VI. A LA PRINCESSE DES URSINS
Marly, le 11° septembre 1715.
Vous avez bien de la bonté, madame, d'avoir pensé à moi dans le grand événement qui vient de se passer;8 il n'y a qu'à baisser la tête sous la main qui nous a frappés.
Je voudrais de tout mon cœur, madame, que votre état fût aussi heureux que le mien. J'ai vu mourir le Roi comme un saint et comme un héros. J'ai quitté le monde, que je n'aimais pas; je suis dans la plus aimable retraite que je puisse désirer, et partout, madame, je serai, toute ma vie, avec le respect et l'attachement que je tous dois, votre très humble et très obéissante servante.
1 La princesse des Ureins (1643 — 1722) joua, par ses intrigues, un grand rôle à la cour de Madrid jusqu'en 1714, année où Elisabeth Farnèse, seconde femme de Philippe V, la fit conduire hors des frontières d'Espagne.
2 Makontent a vieilli et est aujourd'hui remplacé par mécontent; mais il se trouve encore très souvent dans les écrivains du 17« siècle.
Le renard malcontent de son stratagème, la fontaine.
Elle est contente et maicontente dix fois par semaine, mne de sévigné. * La mort de Louis XIV, le 1« septembre 1715.
JACQUES BÉNIGNE BOSSUET naquit à Dtfon, en 1627, d'une i^nille de magistrats. Après avoir fiait ses premières études dans un allège dirigé par les jésuites, il vint à Paris pour étudier la théologie i la Sorbonne. Il s'y distingua tellement que les beaux esprits de 1 hôtel de Rambouillet2 voulurent l'entendre. Sur un texte donné à, '. improviste, le jeune Bossuet débita, après une courte préparation, 'iii sermon qui émerveilla ses auditeurs. Il était onze heures du soir, »t l'orateur avait à peine seize ans; ce qui fit dire à Voiture,8 qui .* manquait jamais l'occasion de placer un bon mot, qu'il n'avait -ncore entendu prêcher ni si tôt ni si tard.
Après avoir subi des épreuves publiques qui attirèrent sur lui l'at- 'tiition générale et lui concilièrent l'amitié du grand Condé, Bossuet :jt reçu docteur en théologie. Il quitta Paris pour Metz, où son père était conseiller au parlement, et, pendant plusieurs années, son zeie fit prospérer la mission établie dans cette ville pour la conver* son des protestants. Ce fut Bossuet qui convertit Turenne au cathol/.isme. Il reparut à Paris, âgé de 32 ans, et, pendant dix années, a prêcha dans les églises de la capitale et à la cour. Bossuet ne "►garda point comme des œuvres littéraires ses sermons souvent im- ;rorisés. On imprima, après sa mort, ce qu'on en trouva écrit parmi -*» papiers. Ce ne sont souvent que des esquisses et cependant, •a&ne sous cette forme imparfaite, ces sermons portent l'empreinte :"ane solide et mâle éloquence.
En 1669, Bossuet fut nommé évèque de Condom et prononça les faisons funèbres d'Henriette de France, reine d'Angleterre, et d'Hen* rirtte d'Angleterre, duchesse d'Orléans. U ne put prendre possession '.« son évôché; car en 1670 il fut nommé précepteur du Dauphin, bans cette nouvelle charge, Bossuet ne négligea rien, sinon de s'abaisser iq niveau de l'intelligence de son royal élève, dont les talents étaient *rpg médiocres et qui n'avait guère de goût pour l'étude. C'est ?>or ce jeune prince qu'il composa, entre autres ouvrages, le Discourt W Fhistoire universelle. En 1671, Bossuet entra à l'Académie, et, yu&é l'éducation du Dauphin fut terminée, en 1681, il fut nommé i iévêché de Meaux.4 Il se livra tout entier aux soins de l'épiscopat, tt de fréquentes prédications et rédigea un catéchisme connu sous le '.cm de catéchisme de Meaux. En 1682, il joua un rôle marquant iias la célèbre assemblée du clergé qui détermina les rapports du **intr6iège et de la royauté. Ce fut Bossuet qui rédigea les quatre -Aides de la déclaration qui fixa les limites longtemps indécises du pouvoir spirituel des papes et du pouvoir temporel des rois. Dans .~s années suivantes, il prononça les oraisons funèbres de la reine Marie-Thérèse, épouse de Louis XIV (1683), de la princesse palatine i'£5), do chancelier Michel Le Tellier (1686), et enfin du prince de ■onde (1686). Il composa aussi plusieurs écrits théologiques.
1 D'après Geruzez, Études. 2 V. p. 63. » V. Introduction, p. XLVTII. 4 Mtamx, ville située sur la Marne, an nord-est de Paris.
Dans les dernières années de sa vie, Bossuet combattit certaines
doctrines mystiques connues sous le nom dequiétùme, et il se trouva
, par là engagé dans une lutte fâcheuse avec Fénelon, qui défendait ces
doctrines. Il conserva jusqu'à la fin toute la vigueur de son esprit,
et mourut en 1704.