet des boissons fortes, On se tromperait fort si l’on croyait qu'il faut toujours une grande quantité de boisson pour tuer un homme. Quelques verres, bus avec des amis, sans suflire pour enivrer, ont maintes fois eu l'effet d’un coup de pistolet dans la tête ou dans le corps, par les ravages subits et étonnans qu’ils ont causés. J'ai souvent été appelé pour de semblables cas. J'en suis toujours revenu l'esprit de plus en plus rempli de dégoût et d'horreur pour ces dévorantes boissons qui sont malheureusement d’un si fréquent usage dans doutes les classes de la société. On dit souvent: une telle personne est morte d’apoplexie, d’hèmorrhagie, de consomption. ‘Tous ces mots ne sont, le plus souvent, qu’un voile dont notre ignorance se sert pour cacher le suicide par la boisson. Si on ouvre les cadavres de ces personnes qu’on dit mortes d’apoplexie, de ruptures des vaisseaux sanguins, de consomption, on voit à ne pouvoir sy tromper, généralement, que les ravages de alcohol sont les seules et immédiates causes de ces morts funestes.

5.—Il n'y a pas bien long-tems, je fus appelé, dans une campagne, pour visiter le cadavre d’un vieillard, mort subitement à l’âge de 80 ans; cet homme avait, à ce qu'on me dit, fait excessivement usage de boisson toute sa vie, s'était toujours bien porté, et se moquait, n apparence avec de bonnes raisons, de ceux qui disent que les boissons fortes ruinent le tempéramment. Le

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Chirurgien ouvre son corps en ma présence et devant le jury. Quel n’est pas notre étonnement de voir qu'il n'avait pas gros comme le pouce de foie, Tout avait été entièrement brûlé par la boisson: à la place du foic, il n’y avait plus qu'un affreux amas de matière coagulée; au reste, tous ses autres organes étaient dans un état parfait de conservation, ct, sans la boisson, il aurait encore pu vivre un grand nombre d'années.

66.—Gcorge...…., gros habitant de campagne, était b la tête d’une nombreuse famille qu’il soutenait honorablement. Mais, comme il partageait, avec un grand nombre d’autres Canadiens, la funeste pensée que les boissons donnent de la force à l’homme, il en buvait à proportion de ses grands travaux. Un jour que la chaleur s’annonçait devoir être excessive, pour mieux la supporter, il prend une dose plus forte que de coutume; ce fut son coup de mort; l’alcohol lui monte à la tête; porte l'emflammation dans le cerveau, et il meurt presque sur le champ. La déclaration du savant Chirurgien que j'appelai, fut qu'il était mort d’une enflammation de cerveau causée par la boisson.

67,—Le fait suivant, que J'ai eu la douleur d’authentiquer, est encore bien déplorable, et prouve combien les parens devraient être attentifs à ce que leurs enfans ignorassent jusqu'au nom des boissons fortes. —Uno Jeune fille appartenant à une famille respectable, mais dans laquelle il se faisait uu grand usage de boisson, en avait contracté secrètement le goût dès son bas âge. Ses parens qui s’en aperçurent, n’en firent pas d’abord grand cas. Ils espéraient que ce mauvais penchant se détruirait avec l’âge; mais il en fut, comme il est ordiuairement, le contraire: sa pas“ion ne fit que croître avec l’âge. Ayant atteint sa 17e ou 18e année, et fatiguée de la gène de la maison paternelle, et surtout des remontrances de sa mère, elle part un jour et vient en ville se jeter dans une mauvaise maison. Elle continue à boire, et au bout de deux ans je suis appelé à visiter son hideux cadavre. Elle était morte dans un état complet d'ivresse, et était brisée des coups qu’elle

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avait reçus la veille en se battant avec trois autres malheureuses!

8.—Augustin......, jeune matelot canadien, et excellent jeune home, vient en ville, rencontre quelques amis qui l’entrainent à l'auberge presque malgré lui, Il s’enivre, et revient à son bord dans cet état, Il veut danser, gambader devant le reste de l'équipage: il tombe, roule à l’eau et se noic! 11 était le seul soutien d'une vieille mère infortunée.

9,—Cyprien....…., petit commerçant, s’enivre dans une aub ui se trouvait sur le bord d’une rivière qu'il voulait traverser. Puis il s'embarque dans cet état; arrivé au milieu du courant, un excès de phrénésie s’empare de lui, il s’élance à l'eau et se noie sous les yeux des rameurs épouvantés. Le lendemain je suis appelé à authentiquer sur son cadavre que la boïsson est Le plus redoutable ennerni de l'homme, et que tout ce qu’il y a de bon dans la société devrait travailler à la détruire Jusque dans sa racine.

& 10.— Murie..……, femme de la campagne, d’un certain âge, et mère d’enfans très respectables, était malheureusement adonnée à la boisson. Elle vient en ville pendant l'hiver, s’enivre, veut retourner chez elle le soir, perd le chemin, et est trouvée gelée à mort le lendemain au milieu d'un champ. Et que do morts semblables à celle-là dont j'ai eu la triste nécessité d’enrégistrer la cause?

“ Beaucoup de personnes adonnées à la boisson meurent subitement tous les ans. Lorsqu'on ouvre leurs cadavres, on voit que c’est le manque de nourriture qui les a fait périr. On sait qu'une personne qui boit des liqueurs fortes perd bientôt le sentiment de la faim: oublie, dans son ivresse, de donner la substance à son corps qui tombe de faiblesse et qui laisse partir la pauvre âme pour l’autre monde. Parmi nombre de ces cas déplorables en voici un:

11.— Emilie......, épouse de........., était extrêmement adonnée à la boisson; son mari, fatigué de ses excès, la renferme et lui donne autant de boissons

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