MAM'KI
Le caractère ci-dessoiis, giavé par M. Henri Didol, est un trois points, ou ‘ une demi- nomparcille. l'^n gravant ce caractère, M. Henri Diciut a reculé les
“ limites du possible. t)n ne peut, sans être typographe, apprécier toutes les
difficultés cpie ce savant artiste a été obligé de vaincre pour arriver à son but. * ' pureté de l'œil des lettres rondes, la régularité, la proportion des pleins
- et des jambages des lettivs longues, qui ne perdent aucun de leurs avantages
étant vus il la loupe, remplissent d’étonnement et d’admiration les hommes les jilus exercés dans l’art de la Typographie. Ce chef-d’œuvre valut une médaille *- ' d’or à M. Henri Didot, à l’exposition de i 8 u 3 . Ce savant artiste en avait reçu
J une pareille en 1819.
On pourrait avee ce caractère étonnant, bien mieux ipi’avec tout autre, , , imprimer pour les amateurs les œuvres de nos plus féconds écrivains, et réaliser
encore mieux l’idée de Mercier- Bonnet -de- Nuit , qui voulait, comme cela est arrivé de nos jours, que l’on mît, |Miur la commo<lité de la grande et de la il petite propriété, Voltaire en un seul volume.
i Voici le spccimen de ce caractère admirable, auquel les Anglais même ne
peuvent rien opposer:
PAR ItEXni DIDOT
roMDiRit roLTtacTvrE.
nE LA TYPOORAPHIE FRANÇAISE. 8i
Les noms dos caractères dont on vient de voir le tableau, tant de l'ancienne nomenclature que de la nouvelle ( les caractères microscopiques exceptés), ne servent qu’à indiquer leur grosseiu- dans l’ordre admis. Mais dans les épaisseurs de ces divers caractères, qu’en termes techniques on noninn* yùrce de corps Vceii du type peut varier selon la volonté du fondeur; c’est-à-dire que chaque corps peut offrir plusieurs œils différens’.
On distingue les différentes variations d’un même corps par les dénominations de petii-ceil, œil ordinaire et gros-œil. Ensuite il y a les serrés ou hollandais , les poétiques, etc. Ainsi l'on peut dire : cicéro petit-œil, cicéro œil ordinaire, cicéro gros-œil, cicéro poétique ; et employer cette dénomination à l’égard de tous les autres corps de caractères, soit pour l’ancienne, soit pour la nouvelle nomenclature. De manière que les vingt-quatre sortes désignées ci-d<"ssus peuvent former un nombre total de quatre-vingt-seize espèces au moins, tant pour le romain que pour ïitalique.
On peut fondre tous les caractères sur un corps supérieur; c'est-à-dire qu'un œil de petit-romain, jiar exemple, peut sc fondre sur un corps de philosophie; un cicéro, sur un corps de sainl-augustin, etc. Dans ce cas, ces caractères, offrant une épaule plu.s large, paraissent toujours interlignés, comme j’aurai occasion de le démontrer plus tard. On peut aussi, par un moyen contraire, fondre un caractère supérieur sur un corps inférieur, comme, par exenqile, un cicéro sur un corps de philosophie, ou une philosophie sur le corps de petit-romain, en supprimant les lettres longues et en les remplaçant par d'autres gravées exprès.
Mais l’a-il des types a bien varié depuis trente ans; c’est-à-dire depuis la publication du beau Virgile de MM. Didot. Que d'acier tourmenté en France pour donner une nouvelle forme aux caractères romains et ilabupies, dont la plupart pouvaient, à juste titre, passer pour des chefs-d’ocuvre! Devait-on fouler entièrement aux pieds les modèles de Gar.unond, de Fournier, de Gilé père et des anciens Didot, qu'il fallait, au contraire, étudier et perfectionner? Iæ G raveur et le Ty|>ographo ont créé isolément et sans guide fixe; et si cet art a conservé une école, on est forcé de convenir que les maîtres ne sont pas d’accortl entre eux. La forme ries types change à chaque ]>roduction nouvelle ; l’oeil de la lettre devient de jour en jour plus gr.as, plus arrondi, et, par conséquent, j)lus fatigant à la lecture. On a dépassé le but en voulant l’atteindre;
* Dans rancienne nomcndaturc on appelle /bref tie corps réj)aisscur de la lellre, c’est-û-dirc la tige du type, qui e&t ordinairement de la forme d'un carré plat, tel que nous b représentons
Dans la nouvelle nomencbturc, où Ton prend le point typographique pour base de \'a force <U‘ eorpSy on entend le nombre de points qu’elle contient.
• On appelle œil b partie saillante qui représente le type. On reconnaît ces divers œils au iiombi'e de erans que l'on pbcc ordinairement soit en bas soit cri haut de b tige, communément nommée Icltrc.
MANUEL
et en voulant plaire aux yeux, on les a trompés, puisqu’il est prouvé que les impressions modernes fatiguent davantage la vue que celles des Elzévirs, des Éticiines, des Karbou, des Fraiirois-Ambroîseet Pierre-François Didot, d’Ibarra, de Itodoni et de Baskerville.
Je fus témoin, il y a quelques temps, d’une expérience dont le résultat doit être connu.
. <Jn avait ]>lacé sur une cbemiuée nu volume ouvert, de format in-4“, imprimé à rimprimerie Royale avec un caractère gros-romain provenant des frappes maigres et allongées d’Alexandre et de Grandjean. A côté de ce volume, on en ouvrit un autre de même format, imprimé également avec un gros -romain provenant des frappes modernes. La même personne essaya de lire une page de ctiaciin de ces deux volumes en s’en éloignant insensiblement. A une distance de quatre pas ou pouvait à peine distinguer les caractères modernes, quand à une distance de six pas on li.sait encore les caractères de l’Imprimerie Royale, dont je ne prétends pas d’ailleurs faire l’éloge, quant à leur forme, et que je ne cite en ce moment que jKmr démontrer l’avantage des anciennes frappes sur les frappes modernes, relativement à la vue. • <
Quant aux caractères d’affiebes et aux lettres de deux points, ils deviennent de jour en jour plus ridicides* Que dire, par exemple, des échantillons que nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs, sinon que ces caractères, d’abord gravés à Londres, copiés sur bois par lignes isolées, et reproduits en France, ne cessent d'offenser le goût?