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Le poète débute pompeusement et par ironie à la manière d'Homère et de Virgile:
.Te chante les combats, et ce prélat terrible Qui par ses longs travaux et sa force invincible Dans une illustre église exerçant son grand cœur, Fit placer à la fin un lutrin dans le chœur. C'est en vain que le chantre, abusant d'un faux titre. Deux fois l'en fit ôter par les mains du chapitre: Ce prélat sur le banc de son rival altier, Deux fois le reportant, l'en couvrit tout entier.
Muse, redis-moi donc quelle ardeur de vengeance De ces hommes sacrés rompit l'intelligence, Et troubla si longtemps deux célèbres rivaux. Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévots?1 ^
Et toi, fameux héros,* dont la sage entremise De ce schisme naissant débarrassa l'Eglise, Viens d'un regard heureux animer mon projet, Et garde-toi de rire en ce grave sujet.
La Discorde indignée du repos qui règne à la Sainte-Chapelle, jure d'y détruire la paix comme elle a su la détruire ailleurs. Elle apparaît en songe, sous les traits d'un vieux chantre, au prélat, qu'elle excite et soulève contre le grand chantre, son rival. Elle lui suggère le projet d'ensevelir ce fier concurrent sous la masse d'un vieux lutrin, relégué depuis longtemps dans une sacristie. Tous les préparatifs pour cette entreprise se font avec la plus grande solennité, et c'est toujours à table que se prennent les graves résolutions. Au moment où les amis du prélat, choisis par le sort, vont, dans la nuit, placer ce lutrin qui doit désespérer le chantre, la Discorde pousse un cri de joie qui va réveiller la Mollesse. Cette déesse, après s'être fait raconter par la Nuit, sa confidente naturelle, la querelle qui va s'allumer, commence à se plaindre de tous les maux qu'on lui a faits. Elle regrette les beaux jours de son règne, remplacé malheureusement par celui d'un jeune monarque actif et belliqueux. C'est ainsi que Boileau sait encore habilement revenir à l'éloge de Louis XIV. Ce doux siècle n'est plus. Le ciel impitoyable A placé sur le trône un prince infatigable. , Il brave mes douceurs, il est sourd à ma voix: Tous les jours il m'éveille au bruit de ses exploits. Rien ne peut arrêter sa vigilante audace: L'été n'a point de feux, l'hiver n'a point de glace: J'entends a son seul nom tous mes sujets frémir. En vain deux fois la paix a voulu l'endormir; Loin de moi son courage, entraîné par la gloire, Ne se plaît qu'à courir de victoire en victoire.
La Nuit, excitée par la Mollesse, se met en devoir de faire avorter la tentative du prélat. Elle cache dans le creux du lutrin un hibou qui fait reculer d'épouvante les trois champions réunis pour emporter la fatale machine. Mais la Discorde les harangue pour ranimer leur courage, et ses exhortations sont suivies d'un prompt effet. Les trois héros emportent le pupitre et le fixent à la place du grand chantre. Celui-ci, troublé par un songe affreux qui lui fait pressentir le malheur dont il est menacé,, se rend de bonne heure à l'église.
Muse, prête a ma bouche une voix plus sauvage.
Pour chanter le dépit, la colère, la rage