‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 148 sur 514 · MADAME DE MAINTENON · texte numérisé non relu

MADAME DE MAINTENON

FRANÇOISE D'AUBIGNÉ, plus tard marquise de MAINTENON, fille d'un gentilhomme huguenot et petite-fille d1 Agrippa d'Aubigné,2 on des compagnons d'armes de Henri IV, naquit en 1635, dans la prison de Niort, en Poitou, où ses parents étaient détenus. A lâge de quatre ans, elle fut menée par eux à la Martinique. Revenue en Europe après la mort de son père, et confiée aux soins d une tante, fervente calviniste, la jeune d'Aubigné, qui, dans la prison, avait été baptisée par un prêtre catholique, embrassa le protestantisme. Retirée de chez cette tante et mise au couvent des Ursulines à Niort, pour être convertie, elle abjura sa religion après une longue résistance, et se fit catholique. Quand la mort de sa mère Feut laissée orpheline, elle vécut dans un état voisin de la misère jusqu'en 1652. A cette époque le poète Scarron,8 homme infirme et presque entièrement paralysé, l'épousa pour lui servir de protecteur.

Dans la maison de son mari, qui était le rendez-vous des écrïrains et des beaux-esprits de Paris, la jeune femme trouva l'occasion de perfectionner son esprit naturel et de combler les lacunes de sa première éducation. Demeurée veuve, après huit ans de mariage, elle serait retombée dans la misère, si le roi ne lui avait, à la prière de Mme de Montespan, sa favorite, continué la modeste pension de son mari. En 1669 elle fut chargée par le roi d'élever secrètement les enfants de Mme de Montespan, s'acquitta de ce soin avec zèle et succès, et acquit de jour en jour plus de crédit auprès du roi, qu'elle charmait surtout par l'agrément et la solidité de sa conversation. Elle finit par supplanter la Marquise de Montespan, dont les caprices fatiguaient d'ailleurs Louis XIV depuis longtemps, et qui tomba entièrement en disgrâce en 1681. Déjà en 1674, la veuve Searron put, grâce aux bienfaits de Louis XIV, acheter la terre de Maintenon, que le roi érigea plus tard en marquisat. Après la mort de la reine, arrivée en 1683, le roi s'unit avec Mme de Maintenon par un mariage secret, qui fut probablement conclu en 1686, lorsqu'elle avait 50 ans. Elle eut une grande influence sur le roi, et en abusa souvent pour s'immiscer dans les affaires d'État; mais elle n'en usa jamais pour son intérêt personnel et rarement pour celui de ses parents. Elle donna à la cour l'exemple d'une dévotion austère, qui peut-être a été sincère de sa part, mais qui, à Versailles, mit bientôt l'hypocrisie à l'ordre du jour. On lui reproche surtout, mais peut-être à tort, d'avoir poussé le roi à la funeste révocation de l'Édit de Nantes, en 1685. Depuis 1675, Mme de Maintenon avait recueilli des demoiselles nobles et pauvres pour se charger de leur éducation. Peu à peu le roi s'intéressa à cette œuvre, et en 1685, Mme de Maintenon put fonder à Saint-Cyr, près de Versailles, une maison religieuse

1 D'après la Biographie universelle. 3 Voyez page XL Vil.

8 Scarron (1610 — 1660), connu par des poésies et des ouvrages en prose, do genre burlesque. Le Roman comique est ce qu'il a fait de mieux.

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