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Les cinq premières années de ce tableau présente un total de 1099 personnes contre lesquelles les jurés avaient trouvé bill et les cinq dernières 2151. Le ré6sultat de ces recherches prouvent donc que, tandis que la population dans cette période de tems a augmenté dans la proportion de 33 par 100, les crimes publics ont augmenté dans l’elfrayante proportion de 100 par 100. Et personne ne peut douter que cette démoralisation sans exemple et si rapide ne soit due à l'usage des boissons fortes,
Mais voici quelque chose de plus désolant encore que tout ce que nous avons dit jusqu’à présent !
Quel est le catholique, Prêtre ou simple fidèle qui peut lire les lignes suivantes sans que son cœur ne soit brisé par une immense douleur, sans que son àme ne soit remplie non seulement par le plus profond dégoût, mais par l'horreur et la haine la plus implacable contre les boissons enivrantes ? Ah ! quel est donc l'étrange pouvoir de ces poisons funestes, puisqu'ils semblent défier et braver Dieu même jusque dans les traits de sa plus grande miséricorde !
Voici ce que M. Bolduc, jeune et courageux Missionnuire à la Colombie, écrivait dernièrement à un de ses amis: “Un avenir des plus déplorables s'offre à mes “ yeux, et tellement que Dimanche dernier, entendant “ prêcher le Père... sur ce sujet, j’en étais tout-à-fait “ découragé et je formai le projet certain de retourner “en Canada dans peu d'années, si les choses ne chan- “ gent pas, pour n'avoir point la douleur d’être témoin “ oculaire des maux qui vont fondre sur cette mal- ‘“ heureuse colonie. Sans doute, tu me demanderas “qui a pu apporter un si prompt dérangement aux “ belles espérances que j'avais conçues. Le voilà en ‘un mot: La boisson! oui, cette malheureuse boisson “ qui se fabrique ici même, va en faire plus que le ‘ Diable en a fait depuis qu’il y à des blancs en ce pays, “et cela en moins de deux ans. On a beau prècher “ et menacer de la colère du ciel, le désordre croît rapi- “ dement. Tous ces vieux voyageurs qui n’ont fait que
“ boire pendant tout le tems de leur jeunesse, et qui “ en ont été privés depuis plusieurs années, trouvent “ cela si doux qu’il yena plusieurs qui vendront ‘“ femme et enfans pour pouvoir se procurer un verre “ de ce poison. Le débordement des mœurs va recom- ‘ mencer; il ne faisait que de cesser en plusieurs lieux. ‘“ Les meurtres vont se commettre de tout côté. C’est ‘ une désolation.”
Si nous devons tous détester les boissons en proportion du mal qu’elles nous ont fait, quelles bornes mettrons-nous à notre sainte haine contre elles ? A la vue des malheurs particuliers et publics, des morts funestes, des crimes de tout genre qu’elles enfantent partout où elles règnent, quelles pensées doivent naître dans nos âmes, sinon des pensées d’anéantissement complet, de destruction de ces funestes poisons ? Eussent-elles produit quelque bien à notre pays, il! faudrait encore les détruire, à cause de l'immense disproportion qui se trouve entre le bien ct le mal qu’elles causent. Mais, à côté des maux sans nombre qu’elles enfantent, elles sont entièrement stériles pour le bien. C’est donc l’abstinence totale prèchée par le Père Matthew qu'il faut embrasser et enseigner de paroles et d'exemples. Les plus chauds partisans de l'usage modé ne peuvent s'empêcher de dire que l’homme qui ne prend aucune boisson spiritueuse, ne court aucun danger de les aimer ; tandis qu’ils sont forcés d’avouer que celui qui y goûte, peut finir par les aimer, et court visiblement le risque de devenir ivrogne. Or, l'Esprit Saint nous dit: “Ceiui qui aime le danger périra.” Si je vois dix personnes qui font aujourd’hui, ce qu'on appelle un usage modéré de ces liqueurs dévorantes, je puis dire, sans crainte de me tromper, qu'aimant le daner, plusieur. d’entr’elles périront.
Il n’est pas possible aujourd'hui de prècher d’uutre Société de Tempérance que la parfaite, c’est-à-dire, la totale. Le Père Matthew, dans une lettre qu’il nous a fait l'honneur de nous adresser, a flétri pour toujours les Socictés du second ordre, disant qu’i? les regarduit
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avec horreur ; qu'elles n'étaient bonnes qu'à faire drs ivrognes, RE la première édition du HManurl la plupart de nos dignés confrères qui travaillent : il la Tempérance, ainsi que les amis les plus éclairés de cette œuvre, ont reconnu pleinement cette vérité. Qu'avons-nous donc à craindre en renonçant entièrement aux boissons fortes, et en portant les autres à y renoncer pour lamour de J.-C.? Qu'on ne dise pas,—" c’est demander un sacrifice trop | grand, trop “pénible. Les pen ples ne sont pas ainsi appelés à pru- “ tiquer la vertu la plus hé roïque ; cette abstinence “ parfaite ne peut être proposée qu'au petit nombre “ comme la virginité.” Il n'y a assuréme nt aucune parité entre prêche r l’abstinence totale d’un breuvage mal-faisant, et prècher la chasteté parfaite. Celui qui s'eHorcerait d’umcener le monde à cette vertu héroïque, serait un insensé ; et s’il avait assez de talens oratoire: pour enchainer les peuples dans cette voie, il serait prudent de le renfermer., IL s’opposerait à une des premières lois de la Providence. Il chercherait à mettre, sur les épaules de tous, un joug que Dieu n'a pas imposé au plus grand nombre.
D’étranges malheurs, des crimes affreux surgiraient bientôt de toutes parts... Pour être parfaitement chaste . un corps humain, quelle grace spéciale ne faut-il pas! pour que cette vertu, qui égale l'homme à l'Ange puisse être pratiquée, il faut comme un miracle continuel du Tout-Puissant.
Au milieu des niile séductions du monde, le vase si beau, mais si fragile du cœur de l’homme parfaitement chaste, serait en un moment brisé si Dieu ne le tenait constamment dans sa main toute- -puissante. Mais dirons-nous qu’il faille une gàce extraordinaire et privilégiée pour qu'un homme se prive, toute sa vie, d’une boisson qui ne lui fait aucun bien ; et qui peut, tôt ou tard, amener la désolation et le crime dans sa famille ? Non, il ne faut qu’une grâce ordinaire, il ne faut qu’un crucifix, une image de Jésus-Christ abreuvé de fiel et de vinaigre, pour tout esprit droit et pour tout cœur
de bonne volonté. Il n°y a donc, encore une fois, aucune parité entre prècher au peuple la chasteté parfaite, ou quelqu’autre vertu évangélique, et l’inviter à s'abstenir des boissons malfaisantes que les nègres de la Jamaïque lui envoient, ou que les Américains lui composent dans leurs caves infectes. Voilà pourquoi le Père Matthew, en invitant ses compatriotes et ses frères à renoncer à l'usage de boissons qui ne leur faisaient que äu mal, a été écouté avec respect. Si, comme d’anciens hérétiques, il eut voulu faire un crime de la chasteté conjugale, l'Eglise l’eût dès lors anathématisé. Mais il a planté un arbre que Dieu a béni; six millions d'hommes ont goûté de ses fruits, et les ont trouvés délicieux. Des peuples entiers se sont mis à l’ombre de cet arbre, dont les racines sont sur la terre, mais dont la tête est au ciel; 1ls y ont trouvé le rafraichissement, la paix, le bonheur, la vie qui leur manquaient auparavant,
En travaillant pour l'amour de nos frères et de nos enfans, pour l'amour de notre pays, pour l'amour de Jésus- Christ, à détruire l’usage journalier des boissons enivrantes, nous travaillons à une œuvre sainte et bonne ; Dieu nous sera en aide. Les boissons ont de grands et de puissans ennemis qui les combattent. De tous côtés nous voyons des cœurs et des bras généreux armés contre elles. Prêtons l’oreille, et nous entendrons des voix au ciel, sur la terre et dans les enfers qui les accusent, qui les maudissent, et qui nous encouragent à les détruire. Elles sont maudites par une effroyable multitude de réprouvés qu’elles ont précipités dans l’abîime éternel. Elles sont maudites par des milliers de femmes qui leur doivent une vie de larmes et de désolation ; elles sont maudites par d'innombrables enfans qu’elles ont dépouillés des biens de leurs ancêtres, et qu’elles ont réduits à la dernière misère.
Et si Jésus-Christ a maudit le figuier stérile, parce qu’il ne portait pas de bons fruits, ne doit-il pas détester et maudire la boisson, qui lui à arraché des milliers d’âmes qu’il avait rachetées au prix de son sang ?
Pour nous, proterné aux pieds de chacun des Ministres de Jésus-Christ, dont nous savons que nous
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