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CYCLE CABLOVINGISN, CHANSON DE BOLAND

La plus célèbre des rapsodies héroïques du cycle carlovingien est '* Chanson de Roland que Théboulde (ou Tubold) a peut-être composée dans la seconde moitié du onzième siècle. Roland est celui te paladins de Charîemagne dont l'histoire parle le moins et que la Ptéae a le plus grandi. Le fait historique sur lequel le poème repose «t fort simple. Lorsque Charîemagne repassa les Pyrénées en 788, 4 la suite de son expédition en Espagne, une partie de son arrièrearde et avec elle Rotland5 ou Roland périt dans une embuscade

1 Pointant le français emprunta aux dialectes et surtout au picard a certain nombre de mots qui se sont naturalisés dans la langue littéraire » ctoè" des formes purement françaises dérivant des mêmes mots latins. ta* le latin campus donne en français champ, en picard camp (de là ' r*mpagne, P. campagne) ; L. caput donne F. chef, P. cap, etc.

2 Le même phénomène se produisit en Espagne et en Italie. Le infecte toscan est devenu la langue italienne, celai de CasHUe est devenu •espagnol, tandis que d'un côté le milanais, le sicilien etc., de l'autre le **vraii et Yandalcusien tombaient à l'état de patois.

* D'après Geruzkz, Eist. de la Litt. fr.. Demogeot, Hist. de la

"*. fr. et NI8ARD, Hist. de la Litt. fr. * Voyez page XX, note 3*

s Jbtlandus, britannici limitis praefectus." Eginhard, Vita Caroli Ifyw, Cap. rx.

XXn INTRODUCTION.

dressée par les Basques. Cet obscur combat des gorges de Roncevaux, la légende s'en empare et le transforme en bataille grandiose et terrible. Depuis longtemps les Gallo-Romains, qui étaient devenus les Fronçai», avaient oublié que les Francs étaient un peuple de race étrangère qui les avait conquis les armes à la main. Le grand roi de ce peuple, le Germain Karl, qu'ils se sont depuis entièrement approprié en créant pour lui le nom de Charlemagne, s'était changée en héros national et légendaire de la Gaule.1 Gomme la gloire des Francs était devenue la leur, ils ressentaient aussi les malheurs de ce peuple. L'invincible Roland, dont la légende fait le neveu de Gharlemagne, a succombé à Roncevaux. Gela suffît pour que l'imagination gauloise y voie un de ces grands désastres nationaux qui demandent impérieusement deux choses: une explication et une vengeance. La poésie se charge de la satisfaire: elle explique la défaite par la trahison et la compense, en dépit de l'histoire, par une soudaine et glorieuse revanche. Dans la chanson de Roland, c'est le traître Ganelon qui attire l'élite de l'armée dans un piège. Toutefois, si Roland faisait retentir le son terrible de son olt/anl,' Charlemagne averti rebrousserait chemin. G'est le conseil du brave Olivier, qui dit à Roland:

Cumpainz Rollanz, sunez vostre olifant:

Si V orrat* Caries Ici est as porz passant,

Jo vus plevis,* jab returnerunt Franc!

Mais Roland rejette ce conseil comme une faiblesse indigne de lui :

Ne placet Deu, ço li respunt Rollanz,

Que ço seiiï dit de nul hume vivant

Ne pur païen que ja seie comantP Le combat s'engage: Roland, l'archevêque Turpin, Olivier font des prodiges de valeur, les Francs jonchent lesoldecadavres;maiscommeil3 succombent sous les coups d'ennemis toujours renaissants, Roland sonne enfin de son cor merveilleux. Le roi accourt. 11 n'arrivequ'aprèslamort du héros; mais celui-ci est vengé par la destruction d'une nouvelle et plus formidable armée d'infidèles et par le supplice du traître Ganelon.

CYCLE DE LÀ TABLE BONDE. CYCLE d' ALEXANDRE.

Après le cycle carhmngien, le cycle de la Table ronde est le plus remarquable. Dans la légende bretonne, la Table ronde est un ordre de chevalerie institué par le roi Artus pour la recherche AuSaitti-Graal, c'est-à-dire du vase sacré qui avait servi à la Gène, et dans lequel Joseph d'Arimathie avait recueilli quelques gouttes du sang de Jésus-Christ pendant sa passion. Merlin, Tristan, Lancelot du Lac, Perceval sont les principaux poèmes de ce cycle. L'auteur des deux derniers poèmes est Chbestibn de Tboyes, un des plus féconds trouvères de cette période.

A côté des poèmes qui célèbrent Charlemagne et Artus, on rencontre d'autres épopées sur les exploits d'Alexandre. Ge prince, élevé par les âges précédents aux proportions d'un héros mythologique, prend au moyen âge le caractère chevaleresque. Dans le Roman9 d* Alexandre %

1 Voyez Augustin Thierry, page 534 de ce Manuel.

2 Cor d'ivoire: le mot est corrompu du latin elephas; v. p. 571.

8 Ainsi l'entendra (ouïra). * Garantis. 6 Ja (jam): aussitôt.

6 Que cela soit. 7 Que jamais j'aie été sonnant du cor.

8 Le mot roman, qui désigne proprement un écrit en langue romane, c'est-à-dire provençale, est ensuite employé, au moyen âge, pour tout poème du genre narratif.

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