‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 125 sur 514 · LE LION ET LE MOUCHEBON · texte numérisé non relu

LE LION ET LE MOUCHEBON

Va-t'en, chétif insecte, excrément de la. terre! C'est en ces mots que le lion Parlait un jour au moucheron.

L'autre lui déclara la guerre.

■ L'on des phw petits oiseaux de l'Europe (ftcraiifihrig). Cependant que; voyez page 17, note 6. a v ent impétueux du nord.

188 LA FONTUNÏ (1621-1696).

Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roi

Me fasse peur ni me soucie?

Un bœuf est plus puissant que toi;

Je le mène & ma fantaisie.

A peine il achevait ces mots,

Que lui-même il sonna la charge,

Fut le trompette et le héros.

Dans l'abord il se met au large;

Puis prend son temps, fond sur le cou

Du lion, qu'il rend presque fou.

Le quadrupède écume, et son œil étincelle; Il rugit. On se cache, on tremble à r environ;

Et cette alarme universelle

Est l'ouvrage d'un moucheron.

Un avorton de mouche en cent lieux le harcelle; Tantôt pique l'échiné, et tantôt le museau,

Tantôt entre au fond du naseau.

La rage alors se trouve à son fatte montée. L'invisible ennemi triomphe, et rit de voir Qu'il n'est griffe ni dent en la bête irritée Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir. Le malheureux lion se déchire lui-môme, Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs, Bat l'air, qui n'en peut mais;1 et sa fureur extrême Le fatigue, l'abat: le voilà sur les dents. L'insecte du combat se retire avec gloire: Comme il sonna la charge, il sonne la victoire, Va partout l'annoncer, et rencontre en chemin

L'embuscade2 d'une araignée;

H y rencontre aussi sa fin.

Quelle chose par là nous peut être enseignée? J'en vois deux, dont l'une est qu'entre nos ennemis Les plus à craindre sont souvent les plus petits; L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire,

Qui périt pour la moindre affaire.

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