CINQUIÈME SATIRE
La cmqwème satire (1665), qui est imitée de Juvénal (sat. VIE), est bien ftpérieure à la quatrième. Elle est adressée au marquis de Dangeau. La noblesse, Dangeau, n'est pas une chimère, Quand, sous l'étroite loi d'une vertu sévère, Un homme issu d'un sang fécond en demi-dieux Suit, comme toi, la trace où marchaient ses aïeux. Mais je ne puis souffrir qu'un fat, dont la mollesse N'a rien pour s'appuyer qu'une vaine noblesse, 8e pare insolemment du mérite d'autrui, Et me vante un honneur qui ne vient pas de lui. , , I* poète n'accorde une valeur réelle qu'à la noblesse qui garde son véritable titre, c'est-à-dire la bravoure et la probité; il refuse son estime
' Brie, (Brie française et Brie Champenoise) pays connu par ses bons Jauges H ses mauvais vins.
aux nobles dégénéré* qui vivent sans honneur, i ceux-là surtout qui, pour soutenir mn vain rang, ont recours à la fourbe et à la bassesse.
Bientôt, pour subsister, la noblesse sans bien
Trouva l'art d'emprunter, et de ne rendre rien; I
Et bravant des sergents la timide cohorte,
Laissa le créancier se morfondre à sa porte.
Mais pour comble à la fin le marquis en prison,
Sous le faix des procès vit tomber sa maison.
Alors le noble altier, pressé de l'indigence,
Humblement du faquin rechercha l'alliance,
Avec lui trafiquant d'un nom si précieux,
Par un lâche contrat vendit tous ses aïeux,
Et corrigeant ainsi la fortune ennemie,
Rétablit son honneur à force d'infamie.
sixième sattjbe.
La sixième satire, les Embarras de Paris, est la plus populaire de toutes
Qui frappe Pair, bon Dieu! de ces lugubres cris?
Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris?
Et quel fâcheux démon, durant les nuits entières,
Rassemble ici les chats de tontes les gouttières? etc. Cette satire n'était d'abord qu'une partie de la première, qui réunissait dans un cadre unique la peinture des vices et des embarras de Paris. Plus tard, Boileau détacha cette seconde partie et en fit une satire à part. Au commencement de ce morceau, le poète exhale sa mauvaise humeur contre des inconvénients réels, mais peu sérieux, qu'on est convenu plus tard d'appeler les petites misères de la vie humaine, et la peinture en est en effet des plus plaisantes. A l'époque où Boileau composa cette satire, il logeait dans la cour du Palais de Justice, c'est-à-dire au milieu du vieux Paris aux rues étroites, tortueuses et sales, et il y occupait une petite mansarde. Voisin des gouttières et des chats, il avait souvent entendu la musique dont il essaye de reproduire les notes discordantes dans les vers suivants':
L'un miaule en grondant comme un tigre en furie,
L'autre roule sa voix comme un enfant qui crie. La peinture des embarras causés par la circulation des voitures dans les rues immondes de la Cité, que les démolitions du second Empire on fait disparaître, n'a sûrement rien d'exagéré. Elle est tout aussi véridique que la description des rues de Paris qui, par suite de l'incurie de la municipalité, offraient, après une bonne ondée, l'aspect d'autant de lacs ou de marais. Enfin ce tableau peu séduisant est complété par la peinture des dangers que le paisible bourgeois courait, le soir ou la nuit, dans les rues de l'ancien Pans.
Car, sitôt que du soir leB ombres pacifiques
D'un double cadenas font fermer les boutiques;
Que, retiré chez lui, le paisible marchand
Va revoir ses billets et compter son argent;
Que dans le Marché-Neuf tout est calme et tranquille,
Les voleurs à l'instant s'emparent de la ville.
Le bois le plus funeste et le moins fréquenté
Est, au prix de Paris, un lieu de sûreté.
Malheur donc à celui qu'une affaire imprévue
Engage un peu trop tard au détour d'une rue.
Bientôt quatre bandits lui serrant les côtés:
La bourse! ... Il faut se rendre; ou bien non, résistez,
Afin que votre mort, de tragique mémoire,
Des massacres fameux aille grossir l'histoire.
lbs satires (vn, vm). 223