ACTE m, SCÈNE Vin
NÉRON, BBITÀNNICU8, JUNIE.
Nébon. Prince, continuez des transports si charmants. Je conçois vos bontés par ses remercîmente, Madame: à. vos genoux je viens de le surprendre. Mais il aurait aussi quelque grâce à me rendre: Ce lieu le favorise, et je vous y retiens Pour lui faciliter de si doux entretiens.
Britannicus. Je puis mettre à ses pieds ma douleur ou ma joie Partout où sa bonté consent que je la voie; Et l'aspect de ces lieux où vous la retenez N'a rien dont mes regards doivent être étonnés.
Nébon. Et que vous montrent-ils qui ne vous avertisse Qu'il faut qu'on me respecte et que l'on m'obéisse?
Britannicus. Us ne nous ont pas vu l'un et l'autre élever, Moi pour vous obéir, et vous pour me braver; Et ne s'attendaient pas, lorsqu'ils nous virent naître, Qu'un jour Domitius me dût parler en maître.1
bine Germanici filia, inde debilis Burrhus et exsul Seneca, trunca scilicet manu et professoria lingua çeneris humani regimen expostulantes."
1 Néron .(Lucius Domitius Nero) était fils de Domitius JBnobarbus et d'Agrippine, qui épousa en secondes noces l'empereur Claude. Quelque temps après l'adoption de Néron par Claude, le jeune Britannicus avait témoigné son déplaisir, en saluant son frère adoptif du nom de Domitius : „Obvii inter se Nero Britannicum nomine, Ole Domitium salutavere. . Quod ut discordi» initinm Agrippina multo qnestu ad xnaritum defert" {Ann. XII, c. 41.)
BBITANN1CUS (ACTK DI, SCÈNE YIH). 170
Nébon. Ainsi par le destin nos vœux sont traversés; J'obéissais alors, et tous obéissez.
Si tous n'avez appris à tous laisser conduire, Vous êtes jeune encore, et Ton peut vous instruire.
Bhtannicus. Et qui m'en instruira?
Néron. Tout l'empire à la fois, Borne.
Britannicus. Borne met-elle au nombre de vos droits Tout ce qu'a de cruel l'injustice et la force, Les emprisonnements, le rapt et le divorce?
Nébon. Borne ne porte point ses regards curieux Jusque dans des secrets que je cache à ses yeux. Imitez son respect.
Butannicus. On sait ce qu'elle en pense.
Nébon. Elle se tait du moins: imitez son silence.
Butannicus. Ainsi Néron commence à ne se plus forcer.
Nébon. Néron de vos discours commence à se lasser.
Britannicus. Chacun devait bénir le bonheur de son règne.
Nébon. Heureux ou malheureux, il suffît qu'on me craigne.
Butannicus. Je connais mal Junie, ou de tels sentiments Ne mériteront pas ses applaudissements.
Nébon. Du moins, si je ne sais le secret de lui plaire, Je sais l'art de punir un rival téméraire.
Butannicus. Pour moi, quelque péril qui me puisse accabler, Sa seule inimitié peut me faire trembler.
Nébon. Souhaitez-la: c'est tout ce que je vous puis dire.
Beitannicus. Le bonheur de lui plaire est le seul où j'aspire.
Nébon. Elle vous l'a promis, vous lui plairez toujours.
fiBrrimcuB. Je ne sais pas du moins épier ses discours. Je la laisse expliquer1 sur tout ce qui me touche, Et ne me cache point pour lui fermer la bouche.
Nébon. Je vous entends. Hé bien, .gardes 1
Junie. Que faites-vous?
C'est votre frère. Hélas! c'est un amant jaloux, seigneur, mille malheurs persécutent sa vie. Ai! son bonheur peut-il exciter votre envie? offrez que de vos cœurs rapprochant les liens, h me cache à vos yeux et me dérobe aux siens, ït fuite arrêtera vos discordes fatales; ^igneur, j'irai remplir8 le nombre des Vestales. S* foi disputez plus mes vœux infortunés: ^«oifrez que les dieux seuls en soient importunés.
Nébon. L'entreprise, Madame, est étrange et soudaine. ^tts son appartement, gardes, qu'on la remène.8 '•iriez Britannicus dans celui de sa sœur. Btrruuaccs. Cast ainsi que Néron sait disputer un cœur.
1 En prose on dirait: Je la laisse s'expliquer.
: Remplir pour compléter est un latinisme „implere numerum". — Ce i. <fe Juie prépare le spectateur au dènoûment; v. page 187.
1 Rememer veut dire mener, conduire une personne au lieu où elle j
'' * raparavsnt; cette forme est moins usitée que ramener* i
180 RACINE (1639-1ÔW).
Junie. Prince, sans l'irriter, cédons à cet orage. Nébon. Gardes, obéissez sans tarder davantage.
Au quatrième acte, Agrippine est enfin en présence de Néron. Elle lui rappelle par quels moyens elle Ta élevé a l'empire 4 la place de BritannicùiB, après avoir épousé en secondes noces l'empereur Claude. Agrippine prétend même qu'elle oe rechercha cette illustre alliance que dans la pensée de travailler à l'élévation de son fils Néron.