‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 170 sur 514 · NOTICE SUR LES TROIS UNITÉS · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LES TROIS UNITÉS

Les trois unités sont: V unité d'action, V unité de temps et V unité de lieu. On a toujours été d'accord sur la première, qui veut qu'une pièce ne traite qu'une action principale, que l'intérêt des spectateurs puisse se concentrer sur une seule intrigue. Quant aux deux autres, les anciens Grecs ont été amenés à les observer par la nature de leur théâtre. En Grèce, les représentations théâtrales étaient originairement un culte, qui se concentrait autour de l'autel du dieu Dionysos (Bacchus). De là Vunité de lieu, c'està-dire que la pièce tout entière se passait sur une seule et même place et qu'il n'y avait pas de changement de scène. La tragédie grecque faisait une large part à l'action du chœur, composé d'hommes ou de femmes habitant les environs du lieu de l'action. De là l'unité de temps, la participation du chœur n'étant plus vraisemblable si l'action durait plus de vingt-quatre heures. Ainsi, chez les anciens, les unités n'étaient pas des lois antérieures à la tragédie, elles n'en étaient que l'effet. Ajoutons que môme les Grecs n'ont pas toujours observé l'unité de lieu et qu'il y a changement de scène dans plusieurs pièces de Sophocle et d'Euripide.

Les écrivains français de l'école qui se dit classique ont donc commis une grande erreur en proclamant les règles des trois unités comme des lois suprêmes, nécessaires au théâtre de tout temps et de toute nation,

1 La tragédie d'Aihahe est reproduite dans la ChrestomaMe publiée par l'auteur de ce Manuel et destinée à l'usage des classes intermédiaires.

2 Voyez lessing. Hamburgische Dramaturgie, p. 46 et. dans ce Manuel, l'article Victor Hugo, IL, Vtéface de OromweU, les Unités (v. page 597).

NOTICE SUR LES TROIS UNITES, ANDBONAQUE (iV, III). 167

kis desquelles il n'y aurait point de salut. Boileau a formulé cette loi, <ia'fl croit fondamentale, dans ces deux vers:

Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli (Art poétique, m, 45.) Cependant la stricte observation des règles créait souvent des diffilités insurmontables aux plus enthousiastes de leurs partisans, à ceux qui raient horreur de toute pièce où il fallait baisser le rideau dans les t-tfr'actes pour opérer un changement de scène. Us cherchèrent alors des kxommodemente avec l'autorité tyrannique à laquelle ils s'étaient eux-mêmes soamig. Us inventèrent un lieu, pour ainsi dire indéfini, qui est partout < nulle part et où naturellement il n'est pas difficile de faire passer toute action; Os inventèrent de môme une journée indéfinie à leur usage, où le jotàl ne se couche pas plus que les personnages de la pièce, et où l'on ï*si impunément accumuler plus d'événements qu'il ne s'en passe ordinairement dans l'espace d'un mois. En d'autres termes, ils aimèrent ■lieox être absurdes que d'avouer la fausseté de leur règle.

Quant aux tragédies de Racine, la plupart sont du petit nombre des ;&%s classiques, auxquelles la stricte observation des unités de temps et <ie heu ne fait guère de tort. La raison en est dans la simplicité de ses ««jets, qui sont presque toujours choisis de telle sorte que le poète rendre les unités sans se donner la peine d'en chercher l'application. Du ^st« Racine n'a pas observé l'unité de lieu dans la tragédie iïEsther. raiœille Ta négligée souvent, p. e. dans le Oid et dans le Menteur.

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