‹ Manuel de la typographie française, ou Traité complet de l'imprimerieChapitre 4 sur 22 · VINGT-DEUX · texte numérisé non relu

VINGT-DEUX

I L’esprit de parti abaisse les plus grands h\ hommes jusqu’aux petftesses du peuple.

INTRODUCTION

A LHISTOIRE DE L’IMPRIMERIE

I L rst impossible de dire à quelle époque les hommes ont commence de consigner par écrit leurs pensées. Tous les auteurs conviennent que la première écriture a dû être en images; qu'elle a donné naissance à l’écriture hiéroglyphique ou symbolique, aujourd’hui toute mystérieuse pour nous, et qui, lors même qu’on la pratiquait, était, à un petit nombre de signes près, un secret pour le peuple.

La tradition, aidée de quelques monnmens grossiers, est le premier moyen qu’on ait employé pour transmettre le souvenir des faits remarquables dans l'iiistoire de l'antiquité. Ensuite l'art d’écrire a consisté dans une représentation informe et grossière des objets corporels allégoriques ou emblématiques : c’est là l’écriture dont les ' ■ Égyptiens ont d’abord fait usage. Elle consistait en des hiéroglyphes as,sez semblables à , nps rébus : un cercle signiliait le soleil \ un croissant , la lune : la légèreté s’exprimait par un oiseau; une chose funeste, par un crocodile; la vigilance, par un*œ//; l’activité, par une main, etc. •

Les caractères dont les Chinois su servent encore aujourd’hui dérivent de celte première pratique. Celte écriture, appelée Xécriture des pensées, exprimait la totalité des choses, une action, un événement avec toutes ses circonstances, et quelquefois même, au moyen de quelques nuances, le jugement qu’on devait eu porter.

L’art d’écrire était dans cet état lorsqu’un génie heureux, nommé Thait ou Thot, secrétaire de Misraïm, l’un des premiers rois d'Égypte, inventa Vécriture des sons.

‘ Cette écriture, au moyen de deux douzaines de signes, ou à peu près, auxquels on donna un son de convention , remplaça cette infinité de traits hiéroglyphiques qui , étant isolés, avaient un sens propre et fort étendu , mais qui ne pouvaient rendre toutes les pensées métaphysiques et intellectuelles. C’est par les divers assemblages et les différentes combinaisons de ces signes sonores rapprochés, qu’ou forma premièrement des mots univoques, 'expressifs pourtant, qui furent les racines de plusieurs autres mots qui servirent à ^ndre les pensées, et à les différencier selon leur degré d’approximation otl de disparité.

Quel(|ues savans croient que les sous dont on a formé les premières langues ont été empruntés des animaux ou des choses qui produisent du bruit.

Bas, en latin, a du rapport avec le mugissement du boeuf; dans bélier, se trouve bé, cri ordinaire 4e cet animal. On a suivi la même marche pour exprimer beugler, coucou.

INTRODUCTION

• tricti-ac, taffetas, charivari, cliquetis, tintamarre, galimatias, cl autres mots iinitatifs.

M. le premier président de Brosses, de Dijon, a travaillé sur l’origine des langues, et il la trouva dans certains sons (ju’il appelle radicaux. Par exemple, l’expression , radicale des choses en mouvement est FL, d’où déris'ent flamme, jTcche, fleuve, Jlexible, fléchir, etc.

.•L’expression radicale du repos était ST, d’où dérivent stable, statue, stagnation, stupéfait, stoïcien, etc. On se sert encore de ST pour dire taisez-vous.

Les auteurs de tous les pays et de toutes les relig'ions, les plus instruits dans les ' ^

langues orientales, regardent l’hébreu comme la mère et la source de pres<|ue toutes • les langues, du phénicien, du samaritain, de l’égyptien, du syriaque, du chaldéen, de l’arabe, de l’éthiopien, du persan, du grec, du latin, etc. Ils sont d’accord avec Hérodote et Lucain, qui attribuent l’invention des lettres aux Phéniciens, puisque la Phénicie ancienne ne s’étendait pas seulement sur les côtes de la Méditerranée . jusqu’en Egypte, mais comprenait encore la Judée, la Syrie, le pays des Cananéens et des Hébreux : or, ils assurent que les langues phénicienne et cananéenne étaient les mêmes que la langue hébraïque

Cadmus, roi de Thèbes, fils d’.4génor, apporta les lettres de Phénicie en Grèce, doux cent cinquante ans avant la guerre de Troie, l’an iSig avant Jésus-Christ.

Cest de lui qu« doos TÎrnt cH art ingrulcux

l)e peindre U parole rt de parier aux yctfx, ^

' . F.t, par cent traiu diver* de Heures tracées,

Douncr de la couleur et du corps au* pensées.

Bauaup, trad. de lJu'ain

Cadmus n’apporta de la Phénicie en Grèce que seize lettres; Palamède ^ en ajouta ‘

* Tacite, dans ses Annales ^ liv. xi, chap. »4» nous apprend aussi que les Égyptiens se donnent pour les inventeurs des lettres. Ils les ont, dil-ü, transmises aux Phéniciens, et ceux-ci les ont comumniquées »ux Grecs. Les Grecs, reconnais&ans, ont appelé les lettres phênù icnnes. .

Püne et Diodore de Sicile regardent les Phéniciens comme les jiércs de X^riturr. Cette O|nmon est appuTée par une foule de savant modernes , tels que Gcnebred , Beliarmin , Huet , Mont&ucon , Calmet,

Scaliger, Grotius, et autres.

’ Avant firébeuf, Corneille avait dit, eu pariant de la Phénicie r

Cr*t d’fflr qne doqs virnt re funntx art d’écrir#.

Cet art iogêBintt de parler laa» rien dire ;

Cl par Irt trait» diren qne BOU'e main cooduil,

Attaclkrr au papier la parole qui fuit.

^ Palamède, 61s de Naiiplius, roi d’£ulx*c, était un prince ingénieux, auquel on attribue l'invention des poids et des mesures; l’art de ranger un bataillon, de régler l’anmV par le cours du soleil, et les mois par le cours de Li lune. Quelques-uns lui altribucnt aussi rinvention du jeu d erbecs, relui des dés, etc. I.^ poètes disent qu’ülysse, ayant eontrefiiit rinsensé pour n Vtre pas obligé d’aller au siège de Troie, ce fut Palamède qui découvrit la femtr, et qu’L'lysse s'en vengea dans la suite par une autre ruse, et 6l lapider Palamède |iar les princes grecs. «

A L’HISTOIRE DE L’IMPRIMERIE

quatre; puis elles passèl'ent aux Latins. Pline, qui rapporte ce fait (.WwL nfl/., lib.vii, cap. 56 ), en trouve la preuve dans une ancienne tablette de cuivre venue de Delpbes, et qui était , de son temps, conservée dans la bibliothèque du Palatium (Mont Palatin).

Mais il n'est point d’auteurs qui aient mieux montre l’origine, la forme, la RliatFon et les branches des alphabets de presque tous les peuples du monde, et leur variation selon les differensâges, que Mabillon, de Vaines, et lessavaYis de l’université d’Oxford, dans Ediumli Bemardi orbis eruditi Lilteratura, a caractère samaritano deducta...

( D. Carol. Morton , Londini, 1 759. )

Il résulte de leurs recherches, que les caractères phéniciens, hébreux, samaritains, étaient ancienn'emenl les mêmes, ou qu’ils différaient peu entre eux. Ils ont donné naissance au syriaque : l’arabe et le grec sont tirés du syriaque; le latin, du grec; le franc et le saxon, du latin; le gothique, dont Ulphilas est l’auteur, du grec et du latin ; lerunique, du gothique; l'alphabet russe et l’esciavon, du grec, de même que l'arménien, le cophte et l’éthiopien.

L’.écriture a reçu des formes différentes, selon le goiit ou le génie des nations qui l’ont pratiquée. L’habileté ou l’ignorance des écrivains ont aussi introduit des variétés infinies dans la ligure des lettres.

S’il faut en croire quelques savans, les lettres majuscules dont nous nous sen-ons tiennent leur forme des choses usuelles ; on en composa des hiéroglyphes, et on les fit entrer comme partie constituante des mots, selon l’analogie qui se trouvait entre le mot et l’objet Le besoin d’eau a fait Sentir la nécessité des puits ; il fallait des machines, des crochets, etc. ; et il y a apparence que les lettres sont des imitations dos •

machines.

La lettre A est composée de deux montans et d’une barre qui, avant ^invention des poulies, était utile pour les cordes. * • *

D, ou plutôt O, était un demi-anneau; B ou te, un double demi-anneau applicable à deux cordes; O, était un anneau complet; C, G, S, des crocHks; E, un * râteau; T, un marteau; M, N, V, X, Y, des profils de hamacs et de vases pour abreuver les bestiaux; H, un siège. On croit que le lambda des Grecs et le lamed hébraïque sont, le premier, les deux montans d’une chèvre de charpentier, et le deuxième, un treuil avec sa manivelle. L’origine de ces lettres initiales est regardée comme une fable par quelques écrivains; mais elle est accréditée par plusieurs aytres.

Il a même été proposé de rétablir quelques-unes des machines anciennes par les lettres de l’alphabet; et ce projet a été réalisé en Suisse et en Hollande par M. Quatremère.

T>a lettre grecque thêta se trouve dans le mot mamelle, et elle en est la représentation : peut-être le mot téter dérive-t-il de là. Dans l’expression arabe qui signifie armée, on trouve toutes les pièces du sabre, première arme.

Il y a eu plusieurs manières de tracer les lignes en écrivant. Elles ont été formées de droite tf gauche pour la première ligne, et de gauche a droite pour la seconde, et ainsi de suite, par les Hé^ux, les Chaldéens, les Samaritains, les Syriens,*les

INTRODUCTION

Grecs, les Persans, les Arabes, les Tartares; ensuite elles ont été tracées de gauche h droite par les Grecs, les Romains, les Toscans, les Arméniens, les Esclavons et les autres peuples de l’Europe. Les Chinois et les Japonais écrivent de bas en haut; les Mexicains de mémo; d’autres en cercle, en prtant du centre : de là l’écriture horizontale, perj>endicnlaire et articulaire.

L’écriture des anciens Grecs ne consistait qu’en lettres capitales ou majuscules : on ne peut juger aujourd’liqi de cette écriture que d’après les inscriptions faites sur ^ le marbre ou sur la pierre. Les premiers manuscrits étaient écrits avec les mêmes * caractères; et cette espèce d’écriture ne parvint à toute sa beauté que sous le règne des empereurs grecs. •

Cette écriture en lettres majuscules resta en usage chez les Grecs jusqu’au neuvième siècle. Les écritures avec ornemens se voient dans les manuscrits du dixième siècle.

L’écriture latine était parvenue à un grand degré de beauté du temps des premiers empereurs romains. La belle forme des lettres capitales en usage à cette époque peut se voir dans les inscriptions des anciens édifîces ; on les trouve aussi sur les médailles romaines qui datent de deux siècles avant Jules-César ; mais, sous Auguste, l’écriture parvint à sa plus grande perfection, état dans lequel elle se maintint à peu près jusqu’au cinquième siècle.

Les majuscules romaines commencèrent à changer de forme dans les manuscrits du cinquième siècle, lorsque les Goths se furent rendus maîtres de l’Italie; cependant la petite écriture courante ne fut employée qu’au huitième siècle , et ne se montre dans les manuscrits qu’au neuvième. La forme des caractères a été altérée autant de fois que différens peuples se sont emparés de l’Italie et des pays limitrophes : et c’est ainsi que parurent successivement l’écriture lombarde, \3iVisigothique, dont on commença à SC servil^«i France vers le cinquième ofi le sixième siècle, laquelle, par le mélange 'des Romains et d’autres peuples, s’est formée en une belle écriture ronde, du cinquième aù septièige siècle; la Jrance- gallique ou mérovingienne, également au cinquième siècle; et la carlovingienne , qui fut employée en Allemagne sous Charlemagne. Cette dernière fut fort belle en France jusqu’au dixième siècle, et en Allemagne jusqu’au treizième. ' *

Quoiqtie les manuscrits fussent fort rares et fort chers, cela n’empêchait pas qu’il n’y eût des bibliothèques immenses. On vante celles des Égyptiens et des Phéniciens. Les auteurs ne parlent point des bibliothèques de la Chaldée, qui devaient cependant être considérables, puisque ce pays était celui des savans, particulièrement dans l’astronomie.

Selon Diodore de .Sicile, Ic'preinicr qui fonda une bibliothèque en Egypte fut Osymandias, successeur de Protée et contemporain de Priam, roi de Troie. Ce prince aimait tant l’élude, qu’il fit construire une bibliothèque magnifique, ornée vies statues de tous les dieux de l’Égypte, et sur le frontispice de laquelle il fit écrire ces mots : Trésor des remèdes de Tdme. f)n sait (jue la bibliothèque d’.\lexandrie était de s<q)t

A L HISTOIRE DE L'IMPRIMERIE

cent mille volumes. Pergame, Suzc, Athènes, Jléraclçe, Rome, Ccsarce, Antioche,

» Constantinople, Londres, etc., avaient des bibliothèques nombreuses, et qui coûtaient des prix immenses, puisqu’elles n’étaient qu’en manuscrits

Les difTérepces et les signes qui doivent aider à déterminer l’âge des manuscrits n’ont aucun caractère certain : on ne peut nier cependant que la forme des lettres ne contribue beaucoup à éclaircir cette recherche, couleur de l’encre, et particulièrement les ornemens qui décorent les lettres, sont des guides encore plus sûrs que leur forme.

D-’après les comparaisons qu’on a eu occasion de faire, la ponctuation, conjointement avec V orthographe , peut devenir une inai-que primaire pour jugcravec certitude l’âge des manuscrits; toutes les autres marques sont secondaires et soumises à l’empire des circonstances : elles sont cependant necessaires pour compléter les moyens d’asseoir son jugement.

. Dans les manuscrits les plus anciens des cinquième, sixième et septième siècles, on ne trouve point d’intersection, mais les lignes entières écrites sans distinction de ‘ mots : c’est le caractère de ceux antérieurs à Charlemagne.

Le point est tout-à-fait omis dans les manuscrits de ces mêmes siècles; et là où il commence à paraître, on le trouve souvent au haut de la lettre, et non pas sut- la ligne. Un usage bien ancien encore, est de mettre deux points avec une espèce de circonflexe là où nous sommes accoutumés d’employer le point d'interrogation.

On commença à séparer les mots dans les huitième et neuvième siècles.

C’est après ce dernier siècle que les virgules commencent à paraître.

Vient ensuite le point à virgule, mais autrement appliqué qu’aujourd’hui. On le trouve là où nous mettons le point, ou la virgule simplement, ou le point double.

Dans les onzième et douzième siècles, la virgule est posée au-dessus du point, et • non pas au-dessous, comme elle l’est actuellement.

La inétiiode de séparer les mots par de petits traits était en usage au treizième siècle. Ces petits traits n’étaient pas conduits en ligne droite , mais inclinés de droite à •gauche. Quelques personnes prétendent que la ligne horizontale se trouvait déjà dans les manuscrits des neuvième, dixième, onzième et douzième siècles : l’époque de son origine semble donc moins exactement connue.

A la fin du quatorzième siècle commence notre manière d’employer la ponctuation , sur laquelle cependant on n’est pas encore d’accord aujourd’hui.

-A la moitié ’du quinzième siècle, on se servit, pour la première fois, des signes d’interrogation , d’exclamation , et de parenthèses. ,

C’est à cette époque environ que l’on place l’invention de l’Imprimerie; mais l’on

’ liîbliolhéf|UC5 (l’Alexandrie et de Constantinople furent consumées, l’une par le feu de la guerre, environ cinquante ans avant Jésus-Christ; U seconde par les torches du fanatisme, sous le • règne des pnnniers empereurs turcs. ‘

INTRODUCTION

diflèrc, et- l'on dilTércra vraisemblablement long -temps encore sur le nom de son véritable inventeur. J’essaierai bientôt de résumer les différentes versions établies à ce sujet. Je dois auparavant, et en revenant sur mes pas, dire un mot sur l'usage que l’on fit des lettres, ou des caractères imaginés par les Phéniciens.

Lorsque les caractères furent inventés, on les traça d’abord sur des feuilles de palmier, ensuite sur l’ccorce intérieure du tilleul , sur le papyrus *, sur des tablettes enduites de cire sur des peaux de boucs, de moutons, sur de la toile enduite, sur de la soie, de la corne; et, long-temps après, sur le papier^.

* Plante qui crôit en fc^ypte, le long du Nü : sa tige est formée de plusieurs Urnes minces concentriques, et qui se détachent aisément les unes des autres. C'est de là qu’est venu le mot papier. •

Voici comment on fabriquait le papyrus. Après avoir retranché 1rs tiges de son sommet , il restait une tige que l'on coupait exactement en deux; on sé]tarail légèrement les enveloppes dont elle était vêtue, et qui ne passaient pas le nombre de vingt Plus ces tuniques approchaient du centre, et plus elles avaient de finesse et de bUnebeur. On étendait une enveloppe eoii|>ée régulièrement sur cette première feuille ainsi pnqvan'c; ôn en posait une autre à contre -fibre, et on les couvrait* d’eau double du Nil, qui, en Kgypte, tenait lien de la colle qu’on employait ailleurs. En continuant ainsi d'ouvrir plusieurs feuilles ensc‘mble, on en formait une pièce qu’on mettait à la presse, qu'on ■ fiiUait sécher, qu’on frapjKiit avec le marteau, et que l’on polissait par le moyen de Tivoire ou de la coquille.

Pline nous apprend que lorsqu'on voulait transmettre à la postérité h plus reculée les ouvTages écrits sur le papyrus d’Égypte, on avait l'allention de le frotter d'huile de cèdre, qui lui communiqu-vit rincomiptibilité de cet arbre.

La longueur du papyrus n’avait rien de fixe; mais elle n’excédait jamais deux pieds.

> On se servait d'un p>oinçon ou stylet pointu par un bout; l’autre bout était arrondi, et servait à effacer ce qu’on avait écrit, en étencbnt de nouveau U cire sur la tablette : c’est ce qui faisait dire à Horace, sœjtè stylum vertas^ retournes souvent votre stylet, pour retoucher souvent votre ouvrage. Boileau, dans son Art poétique , imité d’Horace, a dit ;

Tiogt fois nir h B>éti«r rroKttrs votre ouvrage.

^ On croit que le papyrus a cessé d’étre en usage dans le onzième siècle. Le papier fut d'abord fabriqué avec du coton. La Bibliothèque Bodléienne, en Angleterre, possède un manuscrit de io{9, entièrement écrit sur papier de colon; b Bibliothèque Royale, à Parts , en possède, sous le n® 1889, un autre de io5o; il en existe un troisième, de logS, à Vienne, dans U Bibliothèque de l’Empereur. Lamljecius et Montfaucon parlent de ce manuscrit. «

Montfaucon assure qu’il n’a trouvé ni en France ni en Italie des écrits sur papier de cliiffons fait avant le règne de saint Louis, qui mourut en 1270; mais Pierre-Ic-Vénénible, abbé de Cluni, qui florissait avant l'an 1 1 ao, affirme que le papier de cliiffons était employé de son temps : • Les livres « « que nous lisons tous les jours, dit-ü, sont faits de peaux de béliers, ou de boucs, ou de veaux,

« ou de pbntes orientale^, ou enfin de cliiffons de drap, de linge, ex rasuris veterum pannorum • compacti. «

On fait du papier avec différentes matières; mais, jusqu'à présent, ce papier est plutdt im objet de curiosité que d'utilité. On a fait, en Angleterre, du papier avec des orties, des navets, des^uais, des feuilles de rhoux, du lin en herbe, et plusieurs autres végétaux fibreux; on en a fait avec de

A L’HISTOIRE UE L'IMPRIMERIE

Les temps les plus reculés nous montrent également les caractères gravés sur In pierre et sur les métaux.

Si l’on jette les yeux sur les anciens peuples, on voit, dans l’Ecriture, Moïse qui apporte aux Israélites les lois de Dieu gravées sur des tables de pierre ‘ ; ici c’est Bézéléel, de la tribu de Juda, qui grave les noms des douze tribus d’Israël sur les douze pierres précieuses qui décorent l’éphod du grand-prêtre; ailleurs c’est Judas Macliabée qui reçoit des Romains un traité d’alliance gravé sur cuivre. Platon, dans ses Dialogues, nous apprend que Talus, ministre de Minos, roi de l’ile de Candie, promulgua les lois de l’état gravées sur des lames d’airain. Higin, qui écrivit sous Trajan, nous dit qu’à Rome l’incendie du Capitole, sous le règne de Vitcllius, détruisit les tables d’airain qui traçaient les limites des terres que laVépublique assignait aux ' soldats de ses colonies.

On conservait dans le temple des Muses , en Béotie, les 'œuvres du poète Hésiode gravées sur des lames de plomb. Les lois de Solon furent écrites sur des tables de bois, que l’on gardait à Athènes dans le Pr) tanée. Homère, Aristophane, en reconnaissaient l’usage. Les Lombards les transportèrent en Italie. *

Le peuple souverain de l’Attique, marquait sur des têts ou coquilles le nom des citoyens dont l’autorité lui était suspecte, et les condamnait à l’exil : de là ce jugement populaire appelé ostracisme, A'oslrakon, qui, en grec, signifie écaille''. La chronique de cette république fut gravée en letties capitales grecques sur le marbre de Paros. Le Muséum d’Oxford possède ces précieux monumens, travaillés deux cent soixante-quatre ans avant l’ère chrétienne, trouvés, seulement au commencement du dix-sep^me siècle, dans les Cyclades, et transportés en Angleterre par les soins de Thomasa’Jrundel.

On conserve au Muséum français les tables de marbre sur lesquelles on lit encore les noms des héros qui, sous les ordres de Léonidas, défendirent, l’an 480 avant Jésus-Christ, le passage des Thermopyles.

la laine blanche, qui n'était pu& propre à écrire, mais qui pouvait servir dans le commerce. Le marquis de Salisbury, en Angleterre, et, Cn France, AfiUson-Dapemm, directeur de riroprimcrie Royale, ont fabriqué du papier de paille. On en a fuit avec de la guimauve, avec des roseaux, du chiendent, de La mousse, du fusain, etc.

On |>eul rendre une infinité de matières propres à faire du papier; mais la difEculté est d'en foire qui coûte moins que le papier fait des chiffons.

* Excùüt ducs tabula.^ iapùJeas..,. Scripsit in tabutis verba feederU decem. KxocL xxxiv, 4 et a8. Seutpantur in silice. Job. xix, < 24 .

Moïse, élevé dès sa jeunesse parmi les Égyptiens, instruit de toute leur sagesse, écrivit ses livres et ses lois en caractères phéniciens, c’est-à-dire samaritains, qui est l'ancien hébreu. Le Décalogue fut gravé sur des tables de pieire.

* L'ostracisme était une loi, en vertu de laquelle les Athéniens bannissaient pour dix ans les citoyens que leur puissance, leur mérite trop éclatant, on leurs senices, rendaient suspects à la jalousie républicaine. Les suffrages se donoaientjwir bulletins, cl ers bulletins avaient originairement été des coquilles.

INTRODUCTION A I/IIISTOIRF. DE L'IMI'RIMERIE.

Il y a plus de trois mille ans que Job disait : « Qui m’accordera que mes paroles « soient écrites? qui nie donnei'a qu’elles soient tracées dans un livre avec un stylet «de fer; qu’elles soient gravées sur une lame de plomb, ou sur la pierre, avec le a ciseau?»

lorsque, sept cent quinze ans avant Jésus-Christ , Numa Pompilius, pour adoucir le caractère du peuple romain, encore farouche et barbare, institua les cén'nionies religieuses en l’honneur de Vesla, les préceptes en furent écrits sur des tables en bois.

Les nouvelles lois que les décemvirs avaient puisées en (Irèce; dans celles de Solon et de Lycurgue, furent gravées sur dix tables d’airain, et exposées sur les rostres , afin que le peuple en prît plus facilement connaissance.

On voit à Lyon les dëUx tables d’airain sur lesquelles est gravée la harangue que l’empereur Claude prononça dans le sénat de Rome en faveur des Lyonnais

Enfin, de temps immémorial, on a gravé en creux et en relief les médailles, les pierres fines, les métaux et le bois; nous voyons même sur les plus anciens monumens des traces de la gravure au simple trait. On trouve en France, sur quelques tombeaux du onzième siècle, des plaques de fer battu, gravées par le même procédé que nos planches en cuivre, avec le burin; mais on n’a aqcune notion que les anciens aient eu la moindre pensée d’en tirer des épreuves. Il en résulte qu’avant l’invention de l'Imprimerie, la gravure, trouvée par les anciens, est devenue pour les modernes la seule âme des ruines de l'antiquité , l’unique chaîne de communication qui joint le passé à l’avenir.

' Claude Mit de Lyon , où il naquit dix ans avant Jésus-Christ. Il obtint du sénat que cette ville serait mise nu rang des colonies romaines. Le discours qu'il prononça à ce siyet s’est conservé sur deux tables, que les Lyonnais firent graver à cette époque pour perpétuer leur reAmnaissance.

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