ACTE V, SCÈNE V
BCBBHUS.
A peine l'empereur a tu Tenir son frère, Il se lève, il F embrasse, on se tait, et soudain César prend le premier une ooupe à la main: »Pour achever ce jour sous de meilleurs auspices, Ma main de cette coupe épanche les prémices, Dit-il; dieux, que j'appelle à cette effusion, Venez favoriser notre réunion, c Par les mêmes serments Britannicus se lie; La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie; Mais ses lèvres à peine en ont touché les bords, Le fer ne produit point de si puissants efforts, Madame: la lumière à ses yeux est ravie; Il tombe sur son lit1 sans chaleur et sans vie. Jugez combien ce coup frappe tous les esprits: La moitié s'épouvante et sort avec des cris; Mais ceux qui de la cour ont un plus long usage Sur les yeux de César composent leur visage. Cependant2 sur son lit il demeure penché; D'aucun étonnement 0 ne paraît touché:
»Ce mal dont vous craignez, dit-il, la violence, A souvent sans péril attaqué son enfance, c* Narcisse veut en vain affecter quelque ennui, Et sa perfide joie éclate malgré lui.
Pour moi, dût l'empereur punir ma hardiesse, D'une odieuse cour j'ai traversé la presse; Et j'allais, accablé de cet assassinat, Pleurer Britannicus, César et tout l'État.
Ce récit achevé, Néron a la hardiesse de se présenter devant sa mère et de feindre l'indignation quand elle lui dit:
Britannicus est mort empoisonné:
Narcisse a fait le coup, vous l'avez ordonné. Narcisse, à son tour, entreprend de justifier la mort de Britannicus; mais Agrippine l'interrompt et s'écrie:
Agrippine. Poursuis, Néron! avec de tels ministres,
Par des faits glorieux tu te vas signaler. Poursuis. Tu n'as pas fait ce pas pour reculer. Ta main a commencé par le sang de ton frère; Je prévois que tes coups viendront jusqu'à ta mère.*
1 Tridmium (lit de table pour trois personnes). -* Bsndant ce temps.
8 „Illic epulante Britannico, quia abos potusque eius delectos ex ministris gustu explorabat, ne omitteretur institutum, ant utriusque morte proderetur scelus, talis dolus reportas est. Innoxia adhuc ac preoalida et libata gustu potio traditur Britannico. Dein, postquam fervore aapernabatur, frigida in aqua adfunditur venenum; quod ita cunctos eius artua pervasit ut vox pariter et spiritus raperentur. Trepidatur a circumsedentibus: dinugiunt imprudentes; at quibus altior intellectus, résistant defixi, et Neronem intuentes. Ille ut erat reclinis et nescio similis, Bolitum ita, ait, per comitiatem morbum quo prima ab infantia adflictaretur Britannicus, et redituros paulatim visus sensusque." (Tacite, Annales, XIH, 16.)
4 Le meurtre d'Agrippine est raconté par Tacite (Annales, XIV, 1 — S),
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Dans le fond de ton cœur je sais que tu me hais; Tu voudras t'affranchir du joug de mes bienfaits. Mais je veux que ma mort te soit même inutile. Ne crois pas qu'en mourant je te laisse tranquille. Borne, ce ciel, ce jour que tu reçus de moi, Partout, à tout moment, m'offriront devant toi. Tes remords te suivront oomme autant de furies* Ta croiras les calmer par d'autres barbaries; Ta foreur, s'irritant soi-même1 dans son cours, D'an sang toujours nouveau marquera tous tes jours. Mais j'espère qu'enfin le ciel, las de tes crimes, Ajoutera ta perte à tant d'autres victimes; Qu'après Vôtre couvert de leur sang et du mien, Tu te Terras forcé de répandre le tien; Et ton nom paraîtra, dans la race future, Ain plus cruels tyrans une cruelle injure. Voilà ce que mon cœur se présage de toi.
Néron, après avoir écouté sans sourciller les imprécations de sa mère, * hâte d'aller auprès de Junie pour recueillir le fruit de son crime. Mais il ipprend que la jeune princesse s'est dérobée à ses poursuites, que le peuple h prise sous sa protection et a mis en pièces Narcisse, qui voulait l'em- Ptther d'arriver an temple, où elle allait prendre place parmi les Vestales.
Ce dénoûment fut reproché à Racine dès la première représentation 4* u tragédie. On lui rappela que les jeunes filles destinées au culte de y«U n'étaient pas reçues au-dessus de dix ans, que le nombre en était buté, enfin qu on n'entrait pas an temple de Vesta comme on entre au curent Dans la seconde préface qui précède sa pièce, Racine répond à *5 critiques que le peuple romain, prenant Junie sous sa protection, poufait, en considération de la naissance, de la vertu et des malheurs de cette jeune fille, la dispenser de l'Age prescrit par les lois, comme il avait tant fc fois dispensé de l'âge pour le consulat Mais le poète oublie que, si le pttple romain était souverain du temps de la république, il n'était plus fia mus les empereurs, et qu'il ne pouvait plus accorder aucune dispense.
m. MITHRIDATE.
(is7a)
Les derniers combats de Mithridate VI, Eupator, surnommé le Grand, «mire les Romains, voilà le fond historique de cette tragédie. On sait que Hitiuidate, après avoir été^ vaincu, Tan 66, par Pompée près du Lycua, s'eafint dans le royaume du Bosphore où régnait un de ses fils. Le vieux fti, teé de GO ans, exhorta ses soldats à porter la guerre au sein même fc 1 Italie; fl voulait y pénétrer par la Thrace et entraîner avec lui les tataes et les peuples sujets des Romains. Mais les soldats, enrayés fan* entreprise si hardie, se révoltèrent et proclamèrent roi son fils ftaniace. Mithridate, *au désespoir, prit du poison; la liqueur mortelle totaat sans eflet, il se fit tuer par un Gaulois, l'an 64 av. J.-G.
Dans la tragédie de Racine, Pharnace et Xipharès, fils de Mithridate, ?w de deux mères différentes, aiment tous les deux Monhne, jeune Grecque c a» grande beauté à laquelle Mithridate a destiné le titre et la dignité 4* reine. Pharnace, ami des Romains, traître envers sa patrie et envers >*pto, ose avouer son amour à Monime, qui le repousse. Xipharès, fils '-feiauBt et soumis, a aimé Monime avant qu'elle fût destinée à son père.
» On dirait aujourd'hui: elk-tnême.