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de saison, par conséquent, où vous devriez être plus stric‘e à n’en jamais goûter...
La boisson pour vous garantir du froid! !... Mais vous n’y pensez pas! La boisson et le froid! !.. Est-ce que vous ne savez donc pas que ce sont là deux de vos plus grands ennemis, et que lorsqu'ils peuvent se rencontrer chez vous, ils se donnent toujours la main pour vous ôter la vie, ou du moins vous faire perdre quelquo membre et vous faire horriblement souffrir.
Le froid ne peut presque rien contre l’homme qui ne boit que de l’eau. Car s’il veut attaquer un de ses membres, il est aussitôt combattu et bientôt renoussé,
L’homme qui ne boit que de l’eau a le tact fin et délicat, sa raison est toujours saine et juste, sa volonté puissante, sa vie lui est chère, il en connait la valeur, et il la défend jusqu’à la dernière extrémité... On ne voit jamais, ou bien rarement, de ces généreux hommes de la Tempérance se laisser geler les doists, les pieds ou le visage. Ils se débatten:, ils so défendent avec courage et constance conire leur terrible ennemi. Ils le frappent à grands coups, jusqu’à ce qu’il ait lâché prise; ils marchent à pas redoublés, ils courent même pour mieux échapper à ses atteintes.
Il en arrive tout le contraire avec l’homme qui prend même modérément de la boisson, surtout chaude, avant d'aller au froid !
Que diriez-vous d’un guerrier qui, partant pour lo combat, se ferait lier les mains, ou briserait son épéa on son fusil?
Eh bien! voilà absolument ce que fait l’homme qui met dans son corps de la boisson pour mieux supporter les rigueurs de lhiver.
Car, pour se garantir du froid, il faut de l'énergie, de la volonté, des forces et de l'attention. Ce sont là les armes indispensables pour lui résister. Or, la boisson brise et détruit toutes ces armes si nécessaires: car elle diminue considérablement, si elle n’ôte pas tout-à-fait l'énergie, la volonté et les forces de l’homme, aies la quantité plus ou moins grande qu’il ep a
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Voulez-vous savoir quel bien la boisson fait quand on en prend en voyage, pendant les rigueurs de l'hiver? —Lisez la désolaute histoire qui suit; elle Vous en apprendra plus que tous les livres et les discours:
‘ Trois Canadiens, de la plus haute respectabilité, sont obligés, il n’y a pas un an, de traverser une plaine pendant une nuit d'hiver. Les chemins n’étant pas assez battus pour aller en cariole, ils se décidèrent à faire le voyage à pieds... Mais, malheureusement ils partageaient, avec nombre de Canadiens, la funeste croyance que les boissons fortes sont utiles dans le voyage contre la fatigue et le froid. Ils en prennent donc une bouteille. Avant de se mettre en route, il faut, suivant l’usage, boire un coup.—A une certaine distance, ils se sentent fatigués, ils ont donc encore recours au remède ordinaire : ils boivent un second coup. Ce fut leur coup de mort et le dernier... Le lendemain matin, des voyageurs, passant par là, aperçoivent trois cadavres, à une certaine distance iles uns des autres, étendus sur la neige...! Deux étaient raides morts, le troisième ne fut rappelé à la vie qu'avec beaucoup de peines!
Et tous les ans, il arrive en ce pays, de pareïls malkeurs par la même cause... l’usage prétendu modéré de la boisson!
Lorsque vous buvez un coup de boisson, surtout chaude, aussitôt vous sentez votre tête plus pesante, et vous avez une forte inclination pour le sommeil... vous voyez donc tout de suite qu’elle vous a ôté une partie
sde votre énergie, de vos forces et de votre connais-
sance même... Vous voyez donc qu’elle ne peut pas être un ‘remède co'itre les attaques du froid qvi demande par-dessus tout de l’énergie, des forces et de Mettez un homme endormi au froid, et il Donc, encore une fois,
son est de porter au sommeil; celui qui en prend pour se garantir dn froid, fait un acte condamné par le sens commun, fait un acte insensé,
Tout le monde sait que l'énergie et la force que la boisson donne, ne sont que pour un instant. La se. cousse violente que le sang à éprouvée, et qui lui a donné d’abord un surcroit d'activité, est immédiatement suivie d’une réaction, d’un collapse, d'un affaiblisse. ment de toute la machine humaine.
Et voilà pourquoi si deux hommes (nous les supposons à peu près d’égale force et aussi bien habillés l’un que l'autre) voyagent par un tems froid, l'hiver, et qu’un des deux prenne un ou deux verres de boisson forte en partant; il n’est jamais capable de résister au froid comme son compagnon. Il tremblera bien avant lui; il faudra qu'il s'arrête, pour se réchauffer, à la première auberge; qu'il s'arrête plus loin pour se réchauffer encore. Et, souvent le soir, il n’aura pas fait la moitié du chemin, et il aura cependant dépensé deux fois plus, beaucoup plus souffert du froid que son compagnon de voyage, qui aura toujours marché. Voilà ce qui se voit tous les jours en hiver.
D'ailleurs la raison de tout ceci est bien évidente: si vous prenez de la boisson forte, surtout si elle est chaude, votre sang, comme nous le disions il n’y a qu’un instant, est poussé avec une activité, une violence qui ne lui sont pas naturelles; il fatigue donc nécessairement. Et la conséquence en est que vous éprouvez une sueur, une moiteure sur tous vos membres. L'eau qui sort par tous les pores de la peau, se trouvant bientôt, dans certaines parties, en contact plus ou moins immédiat avec l'air extérieur, se refroiäit et se glace
subitement sur vous; et c’est alors que, sans vous en
apercevoir, vous vous gelez les pieds, les mains et le visage beaucoup plus vite que si vous n’eussiez bu que de l’eau.
En outre, chacun sait qu’une des propriétés de la boisson est d’engourdir, de rendre insensibles plus ou moins ceux qui en font un usage journalier, Mais c'est justement pour cette raison que vous ne devez jamais avoir l’imprudence d'en faire usage lorsque vous vous exposez au froid... Celui qui ne boit que de
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Nous avons recueilli un grand nombre de faits à l'appui de ce que nous disons ici. Mais nous n’en citerons que quelques-uns pour n’être pas trop long:
1.— Monsieur À........, Notaire, aimait la boisson. Un jour d’hiver que le froid était très vif et qu’il avait un certain voyage à faire, ilen prit quelques coups pour moins souffrir de la rigueur de la saison... Mais après avoir parcouru un certain espace, se sentant épuisé il s’arrête sur une rivière qu’il lui fallait traverser. Nous étions du nombre de ceux qui l’y trouvèrent gelé à mort le lendemain. Sa tête était à moitié cachée dans la glace, que la chaleur de la bouche avait fondue; sa figure qui s’y était enfoncée, y avait laissé son empreinte comme dans un moule de plâtre! Et le souvenir nous en est encore affreux.
2.—Beaucoup de navires aujourd'hui ne prennent quo des hommes de la Tempérance pour équipage.
Nous avons interrogé plusieurs Capitaines à ce sujet, et { tous nous ont dit que ks matelots qui ne prenaient au. cune boisson forte, soutenaient bien mieux les fatigues de la mer et du froid que les autres, et qu’ils étaient sujets à bien moins de maladies.
Mais voici un trait bien frappant qui confirme cetto vérité.
Un magnifique bâtiment fit naufrage à environ trenio lieues de Québec, dans une tempête, dans l'automne ds 18142. C'était à la fin de Novembre et le froid était extrême... Pour moins souffrir, le Capitaine et une partie de l'équipage prennent de la boisson, mais non pas assez pour s’enivrer. Les autres n'en voulurent pas goûter. Eh bien ! deux des matelots qui avaient bu étaient déjà gelés à mort avant d'arriver à terre, Le Capitaine mourut quinze jours après des suites du froid qu’il avait souffert; le reste de l'équipage n’éprouva aucun accident.