‹ Manuel de la typographie française, ou Traité complet de l'imprimerieChapitre 5 sur 22 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

DE

Il est incontestable que l’Art de l’Imprimerie prit naissance au quinzième siècle; mais les bibliographes sont peu d’accord sur le lieu où cette invention sublime a été découverte, ainsi que sur le nom de celui à qui jon la doit; et s’il est vrai, comme on l’a dit, que nous soyons encore irop près des premiers jours de l’Imprimerie pour mesurer son influence on doit convenir aussi, et peut-être avec plus de certitude ’et de raisoti , qtte nous en sommes déjà trop loin pour connaître véritablement les circonstances de son origine; car, après s’être épuisé en conjectures, l’on est forcé de dire avec M. P. Didot :

Ot art qui , toiu les jours , multiplie avec grâce • y

Et les vers de Virgile et les le^ns d’Horace ;

Qui, plus sublime encor* plus noble en son emploi.

Donne un tente ^ui^ des Uttcs de la loi*

El parmi nous, de Dieu consenrant les oracles,

Pour la religion fit ses premiers miracles ;

Des grands événemens cet art cooserratetir, *

Trop ingrat seulement envers son inventeur,

N’a pas su nous Iransirvctlre avec pleine assurance ht génie étonnant qui lui donna naissance.

Epixrt iur les progrès dt Vloiprimcnt.

Les Allemands et les Hollandais se disputent cet honneur. I.«s premiers sont même partagés entre eux : les uns l'attribuent à la ville de Alayeiice, les autres à celle de Strasbourg; et ib diHerent également d’opinion sur le nom de l’inventeur. Mab les derniers du moins ont été d’accord tant sur le lieu où s’est fait cette découverte, que sur le nom de la personne à qui nous la devons.

L’opinion b plus généralement répandue est que les graveurs en bob ont été les inventeurs de l’Imprimerie; et l’on sait que les cartes à jouer furent inventées (d'après la Chronique de Jehan de Saintré, page de cliarles V) vers

* Daunoo, Ànaljse des opinions diverses sur VÀrtde VImprimerit.

lO ' HISTOIRE DE E IMPRIMER lE.

l’an 1 376 , et qu’elles furent gravées eu Allemagne au coi^Dienceraeiit île l'an i/|OOl‘. Mais on sait aussi i|ue,^ plusieurs siècles avant la découverte de ce procédé, la Chine faisait usage de planches gravées

Les plus anciens livres, tout à la fois gravés ou sculptés, et imprimés en Luropc, datent, selon la chronologie établie par Seizius, de 1 43i. Ce sont ceux qui caractérisent plus particalièrement l’origine de l’Impriraerie, parce qu’ils sont tout entiers de la main des graveairs en bois. Ces livres, ou plutôt cesreaieils d’images, étaient entremêlés de mots explicatifs placés dans le haut ou dans le bas de la planche, et quelquefois sur les côtés, comme on le pratique encore jK)ur les estampes que l’on fabrique à bas prix, soit à Paris, soit à Orléans. On y plaçait aussi des banderoles, afin d’indiquer le rôle des personnages, comme on le fait encore dans les caricatures. •

11 u’eii fallait pas davantage pour faire naître l’idée de graver des pages entières d’écriture, counues depuis sous le nom d'éditions xilographiques ou tabellaires ?. Mais il y aya.it de grands iiiconvéniens à employer des planches gravées eu une seule pièce : il fallait préparer autant de planches que le livre avait de pages, graver autant de lettres qu’il y eu avait dans le discours, chacune ne |>ouvaut servir que dans le lieu oinelle était fhiée. Les lettres étaient sans uniformité, et les làutes du graveur ne ]h>uv aient se réparer que par des chevilles qui avaient rarement la solidité du plein bois. Lu outre, ces planches, alternativement mouillées et séchées, se tourmentaient, se fendaient, et ne pouvaient pas être d’un long service : on ne pouvait d’ailleurs s’en servir que pour un seul ouvrage. On s’aperçut de la quantité qu’il en fallait pour faire un livre, et de l’embarras que ces planches occasionaient dans les ateliers. On

' CV»l anssi Tü|iinion de Triihéme, un de» pim pré» de Vinvenlion de rinpriinrrir , el un des plu» judicieux érriviùn» qui en aient |wrlé.

Prosper Manliand et plusieurs autres manifestent I* même opinion; et tios premiers livres en sont U preuve irrècus.able.

* Aiipc Roeelia, dans sa Bihlioûiera vaiicana illasiratn, KormF, i5gi, in-4®, pag. 419, dit que rùsage de riinprimerie tabellaire était eonnu à U Cliine plus de I00 an» avant Jcsns-CbrisL Le» missionnaires jf^nites, (pii ont passé trente (^ quarante année» à Pébin, où ils ont étudié la langue, les seîenees, les arls, l'Listoire, les imeurs, le» usage» de» Chinois, et qui nous ont fait passer les relation» le» pht» exactes, soit dans leurs /.ef/rer cdijîmmtes ^ soit Ain» leur» Aféwioe’eer, s’areordeiit preiupie tou» à donner à rimjnâmerie chinoise plu» de sene cent» ans d'antiquité *. OjupUt, né à Malines, missionnaire à la Qiinc eu iSSg, la date seulement de l’aq 9^0 de notre ère.

* On ajqieile xUographique on tabellaire l'impressMsn opsirée par des planelie» de Imis pareilles à celle» dont on se sert pour l'impression de» indiennes, des papit‘rs de tenture, etc»; et, en general, relie qui provient des planelie» solides, quelle que soit la matière des jilaiielie» qui ont servi à robteiiir. Ce n'est là que la gravure appliquée à la représentation du discours écrit

* Cet laiMéinBSiret êrritaieal vert le latheu (ta dù-septietae iicete.

HISTOIRE U£ l.lMPillMERIK. - n

conçut alors l'idée de faire des caractères mobiles en bois, c'est-à-dire des lettres isolées*. Là coipnienceiit les contradictions des écrivains qui ont traité de l’ori- (;;ine de l'Imprimerie. Selon quel(fues-uns, ce procédé fut inventé vers l'an 1437, par Laurent Janszoou Custer*,, à Harlem; et voilà la première époque de l'iuvention de l'Imprimerie.

Les lettres en bois fureot d'abord taillées avec un Couteau. Laurent Costprdisent ses partisans, se livrait à ce travail en se promenant dans la campagne;^ il choisissait préférablement du bois de hêtre.

• Après avoir fait plusieurs essais sur des cartons, il entreprit l'impression du livTe désigné sous le titre de Horarium. Méerman place ce livre à la tête des plus anciennes productions typographiques. Cet ouvTagc, qui a dû être imposé iii- 4 ”, est imprimé des deux côtés, et dans le plus petit fonnat : chaque page a neuf lignes. Les grandes initiales manquent; quelques lettre#, comme ce, de, sont liées deux à deux.

Juniiis dit que Laurent avait feit cet ouvrage pour l'éducation de ses pedlsenfans. Enschede , célèbre fondeur et imprimeur à Ifarlem, en trouva une feuille dans un très-ancien morceau de parchemin : il comprend, en huit pages, un alphabet, l'oraison dominicale, le symbole des apôtres. Ce morceau de parchemin était collé contre nue vieille couverture de livre contenant des prières et des psaumes eu hollandais. Comme il était impossible de l'enlever en entier de cette couverture, Enschède fut obligé de le couper en deux. Le tout s'accorde par&itement avec la description de Junius; car, lorsque l’on compare ce fragment avec la première édition du Spéculum humante salvationis *, en hollandais,

I La niarclie de l'esprit humain a été bien lente. On Ut dans Quintilien, livre chapitre

C’est tin artifice coonu de tout le mendc, de fiiirc jouer les enfiins avec des lettres d’ivoire, ■ pour les mettre en burocur d’apprendre. • Saint Jérôme j»arle de lettres de buis nu d’iroirc. De là à U gravure d'une page entière, ou à l'assemblage de ces lettres isolées, ü semblait n'y avoir qu'un |Ms; et il a fallu plus de quatorse siècles pour le faire. Quintiliro vivait (buis le premier siècle de i’ère chrétienne; et, d'après les tenues dont il se sert, il est probable que l'artifice dont U parle était connu depnis long-temps.

Pbton, dans son Livre des lois f avait déjà proposé cette méthode avant Quintilico, dans rarlide Quomotlu pueri alliciendi sint ad studia disciplinarum.

Les trans}>ositions et les ronversemens de lettres que Ton remarque dans crrtain(^ mt^Ules ont fait conjecturer au comte de Caylus, et à d’autres antiquaires, que les anéîens se servaient de caractères sépirés.

* Junius, Senverius, Boxhornius, et autres écrivains hollandais, font descendre T.aurent d’une famille de HuUaiidc, dont le nom est Coster. D'autres assurent que ce nom lui vient de ti place de sairrUtain (^coster) : ils prouvent qu 'effectivement Laurent exerçait ces functioiis à Harlem, vers le milieu du quinzième siècle, et que ce nom (Coster) lui fut donné par ses concitoyens. ( De l'Invention de F Imprimerie , par Méerman, pag. 58 et 59 .)

^ Ou Spéculum salutit ( le Miroir du salut ). Cet ouvrage avait été écrit en latin , format petit in4olio. dans le treizième siècle, par un moine de l’ordre de saint BenoU. Il fut depui» traduit en allemand»

tx HISTOIRE DE L'IMPRIMERIE.

et avec les première et seconde éditions du Donat il paraît visiblement qu’il a été publié avant *.

J’ai placé à la fin de cet ouvrage, et sous la désignation de la lettre A, une page exactement figurée de V Horarium, considéré, par quelques bibliographes, comme le premier monument typographique.

L’empreinte d’un cachet fut, dit-on, le premier guide de l’iiiventenr de TImpriracrie ^ : elle lui apprit en même temps à former une composition

en flamand, en franc-aLS-gKuloU , en anglais, en saxon^anoU, et gravé sur planches fixes et en caractères mobiles en bois. Fournier compte six éditions de cet ouvrage publiées pendant le quinrième siède. Il en a vu quatre exemplaires Utins à Paris, et un en fiainand. Il a exerce ses lalens sur les diffère ns caratères employés dans ces éditions, et les juge tous sculptés sur bois. Papillon en adiuet une partie en fonte et ^lutre en bois.

J*aî vu k la Bibliothèque Ros-ale cet ouvrage rare et singulier. Il est composé de soixante -trois feuillets |»etit in-folio, et de cinquante-huit estain|>es. I.A préface, de cinq feuillets imprimés a longes lignes, en bouts-r^és, annonce le titre et le nom de cette compilation :

Prvhtmium eujtudum iiuifut Hovit ttumfiUtioiut,

Otjmt nomtn «i tituliu ttt tfremimm kumanm saltatiaiut. .

Le texte du corps de l’ouvrage est imprimé en deux colonnes, d*un aeul coté du papier, en boutsrimés hitins, de caractères gullii({ues. Les cinquante-huit estampes, gravées au simple trait, représentent des sujets de rancienct du nouveau Testament : elles sont placées an liaut de chaque planche, en fonne de vignettes, séparéei au milieu j»ar une colonne ou un tronc d’arbre et d’autres omemen» gothiques, cluirgés de quriques mots j)Our expliquer les figures. FJle» ont toutes été gravées en planches de bois fixes. Mais U n’en est pas de même du texte explicatif qui se trouve au-dessous des vignettes. De.s cinquante-huit planches, le texte, dans vingt-sept, est grave en bois fixe, et dans vingt-sept autres il est en caractères mobiles de fonte.

* Donat était un grammairien de Rome, du quatrième siècle. Il fut un des maîtres de saint Jérôme, n a composé un Traité <les huit parties tlu discours. Sa grammaire était en usage dans les écoles du moyen âge. Un abrégé qu’on en fit, par demandes et par réponses, fiit un des premiers livres qu’on

’ imprima. On conserv c à U Bibliothèque Royale deux planches en bois de deux Donats différens : elles ont été acquises à la vente de 1a bibliothèque du duc de La Vallière, au catalogue de laqurile on a joint des épreuves. ( 178Î, n** x»79, tom. II, pag. 8. }

* Le chroniqueur anonyme de Cologne nons apprend que, quoique l'Imprimerie, dans le sens surtout <|ue nous l'entendons aujourd'hui, ail été inventée à Mayence, ce^^endant la première idée est due aux Donats^ qui, avant ce temps-là, furent sculptés en Hollande. Cest d'eux et par eux que cet art a pris naissance. Il ajoute qu’il tient ce fait de U bouche même d’Ulric Zell, de Hanau, imprimeor à Cologne dès l’an i.'ifiS.

Méennan, dans ses Origines typographieœ ^ lom. II, tabul. 1, 4) Q f«»t graver des fragmens de trois Donats f qu'il dit sortis de Harlem. Il soutient que les deux premier» ont été imprimés en caractères mobiles de bois, pr Coster lui-ménie, et le troisième pr ses héritiers. Ils sont in-4", sans date. Il les dit exf'^ulés entre i43o et i44<>*

^ Cette opinion, avancée pr Amaull de Bcrgclles, est regardée comme vraisemblable pr plusieurs autres écrivains.

HISTOIRE DS fIMPRIMERlE. i3

gluante dont la teinte imiterait celle de l’écriture, et dont il pourrait couvrir ses caractères.

Le premier pas était fait. Mais comment ]>arvenir à imprimer facilement, sur l’étendue d’une feuille de papier, i^nc réunion de lettres qui, par leur ténuité, prenaient difficilement l’empreinte, et dont le nombre infini exigeait, pour se rendre lisible, l’action d’une force parfaitement égale? Un pressoir attira ses regards ' : le mouvement de la vis, qui répond à un poids immense, frappa tout à coup son imagination; et victorieux, dans la pensée, des obstacles qui l’arrêtaient, il connut l’idée de la première presse.

Ce que je vien^ de dire ici de cette invention, relativement à Laurent Coster, quelques auteurs l’appliquent k Guttemberg.

Les essais de Laurent, disent ses partisans, se répandirent avec une si grande rapidité, que bientôt on éleva des presses dans plusieurs villes de la Hollande et de l’Allemagne. ^

Mais on reconnut l’inconvénient de se servir de lettres mobiles en bois. Ces différens morceaux de hêtre se gonflaient ou se contractaient, comme les pl.^ncbes fixes,^lon le degré d’humidité ou de sécheresse de l’atmosphère. Il fallait nécessairement qu’il en résultât différens inconvéniens. Lji fragilité de ces types en bois obligeait d’ailleurs le graveur d’accoupler ensemble deux, ou un plus grand nombre de minuscules , et de multiplier par conséquent beaucoup le nombre de lettres, ce qui demandait nécessairement, et plus de temps et une plus grande dépense.

Comme l’inégalité d’épaisseur de ces caractères ne permettait pas de les unir assez exactement ensemble , quoique serrés avec force dans un châssis de fer, on songea â percer ces lettres vers leur extrémité supérieure, et à passer par ces trous un lien pour les attacher les unes aux autres, ainsi que cela se pratique pour les chapelets : mais les compositeurs n’en éprouvaient pas moins un pé;^blc travail , par la grande attention qu’ils devaient avoir de bien joindre les lettres que traversait ce lien, et surtout de bien justifier leurs lignes en les assujettissant ensuite par un noeud aux d«ix extrémités. Il leur fallait après cela beaucoup de temps et de soins quand il s’agissait de corriger les épreuves, de remanier^ de passer de nouveaux liens, et de serrer une seconde fois les pages ou la page dans le châssis.

Schœpflin n’a pas oublié d’observer ces difficultés dans sa Dissertation française , pag. 769.

Paul Pater assure, dans sa Dissertatio de typis lUterarum, pag. 10, avoir vu de ces lettres perforées.

* Robora prosp^xit dehim: tortnlaria Bacchi,

Et dUit : Prœli forma fit ista novi.

BuRcmLL. in Êneom.

l4 HISTOIRE DE L JMPRIMERIK.

Birckeniiis, ilaiis Spicileg. de Ehren. des Erlz-ha&sses oesterreich, liv. v, cb. a, pag. 537 , dit que, « de son temps on donnait, comme pour médaille lustrique, «fie nouveaux ouvrages typographiques, imprimés avec ces lettres perforées, • a dans des cérémonies qu'il nomme pçstulatuin. »

Daniel Speclin en décrit deux qu’il a vus à Strasbourg.

* ■ J'avoue que j'ai besoin de toutes ces autorités pour croire k un tel procédé,

qui paraîtra toujours bnpraticable, même à l’homme le plus instruit dans l'art de la Typographie.

Aux livres avec figures et aux Donats, les écrivains partisans de la Hollande font succéder quelques ouvrages latins sortis de l'imprimerie ,de Harlem après la mort de I-inrent Coster, c’est-.à-<lire après l’an i44° : îd* sont les Combats d' A lexandrede-Grand, X Abrégé de yedatus (Végèce) sur f Art militaire, le Lbre des^Hommes illustres, par saint Jérôme, les Œuvres de Thomas à Kempis, éflitions faites avec des cajactères de bois, sculptés et sép.arés.

Avant de (larlcr des prétentions de l’Allemagne à l’invention de l’Imprimerie, et des 'bibliographes qui se sont déclarés pour elle, je dois mettre sous les yeux de mes lecteurs tout ce que l’on a dit en faveur de la Hollande. Je parle||i avec une égale impartialité des Allemands et des Hollandais. Ce sera du résimat des diverses opinions émises par les écrivains de ces deux nations que je formerai la mienne, à laquelle on accordera le degré de confiance dont on la croira digne;

> attendu que je n'ai pas plus la prétention de résoudre ce grand problème que tous les auteurs qui l’ont traité avant moi, et qii’ainsi que l'a dit un de ces savans, fhistoire est comme une glace; plus elle vieilEt, moins elle est claire.

Suivant Junius, Scriverius, Boxhomius, Scaliger, et autres écrivains, I,aurenl Janszoon Coster jeta les fondemens de l’Imprimerie; et c’est encore lui qui fit succéder les caractères mobiles eu bois aux planches xilographiques.

1^ Hollandais s’appuient sur deux très-anciens témoins : l'un est Corneille, le relieur ou domestique de Laurent, et l'autre est IJiric Zell, d’abord clerc au diocèse de Mayence, puis calligraphe ou copiste de livres, et ensuite le premier imprimeur qu’il y ait eu à Cologne. Ce dernier dit positivement que c’est en Hollande que l’art de l’Impriroerie a pris naissance. Il affirme ce fait à la fin d'un livre intitulé Augustinus, de Vita christiana, et de Singulariiate clericum. Corneille assure que l'on doit l’invention de cet art à Laurent Janszoon, sacristain de Harlem, d’où lui est venu le nom de Coster( en latin custos); et qu’après sa mort, un ouvrier infidèle, dont le prénom était Jean, vola les lettres mobiles et les ustensiles de cette imprimerie. Corneille ajoute , d’ajirès Junius, qu’il avait tellement connu le voleur, qu’ils avaient couché long-temps ensemble lorsqu’ils travaillaient l’un et l’autre chez Laurent, à Harlem.

« Quoique Junius, né en 1 5i 1 , n’eût pas entendu ce récit de la bouche même ' «de Corneille, mort en i5i5, il le tenait, dit. Mécmian dans son ouvrage

IIISTUIRE DE I.’1HPR1MER1E.

a intitulé de l’Invention de l Imprimerie, de deux liomines probes et dignes B de foi, le savant Nicolas (lael et le bourguemestre Quirjn Talesius, qui Bavaient tout a|>pris de Corneille lui-même, et l'avaient rapporté, quelques B années après*, Junius, chacun en particulier, à peu près dans les mêmes B termes. »

Méerman cite encore beaucoup de témoins qui déposent en faveur de Ce fait, presque généralement contesté par les bibliographes,, et dont je ne fais mention qu'ailn de rapporter tout ce qui se rattaclie à l’origine de l’art d’imprimer.

Selon Junius {Batavia, pag. a57), le vol fait ii Laurent Coster par son ouvrier Jean, aurait été commis la nuit de Noël, pendant que tout le monde de la maison était à l’église; le voleur se serait enfui,- avec tous les objets qui constituaient son larcin, d’abord à Amsterdam , ensuite à.Cologne, et enfin à Mayence, sa patrie, où, se croyant en sûreté, il aurait imprimé dans l’espace d’un an , avec les mêmes caractères et les mêmes ustensiles appartenant à I.aurent Coster,

\Alexandri Galli Doctrinale , grammaire qui était alors généralement en usage , ainsi que le Pétri Jlispani Traclatus.

Méerman répond à ceux qui prétendent mettre en doute le récit de Junius , en ce qui concerne l’enlèvement d’une imprimerie pendant une nuit où toute la ville de Harlem était, sur pied, et que les portes de la ville étaient fermées,

B que le voleur Jean n’avait pas besoin de tous les ustensiles de l’imprimerie B pour remplir son dessein, parce que, connaissant déjà parfiiitcinent l’art, il B était en état d’expliquer aux ouvriers de son pays la manière dont ils devaient B construire une presse, etc.; qu’il ne lui fallait qu’un petit nombre de carac- **

B tères et d’ustensiles pour servir de modèles; et qu’il est probable que s’étant a trouvé pendant quelques heures seul à l’atelier, tandis que Corneille et les B autres ouvriers étaient à l’église, il eut tout le temps nécessaire pour prendre B ce qui lui convenait le mieux. Ce vol, «joute Méerman, pouvait facilement B demeurer caché jusqu’à ce que /ean se trouvât hors du territoire de Hollande; . ^ •

B et, à'Mayence, il n’avait plus rien à craindre, car l’importance de l’art qu’il B apportait devait le mettre à l’abri des poursuites de la justice ; et tout ce que B pouvait faire contre lui la régence <le Harlem se bornait à le bannir à perpé- ‘

a tuité de cette ville, où il ne se souciait sans doute guère de retourner. »

Junius fixe l’époque où Jean commit ce larcin au a5 décembre. Il pense que si cet ouvrier infidèle a entrepris son voyage huit jours avant la fin de l’année, il n'a pu arriver à M.^yence avant le i" janvier de l’amiée suivante. Il calcule ensuite le temps qu’il a fallu à Jean pour faire construire ses presses, fabriquer ses caractèrçs et mettre sou atelier en ordre ; or, comme ses ouvrages ont paru en il s’ensuit qu’il a commencé son établissement en i/|4>, et que le vol

a été commis en i44°'

Je reviendrai plus tard sur ce Jean et sur le larcin dont on l’accuse.

HISTOIRE DE L'IMPRIMERIE

Les écrivains qui se sont déclarés pour l’Allemagne s'accordent à dire qu’à cette même époque (vers l’an i438) Jacques Mentelin (Mentel ■) conçut l’invention de l’Imprimerie à Strasbourg , où se trouvait alors' Guttemberg , de Mayence ’ ; qu’ils réunirent leurs taleiis pour arriver à d’henrêux résultats ; qu’ils firent ensemble de nombreux essais ; et que , de retour dans sa patrie , vers l’an 1445 , Guttemberg travailla pendant quelques années au perfectionnement de cet art avec Jean Gensfleisch ’ l'Ancien, sans fortune comme lui; qu’enfin il forma, vers l’an i449> association de commerce avec Fnst, orfèvre de

Mayence, homme ingénieux autant qu’habile; Fust, dont la postérité ne prononcera jamais le nom sans reconnaissance.

Ce dernier fait n’est contesté par personne : les écrivains ne différent d’opinion que sur l’origine de l’invention, le nom de l’inventeur et celui du lieu où elle a pris naissance. Arrivée à cette époque, l’Histoire de l’Imprimerie parait être dégagée «le tous les nuages qui l’entouraient. ’ .

Jaloux de partager les honneurs attachés au perfectionnement de cet art, Fust se joignit donc à Guttemberg; et aussitôt qu’il eut obtenu Isf révélation du secret, il s’empressa d’unir aux connaissances et à l’activité de son asssocié son * zèle et ses richesses.

Guttemberg et Fust firent ensemble de nouvelles tentatives pour parvenir au but qu'ils s’étaienj proposé; et après plusieurs essais, parmi lesquels les bibliographes ont signalé quelques livres élémentaires,. tels que X Alphabet, le Focabularius, le Donatus minor * et la Grammatica Akxandri Galli, de cinq

* Jacqu« Mentel, «iocteuT en médecine à Paris, mort en 1671, et de la famille de Mentel de Strasbourg, lui attribue l'invention de l’Imprimerie, dans son traité de vent Typoçntphiœ Origine, imprimé en t65o. 11 prétend que Jean Mentel a dntiiié eontiaiasance de cet art à ceux qui s'en sont regardés comme les inventeurs; mais ce ne sont tpic des allégations sans preuve. On ne peut se défendre ce|iendaiil d’ajouter quelque croyance^ celte version; car il est bien prouvé que Guttemberg a travaillé à Strasbourg avec Mentel. ^

’ Henri (Jean) Gensfieisch, de Sulgeloch, Sorgenloch, nommé Guttemberger, Gudenbnreli, Guditiberg, GuUemberg, naquit à Mayence vers l’an i Jg8 ou 1 /|00 , selon Rceler, Würdtvrein , Oberlin , Fisclier. Une révolution opérée dans cette ville vers l’an t^to, par la noblesse et le peuple, et dans laquelle le parti populaire eut l'avantage, obligea les plus anciennes familles patriciennes de quitter leurs foyers. Guttemberg, de la maison de Gensfleiach, se retira à Strasbourg en i4s4, où il était encore en i444' ( Note estentielle,)

^ Presque tous les écrivains ont pensé que les noms Gensfleislli et Guttesnberg désignaient le même individu. Méerman, dans son Contpcctus Originum tyftographicarum, publié en 1761, et dans ses Origines typographictv , qui p.vrurent en lyGS, prouve que Jean Gensfleisch et Jean Guttemberg n'étaient pas le même individu. Il .ajoute de plus qu’ils étaient frères de père et du mère; ce qui quelquefois faisait donner à Jean Gensfleisch le nom de Guttemberg. On reconnaîtra plus tard l’importance de cette remarque.

^ Deux pLincbes de ce Donat sc voient à la Bibliothèque Royale.

HISTOIRE DE riMPRlMERlE. 1 -

à six feuillets, ils parvinrent à substituer aux lettres mobiles en bois des lettres sculptées en métal; et voilà ce que les savans nomment assez généralement la seconde époque de l’origine de l'Imprimerie.

Le taux énorme auquel étaient portés les livres d’étude dimitniaif insensiblement à l’aspect de ceux que les caractères grossiers de nos deux artistes avaient déjà produits.

Mais le temps et les soins incalcidables qu’il fallait pour graver ces lettres, ou sur le cuivre, ou sur le plomb, ou sur l’étain; les frais immenses qu’exigeait une telle méthode; les cabales suscitées contre eux par quelques moines, qui retiraient un très- grand avantage de la vente des livres qu’ils copiaient, avaient porté le découragement dans l’âme de Fust et de Guttemberg : et cependant comment abandonner légèrement le friiit de tant de veilles et de sacrifices? comment oublier ce qui long-temps a caressé l’imagination? Pour des artistes vraiment dignes de ce nom, les difllciiltés ne sont jamais que l’aiguillon du génie: elles s’évanouissent devant la constance laborieuse; elles disparaissent devant Unoble amour de la célébrité. Un diamant brut était entre les mains de Fust et de Guttemberg : devaient-ils négliger de le polir? devaient-ils laisser dans l’enfance le perfectionnement d’un art qui leur offrait des spéculations si brillantes, des travaux qui leur promettaient une récompense si honorable?

Ils redoublèrent d’efforts; de nouveaux essais ranimèrent leur courage; la lumière arriva par degrés : d’autres essais succédèrent, le burin perfectionna l’ocil de la lettre, la lime lui donna le degré de force et de hauteur qu’elle devait atteindre; et le génie des arts fit penser qu’on avait pénétré son véritable secret.

La Bible latine, dite de liJSo, fut le premier ouvrage marquant qui sortit des presses de cette noble association : c’est du moins ce qu’en général les bibliographes s’accordent à dire; car cette Bible n’indique ni le lieu où elle a été faite, ni le nom de l’imprimeur par qui elle a été donnée Ce secret, gardé par les ' éditeurs, s’explique assez quand on réfléchit que ce premier livre connu en imprimerie était comjwsé avec un caractère parfaitement ressemblant à celui de

' Celle Bible, roimit in-folio de 6/,o feuillets, est imprimée à deux colonnes, sur csraclére de In force de uotre gros-parungon. I>es dix jïremières pages portent quamnic et qnarante-une lignes, et les autres régulièrement quarante-deux dans les pages entières. On en voit i la Bibliothèque Royale un exemplaire imprimé sur véün. MM. Sallicr, Debure, Méermaii, Gaigaaty Fournier, Van Pmel, l’ont décrit, et l’ont bien jugé exécuté entre et i455.

Lî» Bibliothèque Mpzarine en |>osscde encore un exemplaire sur |utpi^ : on en compte trois autn*s dans les Bibliolhé“<|ues de Berlin, de Hanovre et He LeipsieV. Il est fîi||lc He reconnaître cette édition prunariOf b plus ancienne que nous connaission.<i jusqu’à ce jour, par b forme de ses caractères, de ses abréviations et de sa ponctuation. Iji hauteur de b colonne est de dix^uces huit lignes, la largeur d’une seule colonne est de trois pouces trois lignes, et la largeur des deux colonnes, en y comprenant i’esiwcc qui les sépare, est de sept pouces qtialrc lignes.

HISTOIRE HE L'IMPRIMERIE.'

récriture sortant des mains du meilleur calligraphe de cette époque, et qu’on en vendit à Paris plusieurs exemplaires pour des manuscrits.

Cette supercherie, qui n'avait rien de criminel, donna lieu pourtant, selon quelques écrivains, à un événement digne d’ètre rapporté.

Ceux qui avaient acheté, pour des sommes considérables, des manuscrits de cette Bible', et les copistes qui sc faisaient payer fort cher, voyant une si grande Conformité entre les exemplaires produits par l’impression et ceux sortis de leurs mains, répandirent le bruit qu’il y avait en cela quelque art magique, et se pourvurent en justice contre Fust, qui fut obligé de se sauver à Mayence; mais, après un plus ample informé, le parlement le déchargea de toutes les demandes et de toutes les plaintes de ceux qui avaient acquis des Bibles de lui.

La Typographie attendait un nouveau maître. L’art était créé, sans doute; mais il ne marchait encore que faiblement, et la nouvelle méthode tiemandait un autre moyen de perfection.

• Un jeune domestique, attaché à Fust, épiait depuis long-temps les travaux cachés auxquels sc livrait son maître avec Guttemberg. Né avec un esprit vif, entreprenant ; placé, surtout par la pensée, au-dessus de la classe où le sort l’a fait naître, il re.ssent, au lieu d’une simple curiosité, cette avidité d’étude , cette infatigable attention, qui n’appartiennent qu’aux grands hommes, et qui décèlent le feu caché du talent véritable : Schoejfer * voit ses maîtres, rebutés par d’inutiles tentatives, désespérer de l'entreprise, et déjà son âme vole au-devant du secret qu’il brûle de pénétrer, parce qu’on le dit impénétrable f il n’a rien

' Av.mt riiivi'ntkm de l'imprirntiic le» Hvi-ct étaient fort chers : cV'taient volontiers des immeubles; on les laisMÎt |iaf testament; on les écliangeait contre des fonds de terre. Une Conconhmte de ta Bible fut vendue cent écusd’or; Ttte-Lit'e, cent vingt; Plutarque y soixante-iliv.

L*ein|)creiir Frédéric III cmt faire un présent considérable k un ambassadeur du duc de Wurtemberg , en lui donnant une Bible hébraïque.

Douze ans même après cette époque (en 1/462 ), Louis X. 1 , einpnintanl de la Faculté de médecine de Paris les OHuvrts de Rhasèsy médecin arabe, dé|>usa nun-sruloincnt en gage une quantité considérable de vaUsé'Uc d'argent, mai» il fut encore obligé de nuiiuncr un pottr caution p dans

ractf par lequel il s’engageait à rendre ce livre à la Faculté dans un temps déienniiié.

Il existait pourtint au cuniinenceincnt du quiiuièine siècle des bibUotliéqut's assez nombreuses. Lors de la ini»rl de (Jliarles VI, en 1/422, on employa trois libraires de Paris |>our faire l'inventaire ^ de bi bibliothèque de ce monarque, I-e nombre des volumes était de d{» 3 , la plupart écrits sur vélin. Ils furent estimés 2,'^2'} liv. /• sous de ce temps-là. Ce^pemUnt le duc de Dedfori en fit racquisilioii pour 1200 liv.; somme qui ^t employi^ à élever un lomlx'aii à ce prince et à la reine son épouse.

Apr»‘S rinvenllon de rimprimerie, vers l’an i-'tfio, on comptait encore prés de dix mille calligraplies, t.inl à Paris qu’à Of^i'ans seulement. (/)iW. des Gens du monde p toin. 111, |wg. 120.)

^Schaeffer était i^tîf de (iemshein. Quelques écrivains le nomment Schoi/fer. On trouve aus.si em])loyé quelquefois pour le designer le mot Opiliop qui signifie heager, nom qui vraisemblablement était un sobriquet.

HISTOIRE DE L'IMPRIMERIE

encore saisi , qu’il croit d’avauce réussir dans ce que son imagination lui dictera. Tel que Newton, dans l’enfance, traça des lignes et des cercles, sans connaître les proportions ni les mathéinatiqites; tel que le bou, rinimilable La Fontaine se reconnut poète en lisant par hasard une o<le de Malherbe ; à l’exemple du Corrège, qui s’écria qu’il était peintre, à la vue d’un tableau de Raphaël; ou tel encore que le célèbre Vaucauson, qui, attentif aux mouvemens d’une horloge, devina sa construction, son mécanisme, et devint artiste lorsqu’il ne croyait qu’observer, l’oeil, pénétrant de Shoeffer a vu tout ce que le génie voudrait lui cacher : son impatience supporte difficilement l’idée de languir long-temps dans une vainc espérance; il do()nc l’essor à son imagination; il tente, il rejette, il combine, il réussit; et l’Imprimerie est au nombre des arts.

Schoeffer a.vait taillé des pièces d’acier pur et les avait gravées; avec des poinçons il frappait des matrices d’un métal plus maléablc : il avait su placer ces matrices justifiées dans le centre d’un moule, et obtenir des empreintes en relief, au moyen du plomb, de 1,’étain et du cuivre qu’il avait mis en fusion dans son creuset '.

Ainsi Schoeffer fut le premier qui fondit dans l’airain les signes de la parole, les lettres que l’on pouvait assembler d’une manière indéfinie. •

C’est d’après ce procédé, que l’on appela types les caractères destinés à l’impression, et que l’on donna à cet art le nom de Typographie. •

cette version, généralement adoptée, on ajoute que Schoeffer inventa aussi

* Trilhëme, ne? en 146 a, mort en i5i6, l'un des historiens les phis échiirés et les plus véridiques de son siècle, assure, d.in$ sa Chronique <t Hinchmv ( d’Hirs.iuge), qu’il a connif Schoeffer, et que c'est de lui qu'il a appris ce qu'il rapporte touchant cette découverte : '

Sed cum iisdem formis nihil aliud potuerunt imprimere, eà quotl characleret non fuerunl amovibilet de tabulùj sed inscu/pti, sieur dizimus; post hœc inventu successervnt subtiiiora, inpeneruntque fundrndi format omnium latini alphabeti litteramm, quas ipii matrices nominabant, ex quibut rursitm ceneos tiue stanneos characteres fundebant , ad omnem pressuram sufjicientes f quas priât

manibus sculi>tbant Petrus ( .Schoiffer) autem Opilio, tune famulus.posteà gener imentoris primi

Johannis Fust , Homo ingeniosut et prudent , facitiorem modum fundendi chardeteres excogüai it , et artenif ut aune er/, complevit. •

Arnault de Bergclles dit aussi :

. S4Â f KM pettrat prvprùt tU cUste <kar«ct€r ' t

• Toltif mec wtriu usihus mptus êret t . *

lUit tiMutrit l*ttnu , eognomuat ScboilTcrs Qmo vix ctUind« ptrtmptior mU«r trut.

lUe attimi pr^etara lortumata^nxit,

Quœ taaxil Matri« namiA* pett«rita4.

Et pritnas t'oewM fandehat ta Jigur<t4,

lanaméfis toçi qmt potairt • * «

f'Ul. SAlmath, p«g. 3iaj Bertitu» Comment, rerum germanicantm , pAg.Gi3a

ao ^ , HlSTOinE DE. L’IMPRIMERIE.

l’encre propre à iniprimer, et que Fust fut si charmé de cette découverte, qu’il lui donna sa fille Fustine en mariage et l'intéressa dans son entreprise.

L’association entre Gultemherg et Fust ne dura que cinq ans. La rupture eut lieu le 6 novembre i 455 , par suite d'un procès que Guttemberg perdit contre Fust, auquel il fut obligé d'abandonner tout son attirail d’imprimerie '. Selon quelques écrivains il se retira en Hollande, où la renommée avait porté son nom*.

Ix nioiiuinent typographique (en caractères mobiles en fonte), avec date, le plus ancien, est un Annuaire ou Calendrier de l’an 1457. La nature d'un almanach laisse supposer que celui de l’an 1 457 a déjà pu être imprimé vers la fin de l’année précédente, i 456 . Le Psautier de 1457 (qui passe yQ«r le premier monument de l’Imprimerie, et qui fera, dans tous les siècles, l’admiration des connaisseurs) n’a été achevé que vers le milieu de cette année ( in vigllia Àssumptionis * ).

' Co pi-oc'cs avait pour but de dérider auquel des deux devaient appartenir les planches en

bois ( xilograpliiqucs ) et autres ustensiles d’imprimerie, parmi lesquels il existait, dit-on, des type» mobiles en métal, que Guttemberg avait ap|)ortés dans rassociatioA. Les juges décidèrent en faveur de Fust, qui réclamait aussi a,oxo florins, par lui avancés à Guttcmbri^.

* Guttemberg \tnssa à Harlem, d’après l'opinion d’Antoine Wood et de Natalis Cornes. Mais plusieurs auteurs assurent qu’il revint à Mayence deux ou trois ans après; et d'autres, qu’il ne quitta point cette ville : ils en donnent pour preuve le CafAoùïo/t de i ^6o, qu'on lui attribue. J. Ph. de l.ignamire, son eonteiupomin , dit , à l'nnnée que (lUttemberg a imprimé à Mayence; et l'on trouve aussi,

dans un manuscrit du quinzième siècle, auquel on |>eut ajouter foi, qu'il a publié dans eette ville, • en 146*1 MémoiiT jiistüicatif |KMir Thierri d’iscnbourg, archevêque de Mayence. Un fait incun- ^ testable encore, c’est que Gullemberg fut ndmls au nombre des gentilshommes de l’élecleur Adolphe, |)ar lettres-patentes du 17 janvier i465. Tous ces faits se trouvent consignés dans le lioisième volume de <ie Mnyence ^ publiée |vir G. Chr. Joannb, pag.

^ On sait que la Bible anonyme, dite de i4^o, ainsi que les Bulles de 1 4^4 eil i4^S> ne portent que des dates écrites à la main. Fischer (^Notice du premier monument typographique , 180^, pag. 5t

pense que ce Calendrier, imprimé sur un seul côté d’une feuille entière, est sorti des presses de Guttemberg. Ce précieux monument est déposé à lu Bîbliothé<|ue Royale, à Paris.

, Il parait certain que Guttemberg avait déjà dépensé pour cette Bible 4)O00 florins, lorsqu'il n’était encore parvenu à imprimer de ce prt^ieux ouvrage que les trois premiers cahiers; et i^est prt^umable qu'elle n'étoit pas achevée en i4S5, époque où Guttemberg se sépara de Fust, qui lui avait fourni des fonds. La rupture de cette association mit, ainsi que je l’ai dt^à dit, Fust en po^ession de tout l'appureil typographique ; de sorte qu’il |iar>int, eonjuintemeut avec Pierre SchoefTrr, à terminer dans un rourt es|tfiee de tcin|)s retic grande entreprise. Dès i456, Henri Cremer, vioiire de la collégiale de .Saint-Étienne de Mayence, sVn était procuré un exemplaire sûr papier, qu'il enlumina, enrichit de rubriques, et relia ensuite lui-méme, ainsi qu'il le dit À la fin de chaque volume de eet exemplaire, conservé à la Bibliollicque du Roi, et sur le<juel U a écrit en encre rouge les deux notes dont MM. Debure frères ont donné le /ac simile dans le catalogue si habilement rédigé de la bibliotlié<}uc de M. de Mac-Caiihy, en 1818. Beaucoup d’autres livres portent des dates aiitéricures à 14^7» mais louteji ces dates sont depuis long-temps reconnues pour fausses, ou pour être celles de la composi- • lion, dr la tnidiiction, ou de la traitscriptiuii de ces ouvrages. Personne ne croit plus qu'on ait , réellement imprimé, en i44^i roman eonqmsé par Æneas Sylvius; en i446, les sermons de Lrimard d’Ldine; eu i45« et .b‘s actes des conciles de Wuitzbourg, etc., etc.

ot* «r par/*" a /a pOffe /a ■

HISTOIRE DE L’IMPRIMERIE

<' Nous (levons aux talcns et au zèle infatigable de M. Van Prael, conservateur de la Bibliothèque Royale, la découverte de quatre feuillets d’un Donat imprimé sur parchemin , souscrit : A Mayence, par Pierre üchoeffer de Gernshein , sans date. Cette découverte doit être regardée comme l'une des plus précieuses de l’Imprimerie naissante.

Ces fragmcns, détachés en .Allemagne de quelques couvertures de livres, ont été recueillis par un particulier de Trêves, qui les a cédés à la Bibliothèque Royale, en mai 1 8o3.

On pense que ce Donal a pu être imivimé par Schoeffer, avant l’Annuaire, ou Calendrier de i457, et avec les mêmes caractères qui ont servi à la Bible sans date. Si l’on ne peut établir de certitude à ce sujet, on est du moins forcé de convenir qu’il etiste une grande similitude entre les caractères (no« fondus') qui ont servi à ces deux ouvrages. Je donne quelques lignes de ces monumens typographiques à la planche A, placée à la fm de ce Manuel : la gravure en a été exécutée fidèlement d’après le calque.

« I.es quatre feuillets du Donat dont je parle sont du format in-4“, imprimés « à longues lignes : il y en a trente- cinq dans les pages pleines, qui sont au « nombre de sept. Les feuillets sont sans chiffres et sans réebmes. I-es mots « coupés d’une ligne à une autre sont annoncés par deux traits obliques; le seul « signe de ponctuation est le point carré. La lettre i est tantôt marquée par un « point, tantôt par un trait horizontal , tantôt par un courbe ou un demi-cercle. « Le texte n'est pas chargé de beaucoup d’abréviations. Les caractères sont d’un « gothique bien taillé; ils approchent de la force de corps de notre parangon « petit œil. On y voit la réunion de quelques lettres en un seul type : celle du b « avec l’a et l’e; du c avec-le t; du d avec l’e et l'o; de l’A avec l’e et l’o; du p a avec l’e et l’o; du v avec l’e, etc.

« -Au recto du quatrième et dernier feuillet, on lit à la fin de la page, volo

« gerundia vel participialia verba sunt heee volendi voîendo volendwii supinis caret « unum participium habel quod est volens. ExpUcil Donatus....

« Au verso du même feuillet, on lit au haut de la page la souscription suivante, « imprimée en encre rouge dans la longueur des lignes :

Explicit Donatus. A rte nova imprimendi seu cameteris Zandi. Per Petrum de Gernsheym. In urbe Mdguntina Cuni suis capitalibus absque calami exaratione ejjigiatus....

« Fischer a trouvé un feuillet séparé de la même édition de ce Donat, portant « trente-cinq lignes à la page, imprimé sur membrane, petit in-folio, en carac- > tères mobiles fondus, dont il a donné cinq lignes d’épreuves. »

C’est, dans V Origine de V Imprimerie , l’un des ouvrages les plus complets qui

HISTOIRE DE L'IMPRIMERIE

aient paru sur celle matière, et que M. Lambinet a publié en 1810, que j’ai puisé le passage précédent. Ce savant écrivain a vu comme moi à la Bibliotbéqitc Royale les monuniens tyjMjgraphiques dont je viens de parler; et je ne pouvais mieux transmettre ce fait à mes lecteurs qu’en empruntant les expressions dont il s’est servi. Je reprends le cours de ma narration historique.

L’association typographique de Mayence fut donc réduite le 6 novembre i 455 aux seuls noms de Fust et de Schoeffer, sou gendre I.e premier fruit de leurs travaux, le premier livre qui soit connu jusqu'à ce jour par la souscription d’une date précise, des noms des artistes et du lieu, est l'inimitable Psautier de i 4 ^ 7 > dont j'ai déjà parlé : c’est le plus grand et le plus beau monument de l’Imprimerie uais.sante; et l’on est tenté de croire en le voyant que cet art merveilleux n'a point eu d’enfance.

Le Psautier fut exécuté en grosses et en petites lettres semblables à celles des Missels du temps et 'd’autres livres liturgiques manuscrits. On peut comparer la grosseur de ce caractère à celle de notre gros-ca»on. Cliaque page contient au moins six cent quarante types ou lettres, ce qui en donne pour une feuille plus de deux mille cinq cent .soixante. Ces caractères, ou sculptés séparément sur métaux, ou fondus en plomb mêlé de régule d’antimoine, furent mis à part après le tirage, dans les ateliers de Fust et de Schoeffer, et ne servirent que pour les éditions subséquentes, qui eurent lieu en i 4 S 9 > i 4 oo, i 5 oa et i 5 i 6 . Diverses corporations ecclésbstiques contribuèrent aux frais de ces dernières éditions, en faisant disposer les psaumes, les antiennes, les hymnes, selon leur rit particulier, et selon l'usage de leur chœur. La {Première édition , décorée de deux cent quatre-vingt-huit capitales, délicatement gravées en bois, a dû leiu- demander au moins deux années de travail; et le savant Ileiueckc présume que Fust et Schoeffer l’ont commencée avec Gutterabeq;. La Bibliothèque RoyaV possède un exemplaire de ce chef-d’œuvre typographique : on le paya 13,000 francs à la vente de la bibliothèque de M. de Mac-Carthy, en 1818.

Parmi les ouvrages les plus marquans qui sortirent des presses de Fust et Schoeffer, M. Van Praet , ce savant bibliographe , qui a l’avantage d’en avoir sous la main les précieux monumens, eu cite plusieurs. On distingue particulièrement ceux do^it je vais donner les titres, en commençant par le Psautier :

Psalrnoruni codex. Moguntiœ, Joannes Fust et Petrus Schoejfer, i457,

gr. in-fol.

Cet ouvrage est imprimé en grosses lettres rouges et noires, et faites sur le mo<lèlc des manuscrits liturgiques du quinzième siècle. Il est à longues lignes:

’ Toult*b !«*s |)robiibilih'*s sc râunU&cnl |>our dire que la Bible &ans date fui terminée a cette époque, par Kust et Ncliocffer seulement.

iilSiOlKE UE L’IMPRIMEIUE. a 3

la première page en a Jix-neiif, et toutes les autres en ont vingt, exeepte le verso du cent tfcnte-septiènie feuillet, où l’on en compte vingt et une.

Il est décoré de deux cent quatre-vingt-huit capitales ornées, artistement gravées en bois, et tirées, d'une manière surprenante, par .rentrée, à deux couleurs : en rouge lorsque les orneinens sont en bleu, et en bleu lorsque les ornemens sont en rouge La, plus grande des capitales, qui se voit sur la

■ Vne chose bien surprenante, c’est de penser qu'il y avait .mciennemeiit d.vns les Gaules des chtysngraphrs tm ècrWains <*n lettres Cet usnge était trè^onmiun diUîs les quatrième et

cinquième siècles ; il est de\rnu plus rare dans b suite; il s’esl même perdu; car on iic sait plus atijuurd’lmi altticher lor au ))apier : de bron que les lettres semblent être d‘or baitU| et même d'or bruni. * J'ai vu, dit M. Laiiibiiic-t ^ (buis son Origine tic l'Imprimerie; j'ai \x\ dans lV(;lise Notre- « Dame, à Atk-fa-Chapelle, les quatre KvangUes en Utin, dont se servait Cliarlemagne. Ils sont écrits « en lettres d’or sur un {larrbemin (louqm*. On 1 rs a trouves dans son tomb^^u : il les tenait de b a main gauche, et son é|H^ de b main droite. Ces deux luoimmens du buitième siècle servaient k m b céréiuonte du courounemeiil des empereurs, à Francfort • Dans b sacristie de b |Kiroisse de Saint'I.upicien, département du Jura, établie (bits le prieuré -de Ijiuconne, en Fnincbe-Coiiilé, on voyait encoi-e en 1776 un manuscrit de onze cents ans d’antiquité : ce sont les quatre l’Wangiles écrits en lettres d’or et d’argent sur un vélin pourpre. (Voyez Séance publique de tAcatlémie de Besancon, août 1776, |>ag. i 3 .)

L'abbaye de .SaiAl-Hubert-en-Ardennes avait aussi un Psautier en lettres d,‘or, donné par t.olhaire. On ne sait ce qu’il est devenu. L’abbayc de Samt-Geniiain-dcs-Prés, à Paris, jiosst-dail le Ps.nulier de saint Germain, du ciuquième siècle, eu jiarrheniin violet, écrit en lettres d’or et d'argent. 11 s’y trouvait encore, en 1784» charte originale du roi (Uuldcbert, fonibteur de cette abbiyc, donnée en 55^ ; c’est la plus ancienne qui existe.

Lorsqu’on examine attentivement les anciens manuscrits, enricliis de minblures, dont toutes les marges sont ornées de fleurs, de feuilbges, de fruits, d’oiseaux, d'insectes, d’animaux ]>elnb en or et en couleur, de même que les lettres capitales, U n’est personne qui ne soit frappé de b vivacité des couleurs, du poli de l’or et de b beauté du dessin; il n’est |>ersonne aussi (jui ne regrette la |>ertc de CCI art, dont sc servaient encore les scribes des treizième, quatorzième et quiiuième siècles, pour décorer leurs manuscrits. • ^

Pigeron prétend avoir trouvé ce secret (bns un ouvrage anglais intitulé, Ifand^Maid to the arts, a vol. in-8”. Il dit que les lettres et les ornemens de relief sont formés d’une matière coinjvoséc de blancs d’œufs, de vermillon, humectée d'une eaiMr gomme iK’S-forte, sutbqtielle on applique une feuille d’or que l'on découpe en lettres ou en c oemen^, et que l’oii brunit ensuite avec b dent de loup, pour leur donner un beuupolL Cette pâte se liquéfiait au feu, et formait une espèce de jK'inlure à Ycncaustique, si connue des anciens. Quoi qu’il en soit, U <^t certain qu’on pré|iarait aussi l'or et l’argent en liquide pour s’en servir comme de l’azur, du caniiiu et de l’encre, dans les manuscrits, et qu’on les brunissait afin de leur donner plus d'écbt cl de consistmce- (Voyez Mémoire sur ta f>einturc à f encaustique , i>ar Caylus. Genève, 17^5, in-S**.)

Les liqueurs employées pour l'écriture étaient de différentes couleurs : la noire, composée d'abord de charbon pilé et de suie, ensuite du noir de b fumée de riuônc, de b poix des torches et de Pivoire brûlé, etc., le tout dissous dans l’infusion de noix de galle, puis dans celle de vitriol, de noix de galle et de gomme; b rouge, tirée du vcnuUlou, du cinabre, du carmin; b couleur ffourpre, tirée des buccinx, qui donnent une couleur purpurine : elle était employée {uir les anciens pour teindre cl ;>eiiidrc en rouge. Cette liqueur de jmurjirc servait .vux empereurs romains d’cncrc pour signer ou

HISTOIRE DE L’IMPRIMERIE

première page, a, cumptis les dmeraens, trois pouces cinq lignes <le haut sur quaire pouces de large : elle représeiile un B entouré d'arabesques , de feuillages et de fleurs, ayant dans un de ses jambages un lévrier courant une perdrix au vol. Heinecke l’a fait graver dans deux de ses ouvrages. C’«*st cette même page que l’on voit ci-contre, et que j’ai fait cal<{uer très-«-xactenient par un des premiers dessinateurs de ce genre. Les couleurs employées jH)ur renluiniiiure de la lettre capitale sont exactement les mêmes que celles qui décorent l'original. Le volume est composé de cent soixante-quinze feuillets.

(bnstitutioncs C/ementis Papce V; IJnaciim apparatu Joannis Andrea:.

Moguntiœ , Joannes Fust et Pet rus Schaeffer, i4()0, gr. in-fol.

Cette édition est très -bien exécutée, mais elle est sans chiffres, réclames, signatures ni initiales, pour lesquelles néanmoins il a été laissé des espaces vides \ elle est imprimée sur deux colonnes, en anciennes lettres de deux grandeurs : le texte est exécuté avec les plus grandes , et le commentaire qui l’entoure de toutes parts, avec les petites; les sommaires sont en rouge. \a: nombre de ses feuillets s’élève à eent cinquante-un : le premier contient presque en totalité la bulle du pape Jean XXII, adressée à l’Université de Bologne pour autoriser cette collection de Constitutions.

Sunwia quee vocatur C'atholicon, édita à Joanne de Janua.

Moguntice, i46o, gr. iii-fol.

Ce volume est composé de trois cent soixante-treize feuillets imprimés sur deux colonnes, dont celles qui sont ehtières ont soixante-six lignes. 11 est destitué de chiffres, de réclames et de signatures; il manque aussi d’initiales et de sommaires t mais, devant y être ajoutés%u pinceau ou à la plume, on a laissé, comme cela se pratiquait pour les {nanuscrits d’alors, des espaces suffisamment vides pour les y recevoir. Les soixante-quatre première feuillets contiennent une grammaire divisée en quatre parties , qui traitent , i ® de Orthographia ; a” de Prosodia; 3° de Eljmologia et Dj-asinlaslica ; 4" de Fùiù et de Figuris.

souscrire leurs tklils : on l'appelait sacrum cncautum; et nul autre que l’empereur ne }»ouTail user de cette encre sans comiiicUre un crime de Icse-majeatô. (Voye* Murex, Dtct. hist. nat.) Les couleurs bleue, verte et jaune , l’or et l’argent réduits en poudre , sulfurés et soumis au feu, servirent aussi à orner cl enrichir les manuscrits. L’c/?rre de la Chine, composée de noir de fumée mélé de ]>arfums, dont on a fait une pâte solide, qui $e déhiie avec de l'eau, pour les dessins, les esquisses, les |astels, est aussi ancienne que l’ère chrétienne, (/'qyc* ci-ftpres, Titse ii, art. ii.)

HISTOIRK DE I.’IMPRIMEIVIE.

Otlc édilioii, qui fait ime nouvelle époque dans l’Histoire de riniprimcric , exécutée sans nom de typographe, avec des caractères dont Fust et Schoeffer n’ont fait usage dans aucune de leurs éditions connues, est regardée, .par une foule de bibliographes, comme nue production de Jean de Guttemberg, qui n’aurait pas quitté Mayence, ou qui y serait revenu vers l’an i458, pour y lever un nouvel atelier. Quelques auteurs pensent, au contraire, que cet otivriige a été imprimé par Meiitelin et que c’est l’une des plus anciennes

éditions de Strasl>ourg. Méerman et Mercier de Saint -Léger trouvent celle conjecture hasardée , et Je dois dire qu’elle est dénuée de preuves positives.

.\près le milieu du quinzième siècle, \c Calholicon- a été souvent réimprimé; maison n’altache de prk qu’aux seules éditions de Mayence, 1.460, et d’Augsbourg, i/jGo- * - .

J’ai promis une explication sur ce Jean, qui aurait volé des caractères et des ustensiles d’impritnerie à Laurent Coster, son maître, à Harlem. Les écrivains qui sont d’avis que ce larcin a été commis .s’épuisent en conjectures. Junius pense que le sôu|>çon*doit tomber sur Jean Fust ou sur Jean Guttemberg. Mais on sait que Fust était riche, et qu’il ne connut l’art de l’Imprimerie que lors de sou association avec Guttemberg, vers l'an 1 449- -On ncsaurait donc supposer qu’il ait travaillé dans l’atelier de Laurent, à Harlem, avant i44o.

Je |>ense que Junius s’est également trompé, lorsqu’il a accusé de ce larcin Jean Guttemberg; car, suivant Schœpflin et plusieurs autres écrivains, celui-ci a imprimé à Strasbourg, depuis i44o jusqu’en i444, Jacques Mentel.

Après avoir tout bien considéré, Méerman croit pouvoir assurer que cet ouvrier infidèle était Jean GertsQeisch X Ancien, né k Mayence. Il appuie spii opinion sur ce que Rochler a prouvé, par d’anciennes pièces, que Genslleisoti n’a demeuré à Mayence qu’en i44t» «t pas avant.

« 11 était pauvre, dit-il, quoique de famille noble, et se vit, comme son ■t frère (Guttemberg J, forcé de quitter sa patrie pour aljer chercher fortune a ailleurs. Peut-être même ne s’est- il rendu chez (îostèr que dans l’intention » d’apprendre l’art de l'Imprimerie, pour aller ensuite l’exercer dans sa ville . « natale, ou avec son frère à- Strasbourg. » ’ .

« L’ouvrier qui s’enfuit avec les caractères volés, ajoute Junius, n’avait pas « l’intention de laisser perdre un art qui avait coûté tant de peines et rapporté » tant de bénéfices à Laurent, ni d’en instruire un autre pour ne rester que « simple compagnon diez ce nouveau maître, comme il l’avait été à Harlem; « mais il s’était certainement proposé <le mettre son vol à profit. Tout cela ne « saurait mieux être appliqué qu’à Gensfieisch Y Ancien, qui- a été le premier « imprimeur à Mayence. »

« Jean Gensfieisch est trop bien distingué de Jean Guttemberg, dit Méerman ',

' De r Invention r/e l'Imprimerie , ouvrage re]>rodiiit par Janaen, in-8“, publié par •ScIum’II, 1809.

lllü'iÜIRE DE I. IMPRIMERIE.

iû

« pour que les plus anciens aient pu se tromper à leur égard. Chacun a eu son « épitaphe particulière. Suivant le témoignage de Jean Wimphelling, qui a écrit « au commencement du seizième siècle , ils ont exercé l’.\rt typographique « dans le même temps, Gensfleisch à Mayence, et Guttemberg à Strasbourg; et « ce dernier s’est ensuite réuni à son frère, dans leur ville natale, pour se périt feçtionner sous sa conduite. Cette distinction sert à éclaircir une pièce de vers « qui se lit à la fin des Instiiutes de Justinien , de l’an 1 468 , où il est fait mention « de deux Jean, tous deux excellens maîtres dans l’art de graver i^^per duos 1 Joannes, exirtfios sculpendi in arte magistros). Le même écrivain dit aussi que « Gensfleisch pétait déjà d’un certain âge lorsque Guttemberg l’alla joindre à « Mayence, en i 444 i mais que celui-ci était encore jeune et dispos. »

Dans leurs trois Dissertations, contenant des Observations sur Forigine de P Imprimerie , en latin à Altorf, en 1740 (pag. 18 et suiv.),, Chrétien

Gotüieb, Schwarz, et Jean-David Kœhler {^Rhren- Rettung Joh. Guttembergs. Leips., i 74 >)> confondent Guttemberg X Ancien avec Gensfleisch, trompés, sans doute, parce qu'ils voyaient que ces noms de famille leur étaient communs, ou qu’on les leur donnait quelquefois indistinctement à l’un et à l’autre.

« Les deux Gensfleisch, dit Junius, étaient d'une famille noble (ainsi que j'ai « eu déjà occasion de le dire) de Mayence, dont plusieurs ont pris le nom de « Guttemberg, en y ajoutant celui de Gensfleisch. Cependant Jean Gensfleisch d Y Ancien n’a jamais paru sous le nom deGultemb'ei^; mais Gensfleisch \c. Jeune c l’a ajouté, comme il est connu, à son nom de famille, ou l’a employé seul, « pour se distinguer de son frère. »

JJri écrivain anonyme anglais ( Larobeth ), dont Atkins nous a conservé un extra'A,.dit que u Mayence doit l’origine de l'Imprimerie au frère d’un certain « ouvrier de Harlem, duquel il avait appris cet art, et qu’il avait ensuite formé « un atelier à Mayence. »

Je dois déclarer ici. qu’aucun écrivain ne dit que Gensfleisch \e Jeune, autrement dit Guttemberg , ait travaillé chez I.aurent Coster, à Harlem : mais il n’en est pas de meme de son frère aîné; et, selon certains auteurs, ce serait lui qui aurait communiqué son secret à son cadet, qui l’aurait mis à profit pour exercer l’art d’imprimer, d’abord à Strasbourg,- et ensuite à Mayence, où Gensfleisch Y Ancien l’aurait devancé.

Une autre preuve nous est fournie par deux chroniqueurs de Strasbourg qui vivaient au seizième siècle, Daniel Specklin et un écrivain anonyme. Ils disent positivement que Jean Gensfleiscli l’aîné, qu’ils distinguent de Guttemberg, a été le compagnon du premier inventeur de l’Imprimerie 1 l.aurent Coster), et qu’il a porté à Mayence, sa ville natale, cet art, dont il avait dérobé le secret à son maître.

D’après ces assertions, et sans rien décider sur le larcin fait à Laurent Coster,

HISTOIRE DE L’IMPHIMÇHIE.

il pai'ailrait évident que Gensfleisch et Guttemberg ne peuvent être identifies, et que ce sont deux personnes absolument différentes.

Les écrivaim qui veulent absolument que le larcin ait été commis , disent que les objets qui le constituaient furent mis en usage par Gensfleisch; ils pensent qu’ülrîc Zell confirme ce fait, quand il dit que les types du Donat hollandais avaient engagé les Maycncaîs à faire les premiers essais de Tyj>ograpbie. Par là il n’entend point la Biblti (le premier livre imprimé avec des types de métal) qui parut en i45o; car cette entreprise exigeait de trop grandes dépenses pour que notre pauvre gentilhomme pût l’entreprendre. H est donc question ici de deux petits ouvrages que Junius a nommés d’une manière péremptoire; savoir : X Alexandri Galli Doctrinale et le Pétri Hispani Tractatus, qui étaient., ainsi que j’ai eu déjà occasion de le dire, des livres d'école, pour lesquels il ne fallait que de modiques avances; mais qui valurent à Gensfleisch de grands bénéfices. '

^ Quoique cette histoire de Laurent Coster et de' son ouvrier infidèle soit regardée comme une fable par plusieurs écrivains, j’ai cru néanmoins que je devais la rapporter entièrement aux personnes qui liront ce Manuel typographique, sinon comme une certitude, au moins comme un fait accrédité par quelques bibliographes qui ont écrit sur l'origine de riraprimerie.

On conviendra cependant que si Laurent Coster et ses héritiers avaient eu l’attention de mettre leur nom et le millésime de l’année aux livres qu’ils ont imprimés, soit sur planches fixes, soit sur caractères mobiles en bois, on n’aurait jamaià songé à disputer l’invention de cet art 4 la Hollande. Mais ils ont négligé, ainsi que d’autres imprimeurs, de remplir cette formalité, afin de pouvoir mieux vendre leurs livres imprimés pour des manuscrits.

Dans cet état de choses, je dois dire que les Hollandais, en signalant généralement l’origine de l’Imprimerie dans la ville de Harlem, abandonnent le perfectionnement de cet art à la ville de Mayence; et que, d'un autre côté, les écrivains de Mayence ont tellement fait valoir les avantages de leur ville, qu’il n’est plus rien resté pour Harlem.

I..es auteurs qui attribuent l’invention de l’Imprimerie à la ville de Harlem sont, outre le témoignage de l’ouvrier Corneille, Ulric Zell *, Daniel Specklin ^ Adrien Junius *, Scriverius*, Boxhornius®, Elies, Builgersius, Bagford, Marie-

’ Chronique de Coiogne , 1/199. * *

' Chronique de Slrasbou)^ f ijHo.

^Batavia, Lagtl. Ratnv., i588.

^$cmeriii2>, né à Harlem, a plaidé luUircUeroent U cause tic aa patrie dan» Laurteratu voor Coster^ Harlem, 16128; de même* que Boxhorniua dan» sa ÜisserUUio de Tjrpogrttphictr Arùx Inventione. Lngd. IkiUv., 16/40.

HISTOIRE UE LIMPHIMERIE.

\.nge Accurse Seiz, Scaliger, Volckcr Koornhert, Guicciardiia Visser,- Ijainbeth Wagcnaar, Henri Schor ♦, Méerman

Ceux qui ' tiennent pour Mayence sont : Serarius^ Kœhler ®, Malünkrot Trillièine*, Schelhorn, Matthieu Jiidex», ConPad Celtes, Schaepfltn Philippe de Lignamine “, André Rivin 'S* Henri Salmuth, Casimir Oudin Heinecke, Breitkopf, Panzer, Samuel Palmer, Âtkiiis, Schwarz '®, Fischer Joannis% Fournier’*, Daunou ‘9, Lambinet Por^hmann

Les auteurs qui accordent Ic.inérite de l’invention à Mentel, de Strasbourg,

' I^larîe-Aiige Aceum, dont Roccha nous a conservé la relation dans son Àppendix ad Bibliolhec, Vatûofi.t 1^91) dit que le Donat, imprimé d'abord en Hollande^ sur pbnches de bob, fut ensuite imprimé, en 14S0, avec les Cor\ff$sionalia , en caractères métallupief imaginés par Fust et lierfoQlioimés par SchoefFer. .

* Description des Pays-Bas, article de Harlem. « C’est, dit Guicciardini, dans cette ville, dans « toute U Hollande, une tradition conaUnte, appuyée d'ailleurs du sulR^ge de quelques écrivains, a confirmée par des ipunumriis, que riiupiimene fut inventée à Harlem, et fut de là transférée à a Mayence, |wr un ouvrier de l’inventeuf. » .Ce téinoigiuge est cité par ScriTcrius.

* Entrait d’un manuscrit sur X Introductioss de t Imprimerie de Uariem à Oxford , publié par Ric*hard Atlkins, en i66/«, en angla» et en htin.

* Relation de V Jnrention de la Typofyaphie à Harlem, dans b Décade des Fables de Jean fFatchtus» Schor a imprimé 'des livres à Strasbourg, depub i574 jusqu'à i 588 .

*l^s écrivains les plus opposés à ce système, tcU qnsle baron Heinecke, Schcep/lin, Breitkopf, Lambinçt, n’ont pu refuser la justice de dire de Méerman, « qu'il a compulst^ tons les auteurs « allemands, espagnols, italiens, fninçaU, anglais, suisses, hollandais, qui ont traité de U Tvpogra- « phie, au nombre de qtiatre-vingt-seiac, et qu’il a le mérite d'avoir été en rebtion avec les savans ■ de tons les p*ys, qui lui ont éommuniqué leurs observations. »

^ Ehren-Bettun^ JoA* Gnttember^s. I^ips.,*i 74 **

î Hallinkrot a publié à (xilogne, en lG^g , de Ortu et Progressa Artis Typographicœ, Il soutient la cause de Mayence, et nomme Guttemberg, Fust et Schoefler comme les trois inventeurs.

^ Annales d^ Hirsauge , t 5 i 4 -

^ tic Typographiœ Ia\rntione. Copenhague, i 566 .

**Findiciœ Typographicee. Argentoratî, 1760, in-4®.

"Annales, i 458 . . . .

" Hevalomha laudum..^ ob inventam in Cennania.,. Chalcographlam. Ltps., 1640.

Commentarius de Scriptoribus ecclesiasiicis, etc. Lips., 17a!.

Annales Typographici , etc. Nuremberg, 1793 et 1794, a voL 1^-4®’.

** Observations sur ('Origine de C Imprimerie , 1 " 4 o.

•® Essai sur les Monumens typographiques de Cuttemberg , an x ( 1802 ], in-4®.

*7 Ilist. de Mayence. •

'^Dissertation sur VOrigine de t Imprimerie'. Paris, Barbou, I'Îq, in-8®.

*• Analyse des Opinions diverses sur rOrigine de V Imprimerie , i8oa, in-8^.

Recherches sur l'Imprimerie. Bruxelles, an vii.— Otigine de X Imprimerie. Paris, Nicolle, 1810.

** Eloge historique de C Imprimerie. Paris, 1808.

HISTOIRE DE LIMHRIMERIE.

sont , Gabriel Nau»ié Adam Schrag’, GuillaiiiiieTenlzel^, Prospcr Marchand*, Jean Wiiiiphelling Mercier de Saint-I^er ®. . . .

Parmi ceux qui pensent que ces deux dernières villes , Strasbourg et Mayeucc, oirt pu donner naissance -à l’Imprimerie , mais en renten^ant néanmoins en différens sens, on compte I>a Gaille, Chevillier et Fournier, en France; de Maittaire, Besold, chez les Allemands; Palmer et Middleton, chez les Anglais; et Orlandi, en Italie. •

Mais le seul auteur du seizième siècle qui mérite d’être consulté, c'est Arnault de Bergelles, correcteur d’épreuves, plus instruit et plus précis que ses prédécesseurs. Il a publié à Mayence, en i 54 t, un poème latin sur la Chalcographie: il en fixe l’origine à l’année 14^0; signale Guttemberg à Strasbourg, faisant ses premiers essais, et perfectionnant l’art à Mayence, aidé de Fust, et de Schoeffer, qui, le premier, y fabriqua des matrices dans lesquelles il fondit des lettres.

La Chronique connue sous le nom de Philippe de Lignamine (quoiqu'il ne soit pas certàin qu’il en fût l'auteur), imprimée à Rome en 1474? <^ 11 ® d’Eusebe, continuée parPalmieriyde Florence, en 14 %» et par Palmieri, de Pise> en 1481 1 celle de Werner Rolewin<;k, publiée par Jacques, de Bergame, en i 483 ; celle de Bossius, imprimée à Milan, par Zarot, en i 497 > l’Histoire universelle de Sabellicus, A Venise, en 1498; l’ouvrage de Fulgose, c/e Dictis et Factis memorabilibtis, composé d’abord en italien, avant i 494 « puis traduit en latin et imprimé à' Milan en 1 5 o 8 ; celui de Polydore Vergile , de Rerum Inventoribiu , éditions de 1499 et de 1 5 17, ne donnent que des conjectures différentes, et rien de positif .sur le nom des inventeurs de l’Imprimerie et le nom des villes où ont eu lieu les premiers essais. La distance des lieux où se sont passés les premiers événemens

* Ailtiition à CHijtoirt de Louis TA Paris, i6îo. Il dit que ITmjvrimerie a été iuTentre tlana «Me ville , par Guttemberg , qui l’a perfectionnée é Mayence.

* Dana son oUTnge intitulé //iV/orûi Typographiœ , Argentorati ineentœt 1640, Sebrag prétend que Mentel est l’inventeur de rimprimcrie. Ses prétentions sont appnyéea sur les témoignages de ses prédécesseurs, Spiegel, vers i 5 io; Jérôme Gebwiler, dans le même temps; Jean Schott, petit-6ls de Mentel ; deux Chroniques m.7i|uscriles', dont Scliiltec cite des extraits. Mais il est Éicile de s’apercevoir que ces relations sont les fruits do préjugé national. ( LsiiBiNeT, Origine de l’Imprimerie. )

*Dans une dissertation écrite en allemand, .sur l’invention de La Typographie d.ins la Germanie, traduite en latin dans WolRus, Tentzel dit que Guttemberg créa à .Strasbourg, sa patrie, en l 4 io, l’art qu’il perfectionn.i à Mayence vers 14^0.

* Histoire de l’Origine et des Progrès de l’Imprimerie, 1740.

* Germania ad rem /mUicatn. Strasbourg , 1 Soi. Dans cet ouvrage , WUnphelling reconnaît Jean Gntteniberg, qu’il dit’étre né à Strasbourg,, pour l’inventeur de la Typographie dans cette ville, et Mayence |>osir le lieu de sa perfection. Il lui donne Mentd pour ronqwignon de ses travaux.

* Supplément A Prosper Marchand.

Il n est point question de Mentel dans ce qu'ont écrit, sur l’origine de cet art, Sébastien Mnnster, tmault de Bergelles et Marie-Ange Accurse, écrivains du seizième siècle.

:io

HiSlOlRK DE l.’iMHRIMKlUE.

était ponr ces clironûjueurK un des grands obstacles à la véritable connaissance des faits. Il .semble cependant qu’ils auraient dû être mieux instruits par Nicolas lenson, graveur français, qui, vers l’an i 4<>5 , au coniineucement du pontifical de Paul II , après avoir connû l’imprimene h Maj'cnce, préparait à Venise les jwinçons du caractère romain ' ; et par SWeynhcini, Pannartz et lilric Ilan, de Mayence, qui imprimaient en Italie à la même époque. Ces trois derniers établirent leurs presses dans Je monastèi-e de Sublac , dans la campuagnc de Rome, où des religieux allemands leur avaient donné l’hospitalité. Ils y imprimèrent le Donne sans date, et les Œuvres de Lactance, avec souscription et date du 3 o octobre i 4 b 5 . Ils publièrent encoie, en 1467. le livre de la Cité de Dieu, de saint Augustin.

.\u surplus , tandis que la ville de Mayence montrait avec vénération les moiiumens typographiques de Guttemberg; pendant qu’Adani Geith érigeait k la mémoire de cet artiste célèbre, mort le a4 février 1468 un monument en marbre dans l't^lise des Kécollets, on admirait depub long-temps la statue de Laurent Goster à Harlem' ainsi que cette inscription que la régence fit placer, en i/|4o, sur la maison qu'il avait habitée ;

• * ' MKHOAlf S.lCntlM.

TYPOCRAPHli)

A&5 AUTtVM OMimrM

CORSEKVATIIlX, *.

BIC EftlMUM IBVB2ITA

r.iar.A AB. ci;}, cccc. XL.

Fana quid prœla Moguntia jm-ias

HaHemi archet/pos prœUtque natn scias.

ExtuUt hic, monstranie Deç, LAüBr.fiTius artem :

Dissirnu/are vintm hune, dissimularc Deum est.

Voici l’inscription placée sur le monument érigé à la mémoire de Guttemberg, et qu’on lisait encore en 1499!

Joanni Censs^eisch artis tmpressorie répertoria De Omni nationc et lingua Ofstimè merito ,

In nominis sut memoriatn immortatern Adam i^eltus posuit,

Ossa ejus in eeciesia D. francùi Moguntina féliciter cubant. ,

Trente-neuf ans après la mort de Guttemberg, Ivo VVittich, professeur aux Décrétales, à Mayence, y éleva un autre monument lapidaire <lans la maison de

• VoYcx ci-4ipr«, au tiAe m. Origine et progrès des caractères tCimpresshn.

* A celle i‘i>oque, Gensflcisch, dit Gutleiuberg, travyillnit encore; ear Frosj>er Marchand iiou<» dil [Histoire de f Imprimerie) que Conrad Humery reconnnit, |«r une leiii-e du î5 février 1468, .•voir reçu d’.\dolpbr, archevêque de Mayence, les presse» el ustensile» de Gutlerohcrg.

HKSTOIRE D£ L'IMPRIMERIE.

Jl.

boninont, cl’ou Gullemberg tirait son «lom, et qui, depuis, servait aux écoles de droit. L'inscription était coni;uç en ces termes : *

JC. GDTREUiUlkCESiSl MOGUXTItfO QVI PMMCS 0X5IUM LITTERA!) «Et IXPHlMXNt>&!(. IMVEIflT^ UkC AETE PE OEEI'tOTO BRHE MEJIE5TI IVO WlTlClSri HOC S.«X1.)!II ?EO MOHUMEXTO POSt’IT MOVII.

On a dû remarquer que dans la première «le ces deux épitaphes, composées • k Mayence, il. est question de Gensfleiscb, et dans la seconde, de Guttemberg. Ne serait-ce pas là les deux épitaphes dont parle Mécrman, pour prouver qu’il a réellement existé deux frères du nom de Gensfleiséh, dont le plus jeune avait ajouté à ce nom celui de Guttemberg? Je soumets cette question à mes lecteurs, en leur faisant observer que je n’ai trouvé qu’une seule date de mort ( a4 février 1 468), cl que cette date, les écrivains l’appliquent diversement à Gensfleisch et à Gullemberg. Ceux qui tiennent pour l’existence des deux frères s’accordent à dire que Guttemberg était beaucoup plies jeune que Gensfleisch; et si l’on pouvait'eroire qu'au lieu de substituer une* nouvelle épitaphe à celle qu’Adam Geltb a érigée sur le monument de Gensfleisch l’aîné, Lvo Wittich en a érigé une à la mémoire de Gutteipbcrg, trente-neuf ans après la mort de son frèré, cela éclaircirait les doutes sur lesquels les bibliographes ne cessent d’exercer leur pénétration ilepuis plus de trois %iècles.

On sait que les Hollandais et les 'Allemands ne sont pas les seuls |>euples qui veulent avoir vu naître chez eux l’art de l’Imprihierie; et de même qu’autrefois sept villes de la Grèce se disputaient la gloire d’avoir donné le jour à Homère, de même plusieurs pays réclament rhoniiear attaché à l’immortelle découverte de cet art merveilleux. ■.

Après avoir parcouru tant d’opinions diverses, oh est «tonné, affligé même de l’incertitude qu’elles répandent sur des faits peu reculés, et dont l’importance est de découvrir l’origine d’un art si vaste et si puissant.

Cependant les Abrégés, les Dictionnaires, vont répétant que Guttemberg inventa l’Imprimerie h Mayence en i44o: aucun n’avertit que chaque mot de cette ligne n’est après tout qu’une conjecture. Ils se transmettent comme une formule cet assemblage de circonstances si opposées. Combien de semblables lignes dans l’histoire ! Coipbien de ces résultats ’coui'ts et commodes , dont l’autorité s’ébranle lorsqu’on Ves discute !

Pour moi, qui ai passé trente années dans l’étude et dans l’exercice de la Typographie, je crois pouvoir affirmer qu’il y a injustice de la part des écrivains qui refusent tout à la ville de Harlem, pour tout accorder à la ville de

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