V. PHÊDKE
En composant Fhèdre, Racine avait sous les yeux deux tragédie; anciennes intitulées toutes les deux Hippolyte: Tune, tragédie grecque d'Euripide; l'autre, tragédie latine, vulgairement attribuée à Bénèque. L< sujet en est la mort funeste d'Hippolyte, fils de Thésée et d'Antiope, rein< des Amazones. Thésée, qui s'était marié avec Phèdre, fille de Minos et sœur d'Ariane, a laissé sa jeune épouse à Trésène, en Argolide, sou: la garde de son fils Hippolyte. Celui-ci, devenu l'objet d'une passion cou pable de la part de. sa belle-mère, repousse ses avances avec horreur.
1 C'est à Clytemnestre qu'Ulysse fait ce récit.
PHÈDRE (ACTE I, SCÈNE m). 193
Phèdre, pour se venger, l'accuse auprès de Thésée d'avoir voulu la séduire. Le roi, indignement trompé, appelle sur son fils la vengeance de Neptune, et ce dieu, pour punir le fils criminel, fait sortir de Fa mer un monstre «freux qui effraye ses chevaux. Ils prennent le mors aux dents; Hippolyte, tombé de son char et embarrassé dans les rênes, est traîné à trirers les rochers et périt horriblement mutilé.
Racine a emprunté plusieurs détails à la tragédie latine, mais il a pris surtout pour modèle Y Hippolyte d'Euripide, qu'il n'a pourtant pas sffrilement imité. Le poète français a détourné d'Hippolyte sur Phèdre toct l'intérêt du spectateur. Celle-ci devient le principal personnage de "i tragédie. Du reste, c'est dans le caractère de Phèdre qu'il s'est le moins éloigné du poète grec, et l'on peut même dire que, dans les parties de la pis* qui mettent en scène la coupable épouse de Thésée, Racine a renchéri *r son modèle. En effet, cette femme poussée par la fatalité à un amour fait elle comprend elle-même toute l'horreur, cette femme, qui ne s'abandocne à sa passion qu'après de violents combats, et lorsqu'elle croit son épcox mort; qui, détrompée, pour sauver son honneur, cède aux perfides aasfils de sa confidente et accuse ou plutôt laisse accuser Hippolyte QBocent; qui, le crime accompli, éprouve les plus terribles remords et se ^i justice elle-même, cette femme éveille encore plus la pitié que l'horreur. fr tontes les créations de Racine, le personnage de Phèdre a certaineœot le plus de beauté et de couleur antiques. On ne saurait en dire aatant des autres personnages de la pièce. Dans sa préface, Racine E0H dit que la mort d'Hippolyte dans la tragédie d'Euripide lui semble «user plus d'indignation que de pitié, puisque le poète grec le représente «.canne un jeune nomme exempt de toute imperfection. H a donc cru ^essaire de lui donner quelque faiblesse qui le rende au moins un peu capable envers son père. Cette faiblesse est son amour pour Aricie, fille <* «wir des ennemis de Thésée. Ce dernier personnage, que Racine a pria dans Y Enéide de Virgile, et ses amours de jeune châtelaine pour Hippolyte, qui, à son tour, brûle pour sa princesse d'un feu aussi pur W convenablement exprimé, nous gâtent la pièce. Quand nous entend-as Hippolyte commencer sa déclaration d'amour par ces mots: Vous voyez devant vous un prince déplorable, D'un téméraire orgueil exemple mémorable, **» éprouvons exactement les sentiments que Paul-Louis Courier a la tonte de permettre aux étrangers à l'égard de ces côtés faibles de la i-'jgédie française. (Voyez page 191.)
Un entretien entre Hippolyte et Théramène, son ancien gouverneur, •-«TTç le premier acte et l'exposition de la pièce. Hippolyte, inquiet sur le Mt de son père, dont on attend depuis longtemps le retour à Trézène, ankm à son confident son dessein de partir à la recherche de Thésée. Théra- *** loi rappelle qu'il est de son devoir de prendre congé de Phèdre. %»ljte, qui se croit mortellement haï de sa belle-mère, se résigne à ftJKr cet entretien et charge Théramène d'y préparer la reine, lorsque <&ttne, confidente de Phèdre, vient annoncer que sa maîtresse va paraître. Œofloe prie Hippolyte de s'éloigner, pour que sa vue n'irrite pas la reine ^i est en proie à des tourments dont on ignore la cause. Quand il est fwti arec Théramène, on voit entrer Phèdre. Pale et sans force, semblable * ooe mourante, elle est plutôt portée que soutenue par ses femmes.