‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 172 sur 514 · ORESTE, HERMIONE · texte numérisé non relu

ORESTE, HERMIONE

Obibte. Ah! Madame, est-il vrai qu'une fois

'teste en tous cherchant obéisse à vos lois? N> m'a-t-on point flatté d'une fausse espérance? Avez-vous en effet souhaité ma présence? rroiraije que vos yeux, à la fin désarmés, Veulent ....

Je veux savoir, Seigneur, si vous m'aimez.

166 RACINE <Mtt-l«9*.

Okeste. Si je tous aime? 6 dieux! mes serments, mes pagures, Ha fuite, mon retour, mes respects, mes injures, Mon désespoir, mes yeux de pleurs toujours noyés, Quels témoins croirez-yous, si tous ne les croyez?

Hbrmionb. Vengez-moi, je crois tout.

Obbste, Hé bien! allons, Madame:

Mettons encore un coup toute la Grèce en flamme; Prenons, en signalant mon bras et votre nom, Vous, la place d'Hélène, et moi, d'Agamemnon. De Troie en ce pays réveillons les misères; • Et qu'on parie de nous, ainsi que de nos pères. Partons, je suis tout prêt.

Heemone. Non, Seigneur, demeurons:

Je ne veux pa6 si loin porter de tels affronts. Quoi? de mes ennemis couronnant l'insolence, J'irais attendre ailleurs une lente vengeance? Et je m'en remettrais au destin des combats, Qui peut-être à la fin ne me vengerait pas? Je veux qu'à mon départ toute l'Épire pleure. Mais si vous me vengez, vengez-moi dans une heure. Tous vos retardements sont pour moi des refus. Gourez au temple. Il faut immoler ....

Oreste. Qui?

Hseuione. Pyrrhus.

Oreste. Pyrrhus, Madame?

Hermioke. Hé quoi? votre haine chancelle? Ah! courez, et craignez que je ne vous rappelle. N'alléguez point des droits que je veux oublier; Et ce n'est pas à vous à le justifier.

Obbste. Moi, je l'excuserais? ah! vos bontés, Madame, Ont gravé trop avant ses crimes dans mon âme. Vengeons-nous, j'y consens, mais par d'autres chemins. Soyons ses ennemis, et non ses assassins: Faisons de sa ruine une juste conquête.1 Quoi? pour réponse aux Grecs porterai-je sa tête? Et n'ai-je pris sur moi le soin de tout l'État Que pour m'en acquitter par un assassinat? Souffrez, au nom des dieux, que la Grèce s'explique, Et qu'il meure chargé de la haine publique. Souvenez-vous qu'il règne, et qu'un front couronné ...

Hsrmione. Ne vous suffît-il pas que je l'ai condamné?2 Ne vous suffit-il pas que ma gloire offensée Demande une victime à moi seule adressée; Qu'Hermione est le prix d'un tyran opprimé;8

1 r Oreste veut qu'on fasse à Pyrrhus une guerre légitime, et que ls Grèce le perde justement par la conquête de ljÊpire.tt geruzez.

2 „La grammaire veut le subjonctif après l'impersonnel il suffit; mai3 la passion veut et commande l'indicatif, et le veut si bien, qu'elle l'emploie trois fois de suite: demande, est le prix, que je le hais," oSKUZCZ.

8 Le prix d'un tyran opprimé est un latinisme très hardi pour: U prix, la récompense accordée à l'oppression (c'est-à-dire an meurtre) du tyran,

ANDROMAQUB (iCTE IV, SCÈNE m). 169

Que je le hais; enfin, Seigneur, que je l'aimai? Je ne m'en cache point: l'ingrat m'avait su plaire, N>it qu'ainsi l'ordonnât non amour ou mon père, N'importe; mais enfin réglez-vous là-dessus. Malgré mes vœux, Seigneur, honteusement déçus, Malgré la juste horreur que son crime me donne, Tant qu'il vivra craignez que je ne lui pardonne. pontes jusqu'à sa mort d'un courroux incertain: "'il ne meurt aujourd'hui, je puis l'aimer demain.

Obbste. Hé bien! il faut le perdre, et prévenir sa grâce, H faut ... . Hais cependant que faut-il que je fasse? r'ftmment puis-je sitôt servir votre courroux? Quel chemin jusqu'à lui peut conduire mes coups? A peine suis-je encore arrivé dans l'Épire, Vous voulez par mes mains renverser un empire; Tous voulez qu'un roi meute, et pour son châtiment Vgqs ne donnez qu'un jour, qu'une heure, qu'un moment. Au yeux de tout son peuple il faut que je l'opprime!1 Laissez-moi vers l'autel conduire ma victime,* If ne m'en défends plus; et je ne veux qu'aller Reconnaître la place où je dois l'immoler. ■>tte nuit je vous sers, cette nuit je l'attaque.

Herwohe. Mais cependant ce jour il épouse Andromaque. Dans le temple déjà le trône est élevé ; Sa honte est confirmée, et son crime achevé. Enfin qu'attendez-vous? il vous offre sa tète: Sans gardes, sans défense il marche à cette fête; Intour du fils d'Hector il les fait tous ranger; 0 s'abandonne au bras qui me voudra venger. Vooiez-vous, malgré lui, prendre soin de sa vie? Armez, avec vos Grecs, tous ceux qui m'ont suivie; Soulevez vos amis: tous les miens sont à vous. fi me trahit, vous trompe, et nous méprise tous. Hais quoi? déjà leur haine est égale à la mienne: Ele épargne à regret l'époux d'une Troyenne. Pariez: mon ennemi ne vous peut échapper, On plutôt fl ne faut que les laisser frapper. Conduisez ou suivez une fureur si belle; Revenez tout couvert du sang de l'infidèle: Allez: en cet état soyez sûr de mon cœur.

Orïstz. Hais, madame, songez ....

Herhohs. Ah! c'en est trop, Seigneur.

Tant de raisonnements offensent ma colère.2 •1 ai voulu vous donner les moyens de me plaire, Hendre Oreste content; mais enfin je vois bien OT veut toujours se plaindre, et ne mériter rien, i'artez: allez ailleurs vanter votre constance, Et me laissez ici le soin de ma vengeance.

1 Ceetri-dire: il faut que je le tue: opprimer dans le sens latin de opirimen. » Expression hardie et poétique: en prose on dirait: Tant de ftrancments m'offensent dans ma juste colère ou: excitent ma colère.

De mes lâches bontés mon courage est confus,

Et c'est trop en un jour essuyer de refus.

Je m'en vais seule au temple, où leur hymen s'apprête.

Où vous n'osez aller mériter ma conquête.

Là, de. mon ennemi je saurai m'approcher:

Je percerai le cœur que je n'ai pu toucher;

Et mes sanglantes mains, sur moi-même tournées,

Aussitôt, malgré lui, joindront nos destinées;

Et, tout ingrat qu'il est, il me sera plus doux

De mourir avec lui que de vivre avec vous.

Oreste. Non, je vous priverai de ce plaisir funeste, Madame: il ne mourra que de la main d'Oreste. Vos ennemis par moi vont vous être immolés, Et vous reconnaîtrez mes soins, si vous voulez.

Hebhione. Allez. De votre sort laissez-moi la conduite, Et que tous vos vaisseaux soient prêts pour notre fuite.

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