LE TARTUFFE (ACTE I, SCÈNE V
L'apparence du mal a chez eux peu d'appui,1 Et leur âme est portée à juger bien d'autrui. Point de cabale entre eux, point d'intrigues à suivre Os les voit, pour tous soins, se mêler de bien vivre; Jamais contre un pécheur ils n'ont d'acharnement; Ds attachent leur haine au péché seulement, Et ne veulent point prendre, avec un zèle extrême, Les intérêts du ciel plus qu'il ne veut lui-même. Voilà mes gens, voilà comme il en faut user, Voila l'exemple enfin qu'il se faut proposer. Votre homme, à dire vrai, n'est pas de ce modèle: C«t de fort bonne foi que vous vantez son zèle; Mais par un faux éclat je vous crois ébloui. 0bgo5. Monsieur mon cher beau-frère, avez-vous tout dit?
Oléante. Oui.
OiGoiï (ien allant). Je suis votre valet.
Cléantr. De grâce, un mot, mon frère. Laissons là ce discours. Vous savez que Valère Pour être votre gendre a parole de vous? Omoh. Oui.
Cleahtb. Vous aviez pris jour pour un lien si doux. Obgos. Il est vrai.
Cléakte. Pourquoi donc en différer la fête? Oioox. Je ne sais.
Cléaotb. Auriez-vous autre pensée en tête? Okoe. Peut-être.
Cléahtb. Vous voulez manquer à votre foi? Osooîi. Je ne dis pas cela.
Cléamte. Nul obstacle, je croi,8 S? toqs peut empêcher d'accomplir vos promesses. Okoh. Selon.8
Cléaute. Pour dire un mot faut-il tant de finesses? VaJère, sur ce point, me fait vous visiter. Oieos. Le ciel en soit loué!
Cléaute. Mais que lui Teporter?
Obgoh. Tout ce qu'il vous plaira.
Cléante. Mais 0 est nécessaire fc savoir vos desseins. Quels sont-Us donc?
Oboon. De faire ' * que le ciel voudra.
Ol&auto. Mais parlons tout de bon.
Valère a votre foi: la tiendrez-vous, ou non?
Oioos. Adieu.
^ Cléaste ($etd). Pour son amour je crains une disgrâce, & je dois l'avertir de tout ce qui se passe.
An deuxième acte, nous voyons Orgon décidé à manquer de parole à ^*Ww et à marier sa fille à Tartuffe. La résistance qu'il rencontre de * part de Mariane et de toute la famille, ne fait que l'irriter et le for- 'i*r dos ia résolution. Enfin sa femme Elmire fait demander par Do*
1 C'est-à-dire: exerce sur eux peu d'influence, leur fait peu d'impression. 3 Voth page 16, note 8. 3 En prose on dirait: Cest selon.
90 MOUÈBE (1622-1673).
rine un entretien à Tartuffe, dans le dessein de lui faire comprendre qui ce serait à lui d'engager son mari à renoncer à son étrange projet. Lit manière seule dont le poète fait entrer Tartuffe en scène, au troisièrm acte, est un coup de maître, puisqu'elle fait, en un instant, connaître h personnage au spectateur. La servante Donne a bien raison de s'écrier
Que d'affectation et de forfanterie!
quand elle entend Tartuffe dire bien haut à son domestique: Laurent, serres ma haire1 arec ma discipline,1 Et priez que toujours le ciel vous illumine. Si 1 on vient pour me voir, je vais aux prisonniers Des aumônes que j'ai partager les deniers. Tartuffe, qui depuis longtemps nourrit pour Elmire une passion secrète et coupable, est au comble de la joie, lorsqu'il apprend qu'elle veut lui parler. Il écoute à peine ce qu'elle lui dit à propos de Mariane, et il a l'audace de lui faire une déclaration dans des termes à la fois passionnés et impies:
L'amour qui nous attache aux beautés éternelles N'étouffe pas en nous l'amour des temporelles; Nos sens facilement peuvent être charmés Des ouvrages parfaits que le ciel a formés. Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles; Mais il étale en vous ses plus rares merveilles: Il a sur votre face épanché des beautés Dont les yeux sont surpris et les cœurs transportés, Et je n'ai pu vous voir, parfaite créature, Sans admirer en vous l'auteur de la nature, Et d'une ardente1 amour sentir mon cœur atteint, Au plus beau des portraits où lui-même il s'est peint Elmire est fort surprise en entendant ce langage d'un homme qui s'est fait passer jusque là pour un modèle d'austérité. Mie lui impose silence, mais elle veut bien garder le secret sur l'aven criminel qu'il vient de lui faire, à la condition qu'il promette de renoncer à Mariane et de travailler sincèrement à l'union de la fille de son bienfaiteur avec Valère. En ce moment, le jeune Damis, fils d'Orgon, sort brusquement d'une cachette d'où il a entendu tout l'entretien de Tartuffe et d'Elmire. Il ne se sent pas d'aise d'avoir enfin le moyen de confondre l'hypocrite et de détromper son père. Les exhortations de sa belle-mère, oui veut qu'il se taise, ne font aucune impression sur lui, et il éclate aussitôt qu'il aperçoit son père.