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naissez à leur charge. Pourvu qu’ils soient arrivés au su et au vu de toute une localité, ils sont du domaine du public. Cachez les noms propres, autant que possible, mais l'événement public est votre propriété : c’est la Providence qui vous l’a fait connaître pour vous inspirer, à vous et aux autres, le dégoût et l’horreur de la boisson...
Rien de plus funeste que ce système de secret qui, sous le mauteau de la charité, empêche la vérité d’être connue, quand il ne faudrait souvent que la publier pour arrêter le mal.
Ab! si le peuple canadien savait ce qui se passe aujourd’hui dans son sein, au sujet des boissons. Si des calculs justes, faits danschaque localité, lui mettaient,tous les ans, sous les yeux, ce que la boisson lui coûte d'argent et de larmes; si, comme nous, il voyait la plaie hideuse qui le défigure, etternit l'éclat de ses plus belles vertus devant Dieu; s'ilapercevait le chancre qui lui dévore les entrailles, il serait saisi d'horreur, et prendrait, avec énergie, les moyens que la Providence lui offre d'arrêter le mal avant qu’il devienne incurable.
Nous faisons juste comme des hommes qui, apercevant le feu au milieu de la ville, empêcheraient de sonner l’alarme. Nous voyons le mal grandir, et non contens de garder le silence, nous voudrions l’imposer aux autres. Mais un pareil silence n'est-il pas un crime ?
La citadelle est comme cernée : l'ennemi est aux portes. Il forme et grossit ses rangs; prépare de nouvelles batteries; déjà de larges brêches sont faites aux murs; et nous ne jetterions pas le cri d'alarme, et nous n’appellerions pas toui le monde au combat ! !
Voici ce que nousécrivait, le23 Novembre dernier, un des Médecins les plus distingués et des mieux informés de Québec: “ Vous ne sauriez croire combien l’ivrogne- “ rie fait de progrès parmi le peuple. Il y a une réac- “ tion des plus déplorables. ‘Tout le monde en est té- : moin, tout le monde en gémit; et personne, cependant, ‘“ n’ôse élever la voix pour la signaler et la combattre.
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“ Dimanche dernier encore, deux malheureux ont “ été victimes de leur intempérance. L’un d’eux est ‘# mort dans une auberge. Sa mort a été si subite, ‘ qu’il n’a pu avoir aucun secours ni de la religion, ni “ dela médecine. L'autre a été ramassé dans la rue “ et déposé dans un fournil pour y expirer, un instant ‘ après, d’une congestion cérébrale, causée par la boïs- “son. Un troisième ivrogne est tombé hier dans un ‘“ puit et s’est noyé. Ces trois malheureux, frappés “ par la mort dans leur ivresse, ont été mis dans un “coin du cimetière. Témoin oculaire des désordres “ journaliers et toujours croissans que cause l’usage des “ boissons fortes parmi notre peuple de la ville et des # campagnes, je gémis profondément.”
Si nous pouvions faire conuaître seulement la moitié des dépenses de ix ville de Québec et du Faubourg St. Roch, et dépeindre les maux sans nombre qui y sont causés par les boissons fortes, nous serions à peine cru; nous aurions à faire un tableau vraiment effrayant. Mais nos larmes et nos sanglots nous arrêteraient, car nous aimons ces populations de Québec et de St. Roch de tout l’amour de notre âme. Mais n’y a-t-il que ce malheureux peuple, déjà si souvent et si étrangement visité par la main de Dieu, qui continue à l'outrager en se plongeant, plus que jamais, dans le vice de l’ivrognerie? Non; la nouvelle capitale du Canada: la grande, riche et belle ville de Montréal rivalise avec son aînée, et la surpassera bientôt par ses brutales orgies,.… par la sale et dégoutante ivrognerie d’une partie de ses habitans. Ecoutons la voix si solennelle et si patriotique d’un de ses premiers Magistrats: l’Honorable Juge Mondelet, dans son discours prononcé devant les jurés du dernier terme, va nous dire ce qui se passe en ce moment à Montréal...
‘ Si l’on considère que l’éducation et la tempérance “ ont fait des progrès si rapides, qu’il est peu de per- “ sonnes qui n’aient foi au triomphe éventuel de l’une ‘et l’autre cause, l’on ne doit guère désespérer de voir * l'état actuel de notre société, subir un changement
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“total. Mais, Messieurs, le plus tôt qu'il aura licu, “ sera le mieux, car si l’on ne rencontre que de l’upa- “ thie, là où il doit y avoir de l'énergie et de l’activité, ‘nous ne serons pas seulement stationnaires, nous ‘€ rétrograderons inévitablement. C’est donc un devoir ‘ impérieux, pour chaque citoyen, d'aider à effectuer ‘ une réforme que l’on demande à grands cris. L'abus ‘révoltant auquel nous faisons allusion, a sa source “ dans le grand nombre de lieux, en cette cité, où l’on ‘# permet à ceux qui y sont enclins, de se livrer à leura ‘€ penchans pour l’usage des boissons enivrantes, Le ‘“ nombre des auberges, surtout de celles dont il est “ presque impossible de donner une description fidèle, “ est très-grand; et le mal qu’elles produisent, EST 1\- ‘ CALCULABLE! C’est à ces antres d’immoralité, d'orgies “et de débauches, qu’il faut rapporter ces émeutes noc- ‘turnes, ces tumultes, et ces scènes effrayantes qui, ‘“ depuis quelque tems, ont soulevé l’indignation du ‘ public, après lavoir scandalisé et profondément ‘afligé ; c’est dans ces repaires de désordres que vont ‘ se perdre le fruit d’un travail soutenu et ce qui éiait ‘ destiné et nécessaire au soutien d’une épouse, d’une ‘ mère vertueuse et économe et de pauvres enfans ! ‘ C'est là que l’homme s’avilit, et que le sentiment ‘comme la honte l’abandonnant, il cesse de se res- “ pecter, ct finit par devenir insensible aux malheurs “ de ses semblables, à proportion qu'il ferme l'oreille à ‘“ ses propres intérêts. Que les crimes et les désordres ‘ ausmentent, c’est ce dont personne ne doute : qu’il ‘ soit nécessaire de signaler hautement un état de “ société aussi déplorable, afin qu'on y apporte un ‘ remède prompt, judicieux et énergique, c’est ce dont “ tout homme éclairé et clairvoyant, et qui a à cœur le ‘ bien-être de son pays, conviendra aussi facilement ‘“ qu’il le ressent fortement. La Tempérance gagne, ‘ tous les jours, du terrain, mais pratiquement parlant, ‘6 il lui reste encore beaucoup à faire. Cependant, si ‘ cette cause continue à être soutenue avec autant d’ha- ‘“ hileté qu'elle l'a été par le passé, il n’y à aucune
‘ raison de craindre pour l'avenir. La presse n’a pas “ été en vain remuée en sa faveur, l’on a ressenti son “ influence, grâce à l’aide que lui a donné l'éducation ‘ sans laquelle la Tempérance ne saurait jamais devenir “ parfaitement efficace. Tel a été le procédé moral, “ son effet n’a été que partiel. Mais, à quoi bon tout “ cela, si au lieu d’être aidés, assistés et soutenus, les ‘“ apôtres de la Tempérance sont entravés par l’igno- “ rance d'hommes malveillans et méchans, et par la force physique et brutale? Comment peut-on espérer de jamais voir régner la vertu, la sobricté, l’industrie et ‘5 la paix, si l’on tente le peuple, sil’on met à sa disposition “ les moyens de fonder et soutenir des maisons de la pire “ sorte, où l’on perd tout sentiment moral? C’est sur ‘ ceux qui se prètent à ces monstruosités, qu’en pèse ‘ la responsabilité : ils la partageraient cette responsabilité, s’ils se taisaient, ceux qui ont l'énergie de dire ‘ au publie de se réveiller, d'ouvrir les yeux et de voir ‘ le danger qui nous menace, C’est à vous, Messieurs «“ du grand juré, qui représentez les districts, qui en «“ êtes l'organe,‘ que nous faisons un appel qui ne “ demeurera pas, nous en sommes persuadés, süns son « effet. Vous ne manquerez pas de vous oecuper d’un “ sujet d’une si grande importance pour la société. « Plusieurs d’entre vous êtes venus des parties éloi- “ gnées du district: il peut se faire que l’influence per- ‘ nicieuse du mal, qui a tant grandi dans cette eité,’ne « se fasse pas ressentir immédiatement dans les loca- “ lités que vous avez le bonheur d’habiter : mais péné- “ trés, comme sans doute vous l’êtes, de l'obligation où ‘ nous sommes tous, de faire du bien à nos semblables, “ quelques soient leur couleur, leur origine ou leur ‘ croyance, vous viendrez assurément de l'avant, avec « l’énergie convenable, et vous vous ferez entendre de “ manière à ce qu’on ne s’y méprenne pas.—Si, au reste, l’immoralité qui continue à croître dans cette cité, 6 étend au loin, tôt ou tard, ses eets délétères se propageront graduellement, jusqu’à ce que le vice et ‘ |a désolation couvrent notre sol.”
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Voilà pour nos deux grandes cités de Montréal et de Québec...
Donc dans les villes comme au sein de nos paisibles eampagnes l’ivrognerie fait d’affreux ravages. Partout des faits publics, partout des malheurs de tous genres sont là pour nous dire que la boisson est une des grandes plaies du pays, et deviendra bientôt sa plaie mortelle et incurable si, comme le dit, si à propos et si éloquemment, l’Honorable Juge Mondelet, les Apôtres de la Tempérance ne sont pas aidés et soutcaus partout de la parole et de l'exemple.
“ Vous désirez connaître les mauvais effets des ‘ boissons fortes dans le pays en général, nous disait € M. le Grand Vicaire de... Elles font du mal ‘“ partout, et du bien nulle part. Mais voici un événe-
“ ment qui semble amené par la Providence pour ‘“ ouvrir les yeux aux plus aveugles sur les maux qui ‘# suivent l’ivrognerir....
‘ On avait prêché, comme vous savez, la Tempc- # rance dans la paroisse de......, mais quoique la plus ‘ grande partie des habitans eussent grand besoin d’en ‘“ embrasser les règles salutaires ils n’en firent rien, et
‘ continuèrent à boire comme de coutume. Ils avaient
‘ besoin de quelque exemple et Dieu ne les a pas mé-
‘“ nagés, ils l’ont eu bon et terrible. Il n’y a que
‘ quelques jours donc F......, s'en revenait ivre chez
“lui, et malheureusement ce n’était pas la première
‘fois. Sa femme veut lui faire quelques reproches,
‘ mais ce n’était pas le bon moment. Ilne lui répond,
“ suivant sa coutume, que par des malédictions et des
‘“ coups. Si bien que la pauvre créature n’a rien de
‘ mieux à faire que de se sauver et de s’aller cacher
‘“ dans un coin de l'écurie. La nuit était froide, car
#“ la terre était encore couverte de neige et le vent de
‘ Nord soufflait avec force. Etouffée dans ses sanglots,
‘ fondant en larmes, cette malheureuse dut trouver
“ bien longues les heures qu’elle passa ainsi au milieu
‘ des &aimaux qui étaient meilleurs pour elle que son
“ propre mari. Enfin, pensant que son cruelet impi-
ee TG à Me Cr ne
“ toyabie bourreau devait être endormi, ct qu’elle pou- “ vait s’en retourner à la maison sans avoir à craindre “ de nouveaux coups, elle sort de létable..….. Mais ‘ quel spectacle, juste ciel! Le feu sortait par toutes “ les issues de la maison...
En un moment les voisins accourent de tous côtés “ pour arrêter l'incendie. Mais il était trop tard. Jls “ ne devaient Ctre là que comme de nouveaux iémoins # des vengeances que Dieu exerce contre les ivrognes. “ Lorsque la porte fut consumée, le vent, qui soufilait “ avec fureur, s’engouflra dans la maison et augmenta “ l'embrâsement. La flamme et la fumée, poussées alors dans difftrentes directions, laissaient voir de tems “ en tems le cadavre de FivroGxr. Il était étendu ‘ sur des monceaux de charbons ardens et semblait ‘ nager dans une mer de feu... On eùüt dit que la ‘ flamme, après l'avoir léché, prenait plaisir à l’enve- ‘ lopper comme dans un linceuil.
“ Le lendemain, lorsque tout fut éteint, on ne trouva “ plus que quelques ossemens noircis et calcinés.”
Voyageur, quand tu passeras dans le village de...…., non loin de la demeure du Dieu des vengeances, regarde sur ta gauche, et tu verras les restes noirçis de ja maison de l’ivrogne. Et, si c’est la nuit, arréte-toi: signe ton front de la croix du Christ, et écoute... Tu entendras d’abord comme des soupirs, puis de sourds gémissemens; et la terre, tremblante sous tes pieds, semblera prête à s’entr’ouvrir.
Et, pour que ton sang ne s'arrête pas glacé par la terreur et la mort, signe encore ton front de la croix du Christ. Ecoute... et tu entendras une voix plaintive sortant comme des entrailles de la terre... et cette voix dira: % Maudite boisson, tu as causé tous ‘“ mes malheurs... JMaudite boisson, tu m’as rendu “ mauvais fils, mauvais père, mauvais époux, mauvais “ citoyen, mauvais chrétien... Alaudite Loisson, tu “ as répandu le deuil, la désolation et l’opprobre sur “ ma femme, mes enfans, ma paroisse... Tu m'as “perdu! Qu'elle soit à Jamais maudite sur la terre
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‘“ comme elle l’est dans les enfers la boisson qui m’a ‘ fait tomber ivre aux pieds de mon terrible et souve- ‘ rain Juge... !
Voyageur, si le son lugubre de ces paroles fait tremibler tes membres; si tes dents s’entrechoquent malgré toi, et qu’une sueur froide coule de ton front jusqu’à terre, pense à l’Ange que Dieu t’a donné pour compagnon de ton pélérinage. Il à ordre et pouvoir de te défendre. Arme-toi, pour la troisième fois, du signe sacré et tout-puissant de la croix, car tu as encore une grande leçon à recevoir... Ecoute, ce n’est plus une voix serle que tu vas entendre, mais ton àme va être épouvantée par le son confus de mille voix... Tu entendras des hurlemens, et comme un affreux concert de blasphêmes et de malédictions..…. ‘* Maudite “ soit à Jamais la boisson qui nous a rendus mauvais ‘6 fils, mauvais pères, mauvais époux, mauvais citoyens, ‘ mauvais chrétiens... Qu'elle soit maudite au ciel ‘ ct sur la terre, comme elle l’est aux enfers la boisson qui nous a perdus!..…....?
Puis il se fera un grand silence.
Voyageur, éloigne-toi promptement de ce lieu d’horreur; car l'Ange de la colère de Dieu & passé là, avec son glaive de feu, pour frapper l'ivrogne et le faire disparaître... Et, de quelque côté que tu diriges tes pas, répète partout ce que tu viens d’entendre: “ Maudite soit la boisson qui rend l'homme mauvais fils, mauvais père, mauvais époux, mauvais citoyen, mauvais chrétien... Maudite soit la boiston au ciel et sur lu terre comme elle l'est aux enfers!
Canadiens de tous les états, riches citoyens des villes, comme vous paisibles habitans des campagnes: nous vous conjurons de regarder Pabime qui s'ouvre devant vous!
Vous riez, vous chantez, vous faites des noces somptueuses. Les boise:ns de toutes espèces inondent encore vos tables; l’Europe fournit à peine des étoftes assez précieuses, des modes assez élégantes pour vos femmes et vos filles! Mais ne voyez-vous pas comme
l'horizon, devant vous, est chargée de sombres nuages; funestes maïs trop infaillibles avart-coureurs des tem- pètes qu’un avenir prochain vous prépare?
Votre joie, votre inconcevable sécurité font verser des larmes à ceux qui vous aiment, Et pour vous dire ce que notre âme éprouve de tristesse, il nous faudrait employer les paroles des Prophètes pleurant la ruine et la désolation du peuple infidèle.
Ne voyez-vous pas écrits partout les terribles Mane…. Thecel.… Pharès… J'ai tout pesé. Tout compté... vos biens vont étre divisés, donnés à a’autres!.….
C’écait une main invisible qui traçait ces formidables sentences sur les murs du palais de Balthazar, à son dernier festin... Et, vous serait-elle donc aussi invisible et inconnue la main terrible qui écrit, en caractères de feu, sur vos villes et vos campagnes: Mane... Thecel... Pharès.—J'ai pesé, j'ai compté vos iniquités, vos folies, votre orgueil, votre irrognerie.—En punition, vos biens vont vous étre arrachés pour passer en des mains étrangères?
Oui, c’est le cœur plein d’une inexprimable douleur que nous vous l’annonçons: avant peu d'années, s’il n’y a pas un prompt et universel changement parmj vous, vous serez chassés de vos maisons, et vos enfans n°y resteront que comme des serviteurs et des esclaves. Vous employez, pour offenser Dieu, les biens qu’il vous donne. Il vous les Ôtera pour les donner à d’autres qui sauront en faire un meilleur usage.
Nous les voyons déjà ceux que Dieu a choisis et appelés pour vous punir et vous dépouiller: Anglais, Ecossais, Irlandais, Américains accourent de tous côtés; ils s'avancent comme une armée rangée en bataille. Ils pénètrent déjà partout. A la hardiesse de leurs vues, à la puissance de leurs volontés, on dirait qu’ils sentent en eux-mêmes qu'ils ont une mission divine à remplir; et qu'un secret instinct leur dit qu’ils seront bientôt partout les maîtres, et vous les esclaves.
C’est une guerre de destruction qu’ils ont ordre de Dieu de vous faire. Mais c’est une guerre noble et
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