‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 28 sur 514 · A CASSANDRE · texte numérisé non relu

A CASSANDRE

Mignonne, allons voir si la Rose Las! voyez comme en peu d'espace,

Qœ ce matin avoit desclose Mignonne, elle a dessus la place

Sa robe de pourpre au Soleil, Las! las! ses beautés laissé cheoir!

A point perdu cette vespree,1 O vrayment marastre Nature,

Les plis de sa robe pourprée Puisqu'une telle fleur ne dure,

Et sou teint au vostre pareil. Que du matin iusques au soir.

Donc, si vous mo croyez, Mignonne, Tandis que vostre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez vostre ieunesse:

Comme à ceste fleur la vieillesse Fera ternir vostre beauté.

Si Ton compare de pareilles poésies, qui ne sont rares ni chez Ronsard, ni chez Du Bellay, aux productions de leurs devanciers, '« commence à comprendre l'admiration de leurs contemporains. Celle qu'inspira Ronsard ne connut pas de bornes. Il fut couronné *n Jeux floraux3 de Toulouse et reçut le nom de Poète français ;ar excellence. On le plaça d'emblée dans le ciel en lui composant * limitation de la Pléiade alexandrins,* une Pléiade française de -*s principaux partisans et imitateurs. Ce furent après Ronsard, > chef de l'école, les poètes suivants: Joachtm du Bellay, Belleau, luntAT, Jodelle, J.-A. de Baïf et Ponthus de Thiabd. Quelques- :as j ajoutent Jamyn.

Cependant cet enthousiasme universel ne survécut guère au poète ♦si l'avait excité, et la gloire de Ronsard, flétrie par la critique :/rrent injuste, quelquefois même haineuse de Malherbe? (qui a portant si heureusement profité de ses efforts) fut définitivement avertie en ridicule par Boileau,* qui, un siècle plus tard, le con- 'jmna, probablement sans l'avoir beaucoup lu. C'est de nos jours -dément que, grâce aux efforts de Sainte-Beuve,6 Ronsard et ses •Jâs commencent à regagner la place qu'ils méritent dans l'histoire i* la poésie française.

Les amis de Ronsard allèrent plus loin que leur maître dans *z prétendue réforme de la langue. Un des poètes de la Pléiade, HiIf. et d'autres après lui essayèrent même d'introduire dans la p-.-éîie française les règles métriques de la poésie ancienne, mais '** vers baïfins, scandes comme les hexamètres et les pentamètres «tins, étaient trop barbares pour être acceptés, môme par les enhrosiastes de la Renaissance.7

Parmi les disciples de Ronsard qui ne font pas partie de la iiêiadey on distingue du Babtas (1544—1590), l'auteur de la Semaine,

1 Vètprée pour vespre, vépre (de vesperem), employé encore par f'awal et Molière.

7 Vcyes page 591, note 2. 8 Voyez page XXXIIT, note 5.

* Voyes page XLV. 5 Voyez page 218. fl Voyez page 622.

7 Exemple d'un de ces distiques;

Vols derechef, 0 almô Venus, Venus almô, rëchantër Ton vGra Immortel par ce pôëtô sacré.

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