Lettre LXXXIV
Je fus hier aux Invalides: j'aimerais autant avoir fait cet établissement, si j'étais prince que d'avoir gagné trois batailles. On y trouve partout la main d'un grand monarque. Je crois que c'est le lieu le plus respectable de la terre.
Quel spectacle que de voir rassemblées dans un même lieu toutes ces victimes de la patrie, qui. ne respirent que pour la défendre, et qui, se sentant le même cœur et non pas la môme force, ne se plaignent que de l'impuissance où elles sont de se sacrifier encore pour elle!
Quoi de plus admirable que de voir ces guerriers débiles, dans cette retraite, observer une discipline aussi exacte que s'ils y étaient contraints par la présence d'un ennemi, chercher leur dernière satisfaction dans cette image de la guerre, et partager leur cœur et leur esprit entre les devoirs de la religion et ceux de l'art militaire!
Je voudrais que les noms de ceux qui meurent pour la patrie fassent conservés dans les temples et écrits dans des registres qui fassent comme la source de la gloire et de la noblesse.
CONSIDÉRATIONS SDR LES CAUSES DE LAGRAN- DEUR DES ROMAINS ET DE LEUR DÉCADENCE.