‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 173 sur 514 · ORESTE, HERMIONE · texte numérisé non relu

ORESTE, HERMIONE

Oreste. Madame, c'en est fait, et vous êtes servie: Pyrrhus rend à l'autel son infidèle vie.

Heriûone. H est mort?

Oreste. H expire; et nos Grecs irrités Ont lavé dans son sang ses infidélités. Je vous l'avais promis; et quoique mon courage Se fit de ce complot une funeste image, J'ai couru vers le temple, où nos Grecs dispersés Se sont jusqu'à l'autel dans la foule glissés. Pyrrhus m'a reconnu. Mais sans changer de face,1 Il semblait que ma vue excitât son audace, Que tous les Grecs, bravés en leur ambassadeur, Dussent de son hymen relever la splendeur. Enfin avec transport prenant son diadème, Sur le front d'Andromaque il l'a posé lui-même. >Je vous donne, a-t-il dit, ma couronne et ma foi: Andromaque, régnez sur l'Épire et sur moi. Je voue à votre fils une amitié de père; J'en atteste les dieux, je le jure à sa mère. Pour tous mes ennemis je déclare les siens, Et je le reconnais pour le roi des Troyens.« A ces mots, qui du peuple attiraient le suffrage, Nos Grecs n'ont répondu que par un cri de rage; L'infidèle s'est vu partout envelopper, Et je n'ai pu trouver de place pour frapper. Chacun se disputait la gloire de l'abattre. Je l'ai vu dans leurs mains quelque temps se débattre, Tout sanglant à leurs coups vouloir se dérober; Mais enfin à l'autel il est allé tomber.

1 En prose on dirait: sans changer de visage.

ANDBOMAQUB (ACTE Y, SCÈNE IIl). 171

Du peuple épouvanté j'ai traversé la presse Pour venir de ces lieux enlever ma princesse, Et regagner le port, où bientôt nos amis Tiendront couverts du sang que je vous ai promis.

Hek»05E. Qu'ont-ils fait?

Ore8TE. Pardonnez à leur impatience:

lis ont, je le vois bien, trahi votre vengeance. V<rag vouliez que ma main portât les premiers coups, Qa'il sentit en mourant qu'il expirait pour vous; Mai? c'est moi dont l'ardeur leur a servi d'exemple: Je les ai pour vous seule entraînés dans le temple, Madame; et vous pouvez justement vous flatter ïïone mort que leurs bras n'ont fait qu'exécuter. Voos seule avez poussé les coups ....

Hermone. Tais-toi, perfide, Et n'impute qu'à toi ton lâche parricide. 1 Va faire chez tes Grecs admirer ta fureur: Va, je la désavoue, et tu me fais horreur. Hirbare, qu'as-tu fait? avec quelle furie A*-tu tranché le cours d'une si belle vie? Avez-rous pu, cruels, l'immoler aujourd'hui, Sans que tout votre sang se soulevât pour lui? &i* parle: de son sort qui t'a rendu l'arbitre? Pourquoi l'assassiner? qu'a-t-il fait? à quel titre? *n te l'a dit?

Oreste. Oh dieux! quoi? ne m'avez-vous pas Vjus-mème, ici, tantôt, ordonné son trépas?

Hiemione. Ah! fallait-il en croire une amante insensée? Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée? Et ne voyais-tu pas, dans mes emportements, <#* mon cœur démentait ma bouche à tous moments? (^an<i je l'aurais voulu, fallait-il y souscrire? Vis-tu pas dû cent fois te le faire redire? Toi-même avant le coup me venir consulter, V revenir encore, ou plutôt m'éviter?

Sl% oe me laissais-tu le soin de ma vengeance? <W t'amène en des lieux où l'on fuit ta présence? Voilà de ton amour le détestable fruit: Ta m'apportais, cruel, le malheur qui te suit. r<*t toi dont l'ambassade à tous les deux fatale, l'a lait pour son malheur pencher vers ma rivale. N<mg le verrions encor nous partager ses soins; Il m'aimerait peut-être, il le feindrait du moins. Adieu. Tu peux partir. Je demeure en Épire, •k renonce à la Grèce, à Sparte, à son empire, A toute ma famille; et c'est assez pour moi, Traître, qu'elle ait produit un monstre comme toi.9

1 Le régicide (meurtre d'un roi) était regardé comme un parricide 3 Var. des éditeurs: Traître, qu'elle ait produit un monstre tel que toi.

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