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DEUXIÈME SATIRE

La deuxième satire (1664) est adressée à Molière: Rare et fameux esprit, dont la fertile veine Ignore en écrivant le travail et la peine; Pour qui tient Apollon tous ses trésors ouverts, Et qui sais à quel coin se marquent les bons vers, Dans les combats d'esprit savant maître d'escrime, Enseigne-moi, Molière, où tu trouves la rime.

. Cette satire a pour sujet les caprices de la rime, cette esclave qui devrait tajow) obéir, et qui commande trop souvent. O'est dans cette satire que

1 Procureur très décrié qui, plus tard, fut banni à perpétuité.

se trouve ce malin distique qui s'est pour toujours attaché um» du malheureux Quinanlt:

Si je pense exprimer un auteur sans défaut,

La raison dit Virgile, et la rime Quinanlt.

La fécondité de Scudéri (v. page 1) est caractérisée par les vers suivants: Bienheureux Scudéri, dont la fertile plume Peut tous les mois sans peine enfanter un volume 1 Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants, Semblent être formés en dépit du bon sens: Mais ils trouvent pourtant, quoi qu'on en puisse dire, Un marchand pour les vendre et des sots pour les lire.

TROISIÈME 8A.TIRB.

Dans la troisième satire (1665) Boileau fait la description d'un repas ridicule, qui est une vraie scène de comédie, et qui aoonde en traits plaisants et en détails descriptifs habilement rendus. Boileau feint d'être abordé dans la rue par un ami:

8uel sujet inconnu vous trouble et vous altère? 'où vous vient aujourd'hui cet air sombre et Bévère, Et ce visage enfin plus çâle qu'un rentier, A l'aspect d'un arrêt qui retranche un quartier?

Le poète raconte comment il a été forcé de dîner chez un fat dont il éludait l'invitation depuis une année. Le traître, pour l'engager à venir, lui fait espérer une lecture de Tartuffe (v. page 62 de ce Manuel). Molière avec Tartuffe y doit jouer son rôle.

Bien entendu le poète, arrivé chez son amphitryon, ne trouve point Molière, mais une société de gens ennuyeux:

Deux nobleB campagnards, grands lecteurs de romans, Qui m'ont dit tout Çyrus1 dans leurs longs compliments.

"On B'assied: mais d'abord, notre troupe serrée

Tenait à peine autour d'une table carrée, Où chacun, malgré soi, l'un sur l'autre porté, Faisait un tour a gauche, et mangeait de côté. Jugez en cet état si je pouvais me plaire, Moi qui ne compte rien, ni le vin m la chère, Si l'on n'est plus au large assis en un festin, Qu'aux sermons de Oassagne ou de l'abbé Cotin.

Ce dernier vers fat un signal de guerre pour Cotin (v. page 113), qui unit son ressentiment à celui du pâtissier Mignot, attaqué lui-même dans son honneur de cuisinier.

Car Mignot, c'est tout dire; et, dans le monde entier, Jamais empoisonneur ne sut mieux son métier.

Les deux alliés eurent une idée de vengeance assez originale. Cotin fit une satire, dont tous les exemplaires, au lieu d'être vendus par un libraire, passèrent dans la boutique du pâtissier et servirent d'enveloppe aux pâtés de Mignot. Le débit des deux marchandises rat énorme, et peut-être l'abbé Cotm n'a-t-il jamais été tant goûté par ses lecteurs. Vient ensuite, dans la satire de Boileau, la plaisante description du menu, commençant ainsi:

Sur un lièvre flanqué de six poulets étiones, S'élevaient trois lapins, animaux domestiques. Qui dès leur tendre enfance élevés dans Paris, Sentaient encor le chou dont ils furent nourris.

1 Le grand Cyruê, roman de M11* de Scudéri, voyez page 64, note 3.

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Bientôt la conversation s'anime entre les convives ; après avoir parlé politique, on traite des questions littéraires, et on se dispute sur la valeur des vers k Qninault. L'amour-propre d'un poète méconnu s'en mêle, et, échauffés par le vin, deux de ces messieurs passent des paroles aux voies de fait: Je suis donc un sot, moi? vous en avez menti, Reprend le campagnard; et, sans plus de langage, Lui jette pour défi son assiette au visage. L'autre esquive le coup, et l'assiette volant S'en va frapper le mur, et revient en roulant. A cet auront l'auteur, se levant de la table, Lance à mon campagnard un regard effroyable: Et, chacun vainement se ruant entre deux, Nos braves s'accrochant se prennent aux cheveux. Aussitôt sous leurs pieds les tables renversées Font voir un long débris de bouteilles cassées: En vain à lever tout les valets sont fort prompts, Et les ruisseaux de vin coulent aux environs. Enfin, pour arrêter cette lutte barbare, De nouveau l'on s'efforce; on crie, on les sépare: Et leur première ardeur passant en un moment, On a parlé de paix et d'accommodement.

Mais, tandis qn à l'envi tout le monde y conspire, J'ai gagné doucement la porte sans rien dire; Avec un bon serment que si, pour l'avenir, En pareille cohue on me peut retenir, Je consens de bon cœur, pour punir ma folie, Que tous les vins pour moi deviennent vins de Brie;1 Qu'à Paris le gibier manque tous les hivers, Et qu'à peine au mois d'août Ton mange des pois verts.

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