YI. DB LA CONDUITE QUE LES EOMAIN8 T1NBENT POUR SOUMETTE* LES PEUPLES
Bans le cours de tant de prospérités, où Ton se néglige pour l'ordinaire, le sénat agissait toujours avec la même profondeur:1 et, pendant que les armées consternaient9 tout, il tenait à terre ceux qu'il trouvait abattus.
Il s'érigea en tribunal qui jugea tous les peuples: à la fin de chaque guerre, il décidait des peines et des récompenses que chacun avait méritées. H ôtait une partie du domaine du peuple vaincu pour la donner aux alliés; en quoi il faisait deux choses: il attachait à Rome des rois dont elle avait peu à craindre et beaucoup à espérer; et il en affaiblissait d'autres dont elle n'avait rien à espérer et tout à craindre.
On se servait des alliés pour faire la guerre à un ennemi; mais, d'abord,3 on détruisit les destructeurs. Philippe fut vaincu par le moyen des Étoliens, qui furent anéantis d'abord après pour s'être joints à Antiochus. Antiochus fut vaincu par le secours des Rhodiens; mais, après qu'on leur eut donné des récompenses éclatantes, on les humilia pour jamais, sous prétexte qu'ils avaient demandé qu'on fît la paix avec Persée.
Quand ils avaient plusieurs ennemis sur les bras, ils accordaient une trêve au plus faible, qui se croyait heureux de l'obtenir, comptant pour beaucoup d'avoir différé sa ruine.
Lorsque l'on était occupé à une grande guerre, le sénat dissimulait toutes sortes d'injures, et attendait, dans le silence, que le temps de la punition fût venu; que si quelque peuple lui envoyait les coupables, il refusait de les punir, aimant mieux tenir toute la nation pour criminelle et se réserver une vengeance utile.
Gomme ils faisaient à leurs ennemis des maux inconcevables, il ne se formait guère de ligue contre eux; car celui qui était le plus éloigné du péril ne voulait pas en approcher.
Par là Ûs recevaient rarement la guerre, mais la faisaient toujours dans le temps, de la manière et avec ceux qu'il leur convenait; et de tant de peuples qu'ils attaquèrent, il y en a bien peu qui n'eussent souffert toutes sortes d'injures si l'on avait voulu les laisser en paix.
Leur coutume étant de parler toujours en maîtres, les ambassadeurs qu'Os envoyaient chez les peuples qui n'avaient point encore senti leur puissance étaient sûrement maltraités, ce qui était un prétexte sûr pour faire une nouvelle guerre.
Comme ils ne faisaient jamais la paix de bonne foi, et que, dans le dessein d'envahir tout, leurs traités' n'étaient proprement que des suspensions de guerre, ils y mettaient des conditions qui commençaient toujours la ruine de l'État qui les acceptait Ils faisaient sortir les
1 Voyez Mommsen, Histoire Romaine IV 4.
2 Latinisme pour: renversaient, abattaient, sens du latin sternëre.
* C'est-à-dire: immédiatement après. Montesquieu emploie généralement d'abord dans le sens de aussitôt.
GRANDEUR BT DÉCADENCE DBS ROMAINS (CHAPITRE Yl). 297
garnisons des places fortes, ou bornaient le nombre des troupes de terre, ou se faisaient livrer les chevaux ou les éléphants; et si ce peuple était puissant sur la mer, ilsrobligeaient de brûler ses vaisseaux, et quelquefois d'aller habiter plus avant dans les terres.
Après avoir détruit les armées d'un prince, ils ruinaient ses finances par des taxes excessives ou un tribut, sous prétexte de lui faire payer les frais de la guerre: nouveau genre de tyrannie, qui le forçait d'opprimer ses sujets et de perdre leur amour.
Lorsqu'ils accordaient la paix à quelque prince, ils prenaient quelqu'un de ses frères ou de ses enfants en otage; ce qui leur donnait le moyen de troubler son royaume à leur fantaisie. Quand ils avaient le plus proche héritier, ils intimidaient le possesseur; s'ils n'avaient qu'un prince d'un degré éloigné, ils s'en servaient pour animer les révoltes des peuples.
Quand quelque prince ou quelque peuple s'était soustrait de1 l'obéissance de son souverain, ils lui accordaient d'abord le titre d'allié du peuple romain;9 par là ils le rendaient sacré et inviolable: de manière qu'Ô n'y avait point de roi, quelque grand qu'il fût, qui pût un moment être sûr de ses sujets, ni même de sa famille.
Quoique le titre de leur allié fût une espèce de servitude, il était néanmoins très recherché;3 car on était sûr que Ton ne recevait d'injures que d'eux, et l'on avait sujet d'espérer qu'elles seraient moindres. Ainsi il n'y avait point de services que les peuples et les rois ne fassent prêts à rendre, ni de bassesses qu'ils ne fissent pour l'obtenir. Ils avaient plusieurs sortes d'alliés. Les uns leur étaient unis par des privilèges et une participation de leur grandeur, comme les Latins et les Herniques; d'autres, par l'établissement même, comme leurs colonies; quelques-uns par les bienfaits, comme furent Masinissa, Euménès et Attalus,4 qui tenaient d'eux leur royaume ou leur agrandissement; d'autres, par des traités libres; et ceux-là devenaient sujets par un long usage de l'alliance, comme les rois d'Egypte, de Bithynie, de Cappadoce, et la plupart des villes grecques; plusieurs enfin par dee traités forcés et par la loi de leur sujétion, comme Philippe et Antiochus; car ils n'accordaient point de paix à un ennemi, qui ne contînt une alliance, c'est-à-dire qu'ils ne soumettaient point de peuple qui ne leur servit à en abaisser d'autres.
Lorsqu'ils laissaient la liberté à quelques villes, ils y faisaient d'abord naître deux factions; l'une défendait les lois et la liberté du pays, l'autre soutenait qu'il n'y avait de loi que la volonté des Bornants; et, comme cette dernière faction était toujours la plus puissante, on vit bien qu'une pareille liberté n'était qu'un nom.
Quelquefois ils se rendaient maîtres d'un pays sous prétexte de succession; ils entrèrent en Asie, en Bithynie, en Libye, par les testaments d' Attalus, de Nicomède et d'Apion; et l'Egypte fut enchaînée par celui du roi de Gyrène.
* Se soustraire de vieillit; on dit aujourd'hui se soustraire à q. ch.
* * Voyez surtout leur traité avec les Juifs, au premier livre det Macchabées, chapitre 8." (Les notes marquées de guillemets sont de Montesquieu.) s «Ariarathe fit un sacrifice aux dieux, dit Polybe, pour las remercier de ce qu'il avait obtenu cette alliance.*
« Aujourd'hui on écrit Eumène et AMcde.
Pour tenir les grands princes toujours faibles, ils ne voulaient pas qu'ils reçussent dans leur alliance ceux à qui ils avaient accordé la leur1 et, comme ils ne la refusaient à aucun des voisins d'un prince puissant, cette condition, mise dans un traité de paix, ne lui laissait plus d'alliés.
De plus, lorsqu'ils avaient vaincu quelque prince considérable, ils mettaient dans le traité qu'il ne pourrait faire la guerre pour ses différends avec les alliés des Romains (c'est-à-dire ordinairement avec tous ses voisins), mais qu'il les mettrait en arbitrage: ce qui lui ôtait pour l'avenir la puissance militaire.
Et, pour se la réserver toute,9 ils en privaient leurs alliés mêmes: dès que ceux-ci avaient le moindre démêlé, ils envoyaient des ambassadeurs qui les obligeaient de faire la paix. H n'y a qu'à voir comme ils terminèrent les guerres d'Attalus et de Prusias.
Quand quelque prince avait fait une conquête qui souvent l'avait épuisé, un ambassadeur romain survenait d'abord, qui la lui arrachait des mains. Entre mille exemples, on peut se rappeler comment, avecune parole, ils chassèrent d'Egypte Antiochus.
Sachant combien les peuples d'Europe étaient propres à la guerre, ils établirent comme une loi qu'il ne serait permis à aucun roi d'Asie d'entrer en Europe et d'y assujettir quelque peuple que ce fût.5 Le principal motif de la guerre qu'ils firent à Mithridate fut que, contre cette défense, il avait soumis quelques barbares.
Lorsqu'ils voyaient que deux peuples étaient en guerre, quoiqu'ils n'eussent aucune alliance, ni rien à démêler avec l'un ni avec l'autre, ils ne laissaient pas de paraître sur la scène, et, comme nos chevaliers errants, ils prenaient le parti du plus faible. C'était, dit Denjs d'Halicarnasse, une ancienne coutume des Romains d'accorder toujours leur secours à quiconque venait l'implorer.
Ces coutumes des Romains n'étaient point quelques faits particuliers arrivés par hasard, c'étaient des principes toujours constants; et cela se peut voir aisément: car les maximes dont ils firent usage contre les plus grandes puissances forent précisément celles qu'ils avaient employés dans les commencements contre les petites villes qui étaient autour d'eux.
Ils se servirent d'Euménès et de Masinissa pour subjuguer Philippe et Antiochus, comme ils s'étaient servis des Latins et des Herniques pour subjuguer les Yolsques et les Toscans; Os se firent livrer les flottes de Garthage et des rois d'Asie, comme ils s'étaient fait donner les barques d'Antium; ils Otèrent les liaisons politiques et civiles entre les quatre parties de la Macédoine, comme ils avaient autrefois rompu l'union des petites villes latines.
Mais surtout leur maxime constante fut de diviser. La république d'Achale était formée par une association de villes libres: le sénat déclara que chaque ville se gouvernerait dorénavant par ses propres lois, sans dépendre d'une autorité commune.
La république des Béotiens était pareillement une ligue de plusieurs
1 „Ce fut le cas d Antiochus." 2 On dirait aqjourdhui: ioxU entière. 8 „La défense faite à Antiochus, même avant la guerre, de passer en Europe, devint générale contre las autres rois.**
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villes: mais, comme dans la guerre contre Persée, les unes suivirent ie parti de ce prince, les autres celui des Romains, ceux-ci les reçurent en grâce, moyennant la dissolution de l'alliance commune.
Si un grand prince,1 qui a régné de nos jours, avait suivi ces maximes, lorsqu'il vit un de ses voisins détrôné,1 il aurait employé de plus grandes forces pour le soutenir, et le borner dans l'île* qui lui resta fidèle: en divisant la seule puissance qui pût s'opposer à ses desseins, il aurait tiré d'immenses avantages du malheur même de son allié.
Lorsqu'il y avait quelques disputes dans un État, ils jugeaient d'abord l'affaire; et par là ils étaient sûrs de n'avoir contre eux que la partie qu'ils avaient condamnée. Si c'étaient des princes du môme ang qui se disputaient la couronne, ils les déclaraient quelquefois tous deux rois;4 si l'un d'eux était en bas âge,5 ils décidaient en sa faveur, et ils en prenaient la tutelle, comme protecteurs de l'univers: *r ils avaient porté les choses au point que les peuples et les rois étaient leurs sujets, sans savoir précisément par quel titre ;6étant établi que c'était assez d'avoir oui parler d'eux pour devoir leur être soumis.
Ils ne faisaient jamais de guerres éloignées sans s'être procuré quelque allié auprès de l'ennemi qu'ils attaquaient, qui pût joindre ses troupes à l'armée qu'ils envoyaient; et, comme elle n'était jamais considérable par le nombre, ils observaient7 tety'ours d'en tenir une autre dans la province la plus voisine de l'ennemi, et une troisième dans Borne, toujours prête à marcher. Ainsi ils n'exposaient qu'une très petite partie de leurs forces, pendant que leur ennemi mettait au hasard toutes les siennes.8
Quelquefois ils abusaient de la subtilité des termes de leur langue. Ils détruisirent Garthage, disant qu'ils avaient promis de conserver la cité, et non pas la ville.9 On sait comment les Étoliens, qui s'étaient abandonnés à leur foi, forent trompés; les Romains prétendirent que la signification de ces mots s'abandonner à la foi d*un tnmemi, emportait la perte de toutes sortes de choses, des personnes, des tores, des villes, des temples et des sépultures même.
Us pouvaient même donner à un traité une interprétation arbitraire: ainsi, lorsqu'ils voulurent abaisser les Rhodiens, ils dirent qu'ils ne leur avaient pas donné autrefois la Lycie comme présent, mak comme amie et alliée.
Lorsqu'un de leurs généraux faisait la paix pour sauver son armée prtte à périr,10 le sénat, qui ne la ratifiait point, profitait de cette paix, et continuait la guerre. Ainsi, quand Jugurtha eut enfermé une année romaine, et qu'il l'eut laissée aller sous la foi d'un traité, on
1 «Louis XIV, tt 2 „Jacques II, roi d'Angleterre. 8 L'Irlande.
4 „Comme il arriva à Ariarathe et Holopherne, en Cappadoce."
9 „Pour pouvoir ruiner la Syrie en qualité de tuteurs, ils se déclarerait pour le fils d'Antiochus, encore enfant, contre Démétrins, qui était rfaes eux en otage, et qui les conjurait de lui rendre justice, disant que Roue était sa mère et les sénateurs ses pères."
6 On dirait aujourd'hui: à quel titre. 7 Pour: ils avaient soin.
* w Voyez comme ils se conduisirent dans la guerre de Macédoine.*4
9 C'est-à-dire: les habitants, mais non les materne.
w On durait aujourd'hui: près de périr.
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se servit contre lui des troupes mômes qu'il avait sauvées; et lorsque les Numantins eurent réduit vingt mâle Romains, près de mourir de faim, à demander la paix, cette paix, qui avait sauvé tant de citoyens, fut rompue à Rome, et Ton éluda la foi publique en envoyant le consul qui l'avait signée.1
Quelquefois ils traitaient de la paix avec un prince sous des conditions raisonnables; et, lorsqu'il les avait exécutées, ils en joutaient de telles qu'il était forcé de recommencer la guerre. Ainsi, quand ils se furent fait livrer par Jugurtha ses éléphants, ses chevaux, ses trésors, ses transfuges, ils lui demandèrent de livrer sa personne; chose qui, étant pour un prince le dernier des malheurs, ne peut jamais faire une condition de paix.*
Enfin ils jugèrent les rois pour leurs fautes et leurs crimes particuliers. Ils écoutèrent les plaintes de tous ceux qui avaient quelques démêlés avec Philippe: ils envoyèrent des députés pour pourvoir à leur 8Ûreté> ; et ils firent accuser Persée devant eux pour quelques meurtres et quelques querelles avec des citoyens des villes alliées.
Comme on jugeait de la gloire d'un général par la quantité de l'or et de l'argent qu'on portait à son triomphe, ils ne laissaient rien à l'ennemi vaincu. Rome s'enrichissait toujours, et chaque guerre la mettait en état d'en entreprendre une autre.
Les peuples qui étaient amis ou alliés se ruinaient tous par les présents immenses qu'ils faisaient pour conserver la faveur, ou l'obtenir plus grande; et la moitié de l'argent qui fut envoyé pour ce sujet aux Romains aurait suffi pour les vaincre.3
Maîtres de l'univers, ils s'en attribuèrent tous les trésors: ravisseurs moins injustes en qualité de conquérants qu'en qualité de législateurs. Ayant su que Ptolémée, roi de Chypre, avait des richesses immenses, ils firent une loi, sur la proposition d'un tribun, par laquelle ils se donnèrent l'hérédité d'un homme vivant et la confiscation d'un prince allié.
Bientôt la cupidité des particuliers acheva d'enlever ce qui avait échappé à l'avarice publique. Les magistrats et les gouverneurs Yen* daient aux rois leurs injustices. Deux compétiteurs se ruinaient à l'envi pour acheter une protection toujours douteuse contre un rivai qui n'était pas entièrement épuisé: car on n'avait pas même cette justice des brigands, qui apportent une certaine probité dans l'exercice du crime. Enfin les droits légitimes ou usurpas ne se soutenant que par de l'argent, les princes, pour en avoir, dépouillaient les temples, confisquaient les biens des plus riches citoyens: on faisait miUe crimes pour donner aux Romains tout l'argent du monde.
Mais rien ne servit mieux Rome que le respect qu'elle imprima à la terre. Elle mit d'abord les rois dans le silence,4 et les rendit
1 „Us en agirent de môme avec les Samnites, les Lusitaniens et les peuples de Corse."
2 «Us en agirent de même avec Viriathe; après lui avoir fait rendre les transfuges, on lui demanda qu'il rendit les armes; à quoi ni lui ni les siens ne purent consentir/
8 „Les présents que le sénat envoyait aux rois n'étaient que des bagatelles, comme une chaise et un bâton d'ivoire, ou quelque robe de magistrature." * Aujourd'hui on dit: réduit* au silence»
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comme stupides.1 Il ne s'agissait pas du degré de leur puissance; nais leur personne propre était attaquée. Bisquer une guerre, c'était s'exposer à la captivité, à la mort, à l'infamie du triomphe. Ainsi des rois qui vivaient dans le faste et dans les délices n'osaient jeter ta regards fixes sur le peuple romain; et perdant le courage, Us étendaient de leur patience et de leurs bassesses quelque délai aux misères dont ils étaient menacés.9
Remarquez, je tous prie, la conduite des Romains. Après la défaite d'Antiochus, ils étaient maîtres de l'Afrique, de l'Asie et de la Grèce, sans y avoir presque de villes en propre. Il semblait qu'ils ne conquissent que pour donner: mais ils restaient si bien les maîtres que, lorsqu'ils faisaient la guerre à quelque prince, ils l'accablaient pour tinsi dire du poids de tout l'univers.
H n'était pas temps encore de s'emparer des pays conquis. S'ils avaient gardé les villes prises à Philippe, ils auraient fait ouvrir les jeux aux Grecs; si, après la seconde guerre punique, ou celle contre Antiochus, ils avaient pris des terres en Afrique ou en Asie, ils n'auraient pu conserver des conquêtes si peu solidement établies.3
n fallait attendre que toutes les nations fussent accoutumées à obéir comme libres et comme alliées, avant de leur commander comme sujettes, et qu'elles eussent été se perdre peu à peu dans la république romaine.
Voyez le traité qu'ils firent avec les Latins après la victoire du lac Régflle; fl fut un des principaux fondements de leur puissance. 'h n'y trouve pas un seul mot qui puisse faire soupçonner l'empire.
C'était une manière lente de conquérir. On vainquait un peuple, et on se contentait de l'affaiblir; on lui imposait des conditions qui le minaient insensiblement; s'il se relevait, on l'abaissait encore davantage, et il devenait sujet sans qu'on pût donner une époque de sa sujétion.
Ainsi Rome n'était pas proprement une monarchie ou une république, mais la tête du corps formé par tous les peuples du monde.
Si les Espagnols, après la conquête du Mexique et du Pérou, avaient suivi ce plan, ils n'auraient pas été obligés de tout détruire pour tout conserver.
Cest la folie des conquérants de vouloir donner à tous les peuples tes lois et leurs coutumes: cela n'est bon à rien; car dans toutes sortes de gouvernements on est capable d'obéir.
Mais Borne n'imposant aucunes lois générales, les peuples n'avaient point entre eux de liaisons dangereuses; ils ne faisaient un corps que par une obéissance commune; et, sans être compatriotes, ils étaient tas Romains.
On objectera peut-être que les empires fondés sur les lois des fiefs n'ont jamais été durables ni puissants. Mais il n'y a rien au monde
1 C'est-à-dire: stupéfaits, interdits; voyez page 46, note 1.
1 .Ils cachaient autant qu'ils pouvaient leur puissance et leurs richesses
*n Romains. Voyez là-dessus un fragment du premier livre de Dion."
1 * „7Js n'osèrent y exposer leurs colonies; ils aimèrent mieux mettre
ane jalousie éternelle entre les Cathaginois et Masinissa et se servir du
"étui des uns et des autres pour soumettre la Macédoine et la Grèce/
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de si contradictoire que le plan des Romains et celui des barbares ; et, pour n'en dire qu'un mot, le premier était l'ouvrage de la force, l'autre de la faiblesse; dans l'un, la sujétion était extrême; dans l'antre, l'indépendance. Dans les pays conquis par les nations germaniques, le pouvoir était dans la main des vassaux; le droit seulement dans la main du prince: c'était tout le contraire chez les Romaine.