‹ Manuel de la société de tempérance [microforme]Chapitre 33 sur 53 · TOS · texte numérisé non relu

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Comment résisterez-vous à la lutte terrible qui se prépare partout et qui déjà même est commencée sur plusieurs points du pays?...vous succomberez...car vous n'aurez à opposer que vos éternelles divisions, vos procès ruineux, votre orgueil, votre luxe insensé, votre état stationnaire d'agriculture, votre apathie pour l’éducation, votre oubli des lois de Dieu, votre frivolité, votre amour des plaisirs, et par-dessus tout votre penchant pour les boissons fortes qui épuise tous les ans vos ressources, et vous Ôte le tems, la pensée et les moyens de faire aucune amélioration autour de vous.

Canadiens, le tems des joies folles, des dépenses inutiles, des noces et des festins ruineux, du luxe et de la boisson est passé pour vous, ou vous êtes perdus. L'heure du travail, de l’industrie, de la relisieuse et stricte économie, de l’union et de la concorde, de la pénitence et du retour sincère à Dieu, est sonnée. Prenez garde de ne pas comprendre ce que la Providence veut de vous en ce moment.

Déjà la hache qui doit vous frapper est levée. Déjà J’œuvre de votre anéantissement est commencée. Vos anciennes familles les plus nobles, les plus riches, les plus influentes disparaissent rapidement tous les jours. … Comptez combien de noms illustres parmi vous se sont éteints, seulement dans le court espace des trente dernières années... !

Que sont devenus vos anciens seigneurs...? Combien, parmi eux, que le fouet du créancier a déjà chassés, ou chassera bientôt ignominieusement du manoir, ct dont les enfans devront aller cacher leur honte dans une terre étrangère?

Les plus belles propriétés, au sein comme dans les environs de vos villes, n’appartiennent-elles pas à des étrangers qui ne sont que d'hier parmi vous?

Ah! vous vous plaignez, tous les jours, de l'esprit d’envahissement de ces nouveaux venus; vous vous indignez du souverain mépris avec lequel ils vous traitent. Mais, en vérité, ne méritez-vous pas le sort qu’ils vous font? A qui la faute, s'ils montent, sils grandissent si vite; si vous baissez, si vous tombez si rapidement. N'est-ce pas vous-même qui vous mettez sous leurs pieds?

Pour satisfaire votre vanité et votre sensualité, pour payer leurs belles indiennes ou leurs soies ou lcur boisson, ne leur portez-vous pas, tous les jours, une partie de l'héritage que vous ont laissée vos pères, et que Dieu vous commandait de conserver et de faire grandir pour vos enfans...?

Voyez-vous dans les villes, et malheureusement déjà dans une partie de vos plus belles campagnes, s’élever ces immenses distilleries?... Quelle est cette fumée épaisse et noire qui s’en échappe et obscurcit tout, jusqu'aux rayors du soleil?....….

Cette fumée qui monte jusqu’au ciel crie vengeance contre vous.

Cette fumée! ce sont vos biens, c'est le pain de vos enfans, c’est l'héritage de vos pères. °

Oui, votre sang; vos sueurs, vos richesses, votre religion, tout va s’engloutir et se perdre dans le comptoir du marchand, la distillerie et l’auberge.

Et ne dites pas comme certains insensés, “ Nous ‘“ sommes heureux d’avoîr ces distilleries, car elles ‘ achètent nos orges, et en augmentent la valeur.”

Si vous n’achetiez ni bière ni wiskey, on comprend que vous pourriez faire quelques profits eu vendant bien cher votre orge à la distillerie, Mais cette supposition est 1mpos sible: car aussitôt que vous aurez, comme nous lespérons bientôt, la sagesse de ne boire que l'eau si pure et si salutaire que le bon Dieu vous offre partout, les distilleries seront ruinées et tomberon’. Et le jour où elles tomberont devra être, pour vous vb pour votre famille et votre paroisse, un jour de joie; A vous sera prouvé alors que ce n’est pas la distillerie

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qui vous soutient, mais bien vous qui la souteniez et lenrichissiez par votre intempérance.

Il vaudrait mieux, pour votre intérêt, que vos orges füssent brülées sur le champ que d’être consumées dans la distillerie. Dans le premier cas, au moins, vous n'auriez pas la peine de la récolter.

—“ S'il n’y avait pas de distilleries, l'orge se vendrait moins chère,” dites-vous.

— Mais, ne vaut-il pas m'eux ne recevoir que vingt sols pour un minot d'orge dont on fera un bon usage, que deux chelins qui seront employés à acheter de la bière ou d’autres boissons aussi malfaisantes?

‘ Un tems viendra, où l'éducation et la tempérance “ œuériront beaucoup mieux les plaies de la société, ‘que ne pourront Jamais faire nos tribunaux et nos “ prisons.” C’était l'honorable Juge Mondelet qui prononçait ces paroles si pleines d'espoir dans un meilleur avenir, à la session de quartier du mois d’Octobre, 1844... Nul doute que ces paroles si remarquables n'aient trouvé un noble et puissant écho dans tous les cœurs vraiment Chrétiens et Canadiens... Ces beaux jours sont désirés, sont appelés par les vœux de tous, Mais comment pourront-ils arriver, ces tems heureux où l’édudation (nous entendons, avec l'honorable Juge, l'éducation religieuse) et la Tempérance se donneront ia main et établiront partout leur règne pacifique et mille fois béni? Ils sont impossibles tant qu'on fera croire au peuple que les distilleries sont ses amis; et que Je meilleur emploi de nos récoltes est de les porter daus leurs voûtes ou leurs greniers infects pour les y faire pourrir, et les y changer en un déluge de feu.

Nous conjurons nos concitoyens, et ceux d’entre eux surtout à qui Dieu semble, en les appelant à diriger la presse, avoir donné mission d'éclairer le peuple et de le rendre meilleur, de se servir de leur intelligence et de l’irrésistible pouvoir qu’ils ont sur l’opinion publique, pour paralyser et arrêter ces plans gigantesques de distilleries dont la multiplicité doit attrister l'œil du patriote autant que celui du moraliste. Disons la vé-

rité et toute la vérité à noire peuple. Fuisons-lui connaître que, s’il veut attirer les bénédictions du ciel sur ses champs, ce n’est pas en faisant changer ses grains en poisons dans la distillerie qu’il y réussira. Faisons- Jui conraitre que si, pour un moment, il semble voir sugmenter ses revenus et sa fortune, avant peu d'années, il sera cruellement détrompé de son erreur. Car les distilleries se multipliant, l’usage des boissons ira toujours croissant; mille piéges nouveaux seront mis sous les pas de ses jeunes enfans. Mille filets nouveaux leur seront si bien tendus partout qu’il leur sera comme impossible d'échapper, et qu’ils y périront corps et biens tôt ou tard.

Répétons au peuple, tous les jours s’il le faut, ce premier principe d'économie politique, qui est de ne jamais rien faire, même avec un avantage momentané, de ce qui tend à encourager le vice et l’immoralité. Qu'il vaudra infiniment mieux semer du bied qu’aucun autre des grains dont la distillerie encourage la culture. Que même, dans le cas où la terre ne pourait pousser que de ces derniers, il vaudrait mieux, pour le pays en général, les consacrer aux angrais de viandes qui seraient exportées, que de les échanger contre les boissons... Faisons connaître au peuple que le système du commerce libre lui assure toujours un débouché certain pour son bled. Et que, quand même il ne le vendrait qu’un bas prix, il n’a rien à craindre; car un homme ne peut jamais souffrir lorsque ses greniers sont pleins de bled, s’il se désaltère à l’eau pure de sa fontaine, s’il sait modérer ses désirs, et se croit, lui et sa famille, aussi honorablement habillé avec la laine de ses moutons qu'avec les draps fins mais si coûteux de l’Europe.

C’est un fait bien connu que rien ne ruine plus vite une paroïsse que l'établissement d’une distillerie dans son sein. Plus la distillerie s’enrichit vite, et plus la paroisse tombe et s’appauvrit rapidement. Ceci est clair et n’a pas besoin de preuves.

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Jes chaînes qui vous lieront bientôt les pieds et les mains, pour vous faire sortir plus facilement de chez vous,

La distillerie! C’est la citadelle d’où le démon lance continuellement des dards enflammés pour consumer vos maisons et vos champs, et les réduire en cendre.

La distillerie! Ah! c’est comme le nuage embrasé qui, passant sur vos têtes et laissant tomber, comme autrefois sur Sodôme, une pluie de feu, couvrira le pays de ruines et de larmes.

Le choléra qui vous a décimés, et les vers qui ont dévoré vos moissons, ces années passées, ne vous ont pas fait la moitié autant de mal que vous en feraient les distilleries si vous aviez le malheur de vous accoutumer, vous et vos enfans, à faire usage des poisons qu’elles vous préparent, n'importe sous quel nom.

Nous lisions dans un journal canadien de Montréal, du 14 Décembre, un long article où l’on se félicitait de la prospérité des distilleries. “Quatre millions de ‘wiskey, y disait-on, ont été distillés dans la seule ‘ ville de Montréal en 1846. Un de ces établissemens, “ y assure-t-on, à lui seul, ne consume pas moins de “ 1800 minots de grains tous les jours.”?

En vérité, se réjouir d’un pareil fait, l’annoncer à ses compatriotes comme un événement d’heureux augure, n'est-il pas quelque chose d’incroyable.:

Quoi! vous avouez qu'aucune manufacture n’est encouragée en Cana'a; on n'est pas encore capable d’y faire une épingle, un bouton; il faut envoyer chercher en Angleterre le drap de vos habits, et jusqu'aux chapeaux de paille de vos femmes. Une seule branche d'industrie reçoit un encouragement fabuleux: et cette branche d'industrie a pour résultat unique et immédiat de faire couler des torrens de larmes et äe porter la ruine, la désolation, l’opprobre et la mort au sein de mille familles; et vous vous sentez la force étrange d'en féliciter vos compatriotes!

Dans un pays qui vient d’être frappé coup sur coup par tous les fléaux: la peste, la guerre civile, la disette

et par des incendies tels que le monde entier en a été frappé de stupeur, savez-vous ce qui fait palpiter de joie le cœur de certains hommes ? Ecoutez la grande nouvelle: MONTRÉAL A FOURNI CETTE ANNÉE AU PAYS QUATRE MILLIONS DE GALLONS DE WISKEY ! ! !

Pauvres enfans, qui, par milliers, manquez aujourd'hui de pain, d’habits, de feu, parce que vos parens sont ivrognes; ah! consolez-vous,...... vos parens ne manqueront jamais de wiskey: Montréal n’en distille pas moins de dix mille neuf cent quatre gallons tous les jours,

Femmes infortunées, et dont le nombre augmente si rapidement tous les jours, qui avez à supporter les bru-

talités d’un mari ivrogne; essuyez vos larmes... Quatre

millions de gallons de wiskey ont été distillés cette année dans là seule ville de Montréal, et on espère, vu les progrès de la civilisation et les lumières du siècle, que cette quantité sera doublée l'an prochain.

Pères et mères de familles, vous dont les enfans, par centaines et par milliers tous les jours, vont oublier, dans l'auberge et la maison de restauration, les sentimens de probité et de religion qu’ils avaient puisés au foyer paternel; consolez-vous et espérez tout de lavenir...: les distilleries sont dans l’état le plus prospère. Pour vous aider à ramener, dans les sentiers de l'honneur et de la vertu, vos nombreuses familles, elles vous distillent, à chaque heure du jour et de la nuit, pas moins de quatre cent c inquante quatre gallons de wiskey, de la meilleure qualité, à vingt-cinq sols le pot, non réduit!

Canadiens de tous les rangs, OUVrez VOS CŒUTS AUX sentimens de la joie la plus vive: la Patrie est sauvée. Notre cher Canada va bientôt prendre rang parmi les nations grandes, fortes et intelligentes. Un avenir de prospérité sans bornes s’ouvre devant vous; et si vous en doutez, venez dans les distilleries voir la quantité prodigieuse de wiskey qui en sort tous les jours, et qui porte partout la paix, le bonheur, l'abondance! ! !

Touten rendant hommage aux intentions de l’estimable écrivain que nous combattons, nous dirons qu’on fait son-

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ner trop haut la somme d’argent que la distillerie répand dans le public, et le prix qu’elle donne pour les grains; tandis qu’on ne dit pas un mot des sommes énormes qu’elle arrache au peuple tous les ans. A entendreces nouveaux économistes, on dirait que Messieurs les Distillateurs, après avoir payé le grain bien cher, donnent leur bière et leur wiskey par charité.

Ces quatre millions de gallons de wiskey distillés dans une seule année à Montréal, ont-ils été exportés ? Non, ‘à l'exception de 3074 gallons exporté: en Angletcrre depuis deux ans) tout a été BU et «r conséquent ACHETÉ et PAYÉ par notre pauvre et malheureux peuple.

Le commerce avec la distillerie est, sous tous les rapports, ruineux pour le peuple, et pour s’en convaincre on n’a qu’à jeter les yeux sur le tableau suivant, qui n’est que l’histoire, en chiffres, des rapports du peuple

avec la distillerie:

ler. Janvic:, 1846.

Doit LA‘ DISTILLERIE AU PEUPLE CANADIEN.

Pour Orge, Seigle, Avoine, reçus,.…........[ Piastres 1,000,000 30 Décembre, 1846.

Doit

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